‹ La seconde conférence de la paix, La HayeChapitre 153 sur 160 · SS LA SECONDE CONFÉRENCE DE LA PAIX · texte numérisé non relu

SS LA SECONDE CONFÉRENCE DE LA PAIX

La onzième et dernière séance plénière de la Conférence du 1 8 octobre fut entièrement consacrée aux discours de clôture.

M. Nelidow prit tout d'abord la parole, et, dans un langage fort élevé, fit un rapide, mais très consciencieux résumé de l'œuvre que la seconde Conférence de la Paix venait d'accomplir :

« Dans la première allocution, dit M. Nelidow, que j'ai eu l'honneur de vous adresser, à la séance d'ouverture de la Conférence, j ai cru devoir indiquer que la tâche qui nous était dévolue ayait en vue deux objets : 1» chercher le moyen de prévenir les conflits armés entre les nations ; et 2», si la guerre a éclaté, en rendre les effets moins pénibles pour ceux qu'elle pourrait atteindre directement ou indirectement.

« Les événements politiques qui se sont déroulés depuis la première Conférence, nous avaient fourni ample matière à délibération en ce qui concerne cette dernière partie du problème que nous avions devant nous. L'insuffisance des arrangements relatifs aux règles de la guerre sur terre élaborés en 1899 s'est manifestée dans le cours des opérations militaires qui ont eu lieu ces huit dernières années. On a pu également constater, combien il serait utile de pouvoir réglementer tant la guerre maritime que la situation des neutres, ainsi que certaines circonstances intimement liées aux conditions que crée la guerre. C'est à ce travail, de nature technique, et souvent fort délicat, que se sont livrées les deuxième, troisième et quatrième Commissions. Ces deux dernières avaient, sous ce rapport, une tâche particulièrement compliquée.

«Et maintenant que nous avons sous les yeux les résultats acquis, ce qu'il y a de plus particulièrement remarquable ce sont les stipulations relatives à la guerre sur mer et à la situation des neutres dans les guerres maritimes. C'est la première fois qu'un essai de codification a été tenté sur ce terrain, et, bien que nolis n'ayons fait qu'un commencement, les bases ont été jetées, et ceux qui seront appelés à continuer notre entreprise, rendront sans doute justice aux ouvriers de la première heure.

« Les progrès réalisés par la Conférence dans le domaine préventif — moyens d'empêcher et d'écarter les conflits internationaux — ont été moins considérables. C'est que sur ce terrain le temps d'expérience a manqué pour attribuer un caractère d'urgence à de nouvelles solutions, et en indiquer des conditions pratiques d'application, universellement reconnues. Les importants projets qui ont été présentés à la première Commission pour l'institution d'un tribunal de justice arbitrale et de l'arbitrage obligatoire étaient issus de combinaisons théoriques qui se sont heurtées dans l'exécution à des difficultés insurmontables. La question de la Cour des prises, au contraire, dont la création s'était révélée hautement désirable, a pu aboutir à une solution satisfaisante qui restera un des monuments de cette Conférence. On peut être assuré qu'elle ne manquera pas de trouver une utile appii-

cation, qui contribuera indirectement à empêcher une plus grande extension des guerres.

« Cependant le travail accompli par la première Commission, sous l'habile et savante direction de son illustre président, pour l'institution tant d'un tribunal permanent que de l'arbitrage obligatoire ne sera pas perdu. Lorsque l'heure viendra de continuer l'œuvre que nous avons entreprise, on consultera avec avidité les procès-verbaux des séances de cette Commission et du Comité d'examen, on y trouvera une étude aussi consciencieuse qu'approfondie de ces questions sous toutes leurs faces, et on y puisera des éléments précieux pour les décisions futures. »

Et M. Nelidow termina son discours par la péroraison suivante, qui mérite d'être citée tout entière :

