GEORGES GODET
Georges-Édouard Godet naquit à Neuchâtel le 48 septembre
1845. Le lendemain, son père, Frédéric Godet, le théologien bien connu, annonçait en ces termes l’heureux événement à son ami Louis Bonnet, pasteur de l’Église française de Francfort: «Grâces soient rendues à notre bon Dieu! Il à tout amené à bien ; un bon gros garçon, et ma chère Caroline aussi bien que possible... Ce premier eri ! Comment rendre l’émotion! Je n'ai pu la soutenir... Notre petit est là bien dor-
__ mant, dans d’autres moments bien criant, «avec une voix de
major », dit notre releveuse ; «de ministre », rectifié-je tout bas, en ajoutant un «s’il plaît à Dieu. »
Dès lors, le nom de son fils aîné revient fréquemment dans la correspondance de Frédéric Godet :
Du 10 novembre 1846 : « Notre petit Georges est bien aï-
mable. Il marche et court lestement, comprend tout (ou à peu près!) sans parler lui-même. Il est très observateur. attentif, gentil et aimant. »
Du 28 mai 1847 : «M. Georges entre déjà dans l’a priorr de la propre volonté d’une manière très spéculative ; il aura des talents décidés en ce genre. »
Du 10 août 1848: « Je reviens à mes moutons, à mon petit Georges, en particulier, qui me fait tant de plaisir. E est si vif, et en même temps il a dans le regard quelque chose
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de si doux; son expression est à la fois si aimante et si mali-
cieuse! Avant mon départ. j’ai commencé à lui apprendre le b a ba (il sait déjà les lettres isolées). Caroline à continué.
Mais voici que M. Georges ne fait que rire et s'amuser pendant
toute la leçon, et quand elle le gronde, il répond : « Mais les lettres font rire moi! »
L'enfant qui épelait à l’âge de trois ans devait donner d’autres signes de précocité. Il avait à peine huit ans que son père trouvait déjà dans ses paperasses d’écolier des sermons écrits au crayon, avec texte, exorde, application. Ses études, au collège classique d’abord, puis dans les classes supérieures qu on appelait les Auditoires, marchèrent ronde- . ment. Grand travailleur, richement doué, le jeune garçon ne pouvait que progresser sous la direction de maîtres distingués tels que le philologue Ch. Prince, le philosophe Ch. Secrétan et ce fin lettré qu'était Félix Bovet. À dix-sept ans, il terminait ses études classiques et se trouvait trop jeune d’un an pour être admis à la Faculté de théologie.
Georges Godet s'était done décidé à devenir pasteur ? De
quand datait cette détermination ? De bonne heure, nous l'avons vu, il avait pris plaisir à composer des sermons ; puis
ce goût [ui avait passé: enfin, vers sa seizième année, il était revenu à ses premières ambitions. «Mon Georges, écrit
F, Godet, à la date du 7 mai 1851, paraît prendre le chemin de la théologie, dont il s’était toujours déclaré très peu partisan jusqu’à présent. » À quoi attribuer cette décision ? À l'influence familiale sans doute et à l'intérêt qu’en grandissant le jeune homme avait pris aux travaux de son père. En effet, tout en poursuivant ses études, il était devenu le collaborateur de ce dernier qui s'était mis à lui dieter son premier grand ouvrage de théologie : «Nous sommes arrivés dans notre commun travail (mon Saint-Jean) à la fin du chapitre XIX : 900 pages presque toutes écrites de la main de ce cher enfant, au milieu de ses études, moi retenant, lui me poussant toujours.» (Lettre à Arnold Guyot, du 21 octobre 1862.) Au moment où F. Godet écrivait ces lignes, son fils Georges n’était plus à Neuchâtel ; il était parti pour Francfort, où il devait passer un an : il y apprit très bien l’allemand et surtout y subit l’influence heureuse du pasteur Bonnet, ami
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