‹ La seconde épitre aux CorinthiensChapitre 67 sur 117 · A. IV · texte numérisé non relu

A. IV

1 C’est pourquoi, ayant ce ministère en vertu de la miséricorde qui nous a été faite, nous ne perdons pas courage, 2 mais nous avons répudié les (manœuvres) cachées dont on a honte, ne nous conduisant pas avec astuce et ne falsifiant pas la parole de Dieu, mais, au contraire, par la manifestation de la vérité nous recommandant nousmêmes à toute conscience humaine devant Dieu. ? Et si néanmoins il arrive que notre Evangile soit voilé, il est voilé chez ceux qui périssent, 4 chez ceux dont le dieu de ce siècle a aveuglé les pensées, incrédules qu’ils sont, afin qu’ils ne voient pas l’illumination de l'Evangile de la gloire de Christ qui est l’image de Dieu. * Car nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, mais (nous prêchons) Christ Jésus (comme) Seigneur, et quant à nous-mêmes, (nous nous proclamons) vos serviteurs à cause de Jésus. 5 Car le Dieu qui a dit: «La lumière brillera du sein des ténèbres » (est celui) qui a brillé dans nos cœurs, pour

que nous fassions resplendir la connaissance de la gloire de Dieu (qui est) en la figure de Christ.

Dans IV, 1-6, Paul fait l’application de ce qu’il vient de développer (puissance et gloire du ministère chrétien) à la manière dont lui et ses collaborateurs (ueis) remplissent ce ministère. Ce paragraphe revient à l’idée que l’apôtre avait commencé à développer IE, 42. ss. et qui l’avait conduit à la comparaison avec Moise et à l’antithèse des Juifs incrédules, à savoir : la franchise et la hardiesse avec lesquelles il exerce son ministère. {Paul répond ici à des reproches de ses adversaires. Bousser remarque avec raison qu’il faut lire entre les lignes, et il fait ressortir par des guillemets les chefs d’accusation.]

V. 1. — üià roûro, « c’est pourquoi », doit être, malgré ce que nous venons de dire, rattaché à ce qui précède immédiatement (IE, 17. 18) : « Puisque nous sommes armés d’une telle puissance spirituelle, puisque nous avons, nous chrétiens, une telle gloire, nous n’avons pas besoin de commettre des lâchetés.. » Weiss: « Puisque ce sont là (IT, 18), les glorieux effets de la contemplation du Seigneur dans le miroir de la prédication évangélique, done du ministère dont elle émane...» Le dà roro est expliqué, développé par éyovres tv Ouaxoviay travrmr. Cette dvaxoviæ est la draxoviæ 100 nvebuaros (IL, 8), qui a été décrite Ii, 7-13. — Une transition toute semblable se trouve IT, 12 (éyovres odv rouadrmr éAnida). — rad ds nhefdmuer Se rattache à éyovres : ce n’est pas de leur propre volonté que Paul et ses compagnons tiennent leur ministère, mais ils en ont été chargés et rendus capables par la miséricorde divine, par la pure grâce de Dieu (cf. Gal. [, 15. s.). L’intention de l’apôtre n’est pas de tempérer, par humilité, l’idée de gloire qu’il vient dénoncer, mais plutôt de repousser l’opinion selon laquelle lui et ses compagnons auraient usurpé leur ministère : ce ministère est un don que Dieu leur a fait, un privilège qu’il leur a accordé. C’est donc un sentiment de dignité, plutôt que d’humilité, qui dicte à Paul ce xad@ç 2edmuer. — Et c’est pourquoi aussi ils ne perdent pas courage dans l’exercice de ce ministère! Weiss entend : ils ne perdent pas le courage de se glo-

