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CHAPITRE IV

Travaux décoratifs aux cathédrales de Tolède, de Saragosse et de Seville. — Tombeau de Diego de Hurtado, dans la cathédrale de Séville. — La Casa de Piiatos à Séville. — De l'influence italienne sur la sculpture espagnole. — Tombeaux de rUniversité de Séville. — Statue de saint Jérôme par Torrigiano. — Tombeau de Pedro Hernandez de Velasco et de sa femme, dans la chapelle du Connétable de la cathédrale de Burgos. — Tombeau du Tostado dans la cathédrale d'Avila. — Stalles des monastères de Guadalupe, du Parral, de la cathédrale de Palma. — Grands retables de la cathédrale et de la chapelle de los Curas de Palencia. — Tombeau de Luis de Torries dans la cathédrale de Malaga. — Bas-reliefs au musée archéologique de Madrid.

C'est toujours à la cathédrale de Tolède qu'il faut revenir pour trouver les principales productions de la sculpture au commencement du xvi® siècle. Le grand retable de la basilique date de son avènement, de i5oo. Touteune pléiade d'artistes y fut occupée. Citons Antonio de Frias^ Bartolome, Juan Moral, Cristiano, Diego de Guadalupe, Francisco de Aranda, Francisco de Cibdad, Guillemin Digante, Juan de Augos, Juan Peti, Pedro de San Miguel, Rodrigo de Espayarte, Salas, Solorzano, Laberrox, Luxan, Sébastian de Al-

monacid, Copin de Holanda, dont il a déjà été question, Jnan de Aranda, surtout connu par ses belles statues de rois et par celle de la Vierge de la Conception de la cathédrale de Jaen; le maestro Rodrigo, que nous avons déjà nommé à propos des petites stalles de la cathédrale, représentant la Conquête de Grenade^ dont il est Tauteur. 11 s'en faut que dans cette énumération soient compris tous les artistes qui, à cette époque, travaillèrent à la métropole des Espagnes. En i5o7, Francisco de Amberes et Juan de Bruxelas, ce dernier en même temps peintre, tous deux probablement d'origine flamande comme leurs noms semblent l'indiquer, avec Lorenzo Gurricio, sculptent les écussons et les autres ornements de la salle capitulaire d'hiver, dont Francisco de Lara modèle la frise et dont le maestro Pablo et Bernardino Bonifacio taillent, en stuc, d'après les dessins du maestro Marco, les décors de la porte principale. De cette même porte, Gregorio Pardo, un des meilleurs élèves de Philippe de Bourgogne ou de Berruguete, exécute les écussons et l'architrave, près de quarante ans plus tard, en 1343. Divisés par des pilastres d'ordre dorique, ils montrent de superbes figures allégoriques accompagnées d'enfants, d'animaux, de festons et d'astragales délicats et variés. En i 523, Olarte modèle en terre cuite, dans un style tant soit peu archaïque, les statues de la porte de la Tour, le Christ sur sa croix avec saint Pierre agenouillé à ses pieds.

Ces statues et ces groupes en terre cuite, dont les monuments du midi de l'Espagne, tout particulièrement sur le versant de la Méditerranée, offrent de si notnbreux

spécimens, ont sans doute leur origine dans les fabriques de poteries établies par les Maures sur les côtes orientales de la péninsule. Le célèbre voyageur arabe Ibn- Batouah, de Tanger, parle de ses visites, en 1 3 5o, aux potiers de Malaga, dont les fours étaient encore allumés en i5i7, longtemps après Texpulsion des conquérants mahométans. Quelques années plus tôt, des artistes ignorés dressent, en albâtre, le grand retable de la capilla mayor de la Seo dç Saragosse (fig. 5o), figurant, dans sa partie principale, V Adoration des Rois au centre, la Transfiguration à droite, V Ascension à gauche, surmontées de dômes et de pinacles ajourés; la base de cette dentelle consiste en statues et en groupes enfermés dans des niches, consacrés à la vie et au martyre de saint Valère, saint Laurent et saint Vincent.

Mais retournons à la cathédrale de Tolède. En iSSy, Luis de Borgoha, Pedro Frances, deux étrangers sans doute, Arteaga, Pedro Melchor de Salmeron, Pedro de Salamanca, Juan de Cantala, dont les ouvrages ont été trouvés dignes d'être attribués à Berruguete, fouillent à Penvi de leur ciseau la façade de la chapelle de la Tour; un peu plus tard, nous retrouvons nombre de ces artistes avec Francisco Guillen, le maître Esteban et Xamete, occupés à la muraille du Crucero. Il convient de faire une place à part à ce dernier, qui ne se contenta pas d'enjoliver cette muraille de pinacles, mais qui décora avec une finesse et une délicatesse sans égales, n'excluant pas malheureusement la confusion, le fronton du cloître de la cathédrale de Cuenca, qui serait un véritable chef-d'œuvre s'il montrait plus d'unité. C'est dans ce même sanctuaire que se trouvent les mausolées de

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Crarci Alvare\de Alhornos et de son fils Alvar Garcia, d'une heureuse conception et d'une extrême finesse d'exécution, qui les représentent couchés sur la dalle funéraire révêtus de leur armure.

