‹ La seconde épitre aux CorinthiensChapitre 107 sur 117 · XIE · texte numérisé non relu

XIE

Suis-je devenu un insensé? C’est vous qui m'y avez forcé. Car c’est moi qui devais être recommandé par vous : en effet, je ne l’ai cédé en rien à ces éminentissimes ap6tres, bien que je ne sois rien! !? Certes les signes auxquels on reconnaît l’apôtre ont été réalisés parmi vous, avec toute sorte de patience, aussi bien par des signes que par des prodiges et des miracles. {3 En quoi, en effet, avezvous été moins bien traités que les autres Églises, sinon en ceci que personnellement je ne vous ai pas été à charge ? Pardonnez-moi ce tort ! !* Voici, je suis prêt à venir chez vous pour la troisième fois, et (cette fois encore) je ne vous serai point à charge ! Car ce que je cherche, ce n’est pas vos biens, mais vous-mêmes. En effet, ce ne sont pas les enfants qui ont le devoir d’amasser pour les parents, mais les parents pour les enfants. !5 Pour moi, je dépenserai très volontiers et je me dépenserai moi-même jusqu’au bout pour vos âmes. Si je vous aime davantage, (est-ce une raison pour que) je sois moins aimé ?

16 Eh bien! soit : je ne vous ai pas été à charge moimême. Mais en homme rusé je vous ai (dites-vous) subrepticement dépouillés ! {7 Y en a-t-il un, de ceux que j'ai envoyés chez vous, par lequel je vous aie exploités ? 18 J’ai encouragé Tite (à s’y rendre) et j’ai envoyé avec lui notre frère ; est-ce que Tite vous a exploités ? N’avonsnous pas marché (lui et moi) selon le même esprit ? sur les mêmes traces ?

Conelusion sur la glorification de Paul. — La discussion contre les prétentions des adversaires étant terminée, l’apôtre se tourne de nouveau vers l’Église et s’adresse directement à elle.

Le v. 11 revient à l’idée du commencement du morceau (XL À: muxqôv T1 époooévns) par les mots yéyova &powv qui

d’abord dans la « Revue de théologie et de philosophie » (1903), puis en une brochure (1904).]

amènent la déclaration dues ue nvayxdoare : «Suis-je devenu

“un insensé! ? Si cela est, c’est que vous m'y avez forcé; ce

n’est pas ma faute, mais la vôtre, puisque vous accueillez ces prétendus apôtres qui dénigrent mon apostolat ». — éyo yào Gperlor…. : « Car, quant à moi, mon rôle eût été de me taire et de vous laisser plaider pour moi, ce qui était votre devoir » (Gperlov, debebam, exprime le droit que Paul avait de compter que les Corinthiens se sentiraient obligés moralement de le défendre). « Et ce devoir n’était pas difficile, puisque, dans mon activité à Corinthe, je ne suis resté en arrière de personne.» On remarquera l’accent mis sur les mots bueis et éy®, qui se font antithèse. — Pour les dxeçpliar dnôotolor, voir à XI, 5. — Les mots ei xai oùdér ei peuvent être pris au sens tout à fait sérieux : par lui-même, en effet, Paul n’est rien (ef. 4 Cor. XV, 8-10, où il développe cette pensée), ou bien dans un sens ironique : «Moi, rien ! Mes adversaires le disent, le pensent. Et que sont-ils donc, eux ? Tout ! à leurs propres yeux». Pris dans ce sens, ces mots doivent couvrir de confusion les adversaires avec leurs prétentions et leurs calomnies contre Paul. Dans l’autre sens, ils sont comme une rétractation de sa glorification de tout à heure, glorification qui est le fait d’un «insensé », puisque n’être rien par soi-même, être faible est la condition d’être fort (v. 9. 10). — Hormanx rattache les mots «quoique je ne sois rien » à ce qui suit.

v. 12. — Ce v. a été retranché par SEMLER, BALsON et d’autres : selon ces critiques, Paul ne peut pas en avoir appelé à des miracles ! Nous pensons que Paul fournit ici la preuve de ce qu’il vient de déclarer : «Je ne suis resté en arrière de personne (v. 41 ), car tous les signes auxquels on reconnaît l’apôtre ont été réalisés dans mon ministère !» Le mé» n’a pas de ôé correspondant ; c’est le wér solitarium : «certes, à la vérité !» L’antithèse sous-entendue est sans doute : « mais vous ne les reconnaissez pas !» ou :« vous n’avez néanmoins pas répondu à mon attente !» ou encore : «un seul

