V, 11-VII
Dans les deux premières sections Paul a nié le éyxaxetv (IV, 1) sous deux formes différentes, en relevant d’abord la puissance glorieuse du ministère chrétien (IE, 14-IV, 6), puis les consolations attachées à ce ministère (IV, 7-V, 10). Il passe maintenant au côté positif de son exposé en disant : « Notre dévouement à l’œuvre qui nous est confiée est complet, car cette œuvre est divine dans son origine comme dans son but et ses moyens: une révolution spirituelle s’est accomplie en nous, faisant mourir l’ancien moi et créant un moi nouveau, qui ne vit plus pour soi, mais uniquement par dévouement à Christ et au message divin dont il nous a chargés auprès du monde. » Ce passage est ce qu’on a écrit de plus grand sur le ministère chrétien.
1 Sachant donc la crainte (qu’il faut avoir) du Seigneur, nous cherchons à persuader les hommes, mais de Dieu nous sommes bien connus; et j'espère que nous sommes aussi bien connus dans vos consciences. !? Nous ne recommençons pas à nous recommander nous-mêmes auprès de vous, mais nous voulons vous fournir une occasion de vous glorifier à notre sujet, afin que vous ayez (de quoi) vis-à-vis de ceux qui se glorifient de l’apparence et non (de l’état) du cœur. {Car soit que nous ayons perdu le sens, c’est pour Dieu; soit que nous soyons de sens rassis, c’est pour vous. !# Car l’amour de Christ nous étreint, puisque nous avons estimé ceci: un seul est mort pour tous, donc tous sont morts. 1° Et il est mort pour tous afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour euxmêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. {6 De sorte que nous, dès maintenant, nous ne connaissons plus personne selon la chair. Si même nous
avons connu Christ selon la chair, eh bien! maintenant, nous ne le connaissons plus (de cette manière). 7 En outre, si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature: les choses anciennes sont passées; voici, des choses nouvelles ont surgi ! 18 Or tout cela vient de Dieu qui nous a réconciliés avec lui-même par Christ et qui nous a donné le ministère de la réconciliation, 19 vu qu’en effet Dieu était, en Christ, réconciliant le monde avec soi: il ne leur imputait point leurs péchés et il a mis en nous la parole de la réconciliation. 2 C’est donc pour Christ que nous sommes ambassadeurs, en tant que Dieu exhorte par notre moyen: nous vous supplions pour Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. 2! Celui qui n’a pas connu le péché, (Dieu) l’a constitué péché pour nous, afin que nous, nous devinssions justice de Dieu en lui.
Les v. 11-13 servent de transition à la nouvelle idée qui va être développée. Paul résume dans eiôdres odr etc. les conséquences morales de ce qui précède.
v. 11. — or se rattache directement au v. 10: « En vertu de cette responsabilité, de ce compte à rendre dont nous venons de parler, nous savons quelle crainte nous devons avoir du Seigneur. » — p6Boy roù xvoiov, génitif d'objet (cf. l'hébr. jireath Jahvé): « la crainte que nous avons de Christ comme juge des plus secrètes pensées, la crainte que nous inspire la pavéçwous » (v.10). Cf. pour cette crainte, que même l’assurance de l’apôtre (v. 5) et son désir d’être auprès de Jésus-Christ (v. 6-8) ne détruisent pas, Phil. I, 42: 2 Cor. VIE, 4. Le sentiment juif légitime subsiste (Ps. CXXX, 4). — &dodnovs reidouer indique ce que Paul fait, étant pénétré de la crainte du Seigneur: « nous cherchons à persuader les hommes, mais Dieu, il n’est pas nécessaire de le persuader, car Lui nous connaît. » Le verbe xeidouer ne peut signifier ici: «nous cherchons à les gagner à l'Évangile » (MoNNE- RON) ; l'opposition eg 08 xepavegwueda ne se comprendrait pas. Pour la même raison le sens ne saurait être: «nous cherchons à les persuader de la crainte de Dieu » (Osrerv.). On à proposé d’autres explications encore de ce xetdouev. Aïnsi, on l’a pris, à tort, dans un sens défavorable (cf. Gal. I,
w De
10): «je peux bien tromper les hommes, si je veux, mais non Dieu ». Mais l’idée « je peux » devrait être exprimée. Ou bien on a entendu : «je trompe les hommes, au dire de mes adversaires, mais devant Dieu je me sens pur » (OLSHAU- SEN). Mais il n’y à rien de cela dans le texte! L’idée «au dire de mes adversaires » ne pourrait être sous-entendue. Le vrai sens du xeéouer ressort clairement de la double antithèse contenue dans la fin du verset : «Dieu, qui nous connaît, et vous, Qui nous connaissez aussi, — tandis que les hommes, eux. ont besoin encore d’être persuadés». — Persuadés de quoi? L’objet (ou le contenu) non exprimé de ce xeidouer doit être tiré de ce qui précède au v. 9 (grhonuuoduea… eddogeotor udt® eva): « je cherche à les convaincre de la pureté de mes intentions, de la loyauté de mes actes, de mon caractère, qui ont été soupçonnés et noireis à Corinthe ». Le Tepavegoued a qui suit rend cette relation d’idées nécessaire : «Ce xeideir doit être employé auprès des hommes, puisqu'ils nous méconnaissent, mais non pas devant Dieu ! Devant ce Dieu, qui lit dans nos cœurs, nous sommes pleinement découverts, nous sommes à nu ; nous n'avons donc pas besoin de nous justifier à ses yeux: il lit lui-même nos motifs jusqu’au fond!» — éxiêo Ôë nai : «Et même (dé progressif) j'espère que (dans une certaine mesure au moins) il en est de même de vous; j'espère que vous aussi, chrétiens de Corinthe, vous ne me méconnaissez pas! » — L’apôtre ne dit pas duiv, mais êv rats ovveômoeour budv. Les préjugés, calomnies, etc., peuvent le faire mal juger d’eux quand ils se laissent aller à des impressions du moment, à des mouvements passionnés ; mais quand ils laissent la voix de la vérité se faire entendre dans le calme de la conscience, il se produit là, dans les profondeurs intérieures, une paréçooois 1ÿs &Andelas (IV, 2); le témoignage de Dieu trouve de l’écho, et en dépit des préventions habilement semées par les ennemis de l’apôtre, il se forme chez les Corinthiens une autre, une juste appréciation de celui-ci. — Et non seulement Paul espère ue cela se fera, mais c’est déjà fait: le parfait mepavegooar exprime l’idée de l’action accomplie.
