‹ La seconde épitre aux CorinthiensChapitre 101 sur 117 · XI, 30. (XI, 31-XII · texte numérisé non relu

XI, 30. (XI, 31-XII

qu’il eût bien sujet de le faire, s’il le voulait ! IL s’est vanté de ses souffrances — les adversaires n’ont certes pas de tels états de service à faire valoir, — c’est-à-dire des choses qui, extérieurement, l’abaissent: que serait-ce s’il voulait se van- ter des choses qui l’élèvent ? Mais là serait, pour lui, le danger. 11 le fera pourtant, en quelque mesure, pour montrer ce qu'il aurait à dire, s’il voulait entrer sur ce terrain.

Cette facon de relier le morceau suivant à XE, 50 pourrait convenir à XII, 1. ss., mais non à XI, 32. 33, où je ne saurais voir comme plusieurs (KLüPPER, etc.) un fait glorieux pour l’apôtre, une preuve éclatante de la puissance de Dieu et de son intervention en sa faveur ; car toutes les circonstances, que Paul relève avec soin, tendent au contraire, à le faire paraître comme un homme faible, obligé de fuir devant les embüûches des hommes et nullement sauvé par un miracle de Dieu (HorMANN, WEIss).

ae NE 31-XIL, 10.

31 Le Dieu qui est aussi le Père de notre Seigneur Jésus- Christ sait, lui qui est béni aux siècles des siècles, que je ne mens pas! ? A Damas, l’ethnarque du roi Arétas gardait la ville des Damascéniens pour se saisir de moi, # et l’on me dévala par une fenêtre dans une corbeille en bas la muraille, et j’échappai (ainsi) de ses mains.

Ch. XIL. ! Assurément il ne me convient pas de me glorifier, car j’en viendrai alors jusqu’à des visions et des révélations du Seigneur. ? Je connais un homme en Christ qui, il y a quatorze ans — fut-ce en son corps, je ne sais ; fut-ce hors de son corps, je ne sais : Dieu le sait — fut ravi, lui, cet homme dont je parle, jusqu’au troisième ciel. * Et je sais que cet homme — fut-ce en son corps, je ne sais; fut ce hors de son corps, je ne sais: Dieu le sait — # fut ravi dans le paradis et (y) entendit des paroles ineffables, qu’il n’est pas permis à l’homme de répéter. ÿ C’est au sujet de ce personnage que je me glorifierai, mais pour ce qui me concerne moi-même, je ne me glorifierai point, sinon de mes faiblesses. En effet, si je voulais me glorifier, je nese-

rais point un insensé, car je dirais la vérité. Mais je m'en abstiens de peur qu’on ne m’estime au-dessus de ce qu’on voit en moi ou de ce qu’on entend de ma bouche. ? Et afin que je ne m’enorgueillisse pas de l’excellence de ces révélations, il m’a été donné une écharde dans ma chair, un ange de Satan pour me souffleter, afin que je ne m'’enorgueillisse pas. 8 Par trois fois j’ai prié le Seigneur au sujet de cet (ange), afin qu’il s’éloignât de moi. ? Et (le Seigneur) m'a dit : Ma grâce te suffit, car la puissance (ne) se déploie pleinement (que) dans la faiblesse. Je me glorifierai donc très volontiers, de préférence, de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ habite en moi. 10 C’est pourquoi je me complais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les difficultés, dans les persécutions et les angoisses (qui m’atteignent) pour Christ; car quand je suis faible, c’est alors que je suis fort.

L’apôtre arrive à son vrai sujet de glorification.

v. 31. — Le génitif roû xvçiov ’Inooù dépend, ici comme dans Eph. I, 3, du second substantif {zaro) seulement: « le Dieu qui est aussi le Père du Seigneur Jésus », et non: «le Dieu et Père du Seigneur Jésus ». — Ce Dieu est désigné comme le « Béni » (eüloynrés), désignation usuelle chez les rabbins (ef. Mare XIV, 61 ; Éph.I, 3).

Pourquoi la formule sacramentelle dont se sert ici Paul et à quoi la rapporter ? La plupart la rapportent, comme c’est le cas ordinaire de semblables formules !, à ce qui suit, donc au fait raconté v. 32-33. Mais en quoi ce fait est-il si incroyable, ou si inconnu, ou si important qu’il réclame une pareille attestation ? On ne le voit absolument pas. Le v. 31 ne peut donc se rapporter uniquement à ce fait. Aussi MEYER admet-il plutôt que Paul, d’après ce qu’il vient de dire au v. 30, commence ici l’énumération de ses faiblesses, dont le fait raconté v. 32-33 serait la première, mais qu’au moment de poursuivre son énumération, il s'arrête soudain (XII, 1) :

1 Comp. I, 23; Rom. I, 9; IX, 1-3. Maisil y à dans ces passages un 7 ou un os qui relie la formule du serment à ce que Paul affirme, en sorte qu’il ny a pas, comme ici, de doute possible.

