‹ La seconde conférence de la paix, La HayeChapitre 155 sur 160 · Faguel. Le Pacifisme · texte numérisé non relu

Faguel. Le Pacifisme

rence de la Paix, c'est-à-dire Conférence où seront étudiés les moyens de rendre les guerres plus rares et moins barbares. — Mais pour le public en général, qui croit que des délégués de tous les pays du monde se rendent à La Haye pour supprimer la guerre, combien il serait utile que le titre des futures Conférences de La Haye fût modifié. Si on les appelait Conférences du droit international par exemple, le public saurait quelles questions y sont discutées, quelles règles peuvent y être posées : il comprendrait que ces Conférences ont pour objet de régler les rapports des peuples entre eux, et d'établir les règles que ceux-ci doivent suivre dans leurs relations réciproques. Qu'on donne en un mot aux Conférences de La Haye le titre que l'on voudra, mais si l'on veut éviter qu'à l'avenir comme par le passé le public ne critique de parti pris leur œuvre, il est indispensable de supprimer le titre actuel de Conférence de la Paix qui prête à des interprétations inexactes. A une Conférence de la Paix, le public s'imagine que l'on discute les moyens d'aboutir à la paix universelle. Comme cette insoluble et chimérique question n'est pas en discussion, et que les résultats de la Conférence sont tout différents de ceux qu'attendait et espérait le publiC; il est déçu : il s'indigne du mauvais travail de la Conférence, et lui reproche d'avoir échoué dans sa tâche. Toutes ces critiques sont inexactes ; elles se produiraient beaucoup moins nombreuses et moins vives si le titre des Conférences de la Paix était autre, et si le public, par le titre même qu'elles porteraient, comprenait mieux le but auquel elles tendent.

Ces pages seront sans doute par certains trouvées trop optimistes, et trop favorables à une œuvre qui recueillit au moins dans le public, et dans la presse ignorante plus de blâmes que d'éloges. Qu'on ne croie pas cependant que nous admirions sans réserves l'œuvre accomplie cette année à La Haye, et que nous considérions comme parfaites et définitives les réformes introduites dans le droit international par les quatorze conventions et déclarations qui y ont été signées. Il suffit de lire les observations que nous avons présentées à la suite de chacune des matières dont s'est occupée la seconde Conférence de la Paix pour s'apercevjir que l'œuvre qu'elle a élaborée n'est pas sans défaut, et combien il pourra être utile de l'améliorer. Mais dans des matières aussi délicates que celles qui ont été, cette année et en 1899, étudiées par la Conférence de La Haye, est-il donc possible d'arriver du premier coup à un résultat parfait, et ne s'aperçoit-on pas que ce résultat, qui dépend

de rassenliment de toules les grandes Puissances du monde civilisé, ne peut être obtenu que par des tâtonnements successifs. La première Conférence de 1899 avait une lourde tâche : elle s'en est acquittée de son mieux, et ce ne fut pas sans difficultés qu'elle est parvenue à s'organiser : il y avait là dix-neuf Puissances, aussi dissemblables que possible les unes des autres, s'ignorant, ne sachant comment travailler ensemble : ces dix-neuf Puissances étaient parvenues cependant à élaborer trois Conventions, qui n'étaient que les premiers jalons placés sur la longue route qu'il fallait parcourir. Codifier les diverses parties du droit international public, jusqu'alors régi par le seul usage, — usage variant suivant les pays et les coutumes — était une tâche qu'il était impossible de mener à bien pendant les deux mois que dura la première Conférence. L'œuvre accomplie fut incomplète, et imparfaite : la seconde Conférence, qui dura quatre mois, améliora l'œuvre de 1899, et commença l'étude de questions nouvelles dont ne s'était pas occupée sa devancière. Ces questions nouvelles, elle ne put toutes les solutionner : celles qu'elle codifia devront être à nouveau examinées par la prochaine Conférence. Des points importants n'ont pu être réglés, soit parce que l'entente n'a pu se faire cette année, soit parce que le temps a fait défaut. La troisième Conférence aura pour objet d'améliorer l'œuvre de la seconde Conférence, et de la compléter, de même que la seconde Conférence a amélioré et complété l'œuvre de la première. Les Conférences de Paix codifieront ainsi lentement, par étapes successives, le droit international public tout entier, et réglementeront les rapports des peuples, comme sont réglemantées par les Godes nationaux les relations réciproques des individus.