rifier de leur üsaxoviæ, même quand on l'interprète mal (?). Au lieu de éyxaxoduer (R À BDF G), le T. R. lit éxxxaoûuev (d’après CE K LP Chrys.). Le bon grec ne connaît que la première forme. Le sens est le même, avec une nuance : «faiblir dans la lutte » (&v), — « faiblir pour sortir de, S’échapper de » (x). Cf. Eph. HE, 15. ee v 2. — Quand on a la conscience d’un si glorieux ministère, on n’est pas découragé et lâche (v. 1), et par conséquent on n’est pas tenté de recourir à tous les détours que le découragement, le manque de foi peuvent inspirer (manœuvres cachées, lâches concessions, etc.). Quand on n’est pas intérieurement solide, sûr de sa cause, on recourt à des ruses pour la faire triompher (ainsi agissaient les adversaires de Paul); lorsqu'on possède, comme l’apôtre, la certitude de la victoire, on méprise de semblables moyens, on agit avec une entière xæçonoia (IT, 12). Voilà la transition au v. 2. Le &22& signifie donc : « Mais, bien loin de céder aux mauvaises inspirations de la crainte, du découragement (v. 4), au contraire.. » — dnandueda: Le verbe dneuxeiv ra deux sens : «interdire » (versagen) et : «renoncer » (absagen). lei, ‘le moyen signifie : « Nous avons rejeté loin de nous ». — Sur la terminaison de l’aor. 1 appliquée à l’aor. 2, cf. BLass, $ 24, 1. — 1 xçpurrà 195 aicybdvms : « les choses que l’on cache parce qu’on en a honte, par un sentiment de pudeur », ou: « les manœuvres ténébreuses dont on rougit quand elles sont dévoilées ». Aioyévns est un génitif de qualité comme érmiag dans le passage Rom. I, 26 (x&dn duuuias)!. À noter que le éxenäueda ne veut pas dire que Paul et ses compagnons aient autrefois pratiqué ces choses : ils peuvent y avoir renoncé dès le début, en principe. — uÿ necunarodvrec... unôë do 0dvtes. est le développement de l’idée exprimée par éraxéueda...: ils ont rejeté deux choses : 1° la mavovgyia, la rouerie, la perversité, les procédés faux, les détours et men-

! [Ne pourrait-on pas entendre aussi : «les moyens détournés qu’on emploie lorsqu'on à honte, les trucs habiles auxquels la honte a recours ? » Le génitif serait celui du sujet et l’abstrait aioyévy serait mis pour le concret : « ceux qui ont honte ». En tout cas, il faut abandonner la traduction ordinaire : « les choses honteuses qu’on cache », qui fausse la pensée en la généralisant et en l’exagérant.]

songes, comme ceux dont on accusait Paul et dont il s’est juslifié (ch. I :1D). C’étaient au contraire ses adversaires qui s’en servaient contre lui, l’attaquant par derrière par toutes sortes de calomnies plutôt qu’en face Paul y reviendra plus loin. 2 le dolodv 1ùv Àdyov rod de05, la falsification de la Parole de Dieu, en vue de la rendre agréable aux auditeurs (ef. IH, 17 : xanmevovres 1dv Âdyov tr. #.). On avait accusé Paul de cela aussi : les judaïisants lui reprochaient l’abandon des exigences légales !, comme un manque de droiture, alors que c'étaient eux, au contraire, qui faussaient l'Évangile ; Paul se défend et attaque à la fois. — 244... ovriordvres ..: « Mais au contraire [cf. le &244 du commencement du v.], ils ne comptent pour se recommander que sur la manifestation de la vérité, la franche prédication du pur Évangile » (le mot Gate à iei le sens objectif). La proclamation de la vérité, voilà leur œuvre et leur seule recommandation. On trouve les trois formes : oursordvres (de ovriormu, R C D F G), ovrozévovres (de ourrordvo, À BP), el ovrsorvres (de ovviotäo, E KL, T. R.). Ce terme fait allusion au reproche de se . faire valoir, de se vanter toujours (ef. IT, 1) qui était adressé à l’apôtre, et aux lettres de recommandation apportées à Corinthe par ses adversaires. Ceux-ci se recommandaient par toute espèce de moyens, même déloyaux (comme les judaïsants de Galatie) ; lui Se recommande aussi, mais uniquement par la manifestation de la vérité : son seul moyen de recommandation, c’est la véritémême qu’il prêcheetquise fait reconnaître, qui obtient l’assentiment de toute conscience droite. C'est à la conscience morale (xoùs ovvetôyour) des hommes au’il s'adresse, à la conscience qui rend témoignage dans chacun (xäoaæ»). L'expression m&écar ovveidmoiv dvdçgonor est plus forte que ovveidnour névrov done» ; elle signifie : «toute conscience d’hommes ». C’est la conscience humaine comme telle qui doit rendre honneur à cette vérité. Remarquez que Paul n’admet pas que personne soit exclu de ce témoignage : tout homme a le sens pour reconnaître la vérité ;