« Mais non! il ne me convient pas de me vanter ainsi!» Le v. 31 se rapporterait done à toute la série des dodéveca qui devait venir et qui ne vient pas. Mais pourquoi un serment solennel en vue d’une énumération qu’il va précisément interrompre ? Le sens que Meyer est amené par là à donner au chap. XII est d’ailleurs, comme nous le verrons, inadmissible. L’objection subsiste: pourquoi relever ce trait, ce trait seul (v. 32. s.)? C’est, a-t-on dit, la première en date des souffrances apostoliques de Paul: il veut montrer que, dès le début, son ministère n’a pas été un jeu d’agrément (REUSS). Cela n’explique pas suffisamment l’attestation sacramentelle pour un fait qui n’a en lui-même rien d’extraordinaire.

Si l’on rapporte la formule v. 31 à ce qui suit, il faut évidemment la faire porter sur quelque chose de plus considérable, c’est-à-dire sur l’ensemble du morceau XI, 32-XII, 10, et spécialement sur le fait extraordinaire raconté XIE, 2. ss. C’est l'opinion de plusieurs. On a même rapporté notre verset exclusivement à ce fait, et considéré v. 32-33 comme une simple introduction historique au récit du chap. XII (WIESELER, etc.) ; mais ces versets ne s’y prêtent guère, car ils n’ont aucun rapport, ni historique, ni chronologique avec le fait en question (XII, 2. ss.) et en sont séparés par XII, 1.

Ces difficultés ont conduit plusieurs savants (HOLSTEN, SCHMIEDEL, les critiques hollandais) à envisager les v. 32-33 comme une interpolation ;en ce cas, il faut envisager XII, 42 comme interpolé aussi. XII, 1 se relie alors fort bien à XI, 31. Mais on se demande comment l’idée d’intercaler ici ce trait a pu venir à l’interpolateur et d’où il tenait les détails, d’allure tout à fait historique, qui ne se trouvent pas dans le récit des Actes, ou qui en diffèrent. Aussi BOUSSET repousse-t-il, avec raison, cette hypothèse d’une interpolation. [LIErzMANN de même]. La difficulté même que ces versets offrent dans le contexte prouve en faveur de leur authenticité.

La liaison du v. 31 à ce qui suit ne fournissant aucune explication satisfaisante, il ne reste qu’à tenter de le rapporter à ce qui précède, mais non pas, comme on l’a proposé, au v. 29 ou aux v. 23-29: le v. 29 à lui seul ne motiverait pas ce serment, et les v. 23-28 rapportent des faits pour la

plupart connus des lecteurs et ne le motivent pas non plus. D'ailleurs, le v. 30 ne devrait pas séparer v. 31 de 23-29. II faut donc rapporter, avec RÜcKERT, HOFMANN, Weiss, l’attestation au v. 30 tout simplement. On n’a pas remarqué que les serments qui se rencontrent ailleurs sous la plume de Paul se rapportent tous, non à des faits extérieurs, contrôlables pour les lecteurs, mais à des faits de conscience, à des faits intimes, connus de Dieu seul, et dont par conséquent seul il peut être invoqué comme témoin (Rom. E, 9; IX, 1-3; 2 Cor. I, 23). Il en est de même ici. Ce que Paul atteste, en en appelant à Dieu, c’est sa sincérité lorsqu'il affirme, comme il vient de le faire, qu’il ne se glorifie nullement des avantages dont il pourrait tirer gloire aux yeux des hommes, mais uniquement de ce qui l’humilie à leurs yeux, de ses faiblesses. Ce qu’il dit Jà est tellement l’opposé de ce que les hommes ont coutume de faire et de ce que font ses adversaires, qu’il éprouve le besoin de le certifier solennellement : ce n’est pas là, dans sa bouche, une façon de parler, une humilité de parade, Dieu en est témoin!

Après cette attestation, il aborde, conformément au xavw- “yñooua du v. 30, une nouvelle série de ses dodévaiæ dont il veut se vanter (v. 32-33 ; XII, 1-10) !.

a) [L'épisode de Damas]. (v. 32-33).

Le fait ici raconté doit être rangé dans la catégorie des « faiblesses » de l’apôtre. On l’a souvent envisagé autrement : admettant qu’à partir du v. 31 Paul cesse de parler de ses dodéverar pour passer à ses Üdéaæ, on a cru que l’intention de l’apôtre était de montrer par ce fait la puissance déployée par sa prédication à Damas: toute la grande ville des Damascéniens remuée, sur pied, pour le saisir ; on garde les avenues, ferme les portes ; l’émir arabe s’efforce en vain de le capturer; Paul lui échappe. Tel a été le début de son

4 Il ne faut donc pas envisagér v. 32-33 comme un post-scriptum ajouté à l’'énumération 23-29 : Paul se souviendrait tout à coup d'un fait qu’il a oublié de rappeler plus haut, et il l’ajouterait ici avant de passer outre. C’est là un essai désespéré de justifier ces versets; mieux vaudrait dire tout simplement qu'on ne comprend pas ! L'apôtre ne composait certainement pas ainsi au hasard, mais après avoir sérieusement médité.

ministère: il ne fut pas alors quantité négligeable, mais une puissance avec laquelle les puissants durent compter! Donc autre chose que ce que ses adversaires voient en lui! Ou bien on a vu ici l’intention de signaler dans ce fait l’intervention de la puissance de Dieu pour le délivrer. — Nous ne trouvons rien de tout cela dans le texte.