v. 42. — Le rapport du v. 12 avec ce qui précède (pureté des intentions de Paul, ministère accompli dans la crainte
du Seigneur, v. 11, uniquement pour lui plaire, v. 9) est tout semblable au rapport qui existe entre III, 1 et le témoignage IT, 44-17 qui portait aussi sur le ministère de Paul et entre autres sur sa pureté morale. De tels témoignages lui sont reprochés par ses adversaires comme une vanterie peu digne. Il avait répondu IT, 1.ss.: «Je ne m’abaisse pas à cela ; je n’en ai pas besoin! Vous êtes ma recommandation. » Lei, il répond : « Mon but, en parlant ainsi, n’est pas de me recommander à vous — j'espère que vous n’en avez pas besoin (v. 412) — mais de vous donner le moyen de vous glorifier de moi vis-à-vis de ceux qui se glorifient eux-mêmes sans en avoir le droit devant leur propre conscience, afin que vous puissiez leur fermer la bouche », ou bien : «Mon but n’est pas de nouveau de me recommander, mais de vous donner de quoi faire mon apologie vis-à-vis de ceux qui, jugeant d’une manière charnelle, m’accusent à tort.» L’idée est: «Ainsi, c’est pour vous, non pour moi que je parle ainsi. » — Le y&e du T. R. (d’après E K L) est omis pars BCDFG It. Vulg. Syr. Copt. — dpoourr (de &éxù, 6pu&w): « point d'appui à partir duquel on s’élance, point de départ, occa- Sion.» — xabynua : «sujet de vanterie » (n’est pas l'équivalent de xaëynos). Le sens est: « que vous ayez de quoi vous glorifier de nous comme de vos apôtres. » C’est plus que simplement les défendre. — Ce que Paul dit ici suppose que la meilleure partie de l’Église était encore tiède à prendre la défense de l’apôtre et n’osait en tout cas passe glorifier de lui vis-à-vis des adversaires. — dxèe uôv (RB ont èrèo dur) indique le sujet dont on se glorifie : «un légitime xadyqua à mon sujet », en opposition au faux xaëymua des adversaires. — Avec diôôvres il faut suppléer un 2xloduer ou un yodpouev, impliqué dans l’idée de ovriordverv &Eavro6s, — et après éynre. un Aéyewv x (KLôPPER) ou plus simplement le mot xabynuaæ (bE WETTE, OSIANDER), à tirer de la phrase précédente. MEYER supplée moins naturellement : époguÿr xavyuaros bnèg pudv. Ce serait tautologique! — xods: «contre », ou: « vis-à-vis de ».— &v zçoodxe, êv xaçôla : le &v indique toujours le sujet du xaéynua; se vanter dans son cœur n'aurait pas de but(KLôPPER).— 7960070 : la «figure, la face, ce qui paraîl aux yeux, l'extérieur, l’apparence » (REUSS :
TPE
« le masque ») ; ainsi: «ceux qui se vantent de ce qui paraît au dehors», par exemple d’avantages religieux tout extérieurs, mais non de l’état de leur cœur devant Dieu, ce qui est Le seul vrai objet de louange (la pureté des motifs, etc.). Les adversaires de Paul, sans doute, se vantaient de leur nationalité juive, de leurs privilèges théocratiques, de leur justice légale, puis aussi probablement de [la connaissance personnelle qu’ils avaient des premiers apôtres et de Jésus-Christ lui-même (v. 416, cf. X, 7; XI, 22). Tout cela peut imposer aux hommes, mais non à Dieu, en qui il n’yfa pas de moocœwnoÂmwiæ (Rom. Il, 11), qui regarde au cœur (1 Sam. XVI, 7), c’est-à-dire à la réalité intérieure, morale, spirituelle. Là est le xaüynua légitime de l’apôtre (puissance de son ministère, etc.), que les Corinthiens doivent connaître et qu'il leur a rappelé dans les chapitres précédents. — Si on omettait le év devant xæoôla (avec CEK LP et le T. R.), xaçôia désignerait l'instrument de la vanterie.
