‹ La sculpture espagnoleChapitre 42 sur 82 · FIG. 88. — MONTANES. — CHRIST EN CROIX · texte numérisé non relu

FIG. 88. — MONTANES. — CHRIST EN CROIX

(Cathédrale de Séville.)

vêtues le plus ordinairement avec un luxe inouï^ si bien que le rôle de Tartiste se bornait presque à leur faire une tête, des mains et des pieds. Chaque personnage appartenant naturellement à Phistoire religieuse avait ses couleurs particulières et réglementaires. Ainsi la Vierge était en vêtements bleus et blancs; le jaune, la couleur des condamnés de Plnquisition, était réservé à Judas dont la barbe, le plus ordinairement, était rouge. Certaines figurations de ce dernier avaient une face si basse et si patibulaire, excitant à un tel point l'aversion du peuple, que dans bien des villes on renonçait à les joindre aux autres statues formant le Paso, de crainte que la mu-ltitude ne les mît en pièces. Mme d^Aulnoy nous apprend qu^on fardait les figures de femmes, qu'on leur mettait du rouge aux joues et aux épaules.

De la statue habillée à la statue pour ainsi dire réelle, il n'y a qu'un pas qui fut vite franchi d'ailleurs dans ce pays de naturalisme suraigu ; aussi trouve-t-on fréquemment, dans les églises et chapelles, des statues avec des yeux en verre ou en émail, ornées de vrais cheveux et de véritables barbes, portant même des ongles naturels. Qui ne connaît le fameux Christ de la cathédrale de Burgos, recouvert, paraît-il, d'une peau humaine, avec sa plaie saignante au côté, imitée avec une si rare perfection, que la statue n'est plus qu'une épouvantable pièce anatomique?

Revenons à Montahes. Une de ses œuvres les plus estimées et tout à fait en dehors de ses travaux habituels, est le projet de statue de Philippe IV qu'il modela au moment où Velazquez peignait le portrait

ÉPOQUE MODERNE

du monarque, à l'intention du sculpteur florentin, Pietro Tacca, pour l'aider à l'exécution de sa fameuse statue équestre de bronze(fig. 89).

M o ntaîîes mourut à Séville,en 1640,3 un âge fort avancé. Si son art est— comme il a déjà été dit — trop souvent brutal et farouche, toujours violent, tant pis; mais ces emportements n'en sont pas moins préférables aux mièvreries et aux fadaises de ses contemporains et confrères italiens. Si le sen-

Gliché Lacoste. Madrid.

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