1 Meyer-Heginrici et d’autres entendent yéyora affirmativement ; l’apôtre déclare sans ironie qu’on l’a forcé à se faire époww, à se glorifier quand il ne le voulait pas : « Maintenant, c’est fait (parfait yéyova), je le suis ! »

signe m'a manqué : je ne me suis pas fait entretenir par l'Église!» — év néon bnouorÿ dépend de xarerpydodn et en indique le caractère : ces mots rappellent le long séjour de Paul à Corinthe, ses veilles, ses souffrances, son labeur patient, dont les Corinthiens ont été témoins, et qu’il oppose aux succès faciles de ses adversaires. Ce caractère de son activité apostolique renforce la preuve contenue dans xareroyon. Remarquez la forme impersonnelle de ce verbe; Paul ne dit pas : « J'ai opéré, moi », mais : «cela a été opéré, par une puissance supérieure agissant en moi». — Les trois termes omuelois, téoaouv, Ovrdueow désignent les manifestations extérieures dans lesquelles ont consisté ces signes de l’apostolat !. [IS indiquent la même chose sous des aspects différents ; omueta (dans un sens plus restreint que le premier omueta) : les signes miraculeux, le miracle en tant que manifestation de la puissance divine, témoignage et attesta- tion de la vérité de l'Évangile ; — zéoara: le miracle en tant que prodige, qui étonne par son caractère extraordinaire, surhumain ; — dvvduaers : le miracle considéré dans sa cause, la puissance de Dieu, ou : le miracle considéré dans sa signification morale, dans son caractère merveilleux, dans sa source divine. — Ces trois termes sont souvent réunis; cf. 2 Thess. IL, 9; Hébr. IL, 4; Act. IT, 22. — Paul a donc fait à Corinthe, pour se légitimer comme apôtre, des miracles que le livre des Actes (ch. XVIIT ; XX, 2. 3) n’a point racontés. Cf. Rom. XV, 19: êv Ovvduer omueiwr nai tepdrov, seul endroit à côté du nôtre où l’apôtre en appelle à de tels faits. On a supposé que ses adversaires se vantaient d'accomplir des miracles (4 Cor. [, 22 : «les.Juifs demandent des miracles»). Il est plus probable que Paul relève ce trait de son ministère parce qu’il manquait aux autres.

1NAB D retranchent devant oyuetous le &v qu'on trouve dans le T. R. d’après EK L P. Dans cette dernière leçon, on pourrait interpréter avec Hormann le & comme indiquant les circonstances qui ont accompagné l'activité de l'apôtre. Les signes de l’apostolat ne seraient pas les miracles opérés par Paul, mais l’œuvre de Dieu, Paction spirituelle exercée par Lui. Dans la leçon de N A B D, à savoir omueioig te nai, le seul sens possible est : «awssi bien par des signes que par des prodiges et des miracles ».

Le v. 43 renferme la justification ironique de ce qui vient d’être affirmé (v. 11. 12), à savoir qu'aucune marque d’apostolat n’a manqué à son ministère. — La forme irrégulière noowdnte (R B D; les autres ont #rrf@n7e) supposeun verbe htr60&, ÿo00o !, tandis que le verbe régulier est #zr&w, #rrÿua, ÿrrmomr. Le sens du passif est : « étre vaincu », d’où : «être inférieur ». Le èxée que Paul ajoute indique que la limite est dépassée, non pas pour s’élever au-dessus, mais pour rester en dessous : « En quoi avez-vous été mis en état d’infériorité plus que d’autres Églises, mis dans une infériorité qui dépasse celle des autres Églises?» Ces autres Églises sont celles de Paui, celles de Macédoine, non celles des dxepliar dnôoroko. Le sens est done : «Il est un point cependant sur lequel je vous ai moins bien traités que d'autres : je ne vous ai point été à charge ! Pardonnez-moi ce tort ! » Le yaçgloaodé mor est ironique ; c'est l'amour profondément blessé de Paul qui parle ainsi. L’injustice consiste d'ordinaire à trop exiger et non à ne rien réclamer. — Pour où xatevdoxnoæ, cf. XI, 9-12. —aôrds yo : «quant à moi, personnellement », en opposition aux autres, les faux apôtres, ou à son activité apostolique rappelée par zé moow8gmnre (HEINRICI). Ceci ramène Papôtre à l’idée par laquelle il avait commencé son apologie (XE, 7-12); il y revient pour dire qu’il agira à l’avenir comme par le passé : il ne demandera rien aux Corinthiens. Ceci le conduit à parler de sa prochaine visite à Corinthe (v. 14-18).

