FIG. 21. — VIERGE DÉTACHÉE DU PORCHE DE T A R- RAGONE
C'est sans doute à ce même Jacques Perut qu'est due Tornementation de la porte — la Preciosa — la Précieuse, donnant sur l'ancienne salle capitulaire, qui figure sur son tympan diffé-
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rents épisodes de la Vie de la Vierge, d^une naïveté et d'un charme touchants. Un peu plus tard, dans les dernières années du xiv'' siècle, ou dans les toutes premières du xv% un artiste, probablement flamand, place au-dessus de la porte de la cathédrale, donnant sur le cloître, un groupe poly-
chromé de la Mort de la Vierge jA'nnQ, énergie presque brutale.
Ne quittons pas la métropole navarraise, sans noter une œuvre profane, une réunion de musiciens et de femmes, accompagnant une petite figuration du Lai d^Aris-
tote, sujet si populaire pendant tout le moyen âge.
Sans pouvoir être comparées aux chefs-d^œuvre de l'antiquité, les statues du xin' et du xiv' siècles, aussi bien en Espagne qu'ailleurs, d'une sérénité, d'une simplicité et d'une naïveté extrêmes, malgré leur raideur que l'on croirait volontiers hiératique et voulue, malgré leurs oppositions nécessitées par le symbolisme de règle alors,
Cliclic L;ico>,le, Madrid.
PORCHE DE l'Église d'orihuela.
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sont absolument vivantes. Par l'ampleur de leurs draperies, par la noblesse de leur style, par le caractère des têtes qui décèlent une observation attentive de la nature, elles méritent toute notre admiration. La recherche de la personnalité est alors, il est vrai, jusqu'à un certain point, absente. La vérité de ces effigies est surtout générale et conventionnelle; mais d'une convention pleine de noblesse et de dignité dans les figurations d'hommes, de grâce et de décence dans celles de femmes.
Dans les monuments funéraires, jusqu'au milieu et souventvméme jusqu'aux deux tiers du xiv* siècle, l'effigie du gisant n'a rien d'iconique, elle ne le rappelle que de très loin, par son costume et les attributs se rapportant à sa position sociale. L'artiste ne voit d'ordinaire dans la figure humaine que l'aspect général; les détails et les nuances ne sont alors que bien rarement perceptibles pour lui. Son œuvre n'en est peut-être pour cela que plus une et plus homogène, faisant ainsi plus intégralement corps avec le monument à la décoration duquel elle a été appelée à concourir.
On ne rencontrera l'individualisme qu'au milieu, tout au plus, du siècle suivant. Alors, la sculpture subira une transformation profonde, délaissant la synthèse pour le détail, poussant l'étude de la nature dans une autre direction, vers le particularisme. Les têtes des personnages deviendront plus individuelles, les plis des vêtements, de rigides et droits, vont se casser, s'humaniser; les attitudes hiératiques, se simplifier et faire pressentir la prochaine apparition du portrait. Déjà quelques tentatives plus ou moins timides avaient été
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faites dans ce sens : témoin les statues des gisants, témoin la tête placée sur Timposte de l'arc de la chapelle de Sainte-Thècle, de la cathédrale de Burgos, enveloppée dans un capuchon et portant une longue barbe, d^ne vie et d'une intensité d^expression véritablement extraordinaires pour Tépoque. Ce chef-d'œuvre d'un auteur inconnu, serait, si l'on en croit la tradition, un portrait authentique, d'après nature, dt saint Finançais Assise.