‹ La sculpture florentineChapitre 31 sur 65 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Xeni

ITendant tout le cours du xvii-' et du xviip siècle l'art du Bemin régna tyranniquement sur l'Italie, sans subir aucun changement notable jusqu'à la venue de Canova. L'école de sculpture italienne, privée d'artistes de génie, s'étiole et meurt.

A ce moment la France, sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV, prend la prédominance littéraire et artistique, et devient à son tour, pour la seconde fois, la directrice de l'Europe. Maïs elle ne le fait qu'en venant s'instruire en Italie à l'école même du Bemin.

De cette école elle laissera tomber tout le côté chrétien, pour n'en retenir que le Sensualisme. Ce Sensualisme que l'Antiquité imposait par toutes ses œuvres d'art, et qui ne pouvait trouver à Rome son libre épanouissement, triompha en France à la cour de Louis XV. De Coysevox jusqu'à Clodion, c'est le règne incontesté de l'art antique dominant en maître sur les ruines de l'art chrétien.

A Rome même, au xvri* et au xviii* siècle, ce sont des frîmçais qui tiennent le premier rang, les Monnot, les Théodon, les Legros, et plus tard les Slodtz et les Houdon. Mais je dois me borner à citer leurs noms. Je n'insisterai pas non plus sur les maîtres italiens qui succédèrent au Bemin, Ercole Ferrata, Rusconi, de' Rossi, Valle, Pîetro Braccï et je me contenterai d'étudier brièvement les maîtres de cette école qui appartiennent à la Toscane. Je les diviserai en deux groupes, ceux qui sont allés à Rome, attirés par les grands travaux que dirigeait le Bernin, et ceux qui sont restés à Florence.

2i8 Les Successeurs du Bemin

Le plus intéressant des toscans qui ont gravité autour du Bernîn est GIULIANO FINELLI, de Carrare (1602-1657), qui aida ce maître dans la plupart de ses travaux, notamment dans la Daphnée, la 5*/' Biiiane et le Baldaquin de S. Pierre. S'étant brouillé avec le Bernin, il se lia avec Pierre de Cortone et s'inspira de la manière élégante de ce délicieux maître. A ce moment il fit à S/* Marie de Lorette une charmante statue de SJ' Cécile qui est son chef-d'œuvre. Mais à Rome ceux qui n'étaient pas des amis du Bernin ne trouvaient pas aisément d'importantes commandes, aussi Finelli se décida-t-il à quitter cette ville et à aller à Naples, où il fit de nombreuses sculptures, notamment les douze Statues de la Chapelle du Trésor de S. Janvier.

Rapprochons de Finelli, son neveu DOMENICO GUIDI (i 625-1 701) dont la production fut énorme. On a de lui, à Rome, la statue du Cardinal Francesco di Bagno à S. Alexis, la Tombe du pape Clément IX à S.** Marie Majeure, l'Ange apparaissant à S. Joseph à l'église S.**** Marie de la Victoire, la Tombe de l'Algarde à S. Jean des Bolonais, la Tombe du cardinal Lorenzo Imperiali à S. Augustin, le bas-relief de l'Autel majeur à S.**" Agnès, etc. - On voit des œuvres de lui en Espagne et en France. Il fit pour Versailles (i 679-1 686), le groupe colossal de la Renommée écrivant les fastes de Louis XIV.

FRANCESCO BARATTA, de Carrare (f 1 666), fut un des meilleurs et des plus fidèles disciples du Bernin. Ses œuvres les plus importantes sont la statue du fleuve le Rio délia Plata, qu'il fit pour la Fontaine de la Place Navone, et l'admirable bas-relief représentant 5*. François recevant les stigmates, qu'il fit à San Pietro în Montorio sous la direction du Bernin.

M. Campori dans son livre, Memorie biograficke degli scûltori, architetti, pittori, nativi di Carrara, cite quinze sculpteurs originaires de Carrare ayant porté le nom de Baratta. Je n'en retiendrai qu'un, GIOVANNI BARATTA (1670- 1747) qui a fait des œuvres très nombreuses et très importantes à Gênes, à Livourne et à Turin, œuvres dont on trouvera la liste dans l'ouvrage de M. Campori. Ce maître est représenté à Florence par un intéressant bas-relief, VAnge conduisant Tobie, de l'église de Santo Spirito, qu'il convient de signaler tout particulièrement, parce qu'il est la seule œuvre qui représente à Florence le style brillant du Bernin.

