LA VIERGE ET SAINT JEAN AU PIED DE LA CROIX
(Cloître de San Juan de los Reyes. — Tolède.)
à plein, mais rehaussait seulement les bordures à dessins, soit pour faire saillir des détails ou des accessoires, tels que : lances, attributs, armes, croissants, soit pour aider à faire tourner certaines parties, au besoin même, pour e'tablir des sortes de colorations et d'ombres, à Faide de hachures.
Avant le retable de l'église primatiale de Teruel, Gabriel Joly avait construit, comme nous Pavons dit plus haut, celui de la paroisse Saint-Pierre, de la même ville, composé de cinq corps contenant de nombreux bas-reliefs et de non moins nombreuses statues. Le tabernacle seul, pour sa part, en contient douze, de dimensions réduites, il est vrai. Gabriel Joly est encore Fauteur du grand autel de Téglise de Bela en Catalogne, dans le même style et le même caractère que les précédents. Ce maître mourut en t538 et fut inhumé dans la primatiale de Teruel, contre la porte du chœur. Son œuvre se distingue par une vraie noblesse d^expression dans les têtes et dans les attitudes, une profonde entente de l'ajustement des draperies et une sérieuse connaissance du nu, chose assez rare en Espagne.
Dorénavant, nous aurons bien souvent à nous occuper de ces fastueux retables, spéciaux à la sculpture ibérique, dont les ouvrages de Gabriel Joly sont de remarquables spécimens. La plupart, comme les siens, sont en bois; habitués d'ordinaire à peindre ces retables, ce dont Joly s'était dispensé, les artistes espagnols rencontraient, dans le bois, une matière faite à souhait pour se laisser pénétrer par la couleur et pour tenir la feuille d'or dont ils la recouvraient par place. Enfin, le
bois qui, à un examen superficiel, semblerait devoir être compromis par ses ennemis naturels. Peau, le feu et les vers, résiste en réalité bien mieux au temps que la pierre la plus dure et le bronze le plus soigneusement coulé.
Nombreux encore sont les artistes de la première partie du xvi" siècle, dignes au moins d^une mention : un sculpteur dont le nom n'est pas parvenu jusqu'à nous, taille, en pierre, à Fentrée du cloître de San Juan de los Reyes à Tolède, une croix surmontée de Pemblème du Pélican, accotée à droite et à gauche des statues de la Vierge et de Papôtre saint Jean (fig. 62); Tudelilla, né à Tarragone à la fin du siècle précédent, après être allé en Italie étudier Parchitecture en même temps que la sculpture, est appelé dans la capitale de TAragon, pour élever et décorer avec la collaboration de Miguel de Ancheta, dit-on, le trascoro de la Seo. Cet important ouvrage, du plus pur style Renaissance, montre sur un soubassement en marbres des plus rares, des statues plus grandes que nature et des bas-reliefs consacrés à la vie et au martyre des saints Vincent^ Valère et Laurent^ séparés par douze colonnes d'albâtre richement fouillées, le tout agrémenté de frises, d'architraves, de pinacles et de couronnements d'un goût exquis. Tudelilla mourut en 1 566.
Juan de Badajoz dessine les plans du fameux monastère deBénédictins de San Zoil de Carrion delosCondes, commencé le 7 mars 1 53/ et achevé plus de soixante ans plus tard, le 27 mars 1604, ainsi que nous l'apprend une inscription gravée sur le mur oriental du cloître. Chaque partie de ce cloître est décorée de bas-reliefs et
de médaillons d'une rare délicatesse et d'une exécution superbe, représentant des personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament, des saints de l'ordre de Saint- Benoît, des groupes d'enfants, etc. Sur l'extérieur du monastère d'autres médaillons montrent des figures, presque en pied, de prophètes, de religieux, puis les effigies des fondateurs de la pieuse maison : Don Gome^ Dia^ et sa femme Doha Teresa Mufio^ y Ordohe\^ avec l'écusson de leurs armes.
Il faut citer, parmi les sculpteurs occupés à ces travaux, d'abord : Antonio Morante, originaire de San Cebrian, près de Zamora, qui semble être l'auteur de la statue du Sauveur^ de la façade du cloître, et du Christ à la Colonne de la chapelle, attribué par Ponz à Miguel de Espinosa, auquel on doit certaines autres sculptures de l'édifice; Juan Bello de Sahagun; Juan Mian de Léon; Pedro de Castrillo; Juande Celaya; PedroTorres et Juan de Bobadilla de Palencia, qui achevèrent la décoration du cloître haut; Bernardino Ortiz, Pedro Cicero, qui y mit la dernière main en 1604. Juan de' Badajoz, cité plus haut, est encore l'auteur des délicates arabesques et des spirituels grotesques de la principale façade du couvent de San Marcos de Léon (fig. 63); Pedro Furment, né en Catalogne et mort vers 1540, à l'âge de près de cinquante ans, passe pour être allé en Italie étudier sous la direction des maîtres florentins. La plupart de ses ouvrages ont disparu ou sont détruits. Il nous reste cependant, comme garants de son talent, les beaux bas-reliefs, de marbre, de la cathédrale de Barcelone représentant divers épisodes de la vie de sainte Eulalie. Guillermo Doncel et Orozco exécutent, de
i537 à 1544, pour la 'façade du couvent de San Marcos de Léon, des grotesques et des caprices d'une fantaisie charmante, ainsi qu'une série de trente-huit figures et d'autant de médaillons. Les figures montrent, dans une promiscuité étrange, César, Judith, Charlemagne, Auguste, Alphonse le Chaste, Lucrèce, le Cid, Trajan, Bernard del Carpio, Charles-Quint, Judas, Don Juan, Josué, etc.; les médaillons sont consacrés à la représentation des miracles de saint Jacques. Les côtés de la porte principale présentent des bas-reliefs empruntés à la Passion.
