‹ La seconde conférence de la paix, La HayeChapitre 18 sur 160 · SÉANCE DOUVERTURE DE LA CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

SÉANCE DOUVERTURE DE LA CONFÉRENCE

(15 juin 1907).

La première Conférence de la Paix s'était tenue à la Maison Royale du Bois (Huis len Bosch) distante d'environ 2 kilomètres de La Haye :1a grande salle de cet ancien château royal, actuellement transformé en musée, la salle d'Orange, célèbre dans l'histoire de la Hollande, avait été aménagée pour servir aux délibérations de l'Assemblée internationale. Cette année, on dut chercher une autre salle, et le choix du Gouvernement néerlandais se porta sur la grande salle des Chevaliers, située dans le Binnenhof, au centre môme de La Haye.

Une double raison dicta la décision du Gouvernement royal : la Maison du Bois sembla trop éloignée des diverses résidences des plénipotentiaires : la plupart avaient en effet fait connaître qu'ils descendraient à Scheveningen, qui, au bord de la mer, distant de 4 kilomètres de La Haye, constitue un séjour d'été plus agréable que l'antique et un peu malsaine capitale. Le Gouvernement hollandais trouva à juste titre que Scheveningen était bien loin du Huis len Bosch, et que même pour les délégués qui résideraient dans les aristocratiques hôtels de La Haye, ce serait une grande perte de temps — on s'en était aperçu en 1899 — que d'avoir à se rendre chaque jour à la Maison du Bois.

Une autre raison plus importante obligea le Gouvernement néerlandais à ne pas réunir à nouveau la Conférence dans la salle d'Orange : celle-ci pouvait contenir les cent délégués de la première Conférence:elle nepouvait contenir les cent soixante-quinze de la seconde. Aussi, le gouvernement fit-il aménager dans le Binnenhof, vaste assemblage de bâtiments de toute époque et de tous styles que borde la calme pièce d'eau du Vyver, la salle des Chevaliers où se tiennent habituellement les États généraux hollandais.

Si avec ses peintures célèbres, Hercule et Minerve ouvrant les portes du temple de Janus, fermé par la guerre, au génie de la

Paix, la salle d'Orange était bien faite pour inspirer les délégués au milieu de leurs austères travaux, la salle des États généraux devait donner à ceux-ci, avec peut-être moins de poésie, mais plus de confort, l'impression du calme et de l'aisance. La salle d'Orange était obscure : la salle des Chevaliers, bien éclairée par de larges baies qui laissaient passer toujours la lumière, et parfois le soleil quand il lui plut de se montrer ; la salle d'Orange, surmontée d'une coupole, était à pans coupés, presque ronde :1a salle des Chevaliers est longue et régulière : son plafond, cintré comme une voûte d'église, est à poutres apparentes : au fond, face à rentrée, une cheminée monumentale qui occupe presque toute la largeur de la salle ; à droite de cette cheminée, un escalier montant à différentes salles qui serviront aux séances de commissions et de sous-commissions. Les murs sont, au-dessous des fenêtres, recouverts de riches tapis persans, aux fonds vert, rouge ou bleu. A l'autre extrémité de la salle, au-dessus de la porte d'entrée, une tribune, réservée au public età la presse qui, contrairement au précédent de 1899 seront admis à certaines séances. La salle elle-même est pourvue de confortables sièges en bois, du meilleur style hollandais ; devant ces sièges, des tables recouvertes des inévitables tapis verts. Le bureau présidentiel est au fond de la salle, près de la cheminée, surélevé de quelques marches.