Le v. 13 motive (yo) le v. 12, c’est-à-dire l’idée que Paul, bien loin de se vanter lui-même, ne pense qu’à ses lecteurs dans ce qu’il dit : en effet, dans sa vie, rien n’est pour lui; tout est pour Dieu et pour ses frères. Paul fait deux parts de sa vie : l’une qui est pour Dieu, l’autre qui est pour l’Eglise, de sorte qu'il ne reste rien pour lui-même. — é£éormuer, aor. 2 de ééioraodau, scil : tov poerdv : « être hors de soi, hors de son voÿs, perdre le sens », soit par le fait de l’extase (être &v avebuar, et non &v vot, cf. 1 Cor. XIV, 14.15), soit dans l’état de folie (é£oraodaus est alors synonyme de wæœiveoau, Cf. Mc. IT, 21). Ce dernier sens doit être adopté ici : Paul fait allusion, avec ironie, à une accusation de ses adversaires : «il est fou», ou plutôt : «il est devenu fou» (aoriste), accusation qu'ils justifient soit par ses prétentions à une autorité apostolique supérieure, soit par ses soi-disant révélations (sa conversion, ses visions), ses états d’extase (XIT, 4. ss.), son parler en langues (4 Cor. XIV, 18). Le sens est: « Si je suis, en effet, devenu fou (comme mes adversaires le prétendent), cette folie-là est au service de Dieu, pour lui, pour sa gloire.» Le e& s'explique par 1 Cor. XIV, 2: « Celui qui parle en langues ne parle pas aux hommes, mais à Dieu. » L’aoriste fait allusion à certains faits déterminés (par
exemple des moments d’extase), qui ont donné lieu à ce jusement des adversaires : ceux-ci les ont pris pour des symptomes de démence. Cf. 4 Cor. XIV, 233: « Si un paien entre dans l'assemblée et que vous parliez tous en langues, ne dira-t-il pas que vous êtes fous ? » L’aoriste exprime l'entrée, à chaque fois, dans cet état extraordinaire : il s’oppose à l’état ordinaire désigné par le présent oopoovoduer. Le verbe cowpoovety signifie « avoir l’esprit sain » ; cf. Luc VIIL, 35 où il fait antithèse précisément à l’état de démence. — «Cet état, dit Paul, est pour vous (uiv) » : lorsque l’apôtre parle sensément, posément, les Corinthiens sont édifiés mieux que quand il parle en langues (cf. 4 Cor. XIV). — Ainsi expliquent en substance MEYER, KLÔPPER, SCHMIEDEL, | BOUSSET, LIETzMANN]. D’autres (CHRYSOST., THEODORET, ERASME, BEN- GEL, OLSHAUSEN, RÜCKERT) entendent le é£éornuer dans lesens de se vanter : « Si je me suis vanté (cf. le &v épooodrn AaZeir de 2 Cor. XI, 17. 21), ce n’est pas pour ma gloire, mais à la gloire de Dieu vis-à-vis de mes ennemis ; c’est pour rendre hommage à Dieu, qui agit si glorieusement par moi. Et si je parle de moi raisonnablement, humblement, c’est pour vous » (soit: « pour vous servir d'exemple d’humilite», soit : « par condescendance pour vous, pour ne pas vous scandaliser »). Le verbe copooveir aurait ici le même sens que dans Rom. XIL 3. Ce sens serait bien en rapport avee le où n&w éavrods ovriorävouer du v. 12 (ce serait là l’idée motivée par le yéo). Mais il faut avouer que si le ere. 9e@ s’explique bien, le ère... buir n’a pas grand sens. HOoFMANN, qui traduit également éféozmuer par «se vanter », applique la déclaration que Paul fait ici à deux passages de la présente lettre (à cause de l’aoriste et du présent) : « Si j'ai été fou en me vantant (IL, 14. ss.), c’était pour Dieu; et si je parle sensément, comme je le fais maintenant, c’est pour vous ». Il vaudrait mieux, en ce sens, appliquer le é£éormuer à tel passage de la précédente lettre (lettre intermédiaire), qui aurait été taxé d’extravagant par les adversaires. [Ainsi BACHMANN, qui traduit éféormuer : « nous avons perdu toute mesure »]. v. 44. — La liaison est transparente: « Nous ne gardons rien pour nous (v. 43), car l’amour de Christ nous possède tout entiers, nous à arrachés à nous-mêmes » (v. 44. 15). —
&yänm toù Xouorod ne peut signifier que «l’amour de Christ pour nous »; le génitif est un génitif subjectif, comme ordinairement dans le N. T. avec dydnn, cf. Rom. V, 5-8; VIIL 39. 37. 39; Eph. II, 4, où il est évident (malgré HormANN) que d&ydrn Xçuoroù, deod, désigne l’amour de Christ, de Dieu pour nous. La mort de Christ, sur laquelle Paul va insister ici, est la manifestation suprême de son amour (cf. Gal. I, 20: zoù dyanoavrôs pe nai mapaôdvros éavrdr dnèe Euod). — Ovvéyer Jus : (NOUS tient serrés, sans nous laisser une issue pour échapper », tenet nos, cohibet nos (OLTRAMARE : «nous possède »). Ce sens est meilleur que celui de Reuss : « nousretient», c’est-à-dire « nous contient dans de justes limites, nous empêche de nous vanter» (ef. WEIss : «ne nous permet pas d'autre conduite que celle indiquée au v. 143»); l’idée de « posséder!» est mieux en rapport avec ce que Paul va faire découler, au v. 15, de l’amour de Christ: ne plus vivre pour nous-mêmes. Le sens de «nous presse », « nous pousse » (OSrERV., version de Lausanne, Vulgate : urget nos) serait bon en soi, mais ne paraît pas appartenir au verbe ovvéyerv. Pour le sens de «tenir serré, posséder », cf. Luc VIII, 37; XIX, 43; Phil. 1,23. — [Bousser traduit: « nous garde de sens rassis » (hält uns bei Sinnen): LiETZMANN: « nous domine » (beherrscht uns) ; BACHMANN : « nous détermine » (uns bestimmt) |.