Les Successeurs du Bemin

ANDREA BOLGI (1605-1656), auquel le Bernin fit le grand honneur de confier l'exécution d'une des statues placées sous la coupole de S. Pierre, la S." Hélène, était un élève de Tacca. « On ne peut comprendre - dit Cicognara - comment un tel artiste a pu obtenir un travail de cette importance, à moins de supposer qu'il l'a obtenu par la recommandation du Bernin, parce que le Bernin voulait être sûr qu'au moins une des statues colossales de S. Pierre serait inférieure à la sienne. Car, Duquesnoy en ayant sculpté une, si les autres avaient été allouées à l'Algarde ou à Legros, il eût été à craindre que la statue sculptée par le prince des architectes et des sculpteurs alors vivants n'eût été la plus mauvaise. Quiconque voit la S." Hélène de Bolgi demeure indigné que dans une telle basilique et dans un lieu si apparent on ait placé une figure si grossière, si vulgaire, sans expression et vêtue d'une façon si étrange. > Avant de venir à Rome Andréa Bolgi avait travaillé à la fonte des quatre Esclaves du Monument de Ferdinand I, à Livourne. A Rome, il travailla sous les ordres du Bernin à la Chapelle de , , . . ,^..

* L Ange conaucsant Tooie, Jt Baralia

San Pietro in Montorio, à la Tombe de la

Comtesse Mathîlde, aux ornements en stuc de l'Eglise de S. Pierre. Attiré à Naples

par Giuliano Finelli, il y mourut de la peste en 1656.

FRANCESCO MOCCHI (1580-1640), qui était aussi originaire de la Toscane, fit la S." Marthe de Sant'Andrea délia Valle et la S.'' Véronique de S. Pierre, une des statues où apparaissent, avec le plus d'exagération, les recherches de mouvement et de draperies flottantes alors à la mode dans l'école du Bernin.

Il ne faut pas confondre avec ce maître un autre artiste qui a porté le même nom, FRANCESCO MOCCHI (•}• 1648), qui est l'auteur des deux grandes statues équestres des Farnèse à Plaisance. Ce Francesco Mocchî était le fils du sculpteur Orazio Mocchi,

Z^s Successeurs d» Bemin

élève de Caccini. Ces statues, influencées par le style du Bernin, sont un nouveau témoignage de la passion des sculpteurs du xvii' siècle pour le mouvement. Elles sont la dernière manifestation de l'école florentine dans l'art des statues équestres.

Les maîtres qui restent à Florence ne trouvent plus à faire de grands travaux et n'ont qu'une existence très effacée.

FERDINAND TACCA (1619-1686), fils de Fietro Tacca, succéda à son père dans sa charge de sculpteur de la Cour des Médicis. Pour connaître sa manière il suffira de regarder le Martyre de S. Etienne (164g- 1655) où l'on voit réunies toutes les audaces et toutes les fantaisies de l'école du Bernin. *'t

ANTONIO NOVELLI (1600- 1602) a fEiit de nombreuses sculptures dont Baldinucci donne la liste. Je ne citerai de lui que les jolis stucs de la salle de la Siufa au Palais Pitti et je rappellerai sa tentative, bientôt abandonnée, de faire revivre la sculpture en terre-cuite émaillée, en imitation des Délia Robbïa.

Après lui le maître le plus important est G. B. FOGGINI, à qui l'on doit les trois grands bas-reliefs de la ChapeUe Corsini. au Carminé {1675-1683), bas-reliefs conçus dans le style pompeux de l'Algarde, et la Tombe de Galilée à l'église Santa Croce, qu'il fit en collaboration avec Giulïo Foggini, Vincenzo Foggini et Ticciatî.

TICCIATI, qui ne nous est que trop connu par les grandes figures en stuc dont il a si malheureusement surmonté le Médire Autel du Baptistère de Florence, fut avec Gîulîo

(i) Voir U gnvtiTe en ttle du dikpitre.

Les Successeurs dit Bemin

Fogg^nî le principal auteur des sculptures de \'Arc de triomphe élevé sur les dessins de l'architecte français Jadod, en 1739, en l'honneur de Franijois II de Lorraine.

Au xvni' siècle un maître s'élève bien au-dessus de tous ceux que nous venons de citer, c'est SPINAZZI, l'élégant et si distingué auteur du Monument de Machiavel, O de la Statue du jurisconsulte Lami à Santa Croce (i 770), de deux Renommées au Palais Pïtti (i 776- 1780) et de VAuge qui accompagne le groupe du Baptême du Christ d'Andréa Sansovino sur une des Portes du Baptistère de Florence. (»*

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