La séance d'ouverture de la seconde Conférence, le 15 juin, était annoncée pour trois heures. Dès deux heures, la grande Cour du Binnenohf,sur laquelle s'ouvre la salle des Chevaliers, était garnie d'un public discret et tranquille, — nous sommes en Hollande, pays septentrional, et Ton attend l'ouverture d'une Conférence de Paix, — facilement maintenu à distance par un peloton de la garde royale. Quelques privilégiés fendent les rangs de cette foule, et pénètrent, munis de cartes obtenues par l'entremise de leurs légations, dans la salle des Chevaliers. Des journalistes nombreux, des photographes, attendent l'arrivée des délégués, auxquels ils essaient dès leur descente de voiture de prendre dos interviews: mais ceux-ci se dérobent à leurs solliciteurs importuns, et montent les quelques marches, recouvertes d'un tapis rouge, et abritées par un auvent de forme pittoresque, qui conduisent au seuil de la grande salle. Les journalistes entrent à leur tour, et commencent à prendre des notes sur ce qu'ils voient et ce qu'ils ne voient pas : on se montre les robes claires des Chinois, les fez rouges des Turcs, les uniformes de quelques délégués navals : à part ces notes claires, on ne voit que

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redingotes noires, et chapeaux haute forme. On entend parler toutes les langues ; des poignées de mains nombreuses sont échangées entre nouveaux et anciens collègues : les Japonais voisinent avec les Russes et les Américains, les Français avec les Allemands: la paix règne...

A trois heures M. Van Têts van Goudriaan, ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas, se dirige vers le fond de la salle, et gagne le fauteuil présidentiel : à côté de lui prennent place MM. de Beaufort, premier délégué des Pays-Bas, et ancien ministre des affaires étrangères en 1890, et Nelidow, premier délégué de Russie et ambassadeur à Paris. Les délégués gagnent alors les sièges qui leur avaient été réservés ; les délégations allemande, nord-américaine^ argentine, austro-hongroise, belge, bolivienne, brésilienne, bulgare, chilienne et chinoise occupent tout le côté droit de la salle ; les délégationsnéerlandaise, péruvienne, persane, portugaise, roumaine, russe, du Salvador, serbe, siamoise, suédoise, suisse, turque, uruguayenne, vénézuéhenne, le côté gauche ; le centre est occupé par les autres délégations placées également par ordre alphabétique : la délégation française se trouve placée au premier rang, la plus proche du bureau présidentiel '.

Quand tous les délégaés eurent gagné leurs sièges, M. Van Tels van Goudriaan se leva, ouvrit la séance et prononça un très solennel discours de bienvenue. Ce discours était conçu dans des termes identiques à celui qu'en 1899 M. de Beaufort, alors ministre des Affaires étrangères, avait lu, lors de l'ouverture de la première Conférence. Comme M. de Beaufort, M. Van Têts van Goudriaan exprima

1. On voit que les diverses délégations ont été placées jiar ordre alphabétique selon une ligne partant de la droite du bureau présidentiel( Allemagne), descendant jusqu'au fond la salle (Chine), remontant au centre une première travée (en haut de laquelle près du bureau présidentiel la France), descendant une deuxième travée (au bas de laquelle au fond de la salle l'Italie), remontant une troisième travée (en haut de laquelle près du bureau présidentiel le Paraguay) et redescendant enfin à gauche du bureau présidentiel (Pays-Bas) jusqu'au fond de la salle (Venezuela). — La disposition de la salle fut par la suite transformée. Le bureau présidentiel fut transporté adroite, à remplacement primitivement occupé par les délégations argentine, austro-hongroise et belge. Les emplacements accordés à chaque délégation furent naturellement modifiés mais on conserva l'ordre alphabétique qui avait servi à établir le plan originaire de la salle : la délégation allemande se trouva toujours à la droite du bureau présidentiel et la délégation néerlandaise à la gauche. Au centre, les délégations de France et du Paraguay continuèrent d'occuper le premier rang.