1 [Bousser pense ici plutôt à l'emploi que Paul faisait de VA. T. (citations) contre le régime légal, emploi que ses adversaires lui auraient reproché comme une falsification. |

s’il yen a qui ne la comprennent pas, c’est leur faute, ils sont coupables. L’Évangile trouve un écho dans toute conscience sincère. — évomor 10ù %eoû indique de quelle manière (avec quelle pureté, quelle droiture) Paul s’acquitte de cette mission : tout se passe devant Dieu, sous son regard. C’est tout dire ! Cf. IL, 47.

Le v. 3 répond à l’objection qu'on peut faire à ce zoûs näcar ovveiônow» du v. 2: «Mais tout homme cependant n’applaudit pas à votre témoignage; malgré votre prétendue parégwois, votre Évangile reste néanmoins voilé à plusieurs : beaucoup ne le reconnaissent pas comme dAéeca ! » Réponse: «C’est vrai, notre Evangile n’est pas manifesté à tous, mais ceux qui le repoussent, ce sont ceux qui périssent parce que le diable les a aveuglés. » — si 08 ai: « Mais si même, malgré celte pavéçwous », « Si néanmoins ». — éozuv xexahvuuévor : Ecuw à l'accent : « Si c'est réellement le cas que notre prédication évangélique est et reste couverte, voilée.….. » — edayyéliov fudv (cf. 1 Thess. I, 5): «notre prédication de l'Evangile », qui annonce Christ sans mélange de Loit (Cf. Rom. IT, 16 ; XVI, 25 ; 2 Tim. Il, 8). — L'image du voile {xexæÂvuuéror) est appelée par LE, 44. ss.

y. 3b : «C’est parmi ceux qui périssent seulement, et non pas chez ceux qui sont destinés au salut, que notre Évangile est voilé. » Le présent énoÂZlvuévois indique la marche, le développement de la perdition, avec son terme final (ef. IE, 15). ‘Ey signifie « parmi », non: « dans le cœur de ». Si & avait ce dernier sens, Paul aurait dû dire que le voile estsur leur cœur, non sur l'Évangile (xexaAvuuévor 1ù soayyéluov, 92).

[Cette explication du v. 3 part de l’idée que Paul réfute une objection qu’il prévoit chez le lecteur. Mais plusieurs admettent qu'ici comme dans les versets précédents, Paul fait allusion à un reproche déjà formulé de ses adversaires, qui l’accusaient d’avoir un « Évangile voilé». Ainsi, par exemple, ScamiæpeL : Les judaïsants, S'appuyant sur des déclarations de l’apôtre comme celle de 4 Cor. Il, 7, appelaient «voilé » l'Évangile de Paul parce que l’image qu'il traçait de Christ leur était complètement insaisissable, à cause des notions messianiques juives, auxquelles ils restaient atta-

chés. Bousser : On reprochait à Paul de ne pas tirer de son Evangile les dernières conséquences (licence de pécher). LiErzMANN admet également un reproche des adversaires, mais renonce à le préciser.]