Dans le même ordre d’idées, une interprétation plus plau- sible a été proposée par Heinricr, Bousser : la mention de ce fait serait motivée par des propos des adversaires, qui faisaient à Paul un grief de cette fuite et l’accusaient de lâcheté1. Tous les détails précis qu’il note ici auraient pour but de montrer que, s’il a fui ainsi, ce n’est point par lâcheté, mais parce que le danger était pressant et qu’il n'a pu faire autrement. Mais rien absolument n’indique une intention de ce genre. Tout au contraire, cette fuite singulière a quelque chose d'humiliant pour l’apôtre; c’est une marque de faiblesse, dont, au point de vue de l’orgueil humain, il n’y a pas à se vanter (HOFMANN). En racontant ce trait des débuts de son ministère, il veut montrer qu’il a toujours été un homme faible ; et s’il se glorifie de cette faiblesse comme de ses doévear en général, il expliquera pourquoi (XII, 9. 10).

V. 32. — Dans le récit du même fait, Act. IX, 23-95, ce sont les Juifs de Damas qui cherchent à saisir Paul : iei, c’est le gouverneur arabe. Il n°y à pas nécessairement contradiction. Les Juifs auront sans doute été les instigateurs des poursuites contre l’apôtre; c’est à leur demande, peut-être appuyée d’une somme d’argent, que le gouverneur aura agi. Puis, ils auront veillé de concert avec les soldats de celui-ci. — Damas : ville aussi considérable qu’ancienne (déjà nommée Gen. XIV,15; XV, 2[?]), comprenant à l’époque de Paul peut-être 150 à 200 mille âmes. «A Damas l’ethnarque… gardait la ville des Damascéniens ». Cette répétition est sans doute l’effet d’une négligence de style; il y a anacoluthe. L’apôtre a peut-être eu l'intention d'écrire : « A Damas, l’ethnarque

! Ilen serait de même, d’après ces interprètes, du fait suivant, — ses visions, — dont on aurait pris texte pour porter des jugements défavorables contre Paul et contre la validité de ses enseignements. XIL, 1. ss. serait destiné à prouver qu’il s'agissait bien de véritables révélations du Seigneur.

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gardait les portes ». Hormanx a prétendu distinguer entre le territoire de la ville («à Damas ») et la ville fermée ellemême («la ville des Damascéniens »). C’est arbitraire. — Le titre d’ethnarque désigne proprement un chef de tribu (émir). Dans des inscriptions publiées par WapniGron et chez Josèphe, il s’applique à des princes, comme Archélaüs, à qui l’empereur donne ce titre. La colonie juive d'Alexandrie avait un ethnarque. HormanN à de même voulu faire de l’ethnarque d’Arétas son résident à Damas, le chef de la colonie arabe de cette ville. Mais quel pouvoir ce chef aurait-il eu suï un Juif, comme Paul? «Ethnarque » doit signifier ici gouverneur, préfet, et il faut admettre qu’à cette époque le souverain arabe Arétas régnait sur Damas. La capitale de ses Etats — le royaume nabatéen — était Pétra. Ce prince, qui régna jusque vers 40 après Jésus-Christ, était le beaupère d’Hérode Antipas, le père de la femme que celui-ci répudia pour épouser sa nièce Hérodias. Cela occasionna une guerre dans laquelle Antipas fut battu ; celui-ci réclama le secours de Tibère qui envoya son légat Vitellius contre Arétas. [Cf. Josèphe, Antiq. XVIIL 5, 1. 3]. Mais la mort de Tibère mit fin à la campagne (37 après Jésus-Christ). C’est sans doute à cette époque qu’Arétas devint maître de Damas, qui appartenait aux Romains. (Voir SCHÛRER, Geschichte des jüdischen Volkes, 3m édit., [, p. 726. ss.). Plusieurs faits confirment cette domination arabe à Damas: diverses inscriptions trouvées par WappinGron et DE VocüÉ; des monnaies damasquines à l’exergue « Arétas philhellène ». La série des monnaies romaines trouvées à Damas offre une lacune pour les règnes de Caligula (37-41) et de Claude (41-54). Sous

. Trajan encore (98-117) la domination nabatéenne s'étendait jusqu’au Nord-Est de Damas.

IL ne paraît pas possible de placer le fait ici rapporté avant le séjour de Paul en Arabie (Gal. [, 17), comme le veut

Meyer. Comment Paul, ayant échappé à la poursuite du préfet

1 [BAcHMANN (p. 383, note), d'accord avec ZAHN, voit dans l’ethnarque de notre passage le chef d’une tribu plus ou moins nomade, voisine de Damas et appartenant au royaume d’Arétas. Ce chef, qui pouvait avoir été soudoyé par les Juifs de Damas, aurait « gardé la ville » du dehors, surveillant les portes et épiant la fuite de Paul].

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