XII, 10. XII
et le troisièmese rapportent aux souffrances qu’on lui inflige (côté objectif), le second et le quatrième à ce qu’il éprouve (côté subjectif). "YBoas, «outrages», est le premier degré des uoyuol, « persécutions, voies de fait » ; dvdyxau, « difficultés, angoisses », le premier degré des ozevoywolo, «détresses, angoisses suffocantes ». Les mots èxèoe Xosoroû se rapportent à toute cette série de substantifs. — Le paradoxe renfermé dans les derniers mots du verset (ôtar yào dorer, 1ô1e Üvratôs ælw), exprime l’une des expériences les plus profondes de la vie chrétienne. Le déploiement de la force de Christ dans le croyant est en raison inverse de celui de sa force propre. La vérité morale indiscutable, qui fait le fond des assertions de l’apôtre dans le morceau que nous venons d’expliquer, doit faire tomber l’accusation d’exaltation visionnaire et de mysticisme maladif à laquelle a donné lieu ce passage extraordinaire.
Note sur XII, 1-10.
4. Pouvons-nous déterminer quelque chose relativement à la maladie dont Paul vient de parler ?
Des suppositions très diverses ont été faites. La plupart des interprètes, sans doute avec raison, identifient la maladie de 2 Cor. XII, 7 avec celle mentionnée Gal. IV, 13-151, qui a retenu l'apôtre en Galatie (de sorte qu’il y a prêché l'Évangile). Les termes du v. 14 (é£ovdevpoare, ééenréoare) indiquent un mal qui rendait Paul méprisable, et même un mal de nature repoussante, dégoûtante. Ceci exclut sans doute l'hypothèse, suggérée par le v. 15, qu'il s'agirait d’un mal d’yeux (RÜCKERT, SCHOTT, FARRAR, NIEGAARD). On à cité à l’appui de cette explication : Gal. VF, 11 ( « quelles grandes lettres ») et Act. X XIII, 3.ss. (Paul nereconnaissant pas le souverain sacrificateur). Mais ces passages ne prouvent rien, et Gal. IV, 15 est une façon proverbiale de s’exprimer : « votre attachement pour moi était tel que vous eussiez été prêts à
1 [Toutefois F. Goper (Zntrod. I, p. 87) les distingue: 2 Cor. ferait allusion à la crampe des prédicateurs, et Gal. à une éruption de dartres ou d'ulcères.]
me donner ce que vous aviez de plus précieux (la prunelle de l'œil ! )». Une ophtalmie n’aurait d’ailleurs rien de méprisable ou de dégoûtant. Et si le mal de Gal. IV est le même que celui de 2 Cor. XIE, il faut dire aussi que les soufflets ou coups de poing de l’ange de Satan ne font guère penser à un mal d’yeux. |
TERTULLIEN!, JÉRÔME ont pensé à des maux de téte violents, migraines, etc. (douleurs aiguës et coups de poing sur la fée). Cela pourrait s’accorder avec 2 Cor. XII ; mais cela ne convient pas à Gal. IV : un tel mal n’aurait rien de repoussant.
D’autres ont pensé à des abcès, à des ulcères, à une maladie éruptive, à une plaie, à la lèpre. Mais aucun indice ne conduit à quelque chose de ce genre ; les expressions de Gal. IV, 14 permettraient, il est vrai, une semblable explication ; en revanche, 2 Cor. XII s’y oppose.
La supposition la plus plausible qui ait été faite, c’est qu'il s’agit d’un mal nerveux à crises subites et violentes, et spécialement de l’épilepsie. Ainsi: Ewan, HAUSRATH, HOFMANN, KLÔPPER, SCHMIEDEL, BOUSSET, et surtout HOLSTEN (Evangel. dés Petrus und Paulus, 1868) et KRENKEL (Beiträge zur Aufhellung der Geschichte und Briefe des Apostels Paulus, 1890), etc.
Cette hypothèse à beaucoup pour elle. Le passage des Galates indique un mal qui devait faire mépriser Paul et même slégoûter ceux qui le voyaient. 2 Cor. XII suppose aussi un mal humiliant (soufflet). Le v. 8 (Paul prie trois fois sans que le mal se retire) montre que ce mal était persistant, chronique, et le v. 7 conduit à admettre des accès subits et violents. L'effet du coup de poing, dit Bousser, c’est de jeter à terre celui qui le reçoit : un trait caractéristique du mal de Paul devait donc être qu'il tombait à terre. Paul se représentait qu’une puissance démoniaque invisible le frappait. Or il est constant que chez les Juifs, l’épilepsie et les maladies nerveuses étaient attribuées à une influence diabolique, à une possession ; voyez le cas du jeune homme lunatique (Marc IX, 14.ss.), qui est certainement un épileptique. Il en était de même chez les paiens ; KRENKEL cite de nombreux
1 [De Pudicitia XII, 16.]
exemples pour prouver que les anciens rapportaient ce mal à une influence surnaturelle, diabolique : on tenait les épileptiques pour des inspirés ou des possédés ; leur maladie était appelée iso& vd0oç (Hippocrate). KRENKEL relève aussi les violentes douleurs de tête (ef. les coups sur la téte indiqués par le xo4api£ew de 2 Cor. XID et les troubles de la vue (cf. Gal. IV, 15) qui accompagnent (ou précèdent et suivent) les crises d’épilepsie. Il rappelle par force citations l’usage ancien de cracher devant certains malades, entre autres les épileptiques, pour repousser la contagion, les mauvais présages, ete. ; ce qui expliquerait l’expression de Gal. IV, 14: é£enrooarte !.