Le v. 4 sert à justifier 3b en expliquant pourquoi l'Évangile est voilé aux démoZllvuévous. — êv og — Üre y rodrous. Ici, comme à 3b, & signifie « parmi», et non pas « dans ». — Ô Tedç 700 aidvog robrov: « ce Siècle » désigne l’âge actuel, puis : ia vie qu’on y mène, le train de ce monde, monde de péché, de mort (en opposition à l’œiwr uélloww, la vie éternelle). — Le diable est appelé le dieu du siècle présent: il en est la puissance dominante, c’est lui qui y règne par le péché, par le paganisme entre autres, qui est tout spécialement son domaine (cf. Jean XIE, 31: 6 &oyov Toû x06ouov roërov. Éph. VI, 12 : oi xoouoxçdroges toù oxérovg roërow). Les rabbins l’appellent le Deus secundus et le désignent sous le nom de Samaël. — étdôglwoe indique l’œuvre caractéristique de Satan : il rend les hommes aveugles vis-à-vis de la lumière de l'Évangile. L'emploi de éréplowce (non éxogoce, cf. éxwowdn IE, 14) est en rapport avec l’image aëyéoaæ rùv ponouôr.— vopuara: les opérations du voës (voir à HIT, 441) qui devraient conduire à discerner la vérité morale, religieuse, sont entravées ; Satan soulève l’antipathie du cœur mauvais contre l'Évangile, et le voùs se met à travailler avec le parti pris de trouver des raisons contre, et il en trouve : son travail est rendu aveugle par une passion, une haine arbitraire. — Le génitif zôv éxioro» est la reprise du oës (qui reprend lui-même Île éxoilvuévois du v. 3). Il y a là une incorrection. On a cherché pour y échapper (MEYER, HEINRICI, etc.), à distinguer entre dxolivuévois et éxiorwvr: ces derniers, pense-t-on, forment un cercle plus vaste, comprenant tous les non-croyants ; une partie de ces &msoror deviendront encore croyants ; ce ne sont donc pas tous des droZ2Z2üuevor. Sur une autre partie Satan réussit dans son essai de zuploûr et en fait des éxoZllvuevor. Il faut alors entendre ë» os : « dans le cœur desquels », ce qui n’est pas naturel (vu que

1 [Ici et à INT, 44 le mot vofuara pourrait être traduit par « intelligences », car vémua a aussi le sens de mens.]

ce év oïs est la reprise du &v roïç énollvuévois du v. 3). Le sens serait: « dans le cœur desquels il réussit à obscurcir les pensées des incrédules (pendant que chez d’autres incrédules cela n'arrive pas)». Mais ce sens est très subtil. Quel but pourrait avoir Paul en comprenant dans ce dxiorwr ceux qui doivent encore se convertir ? D'ailleurs &xrovor nesignifie pas simplement « non-croyants » : ce mot implique l’idée de la résistance 1. Il faut donc en rester à une incorrection de style : l’apôtre, après avoir caractérisé comme dxol2vuevor (au point de vue de leur destinée) ceux que Satan aveugle, trouve bon de les caractériser encore comme &mrovor (au point de vue de leurs dispositions intérieures). La caractéristique est ainsi complétée par l'indication de la cause morale, subjective, de leur perdition (KLüPper). Le r& vofuara Toy &nioror Signifie done : «les pensées qu'ils ont en tant qu’incrédules. » En somme, &v oîs . 7ôv dniorwy estune anacoluthe pour : &v oïs éniovous. BALION (voir MEYER-HEINRICI) retranche r&v dmxiorwr comme glose d’un copiste ou d’un lecteur.— eis 76. dépend de étéplowoe(cf. xods vù ur …. IE, 13). — Le verbe aëyéleiv (de a«èy, «éclat», puis : « œil ») signifie chez les classiques : «éclairer, illuminer un objet », puis, en langage poétique : « le regarder » (l’éclairer de son regard). Le moyen a ordinairement ce sens de « regarder, contempler» ; l’actif ne l’a que rarement, seulement chez les poètes. Chez les LXX, on trouve le sens intransitif : « briller, resplendir aux yeux.» Dans notre passage, il faut choisir entre le sens de « regarder » et celui de «briller ». Ce dernier exigerait, semble-t-il, le œëroïs qu’on trouve devant rdv goroudy dans le T.R., d'après E K L P Vulg. Syr. Mais cette leçon, défendue par Heinricr à cause des citations et du témoignage des versions, nous paraît insuffisamment appuyée. Il faut lire : œèydoar rôv ponouér, avec ABCDF GX It. Le sens le plus naturel est alors celui de «regarder, contempler ». Ainsi : «afin qu'ils ne voient pas... » (Hor- MANN, KLOPPER). [Ce sens se trouve chez Philon, voir Lietz- MANN]. Mais l’autre sens est aussi possible: «afin que le

