v. 5-11 et
5 Or si quelqu'un a causé de la tristesse, ce n’est pas moi qu’il a affligé, mais dans une certaine mesure — pour ne pas exagérer — vous tous. 6 C’est assez pour cet homme-là que cette censure qui lui a été infligée par le plus grand nombre. En sorte que (maintenant) vous avez
quelles CALvIN remarque: «lesquelles par leur abondance rendent témoignage qu’il avait le cœur tendre; mais cette tendreté était plus vertueuse que la dureté des stoïques, qui voulaient apparaître comme insensibles. »
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au contraire bien plutôt à lui pardonner et à l’encourager, de peur que cet homme ne soit comme englouti par l’excès de sa tristesse. 8 C’est pourquoi je vous exhorte à prendre à son égard une résolution de charité. ° Car je vous ai écrit justement dans le but de connaître à l’épreuve votre fidélité : si vous êtes obéissants à tous égards. {0 0r, à qui vous pardonnez (je pardonne) moi aussi; car ce que je pardonne, si je pardonne quelque chose, c’est à cause de vous, (je le déclare) en face de Christ, !! afin que nous ne soyons pas (vous et moi) frustrés par Satan; car nous n’ignorons pas ses desseins.
12 Or, étant venu à Troas (pour la prédication de) l’'Evangile du Christ, et bien qu’une porte m’y fût ouverte dans le Seigneur, ! je n’eus pas de repos pour mon esprit, par le fait que je ne trouvai pas Tite, mon frère; mais ayant pris congé d’eux (les chrétiens de Troas), je partis de là pour (aller) en Macédoine.
Les v. 5-11 sont en étroite relation avec ce qui précède: ils se rapportent au cas particulier qui avait attristé l’apôtre, motivé le changement de son plan de voyage, la substitution d’une lettre à sa visite personnelle, et provoqué les sévérités de cette lettre. Ce cas est maintenant réglé aux yeux de Paul: l'attitude de l’Église, qui avait froissé l’apôtre, a changé; le coupable s’est humilié; Paul lui a pardonné et exhorte l’Église à lui pardonner aussi. Dès lors, il n’y a plus d’obstacle essentiel à sa venue à Corinthe; en tout cas. une venue &v Ada n’est plus à craindre. Telle est la portée de ces v.5-11 qui servent à faire la pleine lumière, à écarter définitivement tout malentendu sur le vrai motif de sa conduite. Le lien étroit qui unit ce paragraphe au précédent (1, 23-IT, 4) ressort de la relation des mots ei € ru Âeldnmuer (v. 5) avec les termes év Aônn, Aënnr, Avnndÿre (v. 1. 3. 4), puis de la relation entre le éyoæya du v. 9 et celui du v. 3.
v. 5. — ei dé ms. Le sens de ce Ôé (adversatif) est très simple: «Moi, je n’ai pas voulu causer de la tristesse (v.. #); mais si quelqu'un en a causé (car il ÿ a eu de la tristesse), je n’en étais pas le vrai auteur ». Le vrai auteur, c’est
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quelqu'un (#ç) que Paul ne nomme pas; l’apôtre parle de ce personnage et de son cas avec une grande réserve, sur le ton le plus conciliant, voulant, non pas rouvrir la blessure à demi fermée, mais autant que possible clore l’affaire qui avait causé tant d’émoi à Corinthe. Il ne dit que ce qui est indispensable pour se faire comprendre des Corinthiens. Ceux-ci savaient de quoi il s'agissait et pouvaient l'entendre à demi-mot: pour nous, qui ne connaissons qu’imparfaitement les circonstances, la chose est plus malaisée. — On s’attendrait à ce que Paul continuât en disant: oùx éy® Aeldnnra, «si quelqu'un à causé de la tristesse, ce n’est pas moi, mais un autre ». Mais à ce contraste entre les deux auteurs supposables de la 26x, [contraste qui était probablement dans sa pensée quand il commençait à dicter le v.5], Paul en substitue immédiatement un autre, celui entre les deux classes de personnes à qui la tristesse a été causée: «non pas à moi, mais bien plutôt à vous». Pourquoi cette substitution? Parce qu’on avait pu croire à Corinthe que Paul avait écrit si sévèrement sous l'empire d’un sentiment d’animosité; on avait attribué sa sévérité, qui paraissait excessive, à une irritation personnelle: on avait pu dire: « Voyez comme il est aigri et quelles paroles violentes il nous adresse » (v. 