‹ La sculpture espagnoleChapitre 22 sur 82 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Philippe de Bourgogne exécute les figures du chœur de la principale chapelle de la cathédrale de Palencia ; les stalles et la décoration du pourtour du chœur de la cathédrale de Burgos; le tombeau d'Alonso de Burgos à Valladolid; les stalles de la cathédrale de Tolède, en collaboration avec AlonsoBerruguete. — Seul Alonso Berruguete exécute les retables des églises des Hiéronymites à Mejorada et de la collégiale de Medina del Campo ; nombre de bustes, de statues, les tombeaux de Alonso Gutierrez et de sa femme dans l'église San Martin de Madrid; de Juan de Rojas et de sa femme dans la cathédrale de Palencia, et du cardinal Tavera dans l'hôpital d'Afuera à Tolède. — Bartolome Ordonez élève les tombeaux de la famille Fonseca dans l'église Santa Maria à Coca; de Philippe le Beau et Jeanne la Folle dans la cathédrale de Grenade, et à Alcala de Henares celui du cardinal Ximenes de Cisneros commencé par Micer Alejandro, qui dressa dans la cathédrale d'Avila le tombeau de rinfant Don Juan et dans la cathédrale de Grenade celui des Rois Catholiques Isabelle et Ferdinand.

Trois grands artistes surgissent à l'aurore du xvi'' siècle, dominant leur temps par leur génie qui en fait les égaux des maîtres de la Renaissance italienne et française; ce sont : Philippe de Bourgogne, Alonso Berruguete et Bartolome Ordonez, bientôt suivis d'un quatrième, Gaspar Becerra. De Pintiuence exercée par le talent d'essence flamande et bourguignonne chez le

ÉPOQUE RENAISSANCE

premier, autochtone et italienne chez les trois autres, combinée avec le reve et l'expansion nationale, sortit l'art de la Renaissance espagnole, le style plateresque avec ses qualités et ses défauts.

On a cru longtemps que Philippe de Bourgogne, appelé encore fréquemment Felipe de Vigarny ou Biguerny, était né à Burgos, d'un père bourguignon : c'est une erreur. Un document authentique récemment retrouvé par don Martinez Sanz prouve d'une façon péremptoire qu'il était originaire de Langres. Comment et pour quelle raison quitta-t-il sa patrie et vint-il s'établir en Espagne, on l'ignore. Peut-être poussé par cette humeur vagabonde qui semble avoir été commune à la plupart des artistes de la fin du moyen âge et des premiers jours de la Renaissance. Toujours est-il que, dès 1498, il est occupé à la cathédrale de Burgos et que, l'année suivante, en 149g, il y exécute des travaux fort importants. Sa réputation s'établit rapidement dans les Gastilles et bientôt le cardinal Cisneros l'appelle à Tolède pour collaborer au grand retable de la cathédrale. En i5o2, il sculpte pour ce retable quatre basreliefs et dirige l'exécution de ses autres parties.

Il modèle, à la même époque, les effigies du cardinal Cisneros Qià'' Antonio deNebrija. Entre temps, ildirigede nouveau et surveille, toujours à la cathédrale de Tolède, les travaux d'Antonio de Prias, de Sébastian de Almonacid, de Diego et Miguel Copin de Holanda et des autres artistes occupés à la décoration de Tédifice. En i5o9 va à Palencia exécuter les figures du chœur de la capilla mayor de la cathédrale, observant cette clause, insérée dans le traité^ qui veut que « les têtes et les mains soient

traitées de sa propre main, en bon noyer uni et sans peintures ». Les chanoines de Palencia s'étaient rendu compte que le bois, plus que toute autre matière et sans même Tadjuvant de la couleur, donne lieu à une plastique des plus heureuses.

De i5o7 ^ I 5 1 2, presque sans se faire aider, Philippe de Bourgogne taille en bois de noyer, dont les colorations blondes et brunes lui permettent de lutter avantageusement avec le marbre et le bronze, les stalles de la cathédrale de Burgos (fig. 41), que Ton peut mettre au rang des chefs-d'œuvre du genre. Elles sont au nombre de cent trois. Chaque siège, décoré d'une multitude de petites figures, de bas-reliefs, de colonneites, de festons et de rinceaux, représente un épisode de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il est séparé de son voisin par des chimères ou des animaux fantastiques en forme de bras de fauteuil. Comme l'a dit. Th. Gautier, « c'est un monde nouveau où les hommes fleurissent, où le rameau se termine par une main et la jambe par un feuillage, où la chimère à l'œil sournois ouvre ses ailes onglées, où le dauphin monstrueux souffle par ses fosses )).

Il faut néanmoins convenir que ces compositions d'une verve créatrice débordante, d'une observation narquoise et exubérante, qui témoignent de l'origine bourguignonne de leur auteur, d'une richesse d'invention et d'une fantaisie excessives, d'une exécution délicate et libre, n'ont aucun rapport avec leur destination, pas plus qu'avec le lieu où elles se trouvent.

De i524 à 1527, Philippe de Bourgogne est occupé à la cathédrale de Tolède, aux sculptures en albâtre du

retable de Notre-Dame; il dessine, s'il ne taille lui-même en partie, celui de la chapelle de los Reyes Nuevos avec ses nombreuses statues et ses non moins nombreux bas-reliefs qui passent pour être de Francisco de Comontes. Ensuite, avec Diego de Siloe, J uan Picardo et Alonso Berruguete, il prend part au concours ouvert par le chapitre pour Texécuiion des stalles du chœur de la même cathédrale.

Choisi à cet effet, à la suite de ce concours, avec Alonso Berruguete, par un traité passé entre eux et le chapitre, en iSSq, il fut stipulé qu'ils dessineraient et sculpteraient chacun trente-cinq stalles; Philippe de Bourgogne restait en plus chargé d'une trente-sixième, celle de l'archevêque.

Pour les petites stalles qui existaient déjà, elles étaient l'œuvre du maestro Rodrigo et représentaient divers épisodes de la Prise de Grenade.

Avant d'entreprendre ce formidable travail, Philippe de Bourgogne était allé, de i 53 1 à 1 533, élever à Valladolid, dans le milieu du chœur de la collégiale de San Gregorio, le tombeau de son fondateur, Fray Alonso de Burgos^ évêque de Palencia. C'est un superbe monument funéraire, d'une conception noble et d'une exécution splendide, qui a longtemps passé pour une œuvre de Berruguete. 11 consiste en une table de marbre supportée par quatre sphinx et placée sur un socle de jaspe, sur lequel repose l'effigie du défunt vêtue de ses ornements de chœur, les mains gantées tenant un livre. Aux angles sont placés quatre médaillons représentant les Vertus cardinales, la Vierge, saint Dominique, saint Grégoire et saint Pierre martyr.

Cliché Lévy, [Paris

Page 1