‹ La seconde année: ou, A qui la faute?Chapitre 8 sur 70 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

DENNEVILLE, GERVAULT.

GERVAULT , entrant par la porte à gauche de la cheminée.

Qu'y a-t-il donc, monsieur?

DENNEV1LLE.

Ce qu'il y a? morbleu!... voilà une heure que j'attends Félix... mon valet de chambre; où est-il?

GERVAULT.

Je l'ai vu sortir tout-à-1'heure.

DENNEV1LLE.

Sorti! quand je veux m 'habiller... Et où allait-il?

GERVAULT.

Je l'ignore... Il donnait le bras à Rosine, la petite ouvrière de madame.

DENNEVILLE.

Sortir avec une grisette... lui, un homme marié !

GERVAULT.

Que voulez-vous, monsieur... le mauvais exemple.

. Je le chasserai.

GERVAULT.

Cela n'en vaut pas la peine et j'aime

mieux vous donner moi-même ce qui vous est nécessaire.

DENNEVILLE.

Je ne le souffrirai pas.

GERVAULT.

Si, si, monsieur. (Il va dans le cabinet prendre l'habit de Denneville.) Voici votre habit. DENNEVILLE passe L'habit en répétant plusieurs fois: O jour heureux !.. jour dont la souvenance... (Il se regarde à la psyché.) Ah! quel habit!... une coupe qui a plus de six mois... quand il me faudraii ce qu'il y a de plu3 nouveau,

GERVAOI/T.

Comme vous êtes difficile!... vous qui d'ordinaire n'y regardez pas.

DENNEVILLE.

C'est qu'aujourd'hui, mon ami, aujourd'hui, il s'agit de plaire... à ma femme.

GERVAULT.

Il serait possible !

Et je te demande pardon si je ne suis pas a la conversation... c'est que dans ce moment je fais des vers pour elle.

GEr.VAUI.T.

Des vers! je n'y puis croire encore.

DENNEVILLE.

Ce n'est pas sans peine... Que le diable les

emporte! (11 continue et cherche des vers.)

O jour heureux!... jour dont la souvenance...

(Il va s'asseoir (levant la table, et écrit à mesure qu'il compose.) D'un doux émoi...

Dieu! quel ennui...

D'un doux émoi fait palpiter mon cœur...

Oui, mon cœur! joliment... (Cherchant.)

Jour dont la souvenance...

(A Gervault.) Voyons... donne-moi une rime en

anec.

GERVAULT.

Échéance.

DENNEVILLE.

Allons donc!... Ah!... m'y voici.

Toi dont l'amour... dont la tendre constance...

GERVAVLT.

A merveille.

DENNEVILLE.

Dont la tendre constance...

La coquette! qui ce matin encore... c'est égal...

Dout la tendre constance...

Ont d'un époux assuré le bonheur.

Voilà toujours quatre vers de faits... mais j'ai sué sang et eau.

GERVAVLT, regardant ses mouvements agités.

Je ne sais pas comment font les autres poètes... mais je puis dire cjue pour ce qui est des vers... vous les faites d'une furieuse manière.

DENNEVILLE.

J'entends ma femme... laisse-nous.

GEIIVAVI.T.

Tâchez de ne lui parler qu'en prose... car vous lui feriez peur.

DENNEVILLE, à part.

Allons, tenons-nous sur nos gardes...

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