4). L’apôtre à à cœur de repousser hautement cette insinuation, indigne de son généreux caractère. «Eh bien, non! veut-il dire, c’est si peu cela que, l’injure ou la faute de ce coupable, ce n’est pas moi qui l’ai ressentie, moi qu’elle à blessé et affligé, mais plutôt vous. Il y à quelqu'un qui a été froissé, et ce n’est pas moi, c’est l'Église. » — L’antithèse de oùx éué, introduite par éd, ne peut être autre chose que mévras bu&s: ces derniers mots sont donc objet de 2elémnrer, non de émbaoû; le ànû uégovus sert alors à atténuer, à restreindre le mévraçs bu&s, duquel il fallait naturellement excepter (cf. v. 6: bxô r@v zledvw) ceux qui S’étaient joints au zçs et qui applaudissaient à ses exploits (Paul les prendra à partie dans les ch. X-XIID: ils ont été tous.…., en partie du moins, ou jusqu’à un certain point, en quelque mesure, attristés. Ainsi: «Il a affligé, non pas moi, mais en quelque mesure vous tous, c'est-à-dire : l’offense de ce zç a atteint non pas moi, mais l’Église, presque
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tout entière » !. —Il faut dès lors faire de ivæ uÿ émuBaçû une parenthèse explicative du drû néçovs: «afin que je n’en dise pas trop, que je n’exagère pas». Le verbe éxu8açéo signifie proprement «ajouter au poids, surcharger» et a généralement un complément ; cf. 1 Thess. II, 9:2 Thess. HIT, 8. Lei il est employé absolument et paraît avoir le sens d'exagérer (SCHMIEDEL, BOUSSET, [LIETZMANN, BACHMANN], quand même ce sens n’est pas appuyé par d’autres exemples. — MEYER, KLôPPER, etc., sous-entendent duré : «afin de ne pas le charger trop,.lui, ce zç»; mais cela est très arbitraire et ne donne pas un sens satisfaisant: en effet, en quoi cela décharge-t-il le zs, si une partie de l’Église s’est déclarée pour lui et n’a pas été attristée comme elle aurait dû par sa faute, ou bien lui a trop facilement pardonné? Il est, au contraire, dautant plus coupable qu’il en a entraîné plusieurs. — On a voulu considérer zévras comme objet de éxBao&, et le séparer de bu&s, pris seul comme objet de 2sÂdmmxer ; ainsi BicLRoTH: «il vous a affligés en partie, — afin que je ne vous charge pas tous ». Paul reconnaîtrait, à la décharge de l'Église, qu’une partie de celle-ci a pris parti pour lui. Cette construction est assurément possible, mais il aurait été beaucoup plus simple et plus clair de rapprocher ou&s de &nù uéoovs. — On a proposé encore de faire de dr uéçous («vous en partie») l’antithèse de oùx êué, et de regarder näévras bu&s comme l’objet de éxBaç&: «Il a affligé, non moi, mais (vous) en partie du moins, afin de ne pas faire peser sur vous tous le reproche d’être demeurés indifférents. » Mais le ou&s qu'on supplée ainsi devant dr uéçovs ne saurait manquer et être simplement sous-entendu. — Hormanx suit, ici encore, sa voie à lui. Les mots oûx éuè Àsldrnxer seraient interrogatifs («N'est-ce pas moi qu’il a offensé?») et auraient pour réponse sous-entendue: «Oui, certes ! » Mais ceci convient bien mal à tout le ton conciliant du contexte. Avec &22à &nd uégovs commencerait une nouvelle proposition qui embrasserait tout le v. 6 et dont le
1 [Ce sens quantitatif du &xù uéçovs est admis par SCHMIEDEL. BACHMANN préfère un sens qualitatif (limitation du degré de l’affliction), cf. FE, 14; 4 Cor. XII, 9. ss.; Rom. XV, 15.24.]
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sens serait: «Mais pour le moment (dx uéoovs étant pris — comme déjà 1, 14 — dans le sens temporel) ce châtiment que cet homme a reçu de la part de la majorité est suffisant » (la majorité serait opposée à une minorité qui voudrait aller plus loin). Le îva uÿ émBao signifierait: «afin qu'en ne pardonnant pas à un de ses membres, je ne fasse pas peser sur toute l'Eglise un 8éços, le sentiment pénible d’une faute non pardonnée». On ne saurait imaginer de construction moins naturelle! Car d’abord le sens temporel de érè uéoovs n’est pas admissible. En outre, l’explication de iva uÿ émBao&, ainsi que l'idée d’une minorité qui voudrait aller plus loin, sont introduites de force dans le passage.