au nom du Gouvernement des Pays-Bas « ses èentiments de pro- « fond respect et de sincère reconnaissance envers l'Auguste Sou- « verain qui a pris l'initiative de la Conférence »: il offrit également « le tribut de la gratitude de l'Assemblée à l'éminent homme d'État « qui préside aux destinées des États-Unis d'Amérique ». Puis, ayant rappelé les services rendus par la première Conférence de 1899, il fit l'historique de la salle des Chevaliers, comme M. de Beaufort avait fait jadis celui de la salle d'Orange. « J'ai, dit-il en ter- « minant, deux propositions à vous faire : d'abord de présenter à « S. M. l'Empereur de toutes les Russies nos respectueux homtnages « par la voie télégraphique et dans les termes suivants: « Au début « de ses travaux, la deuxième Conférence de la Paix dépose aux pieds « de Votre Majesté ses respectueux hommages et lui exprime sa pro- « fonde reconnaissance d'avoir pris l'initiative de continuer Vœuvre « commencée en 1899. La Conférence prie Votre Majesté de vouloir « bien être convaincue de son profond désir de travailler de toutes ses « forces à V accomplissement de la tâche aussi délicate qu^ardue qui « lui a été confiée. » (Assentissement unanime.)

« Je déduis de vos applaudissements l'unanimité de votre assen- « timent.

« Je ne doute pas que ma seconde proposition ne réunisse égale- « ment tous vos suffrages.

« Je me permets donc d'exprimer le vœu de voir déférer la pré- « sidence de l'Assemblée à l'ambassadeur de S. M. l'Empereur de «toutes les Russies, S. E. M. Nelidow, dont la grande expérience « des affaires et les qualités éminentes » — ces mêmes termes avaient en 1899 servi à M. de Beaufort pour qualifier les talents de M. de Slaal — « contribueront à faciliter vos travaux » (Assentiment unanime.)

« En présence de l'acceptation unanime de ma proposition, je « prie S. E. M. Nelidow, ambassadeur de Russie à Paris et premier « délégué, de vouloir bien prendre la présidence et d'occuper à cet « effet le fauteuil présidentiel. »

M. Van Têts Van Goudriaan, se retira alors et prit la place de M. Nelidow qui s'assit au fauteuil présidentiel.

La nomination projetée de M. Nelidow comme président de la seconde Conférence n'avait pas été sans susciter quelques difficultés. Divers États avaient, en effet, exprimé leur désir de voir donner la présidence de l'assemblée non i\ un délégué russe, mais à un délégué nord-américain, M. Choate ou M. Porter. Il était en effet

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tout naturel en 1899, que la présidence fût confiée au premier plénipotentiaire russe : on rendait ainsi hommage à l'Empereur Nicolas qui avait pris l'initiative de réunir la Conférence. Mais, cette année, la situation était différente : c'était le Président Roosevelt qui avait eu le premier l'idée d'une seconde Conférence de la Paix: n'était-il pas juste que ce fût un de ses représentants qui occupât le fauteuil présidentiel ?

Les chancelleries n'en décidèrent point ainsi : on fit remarquer que par ses deux circulaires de 1898, l'Empereur de Russie devait être considéré comme l'initiateur de toutes les Conférences de Paix : le Cabinet de Washington s'inclina, comme il s'était déjà incliné devant la demande du baron de Rosen d'autoriser l'Empereur Nicolas à dresser, aux lieu et place du Président Roosevelt, le programme de la seconde Conférence.

Si les raisons devant lesquelles s'est incliné le Cabinet de Washington ne semblent pas absolument convaincantes, il faut reconnaître qu'aucun délégué n'eut dans la suite à regretter la présidence de M. Nelidow. Celui-ci fut le digne successeur de M. de Staal qui avait dirigé avec une haute compétence et une douce autorité les travaux de la première Conférence.

M. Nelidow, était, en effet, mieux placé qu'aucun autre délégué pour mener à bien la lourde tâche de présider une assemblée internationale. Quoiqu'il ne fût pas pas le doyen d'âge des membres de la Conférence, sir Edward Fry, premier délégué de la Grande-Bretagne comptait quatre-vingts ans et M. Beernaert, premier délégué de Belgique, soixante-dix — M. Nelidow était parmi ses collègues le doyen d'ancienneté dans la carrière ^diplomatique. 11 se signala dès 1878 lors des négociations entre la Russie et la Turquie qui aboutirent au traité de San-Stephano : la rédaction même du traité fut en grande partie son œuvre. 11 occupa les postes diplomatiques les plus importants: Conslantinople, Rome et Paris, où il est actuellement encore ambassadeur. En 1905, lors du traité de Portsmouth qui mit fin à la guerre russo-japonaise, il fut désigné par l'Empereur Nicolas pour aller débattre les conditions de la paix. M. Nelidow s'excusa, son état de santé ne lui permettant pas de supporter la traversée: il désigna à l'Empereur pour le remplacer, M.' Witte. Les faits ont prouvé que M. Nelidow ne s'était pas trompé dans son choix *.

