‹ La sculpture espagnoleChapitre 26 sur 82 · FIG. D · texte numérisé non relu

FIG. D

BARTOLOME LOPEZ Eï MIGUEL FLORENTIN. PORTE U U PARDON DE LA CATHÉDRALE DE SÉVILLE.

de la cathédrale, en i528, fut un des premiers architectes de son temps; c'est lui qui de 1548 à i56i éleva la grande sacristie et la salle capitulaire qu'il décora de délicates figurations et de superbes médaillons. En 1554, Lorenzo de Vao taille les statues des rois, ainsi que d'autres effigies en pierre pour la chapelle royale; en i 556, Juan-Bautista Vasquez, deux prophètes et un ange de Vlncarnation pour l'a porte de l'Horloge; en 1564, Juan Marin, aidé de ses élèves Diego de Pesquera et Juan de Cabrera, les statues du côté extérieur du chœur figurant des martyrs, des évêques et des confesseurs. Celles-ci, au nombre de plus de trente, sont d'un style archaïque assez en retard sur l'époque. Elles ne manquent cependant pas de valeur, quoique l'expression des têtes laisse à désirer. Seul en 1571 Diego de Pesquera exécute en pierre de Portugal les statues de la Vierge^ de sainte Justine et de sainte Rufine de la chapelle de Notre-Dame des Rois.

Une des principales œuvres de la sculpture du premier quart du xvi® siècle, que renferme la cathédrale de la capitale de l'Andalousie, est le tombeau de Don Diego de Hurtado de Mendo\a^ archevêque de Séville et patriarche d'Alexandrie, placé dans la chapelle de Notre-Dame de la Antigua. Ce fastueux sarcophage, en marbre, est l'œuvre de Miguel Florentin, un des premiers artistes italiens venus exercer leur talent en Espagne à l'époque de la Renaissance. Il est appuyé contre la muraille de la chapelle, au centre d'un arc ouvert. Sur le cénotaphe repose la statue couchée du prélat revêtu de ses ornements pontificaux. Au fond de l'arc se trouvent trois bas-reliefs représen-

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tant divers épisodes de la Vie du Christ et de la Vierge; deux autres bas-reliefs, montrant des figures allégoriques, décorent les côtés de l'enfeu; sur les pilastres se voient six statues de saints. Le frontispice de cet édicule, de style italien-plateresque, se termine par des candélabres et d'autres motifs décoratifs du même genre. Dans ce monument, Miguel Florentin, malgré son incontestable talent, fait montre du goût exagéré de sa race pour les recherches et les habiletés d'exécution. Il a abusé de la superposition d'éléments disparates, empruntés à des genres souvent opposés, surtout dans sa partie architectonique.

Le chapitre, émerveillé de l'œuvre de l'artiste italien, si loin de la simplicité de celles des siècles précédents, ne voulut pas laisser repartir Miguel Florentin auquel il commanda d'autres travaux encore aujourd'hui dans la cathédrale. Entre autres : les statues de saint Pierre et de saint Paul^ placées sur la porte du Pardon (fig. 52), et d'autres en terre cuite, sur le pourtour de la grande chapelle.

C'est de ce moment que l'influence italienne, qui avait déjà commencé à s'infiltrer en Espagne, grâce à Ordonez, à Micer Alejandro et à Miguel Florentin, devint pour ainsi dire prépondérante, au grand dommage du goût national.

Une des causes de cet engoûment est due à la préfé* rence que les grands seigneurs espagnols, à la suite de leurs souverains, montrèrent pour l'art des bords du Tibre et de l'x^rno, et surtout à l'admiration unanime que suscitèrent les spécimens de l'art grec et romain qu'ils rapportèrent dans leur patrie. Quand don

Fabrique Henriqucz y Ribera, marquis de Tarifa, vers I 5 I 5, fit bâtir, à Séville, le palais connu sous le nom de Casa de Pilatos, qu'il remplit d'ouvrages antiques, ce fut une révélation et l'enthousiasme andalou ne connut plus de bornes. Le bassin composé d'un groupe de Dauphins supportant une vasque surmontée d'une tête de Janus^ accotée de quatre figures colossales qu'il fit dresser au milieu du patio de sa fastueuse demeure, les bustes des Césars, l'admirable Alexandre^ la superbe Cléopâtrè dont il l'orna, devaient fatalement amener à ce résultat.

