‹ La seconde épitre aux CorinthiensChapitre 37 sur 117 · XVI GEORGES GODET · texte numérisé non relu

XVI GEORGES GODET

que ces reproches étaient mérités, résolu à tout faire pour mériter désormais son approbation. Mais le père lui a ouvert ses bras, il lui a mis l’anneau au doigt, il l’a reçu comme son fils, sans lui faire aucun reproche sur son passé, comme si rien ne S’était passé. II y a maintenant dans le cœur du fils tout autre chose qu’une froide résolution de bien faire, il s'est senti aimé et #! aime. L’amour du père l’enveloppe et le transforme. Jamais il n'eût osé s'attendre à un tel accueil ; il en est comme écrasé ; la joie inonde son cœur, une inexprimable reconnaissance le remplit. Et alors il n’y a plus de résolutivns à prendre, d'effort à faire : car 4! ne peut autrement ; il lui paraît naturel d’obéir, de faire la volonté du père. de lui témoigner son amour par son dévouement. L'amour est une force, la grande force, et l'amour létreint,

le presse, comme dit saint Paul : « La charité du Christ nous presse. » Celui qui a compris cet amour, goûté cet amour, il est moralement impossible qu'il dise : « Péchons, puisque la grâce abonde. »

L'homme qui parlait ainsi n’était pas un théologien raisonnant à froid sur «les vérités de la Révélation », mais un chrétien qui avait, selon l'expression de Pascal, compris l'Evangile par le cœur. Il avait accepté humblement le salut et mis sa vie tout entière au service de Dieu et de ses frères. Sans doute, il n’y avait rien d’exubérant dans les manifestations de sa foi ; il était, à tort ou à raison. plutôt hostile à certaines méthodes importées d'Angleterre ou d'Amérique, réservant ses préférences à des formes de piété plus voisines de nos traditions et plus en harmonie avec notre tempérament national ; mais il n'y avait en lui nulle étroitesse ; il avait assez de discernement spirituel pour reconnaître la sève chrétienne authentique même dans les végétations exotiques, et assez de ferveur pour que tous ceux qu’animait une piété véritable ne tardassent pas à reconnaître en lui un frère.

C'est sa piété qui fut l'âme de sa vie de dévouement, qui fut aussi l’inspiratrice de son inlassable activité ; c’est sa piété encore qui lui permettait de se trouver heureux au milieu des humbles et non pas seulement parmi les intellectuels dont sa tournure d’esprit devait le rapprocher ; c’est sa piété qui à ouvert son cœur à la miséricorde et à la compas-

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