l. Courrier de la Conférence, 15 juin. Le Courrier de la Conférence est une l'cuille quotidienne qui parut à La Haye pendant toute la durée de la Conférence.

M. Nelidow apporta dans son rôle de Président, une habileté et un tact parfaits : ii sut pendant les quatre mois que dura la Conférence ne froisser aucune susceptibilité. Il fit ses débuts, dans le rôle difficile et nouveau pour lui, qui lui incombait, le jour même de l'ouverture de la Conférence, en prononçant un éloquent discours, en réponse à celui par lequel M. Van Têts van Goudriaan lui avait remis la présidence de l'Assemblée.

Il proposa tout d'abord à l'agrément de la Conférence — qui l'accepta — le choix de M. Van Têts van Goudriaan comme président d'honneur de l'Assemblée, et de M. de Beaufort comme viceprésident ; il demanda ensuite a être autorisé à envoyer au nom de la Conférence à S. M. la Reine des Pays-Bas le télégramme suivant: « Les repvésenlanls de quarante-cinq Etats réunis à La Hayepour la « seconde Conférence de la Paix ont l'honneur de déposer aux pieds de « l'otre Majesté Royale Vexpression de leur reconnaissance pour l'accu cueil gracieux qui leur est fait dans sa résidence en même temps « que l'hommage de leur très respectueux dévouement. »

Après avoir rappelé quelle part revenait dans la convocation de la Conférence « au chef éminent de la grande Confédération nord- « américaine, dont les élans généreux s'inspirent toujours des plus « nobles sentiments de justice et d'humanité », M. Nelidow indiqua aux délégués la double tâche que, d'après le programme russe, ils avaient à remplir : « Il s'agit d'un côté de rechercher les moyens « de régler à l'amiable les différends qui peuvent surgir entre les « Etats et de prévenir ainsi des ruptures et des conflits armés. H « faut tâcher d'autre part, si la guerre a éclaté, d'en adoucir les « charges tant pour les corùbatlants que pour ceux qui pourraient « en être indirectement atteints. » M. Nelidow rappela l'œuvre accomplie sur ces deux points par la première Conférence, et les services inappréciables pour la cause de la civilisation et de la paix qu'ont déjà rendus la cour permanente d'arbitrage et les commissions d'enquête : la seconde conférence doit persévérer dans la voie ouverte par sa devancière. Les résultats obtenus doivent servir d'encouragement à donner à l'œuvre déjà réalisée un plus large développement. « Tous les amis de la civilisation suivent avec un « sympathique intérêt les progrès des institutions internationales, « issues de la première Conférence de la Paix et un généreux « citoyen des États-Unis a môme fait don d'une fortune pour édi- « fier ici un somptueux palais où elles aient leur siège permanent. « C'est à nous, dit M. Nelidow, de les rendre dignes de cet acte de

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« munificence, ce qui sera aussi un moyen de témoigner notre gra- « titude à M. Carnegie.

