XXII GEORGES GODET
point déçu. Dès ses débuts, G. Godet se révéla exégète de premier ordre : sa science, à la fois vaste et minutieuse, ses convictions aussi larges que solides, la chaleur communicative avec laquelle il les exposait, lui conquirent d'emblée l'estime des étudiants, pour lesquels il n’était point un inconnu du reste. Ainsi s’ouvrit pour lui une nouvelle carrière, dans la quelle il ne tarda pas à se sentir très heureux et à laquelle il se livra tout entier. Et c’est probablement aussi dans cette carrière qu'il a donné toute sa mesure, qu’il a le plus largement utilisé les belles facultés que Dieu lui avait départies et qu'il avait lui-même développées par un labeur assidu. Qui n’a pas connu G. Godet professeur, ne l’a pas connu tout entier. Une comparaison avec son vénéré père serait oiseuse et hors de propos :leurs dons étaient différents, mais leur science était égale; égal aussi leur amour pour le texte sacré, égale encore l'humilité avec laquelle l’un et l’autre s’inclinaient devant l’autorité apostolique ; égal enfin leur attachement à la foi évangélique. Disons seulement que s’il v avait dans l'exégèse de F. Godet plus d'intuition, plus de génie, celle de son fils, plus sobre, avait aussi peut-être plus de solidité: en tout cas la chaleur interne, l’âme, n’y faisait pas défaut. Nous avons gardé un souvenir très vivant des premières leçons que nous avons entendues de lui. Il expliquait l'Épitre aux Galates ; avec quelle clarté, quelle netteté il élucidait les textes, les raisonnements souvent compliqués et parfois un peu tendus de saint Paul! Surtout, comme il savait dégager de ces discussions, — mortes aujourd'hui — du grand apôtre avec les docteurs judaïsants, les principes supérieurs, permanents, de la foi chrétienne ; comme l'on sentait que ses affirmations venaient du fond même de son cœur et de sa conscience, qu'il ne disait rien dont il ne fût intérieurement persuadé et dont il n’eût fait personnellement l'expérience !
Son exégèse minutieuse, laborieuse, s’attachant à chaque mot, à chaque particule, paraissait quelquefois un peu lente à ses étudiants, qui lui eussent volontiers fait grâce de l’opinion de quelques pères de l’Église ou de quelques docteurs allemands ; mais le souci du détail ne lui faisait jamais perdre de vue les idées générales, les lignes maîtresses de l'ouvrage au’il était chargé d'interpréter. Lorsqu'il arrivait à un pas-