V. 14. — xoivavtag roûro: « ayant jugé, estimé que. », «en tant que nous avons jugé ». Cette action de l’amour de Christ n’est pas un effet magique, ni une simple émotion ; c’est le résultat d’un xoivew, d’une estimation, d’un calcul; cela a passé par la conscience et la volonté de Paul. L’acte par lequel Paul s’est donné à Christ n’a pas été un entraînement aveugle, passionné, mais une résolution réfléchie, le résultat de l’appréciation de tout ce que renfermait l’acte de Christ se donnant pour lui: Paul s’est rendu compte, et c’est pourquoi il s’est donné tout entier! Amor et judicium non obstant inter se, dit BENGEL. — Le contenu de ce xoçivew est indiqué par ôw elç.…..&oa où névres… Le ei que le T. R. lit devant eïs (d'après C Vulg. Copt.) et que Weiss laisse subsister, mais sans le justifier dans ses remarques critiques, doit être retranché, avec RBDEFGK L P It. Syr. Ce ei est
une correction destinée à éviter la construction paratactique du éeæ. — én signifie que, et non parce que. Avec ce dernier sens, on ne sait pas bien à quoi rapporter le roëro. Avec le sens de que, roëro annonce le 6x, qui le reprend et le développe. — Le ä&ça dépend encore de éw : il achève d'exprimer le contenu, il donne même le contenu essentiel du xçiverv : «Ayant jugé que un est mort... (que) par conséquent tous sont morts par là même». — Qui est le eïç? Cela ressort assez clairement de l'expression dyémn où Xç1o10û. Hor- Mann fait de eïs l’apposition d’un sujet Xo:ord$ sous-entendu, et plus loin (v. 45) de oi Süvres l’apposition d’un zdévres à tirer de èxèo mévrowv. C’est artificiel et sans avantage pour l'explication. — éxéo n’est pas l’équivalent de dyri, «à la place de », mais signifie : !« en leur faveur, pour leur bien », c’est-à-dire pour les réconcilier avec Dieu (v. 19). Ce sens de èxéo est confirmé par le xai éyeçÿévz que Paul ajoute au änodavévu (v. 15): on ne peut pas dire que Christ est ressuscité à la place des C@vres. Toutefois ce dxée n’exclut pas le dvré, il le renferme même : duri est le mode du dxée, le moyen de l’atteindre. Cf. au v. 21. — xzévroy : c’est là l’intention divine, mais tous n’en bénéficient pas, car Christ est iAaororov di miorews (Rom. II, 25). — où névres dnédavoy : Dans quel sens Paul veut-il dire que les mévres sont morts en vertu du fait (&oaæ) que le eïs est mort pour eux ? Meyer, KiôPrer, Reuss, HEeINRICI entendent : «morts à la vie de la o&gë, au péché » (cf. Rom. VI, 1. ss.; v.4 : ovverägnuer aôdr® ; Gal. II, 19 : Xoco7® ovveorabçœuæ; Col. IT, 12 ; HE, 3, etc.) ; l’idée serait que Christ étant mort pour le péché, quiconque s’unit à lui par la foi, est mort au péché (en principe). Mais Paul pourrait-il affirmer cela des xévres pour lesquels Christ est mort? IL faudrait restreindre le zévres aux seuls croyants, ce qui est arbitraire. Et dans ce sens, ne faudrait-il pas, comme dans Rom. VI, une détermination (7 duaçtia) ajoutée à érédavor? Enfin, l’idée de l’effet moral de la mort de Christ (mort au péché, mort à soi-même) ne se trouve-t-elle pas dans le verset suivant ? Le sens est donc plutôt : «sont morts en lui, en sa personne ». Ils sont, par le fait de sa mort, des morts, eux aussi. Paul affirme cela comme découlant avec une nécessité bien plutôt logique (&oaæ)
que morale, comme un effet certain, acquis (éxé9œævoy) du els dnèo nüvrov énédaver. Si quelqu'un meurt pour d’autres (ce qui, pour Paul, implique certainement qu’il est mort à leur place, la substitution étant sans aucun doute enseignée par l’apôtre), ces autres sont morts en lui, de droit, bien qu’en fait ils restent vivants. Ainsi les mévres, tous les membres de l’humanité pécheresse, ont subi en Christ, leur représentant, le châtiment de la mort. Ils sont morts en droit. L’aoriste indique que c’est une chose faite : ils sont, un certain jour, morts (cela a eu lieu dans, par le sacrifice de la Croix). — mévres : tous les hommes, Juifs et païens ; il n’y a plus de distinction, mais égalité devant et par la mort de Christ. Le niveau a passé sur tous par la croix qui les condamne, qui les tue tous. C’est là le fait objectif, auquel le fait subjectif de l’appropriation morale ne répond que chez les croyants: Christ représente tous les hommes, mais tous ne s’approprient pas sa mort. Cf. v. 19, la réconciliation du x00u05.
Le v. 15 indique le but de cette mort d’un pour tous et de tous en lui : la consécration de leur vie à lui. — xai née. dépend encore de xgivavras zoëro mu: «et qu’il est mort pour tous, afin que chacun d’eux, en lui, étant mort de droit, en fait ne vive plus pour lui-même, mais pour Christ seul ». — où Côvres (Paul ne dit plus oi zévres) est en rapport d’opposition avec dxédavor, exactement comme dans IV, 11 (oi Covres sis Févarov naoadddueda) : ces êtres dont il vient de dire émédavoy, sont cependant des vivants, car ils ne sont pas morts physiquement; ils continuent de vivre, d’exister, : d'agir (ainsi KLôpPer) ; cf. Gal, II, 20: £& 0 oùxérr êyo, 0 Oë êv êuoi Xovorôç. 0 0 vor GS &v oagri.. —Mais que sera l'existence, la règle de conduite de ces morts-vivants ? C’est ce qu’indique la fin du verset qui donne une double caractéristique de la nouvelle vie:: a) négativement: umxérr éavrots £ôouw. En effet, ces £ôvres sont, en droit, des morts et doivent se regarder comme tels ; ils ne doivent donc plus s'envisager comme vivant de leur propre vie (éœvrois), vie égoïste dont ils sont le centre : elle a pris fin de droit sur la croix de Christ, elle y a été condamnée, crucifiée. Un mort n’est plus rien, n’a plus rien dans ce monde (Gal. II, 20). Donc,
s’ils vivent encore, eux qui n'ont plus le droit de vivre, s'ils vivent (par la seule grâce de celui qui est mort pour eux), c’est pour lui qu’ils vivent, leur vie est sienne. De là: b) la contre-partie positive : 4d44à 16 dnèo adr@r… L’apôtre ajoute ici xœi &yegdévu : on ne pourrait faire d’un mort qui ne serait que mort le centre, le but de ses affections, de sa vie ; mais ce mort est un ressuscité : il a revécu, il est vivant. Il peut donc être le but de l’activité des Sôvres, et il doit être leur seul but. Tous ne peuvent plus vivre que pour ce seul vivant. Si chacun était mort pour son compte, chacun devrait ressusciter pour soi et ensuite pourrait vivre de nouveau pour soi. La mort de Christ a fait de lui le propriétaire de droit de toutes ces vies épargnées par le don de la sienne, et il exerce cette possession en qualité de ressuscité: « Vous n'êtes plus à vous-mêmes, mais à Christ. » — rmèe arr est une répétition intentionnelle du èxèe xévrov ; là est la force du raisonnement, du yée du v. 14: l’éyénn où Xguozoù donne sa mesure dans ce dnèe zdévrov. Au reste, le dnèo adrovy dépend de éyeodévr comme de dérofavdvu : Christ est ressuscité pour nous aussi bien que mort pour nous. En lui, c’est nous, condamnés, qui mourons : en lui, également, c’est nous, absous, qui revivons. Cf. Rom. IV, 25 ; 4 Cor. XV, 17.