« Toutefois, ajouta M. Nelidow en terminant, ne soyons pas trop ambitieux » — et les phrases qui suivent, sont peut-être l'expression de la pensée moins du président de la Conférence que du premier délégué de la Russie :« N'oublions pas que nos moyens d'ac- « tion sont limités, que les nations sont des êtres vivants tout « comme les individus qui les composent ; qu'elles ont les mômes « passions, les mômes aspirations, les mêmes défaillances, les « mômes entraînements. Que si dans la vie quotidienne les organes « judiciaires, malgré la sévérité des sanctions dont ils sont munis, « ne parviennent pas à empêcher les querelles, les rixes et les vio- « lences entre individus, il en sera également de même parmi les « nations, quoique les progrès de la conciliation et l'adoucissement « progressif des mœurs devront certainement en diminuer les cas. « N'oublions surtout pas, qu'il y a toute une série de causes où « l'honneur, la dignité et les intérêts essentiels sont engagés pour « les individus comme pour les nations, et où les uns comme les « autres ne voudront jamais, quelles qu'en soient les conséquences, « reconnaître d'autre autorité que celle de leur propre jugement et « de leur sentiment personnel. .Mais que cela ne nous décourage pas « à rêver à l'idéal d'une paix universelle et d'une fraternité des peu- « pies, qui ne sont après tout que des aspirations naturelles et supé « rieures de l'âme humaine, La condition essentielle de tout progrès « n'est-elle pas la poursuite d'un idéal vers lequel on tend toujours « sans pouvoir jamais y arriver. Un but tangible une fois atteint « arrête l'élan, tandis qu'il faut pour le progrès de toute entreprise « le stimulant continu de l'aspiration vers quelque chose de plus « élevé. Excelsior est la devise du progrès. Mettons-nous donc bra- « vement à l'œuvre ayant, pour nous éclairer la voie, l'étoile lumi- « neuse de la paix et de la justice universelles à laquelle nous n'ar- « riverons jamais, mais qui nous guidera toujours pour le bien de « l'humanité. Car ce que dans les modestes limites de nos moyens « nous pourrons faire pour les individus en leur allégeant les charges « de la guerre et pour les Etats en leur évitant des conflits, ce seront « autant de titres que nous aurons acquis, pour les gouvernements « que nous représentons, ;\ la reconnaissance de l'humanité. »

Des applaudissements nombreux saluèrent cette éloquente péroraison .

M. Nelidow s'assit alors, et invita la Conférence à désigner son

secrétariat. Sur la proposition de M. Nelidow, furent choisis comme secrétaire général:

M. Doude van Troostwijk, ministre-résident de S. M. la Reine des Pays-Bas.

Comme secrétaire général de rédaction:' le conseiller d'Etat actuel, M. Prozor, délégué technique de Russie.

Comme secrétaires, les secrétaires ou conseillers d'ambassade suivants :

MM. Delvincourt (France); van Royen (Pays-Bas) ; Oudendijk (Pays- Bas); Comte de Lichtervelde (Belgique); Margaritescu-Grecianu (Roumanie); Jonkheer van Vredenburch (Pays-Bas); Crommelin (Pays- Bas); Bailly-Blanchard (États-Unis); Jarousse de Sillac (France); Sporttorno (Espagne); Baron Nolde (Russie); Mandelstam (Russie); Loris-MélikolT (Russie) ; Baron Clauzel (France); Selby (Grande-Bretagne); Lieutenant de vaisseau Putman-Cramer (Pays-Bas); Baron G. Guillaume (Belgique) '.

Après ces diverses nominations, M. Nelidow leva la séance.

1. A la deuxième séance plénière du 19 juin, ont été adjoints au secrétariat général MM. Nagaoka (Japon); Donker Curlius; Jonkheer G. de Jonge ; Jonkheer van Swiuderen; Jonkheer G. van Têts van Goudriaan (Pays-Bas).

(19 juin 1907)

SECONDE SÉANCE DE LA CONFÉRENCE {19 juin 1907).

La seconde séance de la Conférence se tint le 19 juin: elle eut lieu à huis clos, au grand désappointement des quelques personnes qui avaient été admises à la première séance, et de plus nombreux journalistes en quête de nouveautés sensationnelles.