1 Voir cependant 1 Cor. XIV, 22. s., où &xeoror désigne peut-être simplement les païens.

pœrcuôs ne resplendisse pas et ainsi ne produise pas son effet » (Meyer, HEINRICI). — Le eës r6 indique, dans les deux sens, l’intention du diable. — porouds n’est pas l’équivalent de p&s, mais a le sens actif, transitif : — qpavoéoois, v. 2. Cf. Testam des XII Patr., Lévi, chap. XIV : rs püc roû x0ouov T0 dodèr êv duir els porioudr navrds vPro. Ce terme désigne lillumination, le resplendissement qui émane de l'Evangile (au sens actif de prédication évangélique) ; zoù edaæyyeliovu est un génitif de cause. — La puissance du éplwcer est telle qu’elle empêche les &zovror de discerner cet éclat! — zÿs 06ëns..…. indique le contenu de l'Evangile; le génitif 77s Ô6ëns est le génitif de l’objet: la Üd£æ, la gloire du Christ glorifié, voilà ce qui est ici présenté comme l’objet, le contenu de la prédication évangélique. Ailleurs, par. ex. 4 Cor. I, cet objet est la croix de Christ. Mais il n’y a pas là de contradiction (Meyer): la gloire à pour condition la croix : la croix a pour couronnement et complément la gloire. — 6ç éovv eix@v rod Seod caractérise cette « gloire de Christ » comme une gloire spécifiquement divine par le fait que Christ est le eixr 1où deoû : la gloire de Christ, c’est la gloire de Dieu qui se réfléchit dans la personne de Christ glorifié (cf. & xçoorme Xooro, v. 6). Cf. Hébr. IL, 3: Ôs dv drmavyaoua 1ÿç Ô6Ens... adrod. Col. I, 15: 6ç éovuv elu@v 100 deod.… et Phil. IL 6 : Ôs &v uoopn deoû ondgyæv…. Gette adjonction fait sentir de quoi le dieu de ce siècle réussit à priver ceux qui se laissent aveugler par lui ! Il leur enlève la connaissance de Christ, ce qui revient à leur ravir la connaissance de Dieu dont Christ est l’unique et parfait révélateur (Jean I, 18).

v. 5. — Paul vient de dire ce qu’est sa prédication : elle fait rayonner la gloire de Christ (ce qui l’élève bien au-dessus des artifices qu’on impute à l’apôtreet dont se servent ses adversaires, v. 2). Mais la prédication de Paul est-elle bien cela? Oui, car (y&o) elle n’a vraiment pas d'autre objet que « Christ-Jésus le Seigneur », c’est-à-dire qu’elle tend uniquement à présenter Jésus-Christ comme le Seigneur de tout homme. — où yàp éavrods xnodooouer : On disait sans doute à Corinthe: «11 prèche un autre Évangile (que celui des Douze, que celui de Jésus-Christ lui-même), il pré-