v. 44.2 — Paul quitte le ton de l’ironie pour déclarer sérieusement qu’il persévèrera dans cette manière d’agir qui n’est que l’expression de son amour de père pour les Corinthiens. — 60% marque la vivacité du sentiment : « Voilà, je suis prêt à recommencer. » — zolrov roûro se rapporte non à éroruos ëyo (BÈZE, BAUR, HEINRICH, etc.), mais à é4deir nçôs du&s (MEYER et la plupart des exégêtes), car ce qui importe, ce n’est pas que Paul forme pour la 3° fois le projet de ve-

1 On trouve dans Hérodote écoœuévor, éoowdévres, de ëcoodal.

2NRABF G, de nombreux Minn., It. Vulg. Syr. ont zoùro après coirov. D E Copt. mettent roùro avant zoérov. Le T. R. retranche rodro, avec K L P.—X AB retranchent le &u&y que lisent EKL après où xaravagxñ0o. D F G portent: u&çs. Adjonction superflue. 2 CORINTHIENS — 22

nir, mais que ce sera sa 3% venue, puisqu'il ne peut leur

être à charge qu’une fois venu chez eux. C’est la 3e fois

qu’il entend ne pas faire peser sur eux un fardeau. C’est donc bien la 3me fois qu’il vient, et non qu’il projette simplement de venir. Il est donc clair que l’apôtre a été déjà deux fois à Corinthe, et que la prochaine sera la 3me. Cf. XIIE, 1, où il n’y a pas de doute possible sur le sens. — Le motif, indiqué par yo, de cette manière d’agir est plein de noblesse : « Car ce que je cherche à gagner, ce ne sont pas vos biens, mais vous-mêmes, c'est-à-dire vos âmes (cf. v. 15 : dnèo Tov pvyov dur)». Cette déclaration renferme sans doute un reproche indirect adressé aux adversaires, qui sont mus par le principe opposé.

Le v. 14 indique le motif du motif introduit par le 4 y&o: si Paul ne recherche pas les biens des Corinthiens, c’est parce qu'il est leur père: or, le rapport naturel entre parents et enfants veut que ce soient les premiers qui amassent pour ceux auxquels ils ont donné le jour, et non l’inverse (ce qui n’execlut pas, il va sans dire, le devoir qu'ont les enfants d'assister leurs parents). À ce désintéressement plein de tendresse s’oppose dans la pensée de Paul l’avidité des adversaires, vrais «loups dévorants»! (cf. XI, 20). — où yoveïg, SC. : épellovorr Ynoavoi£err. Dans quel sens Paul amasse-t-il pour eux des biens ? Tout simplement au sens propre : en s’entretenant lui-même, il épargne leurs bourses ; il ne leur permet pas de travailler et d’amasser en sa faveur; c’est l'inverse qui a lieu. Le sens spirituel admis par MeyER-HEIN- RICI : Camasser pour vous les biens du royaume de Dieu ». ne s’accorde dans le contexte ni avec ce qui suit (v. 15), ni avec ce qui précède (les deux yée du v. 44 sont l’explication du où xaravapxow, dont le sens matériel est incontestable).

Le v. 15 applique à Paul et aux Corinthiens le principe posé au v. 14 : il est prêt à tous les sacrifices, même à se sacrifier lui-même, pour eux. — &y® dé: «moi, de mon côté ». — Le £&x dans le second verbe indique un sacrifice complet. Il y à gradation : Paul fera ce qu’il fait et même davantage, donnant non seulement ses gains, mais sa vie,

*[Matth. VIF, 45 ; Act. XX, 29].

qu’il dépense dans un labeur consumant, et qu’il est prêt à sacrifier, s’il le faut, pour le bien de l’Église.

