‹ La sculpture espagnoleChapitre 39 sur 82 · FI G. 8 5. — G. FERNANDE Z. — CHRIST EN CROIX · texte numérisé non relu

FI G. 8 5. — G. FERNANDE Z. — CHRIST EN CROIX

(Musée provincial de Valladolid.)

de Beobide et Luis de Llamosa qui aida son maître dans l'exécution des deux retables du monastère] des Bénédictins de Sahagun.

La plupart des productions d'Esteban Jordan, de

Juan de Juni, de Gregorio Fernandez et de leurs confrères et élèves sont en bois; ces artistes ont leculé devant la pierre et le marbre, plus encore devant le bronze. Pour les grands retables décoratifs, ils ont particulièrement usé d'essences résineuses, dont les Arabes leur avaient appris Tusage. Pour la sculpture en ronde-bosse, ils employaient ordinairement le chêne et le noyer; à leur défaut, du cèdre, du cyprès, du pin. Le pin de Cuenca jouissait d'une grande réputation.

Leurs statues sont presque sans exception peintes et dorées. Cette habitude de colorier les ouvrages de sculpture, dont nous avons déjà parlé, exista de tout temps en Espagne, mais ne devint générale qu'a la fin du XVI' siècle. Avant d'être peints et dorés, les bas-reliefs et statues étaient estofados. Sous cette désignation d>^to/ado, dont nous nous sommes déjà servis, il faut entendre la préparation subie par le bois consistant à lui donner une surface polie et li^se comme le marbre ou le métal, considérée comme fort importante. Les peintres les plus renommés ne dédaignaient pas de remplir cet office et celui qui en était le complément, la peinture et la dorure de ces sculptures; les habiles estnfadores jouissaient d'une grande réputation, témoin : Francisjo Gomontes, peintre estofador de la cathédrale de Tolède en i562; Diego Valeniin Diaz, qui remplit cet office auprès de G. Fernandez; Geronimo Garcia de Grenade, qui dans lu première moitié du xvii® siècle, coloriait les statues taillées par son frère Miguel.

Juan Bautista Monegro, comme Esteban Jordan et Juan de Juni, fut, à la foi<, architecte et sculpteur. Né à Madrid ou peut-être à Tolède, d'après le Père Siguenza

ÉPOQUE RENAISSANCR 2of

qui fut son ami, il était demi-frère de Luis de Carbajal et probablement fils de Tarchitecte Alvaro Monegro, que Covarrubias avait chargé de la direction des travaux de la chapelle des Rois Nouveaux à la cathédrale tolédane. On ne sait de qui il fut élève, probablement d'Alvaro Monegro, toujours est-il qu'il acquit rapidement la notoriété et que Philippe II se hâta de lui commander pour l'Escurial les principales statues colossales, en pierre, qui décorent l'extérieur de Téglise du fameux palais-monastère. Il plaça d'abord, sur la porte principale, celle de saint Laurent, en pierre, haute de quinze pieds, tenant d'une main son gril et de l'autre, un livre en bronze doré; puis, sur la façade, les statues, toujours en pierre, plus grandes encore, ornées d'attributs également en bronze doré, des rois Salomon, E^échiaSj Josias, Josaphat et Manassès; enfin celles de mêmes proportions, en marbre, des Evangélistes accompagnés des animaux qui les symbolisent; cette décoration fut achevée en i583. En 1606, le chapitre de la cathédrale de Tolède, après le décès de Nicolas de Vergara, nomma Juan Bautista Monegro son sculpteur ordinaire. En cette qualité il termina, en 1616, la chapelle du Sagrario à laquelle travaillèrent avec lui Giraldo de Merlo, Juan Munoz, Jorge Manuel Theotokopuli, fils du Greco, Agustin Menalte, Bartolome Abril, Francisco de Villafane, Juan Fernandez, Gio- Battista Semeria. Le cardinal Bernardino de Sandoval y Rojaslui témoigna une grande estime, et. c'est grâce à sa protection que Monegro fut désigné pour élever, à Alcala de Henares, la gracieuse église des Bernardines; à Jaen, celle de Sainte-Claire fondée par Don Melchor de

Vera, évêque de Troya, et dans l'église paroissiale de la Guardia, la chapelle et le retable de la Conception, aux frais de don Sébastian de Herrera, chanoine de Tolède et secrétaire de Tarchevêque. Monegro est encore Fauteur de l'ornementation des retables de l'église des Bernardines de Tolède. On lui doit aussi le fameux char triomphal orné de statues, d'attributs et d'autres décorations, qui servit à transporter, en 1616, dans la nouvelle chapelle du Sagrario de la cathédrale, Tirnage miraculeuse de la Vierge ^ en présence de Philippe II. Monegro mourut à Tolède en 1621; le Père Siguenza assure que « ce fut un excellent artiste duquel Tantiquité aurait fait plus de cas, et même l'Espagne, s'il eût été Italien ou fût venu de Grèce ».

Sans être aussi hyperbolique dans la louange, on doit reconnaître que les énormes statues dont il a doté l'église de l'Escurial, sont, malgré leur redondance, d'un bel aspect et d'un grand effet.

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