Qui est ce z1ç ? ! Selon la plupart des exégètes, ce serait l’incestueux de 4 Cor. V. Quelques-uns, en revanche, pensent qu’il s’agit de tout autre chose, d’une offense personnelle grave faite à l’apôtre dans une circonstance postérieure à 1 Cor., c’est-à-dire lors d’un séjour de Paul à Corinthe ou à l’occasion d’une visite de Timothée qui avait précédé ce séjour. La première opinion est soutenue par MEYER, HOFMANN, KLôPrer, WEIss, HEINRICI, Reuss. Voici les raisons sur lesquelles KLôüPper l’appuie: 4. L'affaire si grave de l’incestueux ne peut avoir disparu sans laisser de traces. — Mais, répondrons-nous, s’il s’est écoulé beaucoup de temps entre 4 et 2 Cor. et s’il y a eu dans ce long intervalle un voyage de Paul à Corinthe, une députation et une lettre, l'affaire de lincestueux pouvait très bien avoir été réglée de telle sorte qu'il n’y avait plus à en parler dans 2 Cor. — 2. L’apôtre affirme qu’il n’a pas été froissé personnellement (o8x êué), mais que c’est l’Église qui à été affligée. Done il s’agit, non d’une attaque personnelle contre Paul, mais d’une faute qui, comme le scandale de 1 Cor. V, compromettait toute l’Église. — Mais, précisément, s’il s’agissait de 1 Cor. V, l’apôtre n’aurait pas besoin de se défendre tellement d’avoir agi et parlé par irritation personnelle ; en outre, il n’insisterait pas comme il le fait sur la participation de l'Église au scandale en question, car dans l'affaire de l’incestueux, l’Église avait d’abord pris la chose très légèrement, tandis que Paul, au
! Voir l'étude détaillée de cette question dans SCHMIEDEL, p. 221-223.
contraire, avait été affligé et avait porté seul tout le poids de ce scandale. L’insistance de l’apôtre parle plutôt en faveur d'une offense personnelle, tout autre que l’offense de 1 Cor. V; celle-ci ne touchait pas spécialement Paul. (Voir encore à ch. VIL) — 3. L’apôtre parle ailleurs, dans notre lettre, avec une extrême sévérité, de ses adversaires à Corinthe: il les appelle «serviteurs de Satan » (XI, 13-15; cf. IV, 2). Pour que Paul isolât ainsi l’un d’eux de tous les autres, pour qu'il fit contre ce seul individu toute une campagne (députation, lettre, etc.) et qu'il prescrivit l’emploi de mesures disciplinaires à son égard (ce qui n’était d’ailleurs pas sa manière habituelle de fermer la bouche à ses adversaires), il faudrait que ce personnage eût fait ou dit quelque chose de monstrueux ! On aurait peine à comprendre le repentir du coupable après une telle sévérité ; on ne s’expliquerait pas non plus la violence avec laquelle, dans les derniers chapitres, Paul fait encore le procès à ses adversaires. — Mais que savons-nous des circonstances dans lesquelles le fait s’est produit, de la nature de l'accusation lancée contre Paul ? Celle-ei pouvait porter sur tel point spécialement délicat que les adversaires ordinaires de l’apôtre ne touchaient peutêtre pas d'habitude : question d’argent ou de moralité, par exemple. On comprend qu’alors on se fût expliqué par la susceptibilité froissée de Paul sa lettre sévère !. Nous pouvons donc laisser tout au moins le protocole ouvert, quitte à le reprendre au ch. VIT.
v. 6. — ixavdv: c’est « suffisant», car le châtiment a atteint son but, le zç s'étant humilié. Paul a appris par Tite (v.143, cf. VII, 13) le zèle déployé par Eglise dans la punition du coupable à la suite de sa lettre réclamant qu’on sévit ; il a
appris également le résultat obtenu, à savoir la repentance
du coupable. Aussi engage-t-il les Corinthiens à ne pas pousser plus loin leur sévérité. — Le mot éxeruia désigne dans le grec classique la qualité, l’état de celui qui est éxiriuos,
1 Bousser (p. 172) montre très bien que lapplication de notre passage à À Cor. Vest impossible. [ Voir également LIETzMANN, p. 172. 8. Au reste, déjà Tertullien, dans le De Pudicitia (ch. XIII et ss.) soutient d’une manière très intéressante la thèse que le coupable de 2 Cor. ne peut pas être identifié avec l’incestueux de 4 Cor.].