136 | IV, 5. 6 che une doctrine de sa propre invention; il ne prêche pas Christ (le Christ historique), il prêche lui-même, sa propre pensée, et il a en vue son propre intérêt et sa propre gloire ; c'est sa personne qui est le but, le véritable objet de sa prédication ; il veut xvovebarr ris iorews (I, 24) ». Et c’est à cela que se rattachaient probablement dans la pensée des adversaires les manœuvres (v. 2) dont ils accusaient l’apôtre, manœuvres auxquelles on recourt quand on recherche sa propre gloire à côté et au-dessus de celle de Christ. « Eh bien! non, répond Paul, je ne recherche rien en dehors de Christ ; c’est lui seul queje prêche, et je le prêche comme Seigneur.» — xvgov : «ce Jésus-Christ élevé à la dignité de x0ç105 universel, et que notre seul but est de fairereconnaître comme tel par tous ! » — éœvrods Ôè dotlovs dépend encore de xnçg600ouer : «etsi nous nous prêchons nous-mêmes, voici ce que nous proclamons être : vos serviteurs ! » L'idée, fort belle, est celle-ci: «Oui, pourtant, nous nous prêchons nous-mêmes, nous nous meltons en avant, mais c’est comme vos serviteurs ! Voilà comment nous cherchons à dominer, comment nous poursuivons notre gloire, comment nous faisons de nos personnes le but de notre prédication à la place du Seigneur!» Cf. 1 Cor. IT, 4. 5. (Paul, Apollos, que sontils ? des deéxovor, par qui les Corinthiens ont cru !). — ü& Incoûv : propter Jesum, « en raison de Jésus, pour son service ou par amour pour lui ». « Nous ne sommes, nous ne valons quelque chose que pour autant que nous travaillons à sa cause, que nous avons en vue sa gloire ! » Le génitif dc& 7nooû (8 G It. Vulg.) signifierait per Jesum, « par le moyen, par le secours de Jésus ».

Le v. 6 motive la déclaration du v. 5 en expliquant pourquoi il en est ainsi: si Paul, dans son ministère, prêche Christ, Christ seul (et non pas lui-même), c’est que c’est Dieu qui a fait briller dans son âme cette lumière, la connaissance de l’Evangile, et cela dans un seul but : faire connaître à tout homme la gloire de Dieu qui se révèle en Christ. Toute l’œuvre de Dieu par Christ en Paul n’a eu pour but que de faire de lui le porteur, le propagateur de sa gloire. Comment donc (après une telle révélation, donnée en vue d’un tel but!) Paul pourrait-il se prêcher, se chercher

lui-même, et mettre au service de sa propre gloire les artifices que l’homme du monde emploie à se faire valoir? — Il faut évidemment sous-entendre un éozé», soit devant 6 ain {mais alors on attendrait un xaæi après le 66: 6 Seds ou 6 einov... 0ç xai Élauyper), Soit, Ce qui vaut mieux, devant 65: Ô dedg Ô ein@v…. (odrÔs) éowv ds ÉAauver: «c’est lui qui... ». « Lui, le même Dieu, a accompli ces deux miracles: il a répété en nous, spirituellement, la création de la lumière. Ce Dieu, qui a fait resplendir le jour dans la nuit du chaos, est aussi la source de toute lumière spirituelle, et il a fait jaillir sa clarté dans nos ténèbres spirituelles». Peut-être Paul entend-il opposer ce Dieu à un autre, au dieu de ce monde, dont l’œuvre est de répandre les ténèbres, d’aveugler (v. 4). — Ô ein@v: êx oxôrovs pos Âduvye fait allusion, non pas à Jean I, 5 (apparition de la lumière en J.-C. dans les ténèbres du x60uos, HoFMaAnNN), mais sans doute à Gen. [, 3 ; cependant, Paul ne fait pas une citation de ce passage, dont la teneur est très différente: xai einer Ô dedç: vendre q@s, xai éyévero pds. — Élauver ne peut, après le 2duwper intransitif, avoir le sens transitif : « faire briller (la lumière) » ; et d’ailleurs, le g&s qu'il faudrait suppléer serait objet après avoir été sujet immédiatement auparavant.” ÆZlauyer est donc intransitif; l’idée est que Dieu n’a pas seulement fait briller un éclat, un reflet de lui-même, mais qu’il a resplendi luimême dans les cœurs. — êv ras xaçôlas: dans ces cœurs, qui étaient, comme sont encore ceux des Juifs, couverts d’un xtkvuua (I, 15). C'est donc par un acte de sa grâce que Dieu y à brillé. Paul pense évidemment à sa conversion et à cette illumination intérieure par laquelle il a plu à Dieu «de révéler en lui son Fils» (dxoxalbpar 1ùv vidv aëôroù êv êuoi, Gal. I, 16) en même temps que Christ lui apparaissait extérieurement. [BoussET estime également que Paul décrit ici son expérience personnelle, et non pas l’expérience chrétienne générale. L’apôtre relève le fait que le Dieu créateur est intervenu directement dans sa vie à cette heure du chemin de Damas, qui a été pour lui l'heure décisive. |