En 1541, Guillermo Doncel entreprend les stalles du chœur de ce même monastère (hg. 64 et 65), qu^il achève en I 543, non pas seul, vu leur importance, mais avec le concours de collaborateurs inconnus, qui travaillèrent sous ses ordres et sous sa direction. C'est encore un des chefs-d'œuvre de ce genre d'ouvrages, que l'Espagne a porté à un si haut point de perfection. Les statues des Pères de V Église, (\m constituent le principal ornement des grandes stalles, sont d'une noblesse et d'une élégance sans égales; les médaillons et les figures qui décorent les petites, ne sont pas moins remarquables; pour les colonnettes, les statuettes, les figurations d'anges, d'enfants, de grotesques, d'animaux, les feuillages, les frises, les moulures qui les accompagnent, ils témoignent d'un goût, d'une fantaisie et d'une perfection dignes de Philippe de Bourgogne et de Berrugueie. Orozco, à la même époque, applique, sur la façade principale du monastère, un superbe bas-relief du Crucifiement , qu'il signe fièrement : « Horozco me fecit ». On lui en attribue un second, la Descente de Croix, qui fait face au premier,
d'un travail au moins aussi beau; mais est-il de lui, on ne saurait Taffirmer. En 1541, Juan Ortin et Pedro Flandes modèlent, pour la cathédrale de Palencia, un superbe pupitre historié. La même année, Esteban Obray, maître maçon et sculpteur, probablement d'origine navarraise, prend part au concours ouvert à Saragosse pour la construction des stalles de la cathédrale del Pilar (fig. 66). Ses projets agréés, il se met à Fœuvre Tannée suivante, après s'être assuré la collaboration de Nicolas Lobato et de Juan Moreto, Fauteur du retable de l'église Saint Michel, dont il a été parlé plus haut. La boiserie del Pilar, achevée en six ans, consiste en cent quinze stalles taillées en chêne de Flandre, ornées de bas-reliefs tirés de la Vie du Christ, accompagnés de motifs décoratifs fortement italianisés, de frises, de frontispices, de couronnements, de socles et de supports, au milieu desquels reviennentfréquemment de petits anges, des animaux fabuleux, des centaures, des vasques, des cassolettes.
Quoiqu'il y ait loin de ces stalles à celles de Philippe de Bourgogne et de Berruguete, de la cathédrale de Tolède, elles offrent, néanmoins, defort beaux morceaux, sans grande homogénité d'ailleurs, ce qui s'explique par la collaboration de trois artistes différents.
A. Gallego, peintre et sculpteur, élève, en 1542, les tombeaux des souverains de Navarre, du monastère de Santa Maria de Najera; en 1546, Gaspar de Tordesillas, disciple de Berruguete, né dans les environs de Valladolid, construit, dans l'église de San Benito el Real de cette ville, le grand retable de la chapelle de San Antonio, qu'il décore de délicates sculptures d'une
ÉPOQUE RENAISSANCE
rare élégance et d'une exquise finesse. En i562, il édifie dans la chapelle de l'église San Antolin, de la ville à laquelle il a emprunté son nom, le tombeau de Don Pedro Gon^ale^ de Alderete, représenté étendu, en armure, sur la dalle sépulcrale de son mausolée, dont Tenfeu est décoré de médaillons et de cariatides du plus heureux effet. Quelques années plus tôt, en i55i, les maestros Tomas et Roberto menuisent les stalles de la cathédrale d'Astorga. En i554, un autre élève de Alonso Berruguete, Geronimo de Valencia, est chargé de renouveler les stalles du chœur de la cathédrale de Badajoz. Ce travail considérable, qu'il mena à bonne fin, consiste en seize stalles hautes et en six plus petites, toutes fort délicatement fouillées. Vers la même époque, un artiste ignoré sculpte la porte en bois qui fait communiquer rintérieur de la cathédrale de Burgos avec le cloître. Cet inestimable joyau consiste en bas-reliefs dont les sujets empruntés à Phistoire sacrée, sont séparés les uns des autres par des jambages chargés de délicieuses figurines et de fines statuettes.