« Mais ce n'est point là-dedans, Messieurs, que gît, à mon avis, la principale signification de la deuxième Conférence de la Paix. On ne saurait méconnaître qu'une des principales garanties du maintien des rapports pacifiques entre les peuples ne soit la connaissance plus intime des intérêts et besoins réciproques, l'établissement de relations multiples et variées, dont le réseau, toujours plus étendu, finit par créer entre eux une solidarité morale et matérielle, de plus en plus réfractaire à toute entreprise guerrière. La Conférence actuelle a réalisé sous ce rapport le plus grand progrès que l'humanité ait fait dans cette direction. C'est pour la première fois que les représentants de tous les États constitués se sont trouvés réunis pour la discussion des intérêts qui leur sont communs et qui visent au bien de l'humanité tout entière. Avec cela, l'association à nos travaux des représentants de l'Amérique Latine a incontestablement versé dans le trésor commun de la science politique internationale des éléments nouveaux et fort précieux, dont la valeur ne nous était jusqu'à présent qu'imparfaitement connue. De leur côté, les représentants de l'Amérique Centrale et Méridionale ont eu l'occasion de connaître de plus près la situation intérieure, et les relations réciproques des Etats européens, qui, avec leurs institutions diverses, historiquement développées, leurs traditions et leurs particularités individuelles, présentent des conditions politiques sensiblement différentes de celles sous lesquelles vivent et progressent les jeunes peuples du Nouveau Monde. Il y a eu ainsi avantage de part et d'autre à cette connaissance plus intime, et à la collaboration à laquelle la Conférence a donné lieu, et qui constituera un vrai progrès pour l'humanité.

« Nous pouvons donc repousser l'accusation que l'on essaie déjà de jeter contre nous, en prétendant que nous n'avons rien fait pour le maintien de la paix, rien pour le progrès de la solidarité humaine. Il y a sans doute beaucoup à faire encore dans cette voie. Les peuples doivent être éduqués de façon à pouvoir, tout en gardant chacun ses particularités et les traditions qui lui sont chères, apprendre à s'estimer et à s'aimer. Aussi devons-nous bien reconnaître que les voix qui se sont élevées autour de nous et dans la presse connexe à la

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Conférence, pour faire dans ce sens une recommandation aux gouvernements, proclamaient certainement un principe, dont les dirigeants des affaires du monde pourront faire leur profit. Du reste, il est trop tôt pour apprécier à sa juste valeur la signification de ce qu'a fourni la deuxième Conférence de la Paix. La presse qui s'y intéressait a été régulièrement et largement tenue au courant de ses travaux" par les soins du secrétaire-rédacteur. Elle a pu en faire part au monde entier à mesure de leur développement progressif, mais les conclusions en doivent être abandonnées à une appréciation d'ensemble, plus éloignée et partant plus objective. Les vrais amis de' la paix et du développement de l'humanité dans la voie de la solidarité morale, du droit et de la justice, ne manqueront pas de se livrer à ce travail avec sincérité et bonne foi. Puissent leurs efforts servir à arrêter les débordements d'un certain genre de publicité, qui ne vise qu'à exciter, dans des vues intéressées, les nations les unes contre les autres, soufflant la haine, envenimant à dessein les moindres incidents politiques, et créant par là ou aggravant les dangers qui peuvent menacer la paix du monde, au maintien de laquelle nous sommes appelés à travailler.

« Notre œuvre est là. Nous avons tous le sentiment d'y avoir collaboré consciencieusement et d'avoir travaillé de notre mieux. Il ne nous a pas été possible de tout faire. Laissons à ceux qui viendront après nous, le soin de développer ce que nous n'avons pu qu'ébaucher, et de préparer à leur tour, pour les Conférences futures, les éléments des travaux qu'ils n'auront pas réussi à accomplir eux-mêmes. Quant à nous, la Conférence actuelle aura, en tous cas, marqué dans l'histoire de l'humanité, car elle a pour la première fois assumé un caractère universel, en faisant marcher la main dans la main, dans la voie du progrès, les délégués du monde entier.