Xamete, de retour de Cuenca à Tolède, travailla ensuite à la muraille de la Tour de la cathédrale, en collaboration avec Leonardo Aléas Vasco de Troya et Martin de Inarra; en i538, à eux trois, ils sculptèrent, sur le fronton de la chapelle de Hueso, les écussons du cardinal Tavera et du chanoine Don Diego de Ayala, auxquels Inarra ajouta celui de Charles-Quint. En i536, deux ans plus tôt, Juan Tobar travaillait à l'ornementation de la muraille de l'Horloge; en 1541, Diego Velasco, Lebin, Diego Gopin de Holanda et son fils Miguel, Juan de Cantala, dont les noms reviennent si fréquemment, exécutent en pierre les célèbres portails de la façade des Lions, figurant des cavaliers et d'autres scènes du même genre. Francisco de Villalpando en fond peu après les portes etplace vers le même temps, dans le sanctuaire, les deux superbes chaires également en bronze que l'on y trouve toujours. Ce sont, sans contredit, les spécimens les plus accomplis et les plus importants de ce genre d'ouvrages que possède l'Espagne. Miguel Copin, dont il a déjà été question, est aussi l'auteur des statues des anciens rois, primitivement placées dans le sanctuaire, et du siège archiépiscopal de la salle capiculaire d'hiver, d'un travail fin et délicat.

En i565, Pedro Martinez de Castaheda exécute le beau retable de San Juan-Bautista et un des autels collatéraux de la chapelle de la Tour; trois ans après, en i568, il entreprend les médaillons de la Présentation^

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du Père Eternel et les écussons de la porte donnant sur le cloître. Palomino et Ponz admirent à tel point ces ouvrages, qu'ils veulent à toute force les attribuer à Berruguete. Pedro Martinez de Castaneda fut le maître de Francisco de Ayala.

En I 569, Juan Bautista taille les statues de la Foi et de la Charité^ de la porte du chœur conduisant au cloître, tandis qu'Andres Hernandez dresse les pinacles en forme d'urnes, de cassolettes et de cande'labres de la façade du cloître.

La décoration et l'ornementation de la cathe'drale de Séville, cette autre merveille artistique de l'Espagne, n'est pas poussée alors moins activement. Pedro Millan, élève de Nufro Sanchez, décore une partie des portes du Baptême et de la Naissance. Bernardo de Ortega, également élève de Nufro Sanchez, chef d'une dynastie d'artistes et dont le mérite allait être dépassé par celui de son fils Francisco, travaille, de 1497 à i5o5, au grand retable du sanctuaire entrepris par Dancart avec son élève le maestro Marco, quisculpte encore de nombreuses statues plus grandes que nature. C'est en foule que les sculpteurs sont alors occupés à ce retable (fig. 5 i). Il faut citer parmi eux Domingo Micier, dont le style archaïque est bien particulier; Pedro Becerril, auquel on doit, entre autres statues, celle du roi David, qui se distingue par des qualités exceptionnelles; Jorge Fernandez Aleman, frère du peintre Alejo Fernandez Aleman passé avec lui de Cordoue, d'où ils étaient originaires, à Séville. Tous deux avaient étudié sous la direction de Nufro Sanchez, et, dans le grand retable de la cathédrale sévillane un groupe d'anges, deux apôtres et quatre prophètes appar-

Cliché Lacoste, Madrid.

FI G. 5l. — GRAND RETABLE DU MAITRE-AUTEL DE LA CATHÉDRALE

DE sÉviLLE, (Partie centrale.)

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tiennent à J. Fernandez Aleman. Ces sculptures témoignent chez leur auteur d^un sens profond de la liberté du rendu, de l'expression dans les attitudes et du sentiment de la vie. Juan de Villalba, en i55i, Pedro Ocampo, en i554, Roque Balduc, entre i55i et i56i, Gomez Orozco, élève de Nufro Sanchez, en i555, modèlent différentes statues pour les côtés de ce retable, pour lequel Juan de Palencia, disciple du rejero Antonio de Palencia, exécute encore en i 555 Iq Lavement de pieds que Ton y admire. Pedro de Heredia, Diego Vasquez, au style resté gothique, Pedro Bernai, Andres Lopez del Castillo, Martin de Léon y sont également occupés. De ce fameux retable, un élève de Jorge Fernandez Aleman, le maestro Moya, probablement originaire de Séville, exécuta une réduction, œuvre de patience, de délicatesse et d'exactitude s^il en fut, qui suscita au plus haut point Padmiration de ceux qui virent ce travail, aujourd'hui malheureusement perdu.

Parmi les autres sculpteurs travaillant à la même époque à la cathédrale de Séville, il faut citer : Pedro Trillo; Bartolome Lopez, qui modèle en stuc les ornements de la porte du Pardon (fig. 52), rappelant par bien des côtés les fines, délicates et charmantes inventions des artistes arabes dont la mosquée de Cordoue et TAlhambra de Grenade nous offrent des témoignages; Gomez Orozco, déjà nommé tout à l'heure, qui, en i Soq, dessine le modèle de l'ancienne custodia d'argent du trésor, répare deux ans après les stalles du chœur et travaille à celle de l'archevêque de la salle capitulaire d'hiver; Juan Perez, élève de Pedro Millau, auteur d'une

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Cène et de deux prophètes pour le Cimborio; mais de ces ouvrages et d'autres encore, dus à cet artiste, il n^existe plus rien , dévorés qu'ils ont été par un terrible incendie en 1 5 1 2 . Grâce au zèle du chapitre, le désastre fut vite réparé, et la même année, on voit Lope Luisde Aguas Nevadas achever les statues du chœur ébauchées jadis par Nufro Sanchez et Dancart.

En I 5 3 o, Diego Rodriguez exécute diverses décorations. L'année suivante, Nicolas de Léon modèle de remarquables statues d'albâtre.

Diego de Riaho, sculpteur et maître d'œuvres

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