‹ La seconde épitre aux CorinthiensChapitre 35 sur 117 · XLVI GEORGES GODET · texte numérisé non relu

XLVI GEORGES GODET

l'élévation des sentiments, la loyauté du caractère et dont vous n’eussiez pu. associer la pensée à rien de bas ou d’impur ; des êtres à la fois forts et tendres, dont le regard respirait la bonté, dont le sourire répandait la joie, dont la seule présence réchauffait votre cœur : vers lesquels vous vous sentiez invinciblement attiré, bien qu’en vous comparant à eux vous vous sentiez médiocre et mauvais: leur vertu vous jugeait, leur beauté morale vous subjuguait... C’est une impression analogue et pourtant différente que j'éprouve en présence de Celui qui remplit de son œuvre et de sa parole les pages du Nouveau Testament. Je me sens à la fois jugé et attiré. Jugé, comme je ne l’ai jamais été par aucun mortel, car de tous ceux dont le caractère moral a produit sur moi une impression profonde, je sens bien qu’il. leur manque quelque chose ; je les ai vus, quelque jour. sujets à d'humaines faiblesses, cédant à quelque impulsion égoiste, à quelque mouvement de vanité, inconséquents à leurs principes; je les ai vus — ou si je ne les ai pas vus, ils me l’ont dit — pécheurs comme moi, semblables à moi, y compris le péché, déchus eux aussi, ne différant de moi que par le degré de la déchéance morale... Je sais leur cœur semblable au mien, c’est-à-dire mauvais, quelle que soit l’apparente pureté de leur vie. Et j'ai été, le dirai-je, consolé de mes faiblesses et de mes chu tes en constatant qu’eux aussi ils étaient malades!

« Je m’approche de Jésus , je le regarde attentivement : il est mon frère, un homme, le plus homme qui ait passé sur la terre, car il sent, il aime, il souffre, il pleure, il lutte comme aucun... Sa vie passe devant mes yeux: j'ai beau considérer, scruter ; je ne vois pas de lacunes, je ne découvre pas de taches, je ne puis constater de défaillances ! Le vase est sans fissures. Ou encore sa vertu, c’est la robe sans couture tissée d’une seule pièce; rien n’y manque, et les traits en apparence les plus opposés y sont réunis sans effort dans une lumineuse harmonie ; sainteté et amour, austérité et tendresse, dignité et humilité, énergie invincible et renoncement, conscience de sa force et sacrifice de soi jusqu’à la mort... Devant cette figure, ma conscience s'incline. elle a trouvé son maître, car il ne m'est pas possible de concevoir une perfection plus haute que celle que je trouve ici

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