M. Nelidow, président, donna tout d'abord lecture du télégramme suivant « que S. M. la Reine des Pays-Bas avait daigné lui adres- « ser en réponse au message de la Conférence »: « /e suis heureuse de voir à La Haye les représenlants des différents Etals réunis pour la seconde Conférence de la Paix. En remerciant votre Excellence des sentiments dont Elle a été V interprèle, je lui exprime tous mes vœux pour le grand hut que la Conférence se propose. — Wilhelmina. »

M. Nelidow lut également le télégramme suivant, « par lequel S. M. l'Empereur de Russie avait bien voulu répondre au télégramme de S, E. M. le ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas ». « Très touché des sentiments contenus dans votre télégramme, je tiens à exprimer à la deuxième Conférence de la Paix mes souhaits de succès dans la noble tâche qui lui est confiée. — Nicolas. »

Après que M. Nelidow eut prié les délégués de déposer leurs pleins pouvoirs au secrétariat général afin de ratification dès qu'ils les auraient en leur possession, et, par une courte allocution, fait l'éloge de feu le baron de Staal, qui avait présidé la Conférence de 1899, on en vint à la question du Règlement. L'Assemblée étant fort nombreuse, « il a paru utile, dit M. Nelidow, pour la régularité de ses travaux d'élaborer un projet de règlement ». Le projet préparé était ainsi conçu :

Article 1«'.

La deuxième Conférence de la Paix est formée de tous les plénipotentiaires et délégués techniques des puissances signataires ou adhé-

rentes des Conventions et actes signés à la première Conférence de la Paix de 1899. ^

Art. 2.

Après la formation de son bureau, la Conférence constituera des Commissions pour l'étude des questions comprises dans son programme.

Les plénipotentiaires des puissances sont libres de s'inscrire dans les listes de ces Commissions selon leurs propres convenances et de désigner les délégués techniques qui y prendront part.

Art. 3.

La Conférence nomme le président et les vice-présidents de chaque Commission.

Les Commissions nomment leurs secrétaires et leur rapporteur.

Art. 4.

Chaque Commission aura la faculté de se diviser en sous-commissions qui constitueront elles-mêmes leur bureau.

Art. 5.

Un comité de rédaction pour la coordination des actes votés par la Conférence et leur composition finale sera également nommé par la Conférence au début de ses travaux.

Art. 6.

Les membres des délégations sont tous autorisés à prendre part aux délibérations dans les séances plénières de la Conférence, ainsi que dans les Commissions dont ils font partie. Les membres d'une même délégation peuvent se remplacer les uns les autres.

Art. 7.

Les membres de la Conférence assistant aux séances des Commissions dont ils ne font pas partie n'ont le droit de prendre part aux délibérations que sur une autorisation ad hoc des présidents des Commissions.

Art. 8.

Dans les scrutins chaque délégation ne dispose que d'une voix.

Le vote a lieu par appel nominal, opéré dans l'ordre alphabétique des puissances représentées.

La délégation d'une puissance peut se faire représenter par celle d'une autre.

Les sept premiers articles du règlement ci-dessus furent adoptés sans discussion. Au moment do la lecture de l'article 8, le premier délégué anglais sir Edward Fry déclara s'opposer à la disposition contenue dans le paragraphe .3. « La Conférence, dit- il, est une « assemblée délibéraliveet par conséquent une délégation qui n'a pas « pris part aux délibérations ne peut pas prendre part au vote. »

Le baron Marschall, premier délégué d'Allemagne, déclara partager entièrement la manière de voir de la délégation de la Grande-

Bretagne, « une délégation qui veut voter doit être présente ». M. Bourgeois, premier délégué de France,fit observer que le troisième paragraphe delarticle 8 avait eu certainement pour but dans la pensée du bureau, de donner plus de facilités matérielles au travail. « Mais il suffit, dit-il, qu'une préoccupation se soit mani- « festée à cet égard au sein de la Conférence pour qu'il en soit tenu « compte et que l'alinéa disparaisse, »

M. Nelidow consulta alors la Conférence sur la suppression de l'alinéa 3 en discussion : cet alinéa fut supprimé, tandis que les alinéas 1 et 2 de l'article 8 étaient seuls adoptés.