Les v. 14b-15 sont à la 3% personne; ils formulent une sentence générale, valable pour tous les croyants. Paul va maintenant tirer de ce principe fondamental des conséquences précises (Gore) pour ce qui le concerne lui-même.
V. 16%. — ueës, en opposition aux adversaires: « Nos adversaires font autrement ! Eux jugent xar& odçxa ; nous ne faisons pas ainsi. Nous avons une norme d’appréciation tout autre el toute nouvelle. » — &xû roù »üv: ce vür ne marque pas nécessairement un instant déterminé; c’est le présent dans lequel vit l’apôtre (cf. »ü» oëxérs dans 16) : « depuis que cette nouvelle relation avec Christ, qui est la nôtre maintenant, à commencé » (c’est-à-dire depuis la conversion de l'apôtre). — xarà cdgxa (— &v nço007®, v. 12), indique la norme, qui peut être subjective ou objective, de la connaissance. « Connaître quelqu'un selon la chair » peut signifier ou bien : «le connaître d’une connaissance naturelle, telle
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qu'on peut l'avoir en dehors de Christ, sans le secours du Saint-Esprit, connaître comme connaît l’homme naturel » ;— ou bien : «le connaître d’après son apparence extérieure, son apparition humaine, ses avantages naturels, ce qu’il est par lui-même, en dehors de Christ.» Les deux sens nes’excluent pas, ils ne font qu’un: celui qui connait avec son sens naturel, ne regarde précisément qu'aux avantages extérieurs ; il n’a pas de norme objective plus haute, n’ayant pas en lui une direction, une inspiration subjective supérieure à la o&@£f. — « Eh bien! dit Paul, nous ne connaissons plus personne (odôéva) de cette manière. Pas même nous-mêmes ! Nous nous envisageons comme morts et ressuscités à une existence nouvelle, et nous le sommes réellement, puisque nous ne vivons plus pour nous-mêmes (v. 13-15). En sorte que la o&oë, ce qui est de la vie naturelle en nous et en dehors de nous, ne détermine plus notre jugement. Nous ne tenons plus compte de la o&oé, toute notre connaissance (appréciation) est complètement indépendante de ce que les hommes sont xar& odoxa, indépendante de toute considération charnelle. »
Ne plus connaître quelqu'un xarà odoua, c’est donc tenir pour nuls les avantages purement extérieurs, qui n’ont pas de valeur devant Dieu (év xoocwxo) et auxquels un homme qui à passé par la mort et la résurrection, qui appartient ainsi à une sphère d’existence nouvelle, supérieure, n’attache plus de prix; c’est ne plus tenir compte chez les autres ni chez soi-même de ce qui n’est pas la vie nouvelle pour Christ: richesse, talents, descendance théocratique, justice propre, connaissance personnelle des apôtres et de Jésus- Christ lui-même (dont se vantaient peut-être les adversaires de Paul), parenté même avec lui! Cf. Phil. I, 3. ss., les sujets que l’apôtre aurait de zexowdévas &v oœçxi, et le mépris absolu qu’il en fait ; voir aussi Gal. IL, 6, la parenthèse. « Tout cela, veut dire Paul, ne nous impose plus! La xaæçôia vivant pour Christ est seule notre norme d’appréciation (v. 12). L'homme pauvre, méprisé, ignorant, esclave, mais qui aime Jésus-Christ, est pour nous un plus grand personnage que l’homme riche, éloquent, honoré, mais qui vit pour lui-même et en tout cela se cherche lui-même ». Cf. Gal. I, 28 : « En
Christ il n’y a plus ni Juif, ni Gree, ni esclave, ni libre, ni homme ni femme ».
v. 46b. — La lecon ei xat (8 B D) signifie: « si même ». F Gt. Vulg. portent xai ei (et si): «et de plus, si...» LeT.R., d'après EL P, a ei 6è xai: «et si même ». Enfin K et la version copte donnent ei ôé:« que si». La leçon originale est probablement ei xœi. Le ôé et la leçon xai ei ont pour but de lier les deux propositions. Mais l’asyndeton s'explique suffisamment par la vivacité du discours. — ei xai exemplifie : « Cela est si vrai que si même...» «Ce changement de point de vue, d'appréciation, se voit tout spécialement dans notre manière de connaître et d’apprécier Christ ». C’est ici l’exemple le plus frappant de cette nouvelle façon de juger de l'apôtre ; c’est le fait décisif dans sa vie morale, religieuse, et même intellectuelle. — éyvoxauer oppose toute une période passée au présent (ofüauer, ywooxouev). L’antithèse est surtout dans les verbes : «si cela a eu lieu autrefois (concessif), cela n’a plus lieu maintenant» ; voilà pourquoi Xçvorév ne vient pas immédiatement après xai: l’opposition n’est pas entre Xovorô» et oë0éva. L’apôtre avoue qu’autrefois il connaissait Christ seulement xarè odgxa, d’une manière purement extérieure, en se laissant déterminer par les apparences, par la vue ou la connaissance de l’individualité humaine de Christ; il ne le connaissait que comme un Juif ordinaire, non comme Fils de Dieu et Sauveur. Il avait alors une mesure d’appréciation tout à fait insuffisante (et en fait elle Pavait conduit à rejeter Christ). « Mais maintenant, veut-il dire, nous avons une autre norme: nous connaissons Christ autrement, depuis qu’ ‘il a plu à Dieu de révéler son Fils en moi ?” (Gal. I, 16) ». — Baur, HoLSrTEN, NEANDER entendent par Xçsoré» «le Messie » (et non le personnage historique de Jésus) ; Paul voudrait dire : « Si nous avons partagé les préjugés juifs sur le Messie, si nous nous sommes fait de lui des idées charnelles, si nous avons attendu un Messie politique, nous sommes maintenant arrivés à une idée plus spirituelle de lui et de son œuvre». Mais Xosorév ne peut désigner, après le oddéva de 162 et avant le & Xoo7@ du v. 17, que la personne (et non ila charge seulement). Xosorôs est iei nom propre. Pour le sens de « Messie », il faudrait en tout cas
