GEORGES GODET XXXV
28 mai au 4 juin. La séparation des Églises et de l’État était, en France, un fait accompli, et les Églises protestantes, récemment réorganisées, entraient dans une nouvelle phase de leur existence. La Commission synodale de l’Église indépen: dante erut ne pouvoir mieux faire qu’en priant G. Godet de la représenter. Il accepta volontiers cette mission ; il aimait Paris et il s’intéressait à la France : quelques jours de repos, au terme d’une année scolaire très chargée, étaient les bienvenus. Il partit donc gaîment le 23 mai par le train du soir. Il assista régulièrement aux séances du Synode, revit avec plaisir d’anciens amis, prêcha le dimanche à la Chapelle Taitbout, et reprit, le lundi soir, le chemin de la Suisse. Il dut descendre du train à Pontarlier pour prendre un nouveau billet et se fit à la jambe, en remontant en voiture, une blessure — légère — à laquelle il ne fit pas grande attention. Rentré chez lui, il se remit immédiatement au travail, écrivit pour le Journal religieux le compte-rendu du Synode auquel il venait de prendre part, donna ses leçons, fit des visites, songeant à peine à soigner sa jambe qui continuait à le faire souffrir ; mais à la fin de la semaine, la douleur augmentant et la fièvre commençant à l’envahir, il se décida à faire venir le docteur. Celui-ci jugea d'emblée le cas très sérieux et ordonna un repos absolu. G. Godet se soumit en récriminant : il aurait voulu faire encore son cours du samedi! Quelques jours plus tard, — c'était le 11 juin — le Synode de l’Église indépendante, réuni à Couvet, apprenait avec un douloureux étonnement que G. Godet était beaucoup plus gravement malade qu’on ne se l'était figuré et que son état inspirait, depuis le matin, de vives inquiétudes. Le Synode fit monter à Dieu d’ardentes prières pour ce frère vénéré, dont la mort serait une perte irréparable pour l’Eglise et la Faculté de théologie ; à ces prières se joignirent les jours suivants, au milieu d’alternatives d’espérance et de crainte, les supplications de ses amis, de ses élèves, de ses anciens paroissiens; mais il était arrivé au terme de sa carrière terrestre : pendant quinze jours, sa constitution, robuste encore quoique fatiguée, avait lutté contre l’empoisonnement du sang; mais le mal était trop grave. Georges Godet s’endormit paisiblement et sans avoir passé par de grandes souf-
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frances le mercredi 49 juin, quelques instants avant minuit. Ses obsèques eurent lieu le samedi 22. Elles attirèrent, comme on pouvait s’y attendre, un nombre considérable d'amis de la région et même des cantons voisins La cérémonie, célébrée au Temple du Bas, fut simple et sobre, telle que le défunt l’eût souhaitée. Tour à tour, M. le pasteur S. Robert, parlant au nom de la paroisse indépendante de Neuchâtel, M. le professeur Jean de Rougemont, au nom de la Commission synodale et de la Faculté de théologie, et M. le pasteur F. Thomas, au nom des Facultés libres de Lausanne et de Genève, rappelèrent en termes émus ce que fut G. Godet et les éminents services qu’il avait rendus à l’Église et à la théologie. Au cimetière de Beauregard, on entendit encore le « modérateur » des étudiants, M. le pasteur Max Borel, président de la Société des pasteurs et ministres neuchâtelois, et un ami personnel du défunt, M. le professeur Ch. Porret, qui rendit un beau témoignage à la sincérité de sa foi et à la profondeur de sa vie chrétienne. Une prière de M. le pasteur D. Junod termina la cérémonie.
La nouvelle de la mort si inattendue de G. Godet eut partout un douloureux retentissement. Sa famille, la Commission synodale et la Commission des Études de l'Église indépendante reçurent en grand nombre des messages de sympathie prouvant qu’il était connu et aimé bien au delà de nos frontières ; toute la presse religieuse de langue francaise rendit hommage à sa mémoire; le Synode des Églises libres de France, réuni à Saint-Étienne, écrivit à M. Ph. Godet une lettre émue, dont nous détachons le passage suivant, persuadé qu’on ne lira pas sans intérêt ce beau témoignage rendu spontanément à notre frère par des hommes bien placés pour juger de sa valeur: «Nous sentons quelle grande perte font, en sa personne, la Faculté de Neuchâtel où il professait avec tant d'autorité, l'Église dont il était membre, et
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