Les articles suivants furent adoptés sans motiver aucune observation.

Art. 9.

Les décisions de la Conférence sont ou des résolutions ou des vœux. Les premières sont des décisions prises à l'unanimité des voix ; les seconds sont l'expression des opinions des votants qui n'établissent aucune obligation juridique.

Art. 10.

Toute proposition d'une résolution ou d'un vœu à discuter par la Conférence doit, en règle générale, être remise par écrit au président, imprimée et distribuée avant d'être mise en discussion.

Art. 11.

Le public pourra être admis aux séances plénières de la Conférence avec des cartes distribuées par les soins du secrétariat général avec l'autorisation du président.

Le président peut toujours décider que la publicité n'aura pas lieu pour des séances déterminées.

Art. 12.

Les procès-verbaux des séances plénières de la Conférence et des Commissions donnent un résumé succinct des délibérations.

Ils seront remis en épreuve aux membres de la Conférence en temps utde et ne seront pas lus au commencement des séances.

Chaque délégué a le droit de demander l'insertion in extenso de ses déclarations officielles d'après le texte remis par lui au secrétariat et de faire des observations sur les procès-verbaux.

Art. 13. Les rapports des Commissions seront imprimés et remis aux membres de la Conférence avant d'être discutés en séance plénière.

Art. 14.

La langue française est reconnue comme langue officielle pour les délibérations et les actes de la Conférence.

Les discours prononcés dans une autre langue seront résumés oralement en français par les soins de l'orateur lui-même d'accord avec le secrétariat général.

L'ensemble du projet dérèglement, modifié par la suppression du troisième alinéa de l'article 8, fut alors déclaré adopté à l'unanimité.

Les articles ci-dessus du règlement de la Conférence sont assez clairs et précis pour se passer de tout commentaire. L'article 10 appelle seul une très courte remarque: en 1899, la Conférence avait eu lieu à huis clos : à aucune séance, le public n'avait été admis. Aucun renseignement n'avait été transmis officiellement k là" presse, et tous les comptes rendus donnés par les journaux émanaient de sources officieuses : certains délégués s'étaient départis du secret auquel M. de Staal, au début de la Conférence, avait cru devoir les assujettir et communiquaient des renseignements plus ou moins précis et plus ou moins complets aux agences de presse et aux reporters. Les documents les moins secrets, ceux dont la divulgation ne pouvait créer aucun courant d'opinion nuisible, portaient cependant les mentions de confidentiel, absolument confidentiel, ou secret.

La délégation américaine avait protesté vivement contre ce mystère dans lequel on entendait faire vivre la Conférence : sa protestation n'eut en 1899 aucun effet. Mais cette année, elle la renouvela, et son désir de voir la Conférence poursuivre ses travaux non dans l'ombre, mais au grand jour fut partagé par plusieurs autres délégations : on pensa que le public, renseigné exactement sur les travaux de l'Assemblée, s'intéresserait davantage à ceux-ci et ne manifesterait plus à leur égard, du jour où il les saurait publics, la défiance qu'il avait montrée tant qu'il les avait sus secrets. — Cependant, on trouva — à juste titre — impossible d'admettre le public et la presse à toutes les séances de la Conférence : entendus par des journalistes, une discussion, un simple échange de vues entre deux ou plusieurs délégués au cours d'une séance de commission ou de sous-commission, pourraient être commentés, grossis et dénaturés: les faits les plus minimes pourraient devenir la cause de conflits, et si la presse doit tout savoir, il est quelquefois indispensable de ne lui apprendre les choses qu'avec des ménagements et sous certaines formes. Du reste, la presse n'avait été admise jusqu'ici à aucune Conférence internationale, et le parti auquel la Conférence se rangea — parti intermédiaire entre les rares partisans d'une publicité absolue des débats et les adeptes plus nombreux (moins cependant qu'en 1899), du secret — fut sage et donna d'heureux résultats. Le public ', malgré la réserve insérée dans l'alinéa 2

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