l’article : rèv Xosorév. — KLüPPER, pressant le &r0 105 vôv de 16%, entend le xarà odgua éyvonxauer de la période qui a suivi immédiatement la conversion de Paul; celui-ci ne serait pas arrivé d'emblée à toute la spiritualité de son Évangile, à s’affranchir de toute idée particulariste et légale, et le sens serait : « Si moi aussi, comme les Douze, comme l’Église judéochrétienne, j'ai eu ide Christ une connaissance encore entachée d'éléments légaux, nationaux, charnels, j'en suis dès maintenant (vôü» désignant un moment indéterminé, mais postérieur à la conversion de l’apôtre) complètement affranchi.» Mais il nous paraît inadmissible que Paul ait employé l'expression yooxew xarà oéoxaæ pour caractériser la connaissance de Christ qu’il a eue après sa conversion et dont il dit Gal. E, 16 : dmoxadpar rdv vidv œûroù êv êuot. — Le éyvonauer, tel que nous l’avons expliqué, n’exelut pas l’idée que beaucoup d’interprètes (OLSHAUSEN, EWALD, BEYSCHLAG, etc.) ont trouvée dans notre passage, à savoir que Paul a connu personnellement Christ. Il ne l’exclut pas, comme prétend MEYER, mais il ne l’implique pas non plus, car Paul ne dit pas: « J’ai vu », mais: « Jai connu», ce qui peut parfaitement s’appliquer à la connaissance par oui-dire, par tradition, à la connaissance que tout Juif contemporain devait avoir de la personne de Christ et de son œuvre. Si cette connaissance personnelle est renfermée dans le éyvoxauer (comme c’est possible), Paul voudrait faire sans doute allusion aux relations avec les premiers apôtres et avec Christ même dont se vantaient ses adversaires, et dire : « Si moimême aussi j'ai connu (tout aussi bien que vous) Christ selon la chair, cette connaissance même n’est aujourd’hui plus rien pour moi ». Mais cette vue passagère de Jésus-Christ serait à peine un éyvœxévar. Il faudrait plutôt entendre le ei xai éyronauer dans le sens d’une simple supposition: « À supposer même que, comme d’autres (les frères de Jésus, les Douze, 1 Cor. IX), j’eusse connu. » Toutefois, cette explication est, elle aussi, peu probable; le eê xai éyvonxauer doit exprimer un fait qui a été réel, et non une simple supposition. — &44&, au commencement de l’apodose, sert à accen-
‘tuer l’opposition des deux phrases ; cf. IV, 16. — odxëêts
ypivoorouer, SC. Xouordv xar& cépxa: «Nous ne le voyons
plus ainsi; ila cessé d’être pour nous une individualité humaine, limitée, il est lé xéocos nveëua (III, 17. 18) et plus rien que cela. Son être moral et spirituel, glorifié par le Saint-Esprit en nous, voilà ce qu’il est pour nous. » Le christianisme est la religion de la pure spiritualité. — Notons encore, comme curiosum, la construction de HOFMANN qui rattache ei xai éyvonauer à 162: « Nous ne connaissons plus personne selon la chair, lors même que nous avons connu Christ de cette manière. Mais maintenant nous ne connaissons plus ainsi. »
.V. 17. — Le éore me semble ne pas pouvoir dépendre du v. 16. Le v. 17, en effet, ne saurait être une conclusion du v. 16; il exprime un fait beaucoup plus général, se rapportant à tous les croyants {ef zs) et embrassant toute la personnalité morale (xaœwvÿ xtious — yéyove xœivd), tandis que le v. 16 exprime un fait de l’expérience de l’apôtre (fueïs) et portant seulement sur la connaissance (otüœuer, ywwwoxomer). Le changement indiqué au v. 17 est le principe sur lequel repose le changement dont parle le v. 16, et non l’inverse. Si donc le v. 17 se rattachait directement au v. 16, il s’y rattacherait par un y&e. On peut conclure le particulier du général, mais non l’inverse. Je crois done, avec KLÔPPER, que le Gore du v. 17 est parallèle à celui du v. 16 et dépend comme ce dernier de l’idée des v. 14-15 : les croyants sont morts avec Christ, en Christ, vivants par conséquent non plus
- pour eux, mais pour lui, qui est mort et ressuscité pour eux. De cette idée Paul tire une double conclusion: 4° conclusion personnelle, particulière : « Quant à nous, nous ne jugeons plus comme nous jugions autrefois, et Christ n’est plus pour nous l’homme xarà c&opxa que nous connaissions (mais le xôçgros xvedua) »; 2° conséquence plus vaste, générale: « Si quelqu'un, un croyant quelconque {et zç) est en Christ, c’est une création nouvelle, ou: il est lui-même (le zs) une nouvelle créature. » — &v Xouor® eva n’est pas l’équivalent de Xçsoroû elvœ, «être du parti ou de l’école de Christ», mais signifie: « vivre en Christ comme dans son élément, plonger en lui par la foi toutes les racines de sa vie morale, spirituelle. » Pour celui qui est ainsi « en Christ », dans le Christ mort, mais ressuscité, vivant, en qui et pour
qui on peut donc vivre, — pour celui-là tout est renouvelé. Du Christ mort et ressuscité émane une puissance spirituelle qui fait toutes choses nouvelles, à savoir son Esprit, par lequel il habite lui-même dans le croyant: celui-ci ne vit plus, mais Christ vit en lui. Et par cet Esprit, la mort, la résurrection, la glorification virtuellement impliquées dans la communion avec le Christ crucifié, ressuscité, glorifié, deviennent des réalités morales, spirituelles, en attendant qu’à ce renouvellement intérieur, à l’affranchissement moral, à la transfiguration spirituelle dd Ôd£ns eis Ô6Eav (III, 18), réponde un jour la glorification extérieure, l’éxoAérewous to oœuaros (Rom. VII, 23). Cf. II, 48 ; Gal. IT, 20; Phil. IIT; et surtout Rom. VIII. — L'expression xœwvÿ xrious est rabbinique : les rabbins appelaient barjah chadaschah les convertis du paganisme au judaïsme. Cette expression a son fondement dans l’A. T.: on attendait du Messie le renouvellement de la création. Cf. Es. LXV, 17.