c’est-à-dire qui jouit de tous les droits d’un libre citoyen : dans notre passage, c’est l'équivalent du terme 7& émuiua «amende, punition », ou plutôt de l’un des termes # éxurinous, 1ù émuriuquæ, « reproche, censure ». [BACHMANN remarque que le verbe éœxu&v désigne toujours une répréhension, c’est-à-dire une punition en paroles ; ef. 2 Tim. IV, 2 : Jud. v.9; Matt. VITE, 26 ; XI, 16, etc., ainsi que les LXX, où il sert à traduire ÿ3]. — «ërn : les Corinthiens savaient très bien de quoi il s'agissait [et Paul aussi, grâce à Tite, cf. VIL, 43 (LiErzMANN)]. En quoi avait consisté cette êxzuia? Même s’il s’agit de l’incestueux de 1 Cor. V, ce n’a pu être le « livrer à Satan » (1 Cor. V, 5) décrété par i’apôtre: le dd rôv mÂeidvoy de notre v. s’y oppose : il faudrait admettre que ce « livrer à Satan » n’a pas été exécuté et que Paul y renonce (KLüPper). C’est donc autre chose : une censure publique, une oyueiwous (cf. 2 Thess. IIL, 14) accompagnée d’une rupture avec le coupable, de son exclusion de la - communauté (cf. 4 Cor. V, 13). Seulement les mots x rür mÂedvor (CÎ. AU V. D: dnù uéoovs nmévras bu&s) paraissent indiquer qu’il ne s’agit pas d’une décision officielle de l'Église dans son ensemble, mais d’une mise à l'index par] une majorité, à laquelle une minorité (sans doute les adversaires de Paul) à refusé de se joindre.
v. 7. — Paul se fait l’intercesseur du coupable. — Les mots Gote.. yaçgicacdar expriment la conséquence naturelle, immédiate de l'affirmation du v. 6 (ixardr….) : «Cela est suffisant pour que vous pardonniez ». [1 n’y a donc rien à sous-entendre (par exemple dei) entre dore et yapioaodau. — rodvavtiov u&Âlor : «plutôt que d’aggraver la peine ou même de la faire durer davantage », ce qui devait avoir lieu si elle n’était pas jugée ixavd». — L'objet des verbes yæoioaoda et magaxaiéoa est sous-entendu, mais évident ; c'est aôt® pour le premier et æëré» pour le second (se rapportant à t@ rouobto Au V. 6). — zapaxaléoe : « le consoler, le tranquilliser par des paroles d’affection ». — wzos .: «de peur qu’il ne soit dévoré par uneaffliction excessive ». — 7ÿ meçuocovéga Az: «par une douleur qui dépasserait la juste mesure », c’est-à-dire la mesure de la douleur de repentance que Paul avait voulu produire par le châtiment et à laquelle avait
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été amené, en effet, le coupable; cette douleur excessive résulterait du refus de pardon qui équivaudrait à une exclusion définitive. — xaraxoÿÿ, proprement: « ne soit avalé (xararivo), englouti, dévoré » (ef. 4 Cor. XV, 54 ; 1 Pierre V, 8), c'est-à-dire ici : « poussé au désespoir ». Le coupable ne recherchera plus le salut chrétien ; son repentir dégénérera en désespoir, et le conduira soit au suicide, soit au retour au monde. Il y à là un nouveau danger à prévenir, qui justifie le changement que Paul recommande aux Corinthiens dans leur manière d’agir à l’égard de cet individu. — 6 tosodros, placé à la fin de la phrase, a lPaccent, et c’est sans doute l’accent de la compassion : il est temps que l'Église témoigne de nouveau de l’affection à ce malheureux et le relève !
