‹ La sculpture en Europe, 1878Chapitre 15 sur 60 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

ESPAGNE

Grande renommée des peintres d’Espagne. — Les sculpteurs espagnols sont inconnus. — Salut à Onofrio Sanchez, LaurenzoMercadande, Juan Perez, Juan deRebenga, Pedro de Yaldevira, Juan Martinez Montanez Pedro et Luisa Roldana. — La section espagnole au Champ de Mars. — Don Manuel Oms : le Premier Pas. — Don Juan Samsô . la Vierge jpfère. — Don Justo Gandarias : l’Enlèvement d’Amphitrite. — DonRicardo Bellver y Ramon : l’Ange déchu. — Don Antonio Moltô y Such : l’Étude.

Les maîtres peintres espagnols jouissent dans notre pays d’une popularité qui ne le cède guère au grand renom des Italiens. Velasquez, Zurbaran, Murillo, Alonzo Cano, Ribera sont des noms familiers à quiconque se fait un titre de connaître l’histoire de l’art. Mais ils sont peu nombreux ceux qui pourraient rappeler avec autorité les grandes oeuvres laissées à Séville par Onofrio Sanchez et son maître Laurenzo Mercadande. Juan Perez, habile à traiter les statues de vastes proportions ; Juan de Rebenga, le sculpteur en cire dont les figurines ressemblent à des miniatures en relief; Pedro de Valdévira, 1 émule de Michel-Ange par delà les Pyrénées ; Juan-Martmez Montanez, sans rival dans l’art de donner au marbre le moel-

leux d'une draperie, ne sont pas appréciés comme ils devraient l’être parmi nous. Il est vrai que le nom de Pedro Roldana et celui de sa fille Luisa sont moins ignorés; mais le Christ en croix de Pedro, les pages nombreuses sculptées par Luisa, sur l’ordre de Philippe IV, au palais de l’Escurial, mériteraient d’être reproduits parla gravure. Trop aisément nous bornons notre éducation plastique à l’étude exclusive des marbres de Grèce et d’Italie.

Qui oserait prétendre que notre silence envers les sculpteurs espagnols des derniers siècles n’ait pas découragé leurs descendants? Les dix-neuf ouvrages exposés au Champ de Mars doivent-ils nous amener à conclure que l’art statuaire est délaissé sur la Péninsule ? Nous ne le pensons pas. Ils marquent bien plutôt, croyons-nous, le peu de confiance qu’inspire la critique française à l’école espagnole de sculpture.

Le Premier Pas, par D. Manuel Oms, est un marbre élégant et fin où le sentiment est exprimé avec mesure. Le seul reproche que nous pourrions adresser à M. Oms est de ne pas s’être arrêté à point dans son travail. Son ciseau patient a manqué de retenue ; certaines parties de sa composition gagneraient à être moins achevées.

D. Juan Samsô, en modelant son groupe la Vierge mère, ne s’est pas mis en garde contre sa propre mémoire. Le ressouvenir de Raphaël est palpable, et le statuaire, qui a su faire preuve de talent dans l’exécution de son travail, n’a guère que le mérite d’un traducteur. Avec un peu d’effort de pensée, D. Samsô eût pu produire une œuvre personnelle.

Du naturel , de la grâce , une douce langueur distinguent la statue de D. Justo Gandarias, Y Enlèvement

ESPAGNE

d’ Amphitrite .La fille de l’Océan se laisse emporter mollement par les vagues vers le palais de Neptune. Une lyre flotte auprès de la déesse. Quel est l’enchanteur qui a charmé l’oreille de la jeune femme ? Est-ce quelque nymphe marine? est- ce un triton ? D. Gandarias ne le dit pas, mais Amphitrite s’abandonne aux flots, et sa blanche silhouette se perd en profils onduleux vers la haute mer...

L'Ange déchu, par D. Ricardo Bellver y Ramon, est d’un jet puissant. Il semble que l’artiste ait entrevu Lucifer dans sa chute foudroyante; mais les ailes de l’ange sont déployées, il porte des serpents enroulés autour du corps, et la figure présente de toutes parts des lignes brisées dont l’effet sculptural est de courte durée. L’Ange déchu a le mouvement et la vitesse d’un tourbillon. 11 eût été bon d’atténuer plus d’un détail, et D. Bellver y Ramon voudra faire son marbre moins bruyant, nous dirions volontiers moins fugitif que le modèle exposé sous nos yeux. La sculpture vit de grandeur et de calme. On ne saurait concevoir un cri perpétuel ou une douleur intense que rien n’allége.

L’Étude , par D. Antonio Molto y Such, est représentée sous les traits d’un éphèbe nu et lisant. Le laconisme avec lequel est modelée cette figure, l’heureuse disposition des plans, la jeunesse et la force écrites sur des formes choisies permettent d’attendre de D. Molto y Such une statue d’un beau caractère lorsqu’il voudra faire passer dans le marbre l’image apaisée de l’Étude, telle qu’il l’a conçue en un jour de féconde rêverie.

PORTUGAL

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