Le v. 17b contient le dévelcppement où la conséquence de l'affirmation de 172 (qui est comme une exclamation) : « Puisque celui qui est en Christ est un être nouveau, tout est renouvelé pour lui; c’est un monde nouveau qui a surgi pour lui, l’ancien a disparu. » — 7à& dpyata: tout ce qui avait de la valeur pour le xœlœiès ävdowxmos. Les croyants ne méditent et ne recherchent plus les choses de la chair, mais celles de l'Esprit (Rom. VIIE, 5), car l'Esprit de Christ est devenu le principe de leur vie. Donc l’ancien principe et l’ancienne vie ont disparu: les opinions, préjugés, passions, intérêts, la manière d’agir et de juger d'autrefois, mais surtout l’économie légale, tout le système pharisaïque qui enserrait la vie de l’homme et sa pensée, tout ce qui constituait la vie intérieure aussi bien qu’extérieure, a subi un profond changement, une radicale transformation. Ce dont l’homme naturel, le Juif se vantait (théocratie, œuvres légales, circoncision), tout cela n’a plus de valeur pour le croyant: en Christ, ce qui importe, ce n’est pas d’être circoneis ou incirconcis, mais d’être une xœuvÿ xrious (Gal. VI, 15). Cf. Phil. IT, où Paul. déerivant sa propre expérience, énumère les dopyaia (v. 4-6), puis les xauvd (v. 7-10).
Le changement dans le ysvcoxew (v. 16) n’est qu’une des
formes concrètes, une des manifestations de ce grand changement. Cette nouvelle manière de juger à sa base et sa Justification dans le renouvellement de tout l'être et de toute la vie, qui rend moralement impossible à l’apôtre d’user comme ses adversaires des avantages extérieurs (xarà odonxa, êv nçooxe) afin de se recommander et de se vanter lui-même.
Tout cela appartient pour lui au passé; il fait partie en
Christ d’un nouvel ordre de choses : yéyover xaiv&. Christ a tout remplacé; justice, sanctification, gloire, tout se trouve en lui! — é6o% attire l'attention sur ce qu’il y a de surpre-
nant, de merveilleux dans cette transformation : « voici, C’est
tout un monde nouveau qui a surgi. » — La Vulgate étend
la première proposition jusqu’à xzéous : si qua est in Christo
nova creatura. Mais alors la seconde proposition ne fait que
répéter la première, son contenu est déjà impliqué dans xaœwvÿ
xrlous. Et la position de &v Xçoso1r@ n’est pas justifiée. — Le à ndvra que EK LP etleT. R. lisent après xawv&, est omis
parsBCDEFG It. et doit être retranché. Le sens est ainsi
meilleur : Paul ne veut pas dire que les vieilles choses sont
devenues nouvelles {rà mdvra yéyove xœiv), mais qu’il y à,
qu'il s’est produit du nouveau (yéyover xœivt), lequel s’est
substitué à l’ancien.
Dans les v. 18-24, Paul traite de la réconciliation, mise en rapport avec le ministère chrétien.
Le v. 18 fait la transition: « Tout ce renouvellement est une grande œuvre de Dieu, qu’il a fondée par la réconciliation en Christ et qu’il continue par l’apostolat. » Paul enveloppe pour ainsi dire son apostolat dans l’œuvre de Dieu. — 7& Ôë... êx vod d'eod : l’apôtre remonte à la source suprême de cette œuvre: «tout ce monde nouveau, toute cette vie nouvelle en nous vient de Dieu, est une pure création de Dieu » ; &x zoù deoù a l'accent. — Les participes 705 xaralld£avros et ôdyros indiquent le mode par lequel tout cela a été mis en œuvre: «en nous réconciliant par Christ avec lui-même (ceci a eu lieu avant le renouvellement mentionné au v. 17, Weiss), et en nous confiant le ministère de la réconciliation ». Le verbe xara4ldooev (—Galitooo,ovvæiAdoow), «changer », «modifier de manière à égaler, à rétablir l’accord », «réconcilier », Suppose deux personnes ennemies. Ordinairement
un tiers intervient comme médiateur pour rétablir l’union troublée. Ici l’une des deux personnes prend elle-même l'initiative. Mais il n’en résulte pas nécessairement que la haine ne soit que d’un côté. Karalldooewv niv tm signifie : «changer la relation hostile d’une personne à une autre en une relation amicale », que la haine soit des deux côtés ou d’un seul, peu importe; &alldoceodar où xarakdooeodal Tv OÙ 06 Twuvæ: «être réconcilié ou se réconcilier avec quelqu'un, rentrer en grâce auprès de quelqu’un », s’emploie également dans les deux cas: que la haine soit chez le sujet ou chez l’objet. Le verbe lui-même ne tranche donc pas la question. Mais il nous paraît résulter clairement des v. 19 et 241 qu'il a fallu, pour que Dieu püt témoigner son amour à l’humanité en pardonnant, une action objective de Christ et de Dieu en Christ, — par conséquent, que l’obstacle était aussi du côté de Dieu et pas seulement du côté de l’homme. Cet acte n’a donc pas eu pour but simplement de ramener l’homme à Dieu; il a eu un effet sur Dieu lui-même. Cet acte est indiqué dans notre verset par les seuls mots à Xçuoroÿ, qui trouveront leur développement v. 19.21. Ainsi Dieu nous a réconciliés avec lui en tant qu’il se réconciliait aussi lui-même avec nous. Ce résultat, qui ressort déjà du contexte de notre passage, est confirmé par tout ce que Paul dit ailleurs de la relation entre les pécheurs et Dieu : ce n’est pas seulement l’homme qui est éloigné de Dieu, mais Dieu qui s’est éloigné de lui, le pécheur est l’objet de l’égyx divine (Éph. IL, 3) ;: dans Rom. V, 10, Paul dit même: «haïs de Dieu » (éydçoi ôvres à ici le sens passif d’après tout le contexte et d’après Rom. XI, 28, où ce sens ne fait aucun doute). Il a fallu que Dieu fît mourir Christ comme i4aozrovor (Rom. IIE, 25) pour qu’il pût abandonner son égy# et son éydoe, c’est-àdire pardonner. De même dans notre passage, au v. 21: il a fallu que Christ fût « fait péché » pour que Dieu pût annuler la coulpe, effacer les péchés et recevoir les pécheurs comme justes (duxœoodrn Seod év œdr@). Cet acte objectif (l'apparition de la justice punissante de Dieu dans la croix, Rom. III, 26) est la condition et la base indispensable du salut, ear il est le gage que dans le pardon même la sainteté est maintenue.
