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CHAPITRE IV

ALLEMAGNE

L’école de sculpture allemande du dou/.ième au seizième siècle. — L’école contemporaine. — Le luthéranisme. — Les maîtres de l’école actuelle datent de ce siècle. — Winckelmann, Goethe, Kant, Schelling, Hegel. — La section allemande au Champ de Mars. — M. Renaud Begas : V Enlèvement des Sabines; le Peintre Menzel; Mercure et Psyché. — M. Adolphe Hildebrand : Berger dormant; Adam. — M. Cauer : Sorcière. — M. Sussmann-Hellborn : la Poésie lyrique et la Chanson populaire. — M. Michael Wagmuller : Monument funèbre; Jeune Fille et Enfant ; Justus von Liebig.

Il ne faut pas demander aux sculpteurs allemands ce qu’étaient leurs devanciers du douzième au seizième siècle. Le luthéranisme a rompu toute filiation. Avec lui les briseurs d’images se sont levés, et les retables, les mausolées, les statues de bronze disparurent emportés dans une révolution qui ne pardonna pas à la sculpture de s’être abritée dans les temples catholiques, dont elle était devenue l’ornement. Les sculpteurs allemands citent avec orgueil Nicolas de Haguenau, Adam Kraff, Pierre Vischer; mais ces maîtres du quinzième siècle, s'ils sont admirés, ne sont pas suivis. L’art plastique, en Allemagne, date de Winckelmann. C’est Rauch à Berlin, c’est Schwanthaler à Munich qui sont considérés à juste

titre comme les vrais précurseurs de l’école contemporaine. Toutefois, si nous pouvons regretter que les maîtres gothiques ne comptent plus de disciples dans la patrie de Luther, en retour, nous avons le droit d’applaudir à l’éducation esthétique de nos voisins d’outre-Rhin. Un peuple moins pratique, moins sensé que le peuple allemand eût pu engendrer des sculpteurs néo-grecs après le succès remporté par Winckelmann, le révélateur et l’apologiste passionné de l’antiquité ; mais Gcethe, Kant, Schilling, Hegel, se distinguant des philosophes français du dernier siècle , prirent à cœur de s’emparer du domaine de l’art. Qui de nous ne connaît les doctrines de ces penseurs? La vie séduit avant tout le poète de Weimar; Kant poursuit l’idéal; l’esthétique de Schelling confine au panthéisme; Hegel recule les frontières posées par Schelling, et de ces théories, de ces systèmes qui parfois s’excluent mutuellement, il devait naître une tendance vers l’art spiritualiste, qui est la caractéristique de l’école allemande. Ce spiritualisme est surtout visible dans l’œuvre sculptée.

Le groupe vigoureux de V Enlèvement des Sabines, par M. Renaud Regas, de Rerlin, présente sous toutes ses faces d’heureux aspects. Les plans nombreux, bien équilibrés, se colorent sans effort par le jeu de la lumière. La soif de la conquête et la résistance alternent avec une juste mesure dans le bronze savant du statuaire. Le Peintre Menzel, taillé dans le marbre par M. Regas, est d’une conception discutable. Un torse muni de bras enlève à l’unité du buste. Il semble au surplus que l’auteur de Y Enlèvement des Sabines soit appelé de préférence à composer des groupes. Celui de Mercure et Psyché ren-

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ferme des beautés analogues à celles que nous signalions tout à l’heure. Le marbre, docile sous la main de l’artiste, exprime avec retenue l’effroi delà jeune fille emportée par le messager des dieux. Sans les plis flottants d’une draperie dont le poids enlève à la sveltesse des personnages, cette dernière œuvre de M. Begas nous paraîtrait à l’abri de toute critique.

Le Berger dormant, de M. Adolphe Hildebrand, n’est pas sans ressemblance avec les statues de Cortot. M. Hildebrand habite l’Italie ; de là, peut-être, le défaut de personnalité que nous remarquons dans son travail. La figure A’ Adam du même artiste autorise de semblables réserves.

Une œuvre étrange, mais non sans valeur, c’est la Sorcière de ;M. Cauer. Elle est assise; des serpents se sont enroulés autour de sa tête; une chouette est sur ses genoux; un filet traîne sur le sol. Est-ce la sirène des temps héroïques ou la saga du Vésuve, que BulwerLytton a dépeinte dans les Derniers Jours de Pompéi? La Sorcière de marbre de M. Cauer a les traits suaves et le sourire provocateur des sirènes; comme elles, c’est au bord des flots qu’elle habite. Mais elle vit entourée d’animaux de fâcheux augure : elle se sépare des filles d'Achéloüs et de Calliope, elle est d’origine plus moderne. D’ailleurs, son costume la rapproche de nous. M. Cauer n’est donc pas un imitateur de l’antiquité; son sujet lui appartient sans conteste, et nous pouvons louer ce qu’il renferme d’ingénieux. Toutefois, ce ne serait pas sans péril que l’auteur se hasarderait à traiter de nouveau des figures fantastiques de cet ordre, qui ne se rattachent absolument ni à la fable ni à l’histoire.

Trop de subtilité nuit au groupe de M. Sussmann-Hell-

boni, la Poésie lyrique el la Chanson populaire : on dirait

une leçon de musique, et rien de plus.

M. Michael Wagmuller n’a pas su exprimer la grâce dans la jeune femme qui sert de motif à son Monument funèbre. De même, Jeune Fille et Enfant n’est pas un groupe sans défaut : la tête du principal personnage est sacrifiée. Mais le buste de Justus von Liebig est une œuvre vivante entre toutes. L’œil saisit dans le travail fiévreux, et cependant idéalisé, de M. Wagmuller, l’intensité de la pensée, l’enthousiasme, l’irritabilité du savant qui a rempli l’Europe de son nom, accompli une mission scientifique dont il a eu lui seul l’initiative, et mérité d’être dit le créateur de la chimie organique. Toutes les aptitudes maîtresses d’un esprit supérieur se laissent pressentir en face du buste modelé par M. Wagmuller.

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