v. 8. — L’apôtre réclame même de l’Église une décision formelle en vertu de laquelle l’affection fraternelle sera rendue à cet homme et les relations reprises avec lui. Le verbe xv000, « rendre un décret », est employé dans le grec classique (Hérodote, Thucydide) pour parler d’une décision légale, valable en droit. On ne le retrouve, dans le N. T., que Gal. ILE, 45 ; mais on le rencontre dans les LXX, Gen. XXII, 20. — Le fait que Paul réclame une décision, une déclaration officielle de l'Église prouve qu’il y avaiteu excommunication prononcée sur le coupable, [sans doute par la majorité favorable à l’apôtre : voir à v. 6 fin]. —Il semble, néanmoins, que l’éydrn existe déjà et qu’il s’agit seulement de la rendre officiellement à celui qui en à été momentanément indigne. Tite devait avoir dit à l’apôtre que l'Eglise était disposée à pardonner (cf. & yagiGeode, v. 10). Mais la décision officielle n’était pas encore prise. Paul laisse à l'Eglise le droit et le soin d’agir dans une affaire qui la regarde, [mais il estime qu’à l’éxeruia infligée au coupable par l'Eglise, ou du moins par sa majorité (v. 6), doit correspondre une sentence de réhabilitation et de reprise des relations fraternelles, prononcée également par l’Église].
Le v. 9 explique ou motive l’invitation du v. 8. Celle-ei pouvait sembler en contradiction avec la teneur de la lettre de Paul ; ce n’est pourtant pas le cas, puisque le bus de la lettre est atteint: «Car je vous ai écrit justement dans ce but de. », c’est-à-dire : « je voulais, en vous écrivant comme je
l'ai fait, non me procurer une satisfaction personnelle (en me vengeant), mais éprouver votre fidélité et votre obéissance, voir si en tout (et entre autres dans cette affaire-ci) vous agiriez selon mes désirs... Vous l’avez fait; vous avez puni; le résultat désiré est atteint et j’ai constaté votre fidélité. Il n’y a donc plus de raison de maintenir les mesures sévères que je réclamais ». — 6oxwu, « épreuve » (cf. VIIT, 2), puis: « qualité de ce qui a été éprouvé », «Bewäbhrtheit» (cf. IX, 43; Rom. V, 4). Ce mot est développé dans la proposition ei eis névra dnmxoot êote (A B lisent # au lieu de sé, ce qui ne change pas sensiblement le sens). — éx#xoo: il s’agit de l’obéissance envers Christ (MeyeR-HEINRICI) plutôt que de celle envers Paul. — sis névra: « à tous égards ».
Le v. 10 reprend l’idée de xvoôoa dydnny ; le ôé est progressif, non adversatif (Weiss). Sens: «Il faut pardonner (v,7), renouer officiellement les relations fraternelles (v. 8). Et si vous le faites, vous pouvez être assurés que moi, de mon côté, je ne garde rien sur le cœur ; mon pardon est naturellement impliqué dans le vôtre, puisqu’au fond c’est vous, et non moi, qui êtes les offensés (v. 5)». Le v. 40 est une affirmation générale, dont l’application au cas particulier était très facile aux Corinthiens, qui savaient à qui (6) et ce que (x) ils devaient pardonner. Par cette déclaration Paul montre qu’il est de nouveau tout à fait un avec l'Eglise. — Le v. 10b sert à motiver l'affirmation de 102. La leçon à xeydçououar (R ABCEFG It.) doit certainement être préférée à celle de EP: & xeydoroua (sans doute amenée par le & de 102) et surtout à celle du T. R (d’après K L et quelques Minusce.): et ve xeydoiouœ, @ xeydçiouar…., qui paraît être une correction de la leçon de EP et qui donne un sens faible et plat. Ainsi: «Car si je pardonne, pour autant qu’il peut être question de pardon de ma part (puisque c’est vous qui êtes les lésés, voir plus haut), mon pardon est accordé en réalité pour vous, pour votre bien (pour rétablir l’ordre chez vous), de sorte que dès que vous pardonnez, je ne puis songer à m’y refuser moi-même ». — La tournure ei ve xeyéçioua a quelque chose de délicat et de gracieux : c’est l’offensé qui pardonne, et Paul a déclaré ne pas l'être. — dv bu&s est entendu par Meyer, MEYER-HeINRICI: «afin que vous-mêmes
RS \ ps