L'art national du xv' siècle, si bien accommodé à la race, aux mœurs, au climat, parfois maladroit, mais d'une maladresse charmante et naïve, allait être profondément et irrémédiablement atteint. La soi-disant dignité et noblesse classique de la Renaissance importée d'Italie allait le transformer, pour ne pas dire l'amoindrir. Les artistes castillans étaient-ils assez forts, assez puissants, assez maîtres d'eux-mêmes, pour se lancer tout d'un coup, sans préparation, dans Timitation des œuvres antiques? avaient-ils besoin de l'intervention florentine ou romaine pour en profiter? Qui sait? Toujours est-il que c'était détourner jusqu'à un certain point le cours naturel des choses et que placer l'art ibérique sous le joug de l'antiquité classique, était peut-être une erreur dans un pays si profondément épris de naturalisme.

Néanmoins, les sculpteurs nationaux acquirent rapidement la pratique des formules nouvelles, en même temps que nombre d'entre eux s'engouèrent des procédés et des exagérations des praticiens florentins. Le fils de Miguel Florentin, Micer Antonio que son père

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avait amené tout jeune avec lui à Séville, assemble dans le goût nouveau le fameux décor dressé chaque année dans la cathédrale pendant la Semaine sainte, immense échafaudage en bois peint et sculpté, appartenant plutôt à l'architecture qu^à la sculpture, dont les statues furent modelées plus tard, en i56i, par Gregorio Vasquez. Micer Antonio mourut en 1544.

En 1548 une légion d^artistes, parmi lesquels il faut nommer Anjares, élève de Miguel Florentin, Astiaso et Danver, tous deux élèves de Domingo Micier, Caron, élève de Moya, Garabito, Lope Marin et son élève Pedro Garcia, décorent la chapelle royale. Pour Lope Marin, on lui doit, en outre, différentes statues en terre cuite de la façade de la cathédrale, dont les écussons des portes sont Poeuvre de Pedro Garcia. Francisco Guillen dont le nom a été cité pour ses travaux de la cathédrale de Tolède, appelé à Séville par le chapitre en 1548, dessine les portes de la grande sacristie qu'il exécute ensuite dans le style plateresque le plus brillant, figurant d'abord les Évangélistes et les Prophètes, puis, en deux superbes bas-reliefs, divers épisodes de la vie de saint Isidore, de saint Léandre^ de sainte Justine et de sainte Rufine, C'est encore sans doute à cet expert et habile artiste que doit être attribué le prie-Dieu de la stalle de l'archevêque qui se trouve dans le chœur. En 1554, Martin de Léon, dont il a déjà été question, fort en retard sur son temps, modèle, dans le plus pur style gothique, la statue d'albâtre de saint Grégoire du grand portail.

Il est à remarquer que certains artistes, jusqu'aux dernières années du xvr siècle, refusèrent, comme Mar-

tin de Léon, d'adopter le style italien si préconisé et demeurèrent tidèles au sentiment naturaliste national, témoignant un éloignement invincible pour les nouveautés étrangères qui se manifestaient de toutes façons, même par l'envoi d'Italie de monuments complets. Pour ceux de Bartolome Ordoiiez, il n'y a plus à revenir sur leur compte; mais nous devons signaler les deux tombeaux en marbre de Carrare, jadis dans la salle capitulaire du couvent de Santa Maria de las Cuevas, aujourd'hui dans réglisede T Université, à Séville; Pun taillé à Gènes, en r 520, par Antonio Maria Abril, pour Padelantado mayor d'Andalousie, Don Pedro Henrique:{, consistant en un corps d'architecture composite et un sarcophage proprement dit, dont la dalle mortuaire, soutenue par quatre chimères, supporte la statue étendue du défunt revêtu de son harnois de guerre; l'autre, également sculpté à Gênes par Pace Gazin, pour Doha Catalina de Rivera (fig. 5 3), montre aux côtés et derrière l'efhgie couchée de la défunte, une profusion inouïe de figurines, de colonnes, de pilastres et d'ornements divers.

A la même époque, en i 522, mourait à Séville un des plus célèbres maîtres italiens : Torregiano, l'irascible condisciple de Michel-Ange, dont la seule œuvre authentique en Espagne est la statue en terre cuite de saint Jérôme nu^ si belle de caractère et de proportions, modelée pour le monastère de Buena Vista, recueillie par le musée provincial de Séville, « le meilleur morceau de sculpture moderne qu'il y ait en Espagne », s'il fallait s'en rapporter à Goya. Pour la Vierge^ l'Enfant Jésus dans les bras, que le terrible artiste aurait exécutée pour le duc d'Arcos et

Cliché Lévy, Paris.

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