Qu'on ne dise pas que la troisième Conférence de la Paix n'aura pas lieu, parce que ces devancières ont prouvé leur insuffisance et ont fait faillite. Elles n'ont faite faillite que pour ceux-là qui se trompent sur le but qu'elles poursuivaient ; pour ceux qui connaissent ce but, elles méritent des critiques pour l'insuffisance des reformes qu'elles ont pu opérer, mais elles méritent aussi des éloges simplement pour avoir opéré des réformes même insuffisantes. Parce que la première et la deuxième Conférence ont commencé la codification du droit international public, elles seront suivies sans nul doute de Conférences futures qui compléteront l'œuvre commencée par elles ; peut-être que dans les six ou sept années qui nous séparent de la troisième Conférence de la Paix, le public aura com-

pris la valeur de l'œuvre accomplie à La Haye, et ce qu'il peut et doit attendre des Conférences futures. Peut-être aussi, comprendra-ton que pour que la troisième Conférence de la Paix puisse faire œuvre utile — œuvre plus utile encore que ses devancières, il est indispensable de tenir compte du sixième vœu exprimé dans l'acte final du 18 octobre 1907 ; il est indispensable qu'environ deux ans avant l'époque probable de la réunion, un Comité préparatoire soit chargé par les gouvernements de recueillir les diverses propositions à soumettre à la Conférence, de rechercher les matières susceptibles d'un prochain règlement international, et de préparer un programme que les gouvernements arrêteraient assez tôt pour qu'il puisse être sérieusement étudié dans chaque pays. Le Comité devrait être en outre chargé de proposer un mode d'organisation et de procédure pour la Conférence elle-même.

En émettant ce vœu, la seconde Conférence n'a pas craint de rappeler l'une des faiblesses dont elle avait été atteinte : ne connaissant que le programme russe, l'ayant insuffisamment étudié, munis d'instructions incomplètes, les délégués sont arrivés à La Haye sans savoir exactement les questions qui devaient y être étU' diées. Pendant les trois premières semaines de la Conférence, ils ont déposé des propositions ou des amendements fort nombreux sur les sujets les plus divers, que le secrétariat devait par la suite classer, faire imprimer et distribuer ; il en est résulté' un grand retard dans l'organisation de la Conférence : celle-ci a en quelque -Sorte piétiné, et le travail actif n'a guère commencé dans les divert ses Commissions que le 20 ouïe "25 juillet, plus d'un mois après l'ouverture de la Conférence. Si toutes les propositions avaient été déposées et imprimées avant l'ouverture de l'Assemblée, celle-ci eût pu les discuter plus méthodiquement et plus vite : l'organisation de la Conférence eût été plus rapidement réglée, et une grande perte de temps évitée. 11 convient donc de souhaiter, comme l'a lait la seconde Conférence, qu'un Comité spécial prépare les tra: vaux de la troisième Conférence, et soit chargé avant la réunion de celle-ci de tout le travail qui fut confié cette année au secrétariat général. Celui-ci ne mérite que des éloges pour l'activité et l'intelligence qu'il a déployées dans la tâche ingrate qui lui était confiée ; il n'a pu cependant faire l'impossible, et malgré toute sa bonne volonté, par la force même des choses, la Conférence fut lente à s'organiser.

Organisée, elle fut lente à délibérer, et il faut souhaiter aussi

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