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vous pardonniez» ; l’idée serait celle d’un rapport de réciprocité: «à qui vous pardonnez, je pardonne, et je pardonne à mon tour, afin que vous pardonniez». Mais non, car d’après 10%, Paul fait dépendre son pardon du pardon des lecteurs. Quant à distinguer, avec MEYER, deux fautes à pardonner (l’offense à l’Église, que l’apôtre pardonne si l’Église pardonne ; — et l’offense à Paul, que Paul pardonne pour le bien de l’Église, c’est-à dire afin que l’Église la pardonne aussi), cela paraît bien subtil! — Le parfait xeyégroua (et non le présent yaoiSouœ) indique que c’est chose faite: la faute est oubliée. Paul vient, en effet, de déclarer son pardon (102), et il y a eu d’ailleurs chez lui, avant d'écrire cela, délibération, résolution arrêtée de pardonner. — &v xgooœne Xçroroù exprime la parfaite vérité, la complète sincérité de ce pardon qui a lieu pour eux: Christ (qui connaît les pensées de l’apôtre) en est témoin, il le voit, il le sait! Ce pardon n’est pas le fait d’une simple condescendance de la part de Paul ; l’apôtre sait qu’il a l’approbation du Seigneur (Weiss; cf. Reuss). — Quelques interprètes croient pouvoir regarder xeydououæ Comme un passif (ainsi RückERT ; cf. BoussET, qui mentionne cette explication comme possible); Paul ferait allusion au pardon qu’il a reçu de Christ lors de sa conversion, et l’idée serait: «si j’ai été pardonné (par Christ), c'est uniquement pour vous; comment pourrais-je donc songer à exiger pour moi une satisfaction, une expiation quelconque?» Mais le verbe yæpi£eoda a ordinairement le sens moyen dans le N. T. (cf. par exemple Gal. IE, 18; Act. XXVIE, 24) et l’expression ei xeydououaæ ne conviendrait guère à la conversion de Paul. — Quant à la chose en question, la manière dont Paul s'exprime ici est difficilement applicable au cas de l’incestueux. N'est-ce pas à Dieu qu’il appartenait avant tout de pardonner le péché dont parle 4 Cor. V? Il semble bien plutôt que dans notre passage il s’agisse d’une question toute personnelle, d’une affaire qui concerne surtout l’apôtre. C’est de lui (et de l’Eglise) qu’il dépend de pardonner.
Au v. 41, Paul indique le but final de ce pardon: «afin que nous ne soyons pas les dupes de Satan» (OLTRAMARE, Reuss). — Le ira explique le ds du&s: «c'est pour vous,
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à cause de vous qu’a lieu mon pardon, afin qu’il ne nous arrive pas, à vous et à moi...» — Le verbe xmAsovexteir signifie: «être le plus fort, surpasser, remporter l’avantage sur quelqu'un, tirer profit de quelqu'un», cf. 1 Thess. IV, 6. Paul emploie ici le passif (cf. Xénoph., Memor. IE, 5, 2): «que nous ne soyons pas exploités, frustrés par Satan». L'avantage que Satan pourrait remporter sur Paul et l’Église de Corinthe peut être entendu soit: a/ du trouble maintenu dans l’Église: une scission aurait pu se produire entre Paul et les Corinthiens si l’apôtre avait refusé obstinément toute réconciliation au coupable repentant; en agissant ainsi, Paul eût jeté l’Église dans les bras de ses adversaires jen peut-être était-ce là le dessein de Satan que Paul n’ignore pas (KLüPper, CaLviN!; ce dernier remarque, à propos du V. 7: nihil enim periculosius), — soit plutôt: b/ de la perdition du malheureux pécheur qui, au lieu d’être sauvé par la punition, tomberait dans le désespoir (+. 7), deviendrait la proie de Satan, serait pris dans ses pièges (ainsi: MEYER- Heinricr; cf. REuss: «Si l’on se montre inexorable, cet homme aujourd’hui repentant serait forcé de se séparer définitivement de l'Église : en le repoussant des bras de Christ, on le jetterait entre ceux de Satan.» On aurait travaillé pour l’adversaire!) — voÿuaræ (paronomasie avec dyvooüuey) : «les produits de son »oüç ». Idée: « nous opposons intelligence à intelligence » ; cf. Éph. VI, 11; 1 Pier. V, 8. Quand on à le »oùs Xouoro, on est sage, avisé (1 Cor. II, 16). — œèro® : « de lui et de ses suppôts ».
KLÔPPER, cité par MeyER-HEINRICI, remarque sur l’ensemble du paragraphe que Paul, aussi bien quand il exige une punition sévère que lorsqu'il exhorte au pardon, n’a d’autre motif que le désir de sauvegarder un principe, à savoir la vérité de son évangile.
