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ÉPOQUE ROMANE

coré de bas-reliefs et de chapiteaux presque byzantins.

Le musée archéologique de Madrid renferme différents spécimens de Part de cette époque, tous anonymes; d^abord, un bas-relief en marbre provenant de San Benito de Sahagun, dans la province de Léon, représentant la Vierge, l'Enfant Jésus dans les bras, sur-

FIG. 9. — PORCHE DE LA GLORIA DE LA CATHÉDRALE DE SANTIAGO DE COMPOST ELLE.

monté d'une inscription à la louange de la mère de Dieu; ensuite une cuve baptismale, en pierre, décorée d'ornements et de feuillages, d'un fort bon travail, trouvée à San Pedro de Villanueva, dans la province d'Oviedo ; enfin, un curieux chapiteau découvert dans les ruines du monastère de Santa Maria de Mave, près de Palencia, figurant divers personnages, les uns portant sur les épaules des poutres auxquelles sont suspendues des cuves, les autres semblant surveiller les premiers.

Arrivons aux statues de la façade et aux bas-reliefs de la voûte principale de la cathédrale de Santiago de Compostelle, dus au maestro Mateo, qui fut en même temps Parchitecte du sanctuaire comn^encé dans les dernières années du xi' siècle. Les statues qui représentent l'apôtre de l'Espagne et différentsanges, exposées depuis de si longues années aux intempéries des saisons, quoique bien détériorées et maltraitées par le temps et par cela même difficiles à juger, n'en restent pas moins d'un intérêt capital. Les bas-reliefs, un peu mieux conservés, puisqu'ils sont à l'intérieur de l'édirice, montrent V Enfer, le Purgatoire, le Sauveur découvrant ses plaies, accompagrré des Evangé listes, des vingt-quatre vieillards de V Apocalypse, des Apôtres, des Patriarches, des Prophètes et de divers saints du Nouveau Testament. Signalons aussi les sculptures de la façade de Santa Maria la Real de Sangûesa, dont les figures sont encore plus sauvages; d'une date un peu plus récente, celles de l'église du Saint-Sépulcre (lig. 12), empruntées à la Vie du Christ; de l'église San Miguel (tig. i3), de l'époque de transition du roman au gothique, dont le tympan et les archivoltes sont couverts de statues se rapportant à l'histoire sacrée, ces deux derniers temples à Estella; citons aussi la décoration de l'église San Salvador de Leyre en Navarre, non loin d'Estella, dont le curieux tympan avec son Christ et ses divers saints ne mérite pas une moindre attention.

Ces reliques d^un art qui n'en était encore qu'à ses premiers tâtonnements sont bien rigides et bien imparfaites. Elles témoignent cependant d'un effort pour dégager la forme humaine des limbes qui l'envelop-

DÉTAILS DU PORCHE DE LA GLORIA A LA CATHÉDRALE DE SANTIAGO DE COMPOSTELLE.

pent et d^une tendance à regarder la nature, pour en extraire une sorte de type général.

La sculpture ne prend réellement rang en Espagne qu^à la fin du xn° siècle, un peu plus tard qu'en France, alors qu'apparaît Tarchitecture gothique dans les pays

FI G- II. — PORCHE DE LA PLATERIA DE LA CATHÉDRALE DE SANTIAGO DE COMPOSTELLE.

septentrionaux. Elle devient vite un art national qui n^est autre chose que le résultat d'une progression lente, mais continue, dans laquelle l'esprit de la nation, son tempérament, son élévation morale ont une large part, combinés avec le sol, le climat, la politique et la religion.

FIG. 12. — PORCHE DE l' É G L I S E DU S A I N T - S É P U L G R E. (Estclla.)

Les statues qui peuplent les ébrasements des façades des cathédrales et des églises, d'abord après et rudes, auK vêtements aux plis rigides et droits, suivant les verticales de Tarchitecture dont elles sont le prolongement, s'adoucissent peu à peu; Tàme humaine s'éveille d'abord dans un mouvement presque imperceptible, qui s'accentue petit k petit jusqu'à la plénitude de la santé et de la vie; mais la progression est lente et ne s'affirme que par une succession d'efforts qui demandent de longues années. La supériorité de cet art sur celui de la Renaissance qui le suivra, c'est que ses manifestations ne sont pas l'œuvre d'un homme, d'une individualité, mais celle d'une génération, de l'esprit de la multitude, de la masse, de la nation tout entière.

Parmi les productions de la première période go- \ thique, il faut faire une place aux sculptures du porche

de l'église San Bartolome de Logrono représentant sur son tympan le Christ ressuscité accompagné de ses disciples et, dans des arcatures, diverses statues; puis à celles de l'église de Santa Maria la Real d'Olite en Navarre (Hg. 14), éditiée dans la seconde m.oitié du xni'siècle, dont le tympan montre au centre une statue assise de , la Vierge, l'Enfant Jésus sur les genoux, et à droite et à

gauche six bas-reliefs ; son archivolte, véritable orfèvrerie, présente de nombreuses statuettes au milieu de rinceaux et de feuillages et des deux côtés du porche, les figurations des douze apôtres de grandeur naturelle. Vient ensuite l'église de Santo Domingo de Soria avec son porche romano-byzantin, quoique élevé probablement dans les dernières années du xni* siècle, sinon dans les premières du xiv'.

La cathédrale de Burgos renferme un monument du XIII' siècle, qui est un des plus rares produits de Part du moyen âge. C'est la -statue couchée de Tévêque Mauricio (fig. I 5), le véritable fondateur de la basilique, mort en 1240. Elle est en bois, complètement recouverte de plaques de' bronze doré, martelées et décorées de pierres précieuses et d'émaux. Cette œuvre, qui ne peut jusqu'à un certain point trouver place dans l'histoire de la sculpture espagnole, puisqu'elle est sortie des ateliers de Limoges, est superbe. « L'ensemble des lignes », dit Don Ricardo de los Rios, « le caractère de la tete, la couleur fanée du métal qui fut jadis doré, et les notes tendres des émaux rehaussés de pierreries, font que vous restez charmé et que tout ce que vous avez vu s'évanouit dans votre esprit pour faire place à cette merveille. »

En 1262, Pedro taille le tombeau de pierre de la chapelle de los Coudes, au monastère bénédictin de San Zoil de Carrion dans les Castilles; un peu plus tard, des artistes inconnus sculptent, dans un mur latéral de la cathédrale de Salamanque, les tombeaux d'Alonzo Vidal, chanoine d'Avila, et du chantre Aparicio, dont les frises des côtés rappellent celles des sarcophages gallo-romains; en 1278 le maestro Bartolome /^lève en pierre, de grandeur naturelle, nèuf statues de ^ saints sur la façade de la cathédrale de Tarragone; en 1200, Francisco Campedroni, qui venait d'édifier la cathédrale de Perpignan, dirige les travaux de sculpture du palais de Palma, bâti par le roi Don Jayme II dans l'île de Majorque; il exécute même, pour cette résidence royale un ange de bronze destiné à servir de girouette,

qui suscita Tadmiration générale ; en 1294, Rodrigo Ma rtinez de Barnueva y de Bame est occupe à tailler une des œuvres les plus importantes de celte époque, le tombeau du célèbre Don Rodrigo Gonzalez Giron, dans Téglise du monastère de Notre- Dame de Bonavides, aux environs de Palencia.

La sculpture sur bois, dont les siècles suivants montreront de si beaux spécimens offre déjà, dès le xni% de très intéressants morceaux.

Le musée archéologique de Madrid a recueilli en ce genre deuxstatuespeintes, un peu plus petites que nature, provenant d'Oviedo : une Vierge assise, TEn-

fant Jésus dans les bras, et un saint Jean, la tête appuyée sur le bras droit, un livre dans la main gauche.

Dès les premières années du xiv* siècle, un artiste anonyme construit dans Péglise de Pontevedra, où trois autres tombeaux Tavoisinent, le monument funéraire de Pamiral Puyo Gomez, qui le montre couché sur sa pierre tombale; en 1 328 le maestro Juan sculpte le sarcophage de San Narciso, dans Péglise San Félix de Gerone; en i 339 un Italien, élève de Giovanni Pisano, dont le nom n'est pas venu jusqu'à nous, dresse dans la crypte de la cathédrale de Barcelone la châsse de sainte Eulalie. C'est un sarcophage en marbre de Carrare, de conception et d'exécution purement italiennes, froides et sèches; sur son couvercle, que surmontent aux extrémités, quatre anges portant des torches et au centre, la Vierge, se déroulent, ainsi que sur ses côtés, dans un désordre sans grâce, la légende de la sainte et la fête de la translation de ses reliques. Un peu plus tard, un autre artiste italien anonyme élève dans la cathédrale de Tarragone le monument funèbre de Tarchevêque infant Don Juan d'Ai^agon. Le prélat, fort jeune, gît sur la dalle tumulaire en vêtements sacerdotaux, mitre en tête, la crosse pastorale dans les mains; derrière lui, sur le mur de fond, sont placées quatre statuettes de saints intercesseurs, dont saint Louis, roi de France. Citons ensuite les tombeaux dCOrduho II, dans la primitive cathédrale de ^Léon (fig. i6); de Gon^alo de Hinojosa, mort en 1327, dans la cathédrale de Burgos; de Tarchevêque Lope de Fontecha, mort en i352, dans la même métropole; d'un évêque inconnu, dans la primatiale d'Orense, de

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Dona Margarita de Lauria^ inhumée en i343 dans Péglise Notre-Dame del Puig, près de Valence; de révêque Antonio Galiana datant de I 375, dans la cathédrale de P a 1 m a qui abrite également le tombeau d'un autre prélat, Ramon de Torre lias, élevé dix ans plus tard en i385. N'oublions pas le sarcophage de Don Felipe Boil (fig.

17), mort en 1384, provenant deTéglise Santo Dom i n g o de Valence, aujourd'hui au

musée archéologique de Madrid, ainsi^ que [la "pierre tombale d'une religieuse accompagnée de petits anges, apportée également de Valence. Au musée archéologique

ont encore trouvé un abri les statues gisantes de Fabbé Aparicio et de Doîia Ine^ Rodrigue-^ de Villalobos enlevées de leurs mausolées dressés dans Péglise du monastère de Santa Maria de Aguilar de Campo.

Alors, dans les Castilles, le vrai cœur de TEspagne, le maestro Anrique taille les bas-reliefs du tombeau du roi Enrique, dans la chapelle des Rois Nouveaux de la cathédrale de Tolède; peu après, dans cette même basilique à laquelle il nous faudra sans cesse revenir, Ferran Gonzalez, peintre et tailleur d'images, grave son nom au bas du sarcophage de l'évéque Don Pedro Tenorio, mort en 1399, qu'il représente couché sur sa pierre tombale, revêtu de ses ornements sacerdotaux.

Le plus important monument funéraire du xiv' siècle qui, comme le précédent, appartient plutôt à l'aurore du siècle suivant, est sans contredit le mausolée de Lope Fernande^ de Luna^ archevêque de Saragosse, mort en i382, édifié dans la chapelle Saint-Michel de la Seo (fig. 18) de la capitale de l'Aragon, œuvre d'un artiste anonyme. La statue du fastueux prélat, plus grande que nature, gît sur le couvercle du sarcophage dont les côtés sont occupés par des personnages surmontés de dais ajourés; derrière^ le mausolée, sur la niche qui l'isole du reste de la chapelle, sont placés à mi-hauteur d'autres personnages également abrités sous de riches dais ornementés.

Ce dernier tombeau est beaucoup plus luxueux que ceux dont nous avons déjà parlé, mais néanmoins tous ou presque tous sont accompagnés sur leurs* côtés de statuettes figurant des cortèges de prêtres, de moines, de gentilshommes, de pleureurs, de pleureuses, parfois

de vertus symbolisées; pour certains même, sur les murailles qui les avoisinent, figurent des religieux, des parents ou des affligés.

Mais laissons la sculpture funéraire et revenons un peu en arrière, aux premières années du xni' siècle, époque à laquelle a dû être dressée à Durango en Biscaye cette curieuse croix de pierre représentant, dans un style encore bien barbare, diverses scènes de PAncien et du Nouveau Testament.

C'est encore aux mêmes dates qu'il convient de ramener le fruste saint Jean-Baptiste, en albâtre, de Banos, dans lequel on a voulu voir une production wisigothique. Celte statue, haute de o m. 53, peinte et dorée, manque totalement d'expression : les cheveux symétriquement séparés, la barbe touffue et ondulée, la rigidité des vêtements, la maladresse de leurs plis, révèlent une œuvre datant tout au moins de la fin du xiii' siècle. Une production autrement intéressante est la charmante Vierge en albâtre du musée de Vich.

En 1 3 1 5, Francisco de Montflorit sculpte pour le roi Don Jayme II les statues de Dona Blanca^ reine d'Aragon, en même temps qu'une Vierge pour la chapelle royale de la cathédrale de Barcelone; en i33o, Antonio Campedroni, fils de Francisco, maître des œuvres de la cathédrale de Palma, dessine etexécutelegrand retable de ce sanctuaire. Peu auparavant, en i32i, Jayme de Faveron était occupé à la décoration de la cathédrale de Gerone dont le bas chœur fut achevé en i 3 5 i par le maestro Aloy de Barcelone. C'est sur le grand autel de ce sanctuaire qu'un artiste inconnu, peut-être Guilhem de Cars, dresse en i345 la statuette en albâtre poly-

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chrome d'une exécution si serrée et si délicate, en costume du temps, "qui passe à tort pour représenter Charîemagne {^g. 19). La même année Guill^em Timor de Montbranch dote l'église de la Silva del Campo, d'une figure, toujours en albâtre, de saint André^ qui ne vaut pas la précédente.

En 1 33o, Berenguer Portell dresse les piliers des fenêtres de la cathédrale de Vich;en 1 344,FerrerBassa, originaire de Barcelone, après avoir taillé les retables de l'église de Lerida, sculpte, dans sa ville natale, le grand retable de la chapelle royale de Santa Maria ou Santa Aguada, représentant Jésiis-Christ et la Vierge; Jaime Cascallos,en 1 366, élève, dans le fameux monastère de Poblet, les tombeaux des Infants Don Pedro, Doha Maria de Navarre, Don Jaime et Don Alfonso. En i382, Jayme Fidela travaille au portail delà cathédrale de Barcelone avec Bartolome Despuig.

La Catalogne voit alors de nombreux artistes concourir à Pornementation des monuments qui surgissent

Cliché Ik'i'taux.

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