«Ai-je besoin d'ajouter que, en ce qui me concerne personnellement, je considère comme le plus beau couronnement d'une longue carrière diplomatique, l'honneur qui m'était échu de présider aux travaux de cette assemblée illustre. J'y ai voué toutes mes forces^, j'y ai apporté toute ma meilleure volonté, j'ai été heureux et fier de la concorde qui n'a cessé de régner entre nous durant ces quatre mois, et j'emporte de notre longue collaboration le souvenir le plus glorieux de mon existence. Vous m'avez rendu la tâche faéile, Messieurs, par votre bienveillance, par votre indulgence, et je tiens à vous en offrir à tous ensemble et à chacun séparément, mes remerciements les plus cordiaux. Dois-je mentionner plus particulièrement mes collaborateurs les plus intimes, Messieurs le Vice-Président de la Conférence, les Présidents et Vice-Présidents, Rapporteurs et Secrétaires des Commissions et sous-commissions, et surtout l'infatigable Secrétariat avec son chef le Secrétaire général. Leur rude travail accompli avec ardeur, et secondé par une organisation d'imprimerie admirable, a été un modèle d'ordre, de système et d'exactitude.

« Il nous reste, Messieurs, avant de nous séparer, un dernier devoir

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à remplir, un devoir de cœur par lequel vous voudrez certainement me permettre de clore mes fonctions de Président. Je vous demande la permission d'adresser, au nom de la Conférence, le télégramme suivant à Sa Majesté la Reine des Pays-Bas:

« Au moment de se séparer après avoir achevé leurs travaux, les délégués des Puissances réunis à la deuxième Conférence de la Paix prient Votre Majesté Royale de vouloir bien agréer l'expression respectueuse de leur reconnaissance pour l'auguste intérêt qu'elle n'a cessé de porter à leurs occupations, ainsi que pour la gracieuse hospitalité qui leur a été accordée par le gouvernement néerlandais, et que Votre Majesté a daigné nous promettre également pour l'éventualité des Conférences futures. Ils forment les vœux les plus chaleureux pour Votre Majesté Royale et la prospérité de son règne. »

« Dans une de nos dernières séances, des remerciements ontété exprimés à l'Auguste Initiateur des Conférences de la Paix, S. M. l'Empereur de Russie i. La Conférence voudra, j'espère, rendre aujourd'hui hommage, au président des États-Unis de l'Amérique du Nord, qui le premier avait proposé la réunion de la seconde Conférence, et m'autoriser à lui adresser le télégramme suivant :

« Ayant terminé leurs travaux, les délégués à la deuxième Conférence de la Paix se souviennent avec reconnaissance de la proposition initiale qui a été faite pour sa convocation par le président des Etats- Unis, et lui présentent leurs respectueux hommages. »

« Permettez-moi, enfin, Messieurs, d'offrir l'expression de notre profonde reconnaissance à M. le Président d'honneur de la Conférence, S. Exe. le Ministre des Affaires Etrangères des Pays-Bas, ainsi qu'à tous les organes du Gouvernement Royal dont nous avons, je le crains, abusant de l'hospitalité qui nous était offerte, trop longtemps gêné la libre activité.

« Notre Conférence actuelle entrant ainsi dans le domaine du passé, laissez-moi jeter un coup d'œil dans l'avenir.

«Beaucoup d'entre nous se retrouveront ici probablement dans quelques années à la prochaine réunion mondiale; plusieurs, et je serai sans doute du nombre, n'y paraîtront plus, mais laissez-nous espérer qu'en travaillant à la continuation de notre œuvre commune, vous vous souviendrez avec sympathie de notre collaboration, et enverrez quelquefois une pensée bienveillante à celui qui a eu l'honneur d'y présider, et qui forme les vœux les plus sincères pour le succès des Conférences futures de la Paix, et le développement toujours croissant de la solidarité humaine dans les rapports internationaux basés sur la justice et le droit, »

Ce discours fut à juste titre salué d'applaudissements unanimes. M. de Beaufort,vice-présidentdela Conférence,fitàson tour l'éloge mérité de M. Nelidow, dont il rappela «.le zèle infatigable, le savoir, l'activité, le tact et l'esprit de conciliation ».

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