De plus, à la suite de HOLSTrEN, KRENKEL met les accès de la maladie de Paul en rapport avec les visions et révélations de 2 Cor. XII et avec l’événement du chemin de Damas (Act. IX). Il rappelle que les épileptiques sont sujets à des visions, à des hallucinations, à des accès de fureur et de folie, mais aussi à des extases (parfois religieuses), et il en conclut que 2 Cor. XII et Act. IX relatent des expériences extatiques qui sont en rapport avec des crises épileptiques : dans Act. IX, Paul tombe à terre ; il perd la vue; il jeûne durant trois jours (un jeûne de deux ou trois jours est recommandé par les médecins anciens dans ce cas). De2 Cor. XIE, 2. 3 il ressort que Paul était seul lors de l’extase ; or un trait caractéristique de l’épilepsie est la recherche de la solitude, la sauvagerie, la mélancolie. — KRENKEL a encore très habilement rapproché les deux passages Act. XVIIL, 18 et Rom. XVI, 1. D’après Act. XVIIE, 18 Paul se fait couper les cheveux à Cenchrées, ensuite d’un vœu. Or ceci, pense KRENKEL, est incompatible avec le point de vue antilégal de Paul. C’est une explication, inventée, brodée par l’auteur du livre des Actes. La vraie raison ne serait-elle pas que les médecins grecs prescrivaient, comme moyen de guérison en cas d’épilepsie, de couper les cheveux (raser la tête) après l’accès ? Et cela d'autant plus que dans Rom. XVI, 1 Paul parle de Phébé, diaconesse à Cenchrées, qui a été sa moootarig (v. 2), (c’est-à-
1 Mais ce terme, à côté de é£ovdevmoare, a plutôt le sens figuré que le sens propre.
dire l’a aidé, l’a soigné, sans doute lors d’une crise particulièrement grave de son mal) !
Je crois n’avoir rien omis de ce qui rend l'hypothèse spécieuse; et on est bien tenté de s’y ranger. Toutefois, je ne pense pas qu'on puisse le faire sans hésitation, car il y a des difficultés réelles.
On a objecté — et cela se présente immédiatement à l’esprit — que l’épilepsie a pour effet habituel d’affaiblir les facultés mentales et morales en même temps que les forces physiques. Un tel mal serait-il compatible avec l'activité prodigieuse déployée par Paul, la lucidité de son intelligence et la puissance de sa volonté jusqu’à un âge avancé ?
KRkENKEL a répondu en citant de nombreux exemples d’hommes connus dans l’histoire qui auraient été épileptiques et dont plusieurs ont fait néanmoins de grandes choses : Cambyse, roi de Perse, Jules-César, Mahomet!, Alfred le Grand d'Angleterre (que son mal même poussa à un redoublement d'énergie, de volonté), Ferdinand le Catholique, Pierre le Grand, Napoléon [er, sans parler de G. Fox (fondateur de la secte des Quakers, — trembleurs, ainsi appelés à cause des crises de tremblement nerveux qui accompagnaient l’inspiration), de Pie IX (devenu épileptique à la suite d’une forte émotion dans sa jeunesse, mais qui fut guéri par la retraite), et de nombre de savants, poètes, militaires, etc.
Il vaurait done des cas où cette maladie n’affaiblit pas l’intelligence et ne rend pas incapable d’une très grande somme d'activité 2.
Mais il reste plusieurs autres difficultés :
19 On devient, en général, épileptique lorsqu'on est en-
1 D’après les recherches les plus exactes, Mahomet paraît avoir souffert plutôt d’une sorte d'hystérie, avec crises violentes, spasmes, maux de tête, parfois catalepsie (mais pas perte de connaissance) et extases, visions, révélations d’anges, etc.
? [La question est toutefois de savoir si les personnages indiqués par KRENKEL Ont été réellement épileptiques. Voir à ce sujet la très intéressante étude intitulée War Paulus Epileptiker ? publiée en 1910 par le Dr Ad. SEELIGMÜLLER, prof. de médecine (maladies nerveuses) à l'Université de Halle, qui relève combien il est parfois difficile de distinguer l’épilepsie d’autres maladies, spécialement de l’hystérie, et qui étudie les cas de Mahomet et de Napoléon Ier (p. 60-69).]
XIT, 1-10 329
core jeune (entre quinze et trente-cinq ans), et il est rare qu'un épileptique atteigne un âge avancé, sauf le cas de guérison. À quarante ou quarante-cinq ans, un épileptique est mort ou bien les crises ont cessé (Dr M.).
2 L'épilepsie proprement dite n’est pas accompagnée en général de douleurs violentes, mais plutôt d’un sourd malaise, d’une angoisse qui précède la crise. Cela ne convient pas au 6x640w, qui indique une souffrance continue.
3° L’épileptique perd tout à fait connaissance et conscience de soi pendant la crise ; et il n’a aucun souvenir de celle-ci, une fois revenu à lui. Les épileptiques ne savent pas en quoi consiste leur mal ; ils n’en savent que ce qu’on leur en a dit. Ils ne pourraient le décrire comme Paul décrit ici le sien.
4° On a objecté enfin qu’une crise de ce mal ne durant que un ou deux jours au plus, ne saurait être ce quia retenu l’apôtre pendant des semaines en Galatie.
Il résulterait de ces observations que si l’explication doit : être cherchée dans le domaine des maladies nerveuses, il s'agira non pas de l'épilepsie proprement dite !, mais probablement de quelque mal nerveux, d’une sorte d’hystérie, provoquant des crises dans lesquelles le malade ne perd pas entièrement connaissance et se débat douloureusement contre son mal. F. GopEr a supposé des crises d’aphasie subite, au milieu d’un discours, avec bégaiement, râle, etc., et dont, paraît-il, on cite des exemples (Introd. [, p. 87) ?.
Il est constant d’ailleurs, d’après les passages mêmes cités par KRENKkEL, que l’on ne crachaïit pas seulement en face des épileptiques ou des fous, pour écarter la mauvaise influence, la contagion, mais aussi de beaucoup d’autres malades, en
1 [Le D' SEELIGMÜLLER (0p. cit.) est tout à fait catégorique à cet égard; il conclut son étude par le jugement suivant: Aut Paulus aut epilepticus. Paulus epilepticus nunquam fuit. — En revanche, le Dr Her. Fiscner, prof. de chirurgie (Breslau-Berlin) admet l’épilepsie comme la solution la plus probable (Die Krankheit des Apostels Paulus, 1911 ; £me cahier de la VIlme série des « Biblische Zeitund Streitfragen »)].
2 [LiETZMANN.se prononce, d’après BINSWANGER, pour l’hystérie (cf. E. LomBarD, Les extases et les souffrances de l’apôtre Paul, 1904). BAcHMANN, d’après W. HERzoG, pense à une neurasthénie chronique. |
sorte que le éxrroew de Gal. IV, 14, même s’il fallait le
prendre au sens propre, ne prouverait pas positivement en faveur de l’épilepsie.
Notons enfin que beaucoup de savants renoncent à préciser etse bornent à statuer un mal physique à nous inconnu (ainsi OLSHAUSEN, de WerTE, RÜCKERT, BEYSCHLAG, MEYER, B. Weiss, HEINRICI), tandis que d’autres concluent à un pur et simple non liquet (NEANDER, BILLROTH).
2, Quant à la relation qui existerait d’après KRENKEL, Hozsren, KLôPpper lui-même, etc., entre les visions et révélations de v. 1-4 et des crises épileptiques (v. 7), je dirai que je ne crois pas à cette relation, si spécieux que soient les rapprochements établis par KRENKEL, entre notre récit et Act. IX, d’une part, et les symptômes de lépilepsie (hallucinations, surexcitation des sens, etc.). d'autre part. D'abord je remarque que Paul n’établit pas un rapport de cause à effet entre le mal physique dont il souffre et les visions et révélations. Il en parle comme de deux ordres de faits entièrement distincts : il mentionne d’abord les révélations glorieuses, puis, sans le mettre en relation avec celles-ci, le fait humiliant. Il est transporté en extase dans le troisième ciel ; puis, après cela, il mentionne l'ange de Satan qui le soufflette : le second fait ne peut pas être dans sa pensée — comme il l’est dans le point de vue de HOLSTEN, KRENKEL — la cause, le principe du premier. Paul n’établit aucun autre lien entre ces faits, que l'intention de le maintenir dans l’humilité, à la suite des révélations qui eussent pu l’enorgueillir. Il ne fait nullement entendre que le mal qui l’humilie soit directement lié à la révélation, bien moins encore qu’il en soit la condition et la cause ; il pense même tout le contraire : la révélation lui est accordée indépendamment de ce mal, par un don spécial de Dieu, et la dispensation pédagogique intervient après et indépendamment de cette révélation. D’ailleurs, si la révélation était liée au mal, conditionnée par lui, demander d’être délivré de celui-ci, ce serait demander d'être privé de celle-là ! Remarquez encore que le mal dont Paul souffre est chronique, durable, tandis que la révélation dont il parle a eu lieu à un moment bien déterminé («il y a quatorze ans ») :