v. 6. — Et pourquoi cette révélation intérieure en Paul? Pour qu’il éclaire à son tour tout homme en proclamant à tous la gloire de Dieu en Christ. — xoùs gotioudy : «pour que

nous soyons rendus capables de faire resplendir » (par la prédication de l'Évangile). — 795 yv60ewg: Weiss voit dans ce génitif un génitif du sujet, comme au v. X ; il entend : «le gouovés. qui émane de la connaissance qu’ils ont de la gloire de Dieu ». Nous pensons plutôt que 7795 yrÔ0ews indique l’objet du porouds, c’est-à-dire ce qui est rendu resplendissant. lvGois est le terme propre, au lieu de l’image (pô) : la «connaissance», c’est précisément cette clarté intérieure [désignée par le &auypevr], répandue en ce moment [le moment de la conversion de Paul} par l'Esprit de Dieu sur la personne et l'œuvre de Ghrist. — L’objet de cette yvoous, C’est la Ô6Ea 10 de08, laquelle brille &v zçoodne Xeuovoÿ. Ces derniers mots [qui ont ici un autre sens qu’à Il, 40] doivent être reliés, non à poroudr (MEyER), ce qui donnerait un sens peu. convenable (« pour que resplendisse la connaissance de Dieu par le moyen de la figure de Christ»!}, mais à zÿs 06£ns (HOFMANN, KLÔPPER, HEINRICI, Weiss): il n’y a pas besoin, pour cette liaison avec 775 Ô6£ns, d’un 7ÿs après 4s00, comme l’a prétendu MEyER. Paul veut dire: « Nous contemplons Christ glorifié et en lui la gloire de Dieu. » Il fait allusion à l’expérience du chemin de Damas, où il avait contemplé la majesté divine &v rçooonw Xçrotoÿ. Les Israélites ont vu la gloire de Dieu se reflétant sur la figure de Moïse ; Paul l’a vue dans celle de Christ contemplée à face découverte ! Et cette contemplation le fait s’oublier lui-même et rejeter toute manœuvre ténébreuse. — La gloire de Dieu, qui éclate en Christ, resplendit par Christ en ses serviteurs, et par ceux-ci dans le monde.

L'idée de cette première section (IE, 14-IV, 6) du grand morceau où Paul traite du ministère chrétien (IL, 44-VIT, 1) est donc celle de la puissance spirituelle que possède ce ministère, lors même qu’il échoue auprès de plusieurs, qui sont aveuglés par Satan pour ne pas voir la gloire divine qui éclate en la personne de Christ prêché par Paul 1.

1 [L'auteur fait ici l'application suivante, que nous croyons devoir conserver, bien qu’elle soit entre crochets dans le manuscrit]: Le rayonnement de la gloire divine de Jésus-Christ doit avoir lieudansnotre cœur pour que nous-puissions répandre son éclat autour de nous dans

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