Les v. 12 et 13 forment la clôture de ce premier morceau, dans lequel Paul à justifié la droiture de ses intentions dans son changement de plan: ils servent en même temps de transition au morceau suivant (IE, 14-VIT,1) qui traite du ministère
1 Ainsi aussi BoussET, d’après qui Paul, en disant «Satan», pense aux adversaires judaïsants (cf. XI, 43) qui ont su profiter très habilement du conflit entre Paul et l” Église. [Ainsi également LIETZMANN.]
chrétien contemplé à la lumière de celui de Paul. Dans nos v. 12. 13, Paul fait connaître aux Corinthiens quelles étaient ses dispositions et ses expériences intimes immédiatement avant la composition de 2 Cor. Mais il ne le fait pas dans un intérêt simplement historique ; il montre ainsi à ses lecteurs que, alors qu’il ne voulait pas venir à Corinthe, sa sollicitude pour eux remplissait toute son âme: parce qu'il ne trouve pas à Troas (où il l'avait donc attendu) Tite, qui devait lui apporter des nouvelles de l’Église, il ne peut avoir de repos.
v. 12. — Le 829 dé ne se rattache naturellement à rien de ce qui précède immédiatement, mais renoue avec I, 23-IL, 4. Après avoir expliqué dans les v. 5-11 le but maintenant atteint de la lettre dont il a parlé aux v. 3 et 4, Paul se reporte de nouveau à sa situation d'esprit au moment où il venait de l’écrire et avant les réjouissantes nouvelles apportées par Tite. Que faisait-il, lui, pendant que sa lettre, arrivant à Corinthe, y causait une si grande émotion? On l’avait supposé capable de la rédiger dans un sentiment d’irritation et avec l'intention de faire de la peine! Que faisait-il? Il va le dire et permettre ainsi aux Corinthiens de lire jusqu’au fond de sa pensée à leur égard et de son cœur qui les aime si ardemment: «Or (après avoir envoyé ma lettre), étant venu à Troas.. je n’y eus aucun repos...» Le Ôé est progressif, il fait passer le lecteur à ce qui a suivi l’envoi de la lettre. — Paul s’était rendu d’Éphèse à Troas (c'était son chemin pour aller à Corinthe par la Macédoine, 1 Cor. X VD selon un plan sans doute arrêté avec Tite. Celui-ci devait revenir de Corinthe par la Macédoine et l’apôtre lui avait donné rendezvous à Troas pour qu'il lui rapportât des nouvelles de l’effet produit par sa mission et par la lettre. Ou peut-être Paul avait-il déjà attendu Tite à Éphèse, mais avait-il été obligé de partir avant l’arrivée de celui-ci, à cause du tumulte de Démétrius (?). Son intention était d’annoncer l'Evangile dans cette contrée et cette ville! où il semble qu’il n’avait guère
1 [LiETZMANN fait remarquer que 7 Tewdçs désigne ordinairement la contrée (la Troade) mais il cite des cas où ce nom est employé en parlant de la ville (le port Alexandria Troas)].
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fait que passer lors de son second voyage (Act. XVI, 8-10), mais où l’on trouve plus tard (Act XX, 6. ss.) une Église, qui fut sans doute fondée au moment dont parlent nos versets. — Les mots eês rt edayyélor indiquent cette intention et dépendent de 44%@y (et non de &veou du v. 13, comme le veulent Hormaxn et Weiss); ebayyélior a donc ici son sens primitif, actif : «prédication de l'Evangile», ef. I Thess. 1,5. — zoù Xoworoù est un génit. d'objet ; cf. Me. I, 4. — La prédication de Paul à Troas promettait de beaux succès : xai dbçoas uor dvewyuérns… :; il s’agit de la déça roù A6yov (Col. IV,3 ; cf.1 Cor. XVI, 9). Cette porte ouverte (— occasion favorable) figure l’accès que l'Évangile eut auprès des populations: Paul arrive et trouve partout des portes ouvertes: venu pour prêcher l'Évangile, il rencontre toutes les conditions pour réussir. C’eût été une raison de rester! Et cela d’autant plus que ces portes sont ouvertes «dans le Seigneur » ; le é&v xvoiw détermine le Séoaçs dvewyuérns comme fait chrétien ; il indique la sphère dans laquelle ce fait a lieu. L'œuvre de Paul est non pas son œuvre à lui, mais celle du Seigneur, accomplie dans la communion, sous la dépendance et la bénédiction du Seigneur.
