GEORGES GODET XLIX
sion et qui l’a porté à se faire le champion des opprimés ; c'est sa piété enfin qui lui a aidé à exercer sur lui-même une discipline constante et dont tous ceux qui l’ont connu de près ont constaté les heureux effets.
Ce progrès spirituel se marqua tout particulièrement au soir de sa vie; l'épreuve, nous l’avons vu, ne l’avait point épargné ; de plus en plus ses regards se détachaient de ce monde visible pour se tourner vers « les horizons lointains», où lant de ses amis les plus chers l’avaient précédé. C’est ainsi que s'était produite chez lui une maturité grave et recueillie qu'éclairait de plus en plus un rayon de douce sérénité. Par moments on s’étonnait de sa douceur, de l’effusion avec laquelle il remerciait pour les plus légers services. Une des dernières prières que l’on recueillit sur ses lèvres fut que Dieu bénît ceux qui l’avaient entouré pendant les dernières années de sa vie et avaient allégé pour lui le poids de la solitude. « Oui, l’amour !» murmurait-il peu d’heures avant sa fin, montrant ainsi quelle avait été la préoccupation suprême de son existence.
Tout cela fut admirablement résumé dans l’allocution prononcée sur sa tombe par un de ses amis les plus intimes, M. le professeur Ch Porret. Chacun en l’entendant eut l’impression qu'il avait dit le dernier mot sur G. Godet :
« Je ne veux pas répéter ce que l'on a dit déjà sur sa personne. Il me suffira de dire que pour ceux qui avaient le privilège de pénétrer plus avant que 1 apparence immédiate, il était d’un dévouement sans bornes, d’une fidélité à toute épreuveet d’une incorruptible droiture. Il est peut-être un bon nombre de personnes qui pensent qu’il fut avant tout un homme de tradition, suivant fidèlement les ornières que son milieu lui avait tracées. Rien n’est plus loin de la réalité. Personne ne fut moins traditionaliste que notre ami. Jamais il ne jura sur la parole de qui que ce fût. De nature, il était réfractaire à la foi. Il a dû conquérir toutes ses convictions à la pointe de l'épée, et il ne se livra à la vérité que pour avoir été vaincu par elle. Voilà pourquoi avec un tempérament si éminemment intellectuel et scientifique, il fut le pasteur consciencieux que nous avons entendu, mettant toujours la vie chrétienne au premier plan et lui subordonnant tout le reste.