FIG. 54. — RETABLE DE LA CHAPELLE DU CONNÉTABLE
(Cathédrale de Burgos.)
construction en plâtre et coupeur au couteau », pour nous servir des expressions des documents du temps, décore de motifs purement ornementaux, le paranymphe du théâtre scolastique de TUniversité d^Alcala de Henares, en collaboration avec Pedro Izquierdo, Bartolome de Aguilar, Andres de Zamora et Hernando de Sahagun. Un artiste ignoré élève à la même époque, dans la cathédrale d'Avila, un superbe tombeau à révéque Don Alon^o Fernandez de Madrigal^ plus connu sous le nom du Tostado. Ce sépulcre, de style plateresque, montre, sur une base décorée de niches renfermant les figurations des Vertus théologales et cardinales^ la statue assise du défunt écrivant, revêtu de ses ornements sacerdotaux; derrière l'effigie du prélat, un grand médaillon représente en ronde-bosse VAdoration des rois; des deux côtés de la statue du Tostado, deux colonnes historiées supportent une frise où est figurée la marche des Rois mages surmontée d^une attique renfermant un second bas-relief consacré à la Naissance du Christ.
L'essor de l'art n'est pas moindre dans les régions les plus perdues. En Aragon, sur les derniers contreforts des Pyrénées, dès les premières années du xvr siècle, Juan Olotzaga, s'il faut s'en rapporter à Cean Bermudez et à Ponz, serait l'auteur de la décoration de la façade de la cathédrale de Huesca, consistant en une Vierge^ une Adoration des rois, une Apparition du Christ à la Madeleine^ accompagnées de quatorze statues plus grandes que nature et de quarante-huit plus petites, occupant tout le porche de l'édifice, dignes d'être placées au rang des plus belles productions de
Cliché Lacoste, Madrid.
FIG. 5 5. — RETABLE DE L'ÉGLISE S A I N T - N I C O L A S. (BuFgOS.)
Part gothico-flamand en Espagne. Sébastian de Aponte sculpte, à la même époque, les stalles du monastère des Hiéronymites de Guadalupe, transportées plus tard dans la collégiale de Medina del Campo. Dans cette menuiserie, épris du goût italien, il introduit l'architecture dorique avec son cortège obligé de frises, de chapiteaux, de colonnes encadrant des bas-reliefs qui n'ont plus rien à voir avec la fantaisie des époques précédentes. Un peu plus tôt, en i5o5, Alejo de Vahia modèle les statues de saint Jean et de la Madeleine du grand retable de la cathédrale de Palencia. Pedro de Guadalupe, né à Valladolid en 1 5 1 9, transporte du vieux chœur de ce sanctuaire, au nouveau à peine achevé, les vénérables stalles taillées en 14 10 par Centillas auxquelles, d'un ciseau expert et délicat, il en adjoint vingt nouvelles. C'est à cet artiste qu'est dû le grand retable de la chapelle de los Curas de la cathédrale de Palencia; mais pour ce dernier ouvrage, datant de 1 522, il fit appel à la collaboration de Pedro Manso. Un peu plus tard, un sculpteur anonyme édifie, en bois de noyer, les stalles du monastère du Parralde Ségovie, dans le style de transition de la fin du xV siècle. Elles consistent en dix-sept sièges hauts et en trente-sept sièges bas; les petites montrent, en délicats bas-reliefs, des scènes de l'Apocalypse; les grandes, des figurations de saints. Elles se trouvent aujourd'hui en partie dans l'église de San Francisco de Ségovie et en partie au musée archéologique de Madrid. En i523, Juan Moreto, d'origine florentine, décore la chapelle Saint-Michel de la cathédrale de Jaca et, un peu plus tôt ou un peu plus tard, élève le grand retable de l'église de Saragosse sous le vocable du même archange
(fig. 56). Vers i 529, un artiste inconnu exécute, dans un style qui se ressent encore du xv" siècle, les stalles et les deux chaires de la cathédrale de Palma ; un autre dont le nom n'est pas davantage venu jusqu'à nous, modèle la superbe statue de Lines de Torres, pour le tombeau de ce prélat élevé dans la cathédrale de Malaga. C'est encore à un anonyme que sont dues deux arcatures de bois de noyer conservées au musée archéologique de Madrid, ornées de bas-reliefs représentant une des Vertus théologales, VEspérance^ et le Songe de saint Joseph.
Nous voilà arrivés à Tépoque où la sculpture quintessenciée et subtile, à la mode sur les bords du Tibre et de TArno, abandonnant les véritables données de Part, va prendre, dans les divers royaumes d'Espagne, la place de la sculpture naïve et bonhomme du xv siècle. Elle n'y arrivera néanmoins qu'après de longs efforts; le goût et le tempérament national, profondément naturalistes et individualistes, — nous l'avons répété à satiété — ne se prêteront que bien difficilement aux allé- ,gories alambiquées et lettrées d'importation étrangère. Ces mises en action des Fastes d'Ovide ou des Triomphes de Pétrarque, si prisées en Italie, ne trouveront jamais complètement droit de cité en Espagne.