v. 13. — Et pourtant, en dépit de ces circonstances favorables, l’apôtre n’a pas pu rester! Son inquiétude a été plus forte que lui. Le trouble extraordinaire, l’angoisse éprouvée en écrivant la lettre (v. 4) a continué et lui a ôté tout repos: oùx éoynxa ävecwv. Le parfait (au lieu de l’imparfait qui conviendrait) est destiné à dépeindre cet état qui se prolongeait (ou qui était alors définitif) comme s’il était encore présent. L’apôtre est sous cette impression encore vivante. — &veois: «détente, relâchement, calme ». — 16 nvebuart uov: dat. commodi : «pour mon esprit». Paul emploie xveôuæ, et non puy: ce trouble va plus profond que la wuys, il atteint même le zvedua, le siège des relations avec Dieu, car les pensées qui agitaient l’apôtre n’étaient pas des impressions simplement humaines, mais appartenaient au domaine spirituel, à son ministère, à ses relations avec Christ et avec l'Eglise; il se demandait avec angoisse quelles seraient les suites de sa démarche auprès des Corinthiens pour l’œuvre de Dieu parmi eux, de sorte que cela ne lui laissait pas l’esprit
hPa:
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libre pour une autre action spirituelle. Ailleurs, Paul dira de cette même angoisse: oùdeular êcynxev dveorv ÿ oàç£ uv (VIL 5), parce que son être tout entier en a été remué. Dans VIE, 13 : 1 Cor. XVI, 18, il emploie xvedua, comme ici. — t@ ui eboeiv: par le fait de ne pas trouver. rencontrer Tite à Troas. — rùrv &üeÂpôr wow: Paul appelle Tite «son frère », paree qu’il est son compagnon de travail, de moitié dans son œuvre et surtout intimément associé à ses inquiétudes à l'égard des Corinthiens:; il avait besoin de le voir, lui seul pouvait le tranquilliser. — &24&... &£mA%ov : Son impatience d’avoir des nouvelles, son angoisse est telle que, pour rencontrer Tite plus tôt, il quitte Troas et se rend en Macédoine. — dnotaËfduevos: «ayant pris congé», cf. Me. VI, 46; Luc IX, 61; Act. XVIIL, 18. ‘Anozdoow: «séparer»; au moyen: « se séparer de quelqu'un » : au figuré: « renoncer à quelque chose », Luc XIV, 33. — aœrots: construction ad sensum pour dire: « les frères de Troas ». 11 y avait donc à Troas, au moment où Paul quitta cette ville, une communauté chrétienne, qui venait de se former à la suite du séjour de l’apôtre (voir à v. 12), ou qui existait déjà antérieurement (?). — é£5dov: de Troas. — Le &22& oppose cette conduite à celle que semblaient naturellement dicter les circonstances favorables à la prédication de l'Évangile à Troas (v. 12). — eic Maxedoviar: il était donc entendu que Tite reviendrait par la Macédoine et y rencontrerait Paul, ou bien le trouverait à Troas.
Tout cela est bien propre à faire sentir aux Corinthiens la profondeur de l’amour de Paul pour eux: pendant qu’à Corinthe on l’accusait de dureté, de manque de tendresse, etc., son cœur n’était rempli que d’eux, ne trouvait pas de repos à Troas, et l’obligeait à se séparer d’une œuvre si riche de promesses, et de frères aimés !
Deuxième morceau: Digression sur le ministère chrétien. If, 14-VII, 1.
Avec le v. 14, le fil du récit, repris au v. 12, se brise de nouveau, pour ne se renouer qu’au ch. VIF; Paul ne raconte pas l’arrivée de Tite, il reprendra cela à VIE, 5. ss. Il s'engage
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ici dans une longue et éloquente digression sur le ministère chrétien, dont il expose la grandeur, contemplée à travers le prisme de son propre ministère, de façon à définir nettement, une fois pour toutes, devant les yeux des Corinthiens, la nature de son mandat et sa position par rapport à l'Eglise, et à leur découvrir complètement ses sentiments. — Il est superflu de relever l'importance et l'intérêt de ce morceau, le plus considérable du N. T. sur le ministère.
Paul y développe trois points: