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il s’agit done d’un fait tout exceptionnel, et non de révélations fréquentes et constantes. Pour les autres visions mentionnées dans la vie de Paul, rien n’indique qu’elles fussent accompagnées d’accès d’un mal physique (Troas, Jérusalem, Corinthe, etc.).
J'insiste encore sur ce que j’ai déjà rappelé : l’épileptique n'a aucun souvenir de ce qui s’est passé pendant l’accès. C'est le médecin qui parfois devine, par certains eris du malade, ce que celui-ci voit ou entend (quand il y a vision ou audition au cours de la crise). C’est dans ce sens seulement qu’on peut parler de visions accompagnant l’épilepsie. Mais l'oubli complet de ce qui se passe pendant l’accès est un trait caractéristique de la maladie. Il y a interruption totale de la vie consciente, et le malade ne se souvient de rien. Paul, lui, se souvient de façon très exacte et précise du contenu de la vision. C’est une expérience spirituelle de la présence de Dieu, riche et fortifiante (éxzaoiar nai dnoxabypeis xvoiov). Ce contenu ne nous interdit-il pas de ne voir là qu’une hallucination, produit de névrose ? En particulier, le fait de la conversion de Paul résiste à cette explication par la névrose. Et que vaut ici l'interprétation de KRrENKEL? Ce serait un accès d’épilepsie qui aurait provoqué la vision de Jésus-Christ, le dialogue entre lui et l’apôtre, et la décision qui a bouleversé la vie de celui-ei ! ! Ce serait donc, pour parler avec Paul, le soufflet de l'ange de Satan qui aurait causé la vision du Christ et jeté le pharisien Saul à ses pieds! Vraiment, ici Satan aurait fait «une œuvre qui le trompe ». Non, c’est bien Jésus- Christ vivant que Paul a rencontré là, et pas « un ange de Satan » qui le frappait ! Pour Paul il ne peut y avoir eu rien de commun entre ces deux figures ! — N'oublions pas d’ailleurs que Paul n’envisage pas le fait de Damas comme une vision du même ordre que tant d’autres qu’il a eues : cette vision est pour lui dans une autre catégorie que les énracia et dxoxañdpers de XII, 1, qui sont des phénomè
4 [Tout en expliquant 2 Cor. XII, 7 par l’épilepsie (voir plus haut p. 329, note 1), le Dr FiscHEr se refuse à voir dans l'événement de Damas une manifestation épileptique. Avec Reuss et BauR il préfère s’incliner devant le mystère d’une énigme psychologique insoluble pour nous. (Op. cit., p. 26-28.)]
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nes d'ordre tout spirituel (exaltation dans le monde invisible), tandis qu’à Damas il ne s’agit pas d’une simple vision éntérieure, mais d’une manifestation corporelle du Christ glorifié (4 Cor. XV, 8), fait unique, qui n’a pas eu d’analogue dans sa vie. L'apparition de Damas n’a pas été pour Paul un simple encouragement, comme les visions subséquentes, mais la base, le fondement même de sa vie chrétienne et de son apostolat.
Il y a toutefois ceci de vrai dans l’explication naturaliste qu’on nous donne des visions de l’apôtre, c’est que le phénomène visionnaire est certainement lié à une certaine constitution physique et mentale du sujet; il ya des natures aptes, prédisposées !. [lest vrai également que la vision se produit sous des formes adaptées à l'éducation, à la tournure d’esprit, aux habitudes de pensée du sujet; « les conceptions de l’état de veille fournissent le matériel du rêve ; dans l’extase de Paul se retrouvent des éléments de son éducation rabbinique ». (Bousser). Cela est vrai, au moins en une certaine mesure : ainsi les notions de troisième ciel, de paradis ; ainsi l’idée d’un enlèvement réel, même corporel, dans le ciel. Mais cela n'exclut nullement qu’il y ait eu révélation réelle de Dieu et que la vision ait une réalité objective, c’est-à-dire qu’une action réelle de l'Esprit de Dieu sur l’âme du prophète (ici: de Paul soit ressentie, puis reproduite par l'intelligence et l’imagination du sujet d’une façon conforme à son organisation physique et mentale. En d'autres termes, il y a adaptation de la révélation aux facultés du sujet (sinon, comment celui-ci la comprendräit-il ?) et il y a de sa part à lui assimilation de la communication divine selon les formes de sa vie et les facultés de son être spirituel. L’objectivité n’est: jamais connue qu’à travers la subjectivité. Cela ne détruit pas la réalité de la communication divine, lobjectivité en soi, mais cela implique l’anthropomorphisme dans la transmission, l'élément subjectif inévitable et incontestable dans la forme que la révélation revêt pour l'expérience individuelle.
1 Ainsi le tempérament gallois. Comp les visions de M's. Jones, de Rob. Evans, etc. dans le livre de M. H. Bois (Le Réveil au pays de Galles) et les chapitres de W. JAMES sur les mystiques.
Je retrouve aussi l’individualité de Paul et les influences de son éducation juive dans un autre point, à savoir sa conception du rôle de Satan dans la maladie qui le frappe. Satan est pour lui, comme pour la Bible, l’auteur du péchéet par là de la mort: la souffrance physique, la maladie, la mort viennent done de lui. Dans l’A. T. (Job III) on voit Satan frapper Job de la lèpre; dans 4 Cor. V, 5, nous voyons Paul livrer l’incestaeux «à Satan » pour le rendre malade et même peut-être pour faire mourir son corps, afin de procurer son salut. Jésus lui-même reconnaît une influence de Satan non-seulement chez les démoniaques proprement dits, mais aussi chez d’autres malades, ainsi la femme paralysée depuis dix-huit ans (Luce XIIT, 16), ou le jeune homme épileptique (Marc IX). C’était là une conception courante che les Juifs d’alors. Je n’examine pas quelle en est la valeur intrinsèque, en particulier ce qu’il faut penser des possédés proprement dits. Je me borne à constater que Jésus lui-même et Paul ont, en tout cas, cru à la réalité des possessions et d’une influence satanique dans certaines maladies. Paula cru qu’un « ange de Satan » le souffletait et que Dieu permettait cela pour l’humilier à ses propres yeux, aux yeux même de ses Églises, et pour tirer ainsi de la faiblesse de son serviteur le triomphe de sa grâce et la glorification de sa force.
Quelle que soit l’épreuve infligée à l’apôtre — à cet égard nous demeurons dans le doute —, il reste que de ces expériences mystérieuses sa vie intérieure est sortie d'autant plus pure et plus puissante. Ce que Paul exprime dans nos v. 9 et 10, est une expérience spirituelle d’une vérité, d’une actualité telle, encore pour nous, que nous ne pouvons mettre en doute la réalité d’une action merveilleuse et sainte de la grâce de Dieu dans l’apôtre, ni par conséquent aussi la réalité de l'expérience extraordinaire dont il nous a parlé comme d’un des faits les plus importants pour lui et les plus merveilleux de sa vie. Il doit y avoir là autre chose qu’une crise de haut mal et l’hallucination d’un épileptique ! !
1 [A comparer, sur les deux questions discutées dans cet appendice, la belle étude de M. E. LomBarn, déjà citée plus haut dans une note: Les extases et les souffrances de l’apôtre Paul. Cette étude a paru
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