GEORGES GODET XXXIII
chiffre énorme des suffrages réunis par les antiséparatistes. « Nous avons été battus au delà de ce que nous avions espéré, car nous ne pouvions raisonnablement espérer la victoire », disait-il quelques semaines plus tard dans le rapport qu’en sa qualité de président du Conseil d’Église il présenta à l’assemblée annuelle de la paroisse indépendante de Neuchâtel. Du moins, n’y avait-il dans son cœur nulle amertume ; il avait combattu loyalement: sa conscience, et l’on sait si elle était scrupuleuse, ne lui faisait aucun reproche ; il avait le sentiment d’avoir défendu sa cause sans haine ni animosité pour personne, ne poursuivant nulle mesquine revanche ni ne s’associant à une campagne politique, mais préoccupé uniquement des intérêts supérieurs du Règne de Dieu. L’échec subi ne l’empêchait pas non plus de tendre une main fraternelle à ceux avec qui il venait de croiser le fer: « Après comme avant ces jours pénibles de lutte. nous tendons cordialement et fraternellement la main à tous ceux qui, dans quelque dénomination que ce soit, veulent être comme nous des disciples de Jésus-Christ et qui travaillent à côté de nous à étendre son règne. »
Au reste, il n’était point découragé ; dans le rapport auquel nous venons de faire allusion, il écrivait ce qui suit : « De cette lutte, nos Églises ne sont sorties ni amoindries ni découragées. Elles doivent sentir et elles sentent, nous le croyons, que le principe sur lequel elles reposent, celui
de l’antonomie religieuse de l’Église, est plus vrai et plus né-
cessaire que jamais et que leur mission est plus grande encore, quoique plus difficile qu’elle ne l’a été jusqu'ici. Mais, ajoutait-il aussitôt, il ne suffit pas qu’elles proclament en paroles, par des déclarations officielles, par la prédication de leur pasteur, ces principes vrais et sains que nous venons de rappeler. Il faut que la vie de leurs membres soit la réalisation pratique de leurs principes. de leur foi. Il disait vrai ce frère d'une paroisse voisine qui m'écrivait le 21 janvier: «Le rôle de l'Église indépendante n’est plus, avant tout, de faire triompher un principe ecclésiastique, si juste qu’il puisse être, mais d’être au milieu de notre peuple un témoin vivant de la régénération par l'Évangile dont nous nous réclamons. » Et, citant le mot d’un pasteur au sujet d’Albin Peyron : « Je