v. 45?.— EK LP, la plupart des Minn., Vulg. Syr. ont ei xai au lieu du simple ei qu’on trouve dans 8 A BF G Copt. Le ei et le xœi manquent dans D It. — BDEFGKLPMinusc. It. Vulg. donnent dyar&r, leçon admise par Weiss. 8 À Sah. Copt. ont éyax& (Tischenporr, NEsTLE). Si on lit dyan&vy, la phrase se rattache à ce qui précède, et, avec la lecon si xaœi qui pose la chose comme réelle («si même, quand bien même »), le sens est : « quoique, vous aimant davantage, je sois moins aimé, (cela ne m’empêche pas de me sacrifier pour vous) ». Cette leçon, beaucoup plus facile que l’autre, peut passer pour une corréction. En revanche, &i pose la chose comme simplement possible : « si (ce que j'ignore), vous aimant davantage, je suis moins aimé», c’est-à-dire : «s’il en est vraiment ainsi et qu’il soit nécessaire de vaincre votre froideur par de plus grands sacrifices » (MEYER-HEINRICI, Weiss). Ce sens est peu naturel; il vaut mieux renoncer à lier ei à ce qui précède et ponctuer après duw@y, comme le font TISCHENDORF, NESTLE, et déjà Hormanx. Ce dernier fait de 15° une question indirecte : « Est-ce que peut-être (ei), vous aimant davantage, je serais moins aimé ? » Le #07o du v. 16 serait la réponse : « Mettons qu’il en soit ainsi; n’en parlons plus !» ou, ce qui vaudrait mieux : «qu’il en soit comme on voudra ! en tout cas, ceci subsiste : quant à moi, je ne vous ai point chargés. » Mais ce ei interrogatif est une forme inconnue chez Paul. Cette difficulté disparaît si on lit &yan&, avec R À, et qu’on mette un point interrogatif à la fin du v.: «si je vous aime davantage (— jusqu'à un tel sacrifice), suis-je moins aimé ?» [ainsi Bousser, BACHMANN, LiETzMANN]. Toutefois, la question arrive bien brusquement ; il semble qu'il faudrait nécessairement un dé après ei. Si la leçon æ&i xaœi était mieux appuyée, on serait porté à la préférer (avec le dyan&) à cause du sens meilleur qu’elle donne. — negocotégws et fooov se répondent: Paul trouve d’autant moins d'amour chez les Corinthiens que lui-même les aime davantage. HormanNN méconnaît cette correspondance en expliquant zeçgrocotéows : «plus que je n’en aime d’autres », £t fooov : « moins que je ne suis aimé par d’autres ».

v. 16. — éorw Ô£: « Mais soit ! admettons !.…. » Ce n’est pas l’apôtre qui répond ceci; il ne peut concéder ce qu’il vient bien plutôt d’affirmer lui-même. C’est donc ou l'Église ou les adversaires qui parlent ainsi. L’apôtre veut dire : « Soit, vous me le concédez, vous reconnaissez que je ne vous ai pas moimême chargés (162). Mais peut-être m’accuse-t-on de l’avoir fait par d’autres (16) ? » Des propos de ce genre avaient sans doute circulé à Corinthe, et Paul reprend simplement les termes de ses adversaires : « En effet, disait-on, il ne nous a pas exploités lui-méme ((éy®, «moi en personne »), mais, en homme rusé qu’il est (èxdoywv navoüoyos), il s’est contenté de le faire indirectement, subrepticement (6d4&), en prélevant des collectes par l'intermédiaire de ses envoyés » (ef. v. 17). On pourrait aussi entendre 16? comme une simple supposition de la part de l’apôtre; Paul repousserait d'avance toute insinuation de ce genre : « Étant constaté que je n’ai rien sollicité moi-même (éyo), m’accuserait-on peutêtre de l’avoir fait par Tite ou par d’autres, que je vous ai envoyés et qui auraient provoqué des dons pour moi ? Mais vous savez fort bien qu'il n’en est rien !» Cette dernière interprétation suppose que jusqu’à ce moment le produit des collectes était resté à Corinthe.

v. 17. — Les v. 17 et 18 répondent à l’accusation présentée sous cette nouvelle forme (16). — Le x attend une réponse négative. — L’accusatif r:vœ peut s'expliquer par une anacoluthe ; Paul mentionne d’abord l’objet (ou plutôt la personne) qu'il a dans l'esprit : «Quelqu'un (quelqu’autre que moi, puisque mot, vous le reconnaissez, je ne vous ai pas exploités) de ceux que je vous ai envoyés...» (l’accusatif zvœ dépend d’un verbe qui n’est pas exprimé). Puis il continue, en changeant de construction : « Vous ai-je exploités par lui (à’ æôrod)?» Ou bien on peut regarder zwæ comme une attraction de dnéoralxa (pour &d& mivog). Quant à &v, il est mis pour roëror oÿs. La phrase régulière et complète serait : u# dt TuvOS ToÙTov oÙs émÉoraÂxa nos dus énÂeovéarnoa du&c; La phrase telle qu’elle est dans le texte fait ressortir davan-

tage la personne de celui par l’intermédiaire de qui Paul est

censé avoir exploité les Corinthiens : « Ou bien, quelqu'un de ceux que je vous ai envoyés, est-ce par celui-là que je

FPE PORN PP ES UE PTT SON PT FRAME

CCE PPT OR PPT PI PTE GP

Page 1