Done un changement à eu lieu en Dieu à un moment donné. Est-ce compatible avec son immutabilité? — Oui et non ! Non, en ce sens que le décret de rédemption est éternel, aussi éternel que la prévision de la chute; il est inséparable de la création de l’homme libre. Cf. Éph. I. 3-7, où le décret créateur et le décret rédempteur sont contemporains. Oui, d'autre part, car la pensée divine de rédemption était arrêtée, empêchée de se réaliser ; l'amour ne pouvait se manifester comme amour, il faisait place à l’éoy, à l’éydoa. À un moment donné, cette éoy# a été enlevée &à& Xouoto (Rom. V, 9. 10: &v 5G aiuar aûrod…. à 105 davdrov Toù vioù œdrod). Le décret éternel s’est réalisé dans le temps par un acte historique (aor. xazælAdéaærros) ; cet aoriste ne peut se rapporter qu’à la mort de Christ sur la eroix. Gette mort a done eu une double action, s’exerçant sur les deux parties séparées: sur Dieu lui-même, pour enlever son 6oy5 (en qualité de iaozesov), — sur l’homme, pour le ramener à Dieu par la proclamation de sa justice punissante, qui produit la repentance, la rupture avec le péché, et par la manifestation de son amour, qui produit la xéozuç, la confiance au lieu de la crainte !. Il y a toutefois une différence entre les deux parties : l’une (l’homme) est réceptive (Rom. V, 10. 41: xarn- Adynuer, passif,.… Ov "où tv xarallayÿv &AdtBouev), tandis que l’autre (Dieu), est active, a toute l’initiative, en sorte que l’œuvre de Christ auprès de Dieu, l’action de son sacrifice sur Dieu, est une action de Dieu sur lui-même à X@0- 00: il veut se réconcilier, et il se sert de ce moyen, il à recours à ce médiateur pour cela. (Cette action se retrouve dans ce qui suit : wÿ AoyiCouevos..….). — ju&s ne me paraît pas pouvoir être rapporté à un autre sujet que le #uiv qui suit et qui désigne évidemment Paul et les prédicateurs de l'Evangile ?. Paul, dans le v. 18, parle encore de son expérience personnelle (v. 16). Il est devenu en Christ une nou-
1 Ce dernier côté, vrai assurément. est saisi d’une façon exclusive dans la théorie ritschlienne de la rédemption.
2 [LTETZMANN entend qu&çs : « nous, hommes », cf. v. 19: &êv uiv (« parmi nous »), et le v. 21. En revanche, il explique fuir : «à moi », Cf. v. 20 : xoecBedouer, deoueda|.
V, 18. 19 ay
velle créature (v. 172); un monde nouveau s’est ouvert pour lui (v.17b). Comment cela s'est-il fait ? C’est que Dieu, quand il était éloigné de lui, ennemi, l’a réconcilié avec soi-même par Christ (par le sacrifice de la croix), pour lui donner aussi la grande mission de proclamer cette réconciliation à tout homme (v. 18). Au v. 19 la pensée de l’apôtre s’élargit : c’est une rédemption universelle ! cf. HormMANN, Wetss, HEIN- RICI. — xai Oôvros niv: Voilà l’origine du ministère de l’apôtre; il est bien êx zoù 9605. « La xarallay étant accomplie en Christ, nous en avons été faits les évéxovou, les messagers, les proclamateurs, et cela par un don positif de Dieu, qui nous a conféré cette mission. Nous ne nous sommes pas faits nous-mêmes apôtres.» Ce don a eu lieu, pour Paul, dans le même moment que sa conversion; les deux choses sont inséparables à ses yeux (cf. Gal. I, 16; Rom. I, 5: à °o6 &2dBouer ydouv xai dnootoAÿy). Ce ministère est appelé ici draxovia 1ÿç xartaÂlayÿs : Un ministère qui à pour effet, qui opère la réconciliation, en ce que par ce ministère la xarællayr est prêchée aux hommes et ceux-ci amenés à s'approprier par la foi le i4aozperor, Jésus-Christ (Rom. IIE, 25). Cf. IN, 9: Gvaxovia Gixœioodyns, et l’antithèse draxovia xarasxçioeos.
Le v. 19 développe et justitie la déclaration r& zévra êx deod du v. 18. Le mot eds placé en tête, a l'accent: « Oui, c’est Dieu, Dieu lui-même, et nul autre (WEtss), qui a posé le fondement de cette grande œuvre de nouvelle création (par la rédemption) et qui en a assuré le développement (par le ministère évangélique). » L'intention de ce verset n’est pas de décrire la rédemption ou le ministère évangélique, mais d'affirmer solennellement l'initiative divine dans cette rédemption et dans l’institution de ce ministère. Paul s’arrête devant cet acte divin, pour en déployer ensuite toutes les conséquences (v. 20. 21). — og ëx: «puisqu’en effet voici ce qui à eu lieu. » ‘9ç indique la conformité, 67% motive : « Tout ce renouvellement, par lequel tombe le système légal (v. 46. 17), vient de Dieu, parce que (ëzx), conformément à ce qui devait être (®s), Dieu était vraiment là » (utpote quod). [LIETZMANN. d'après BLAss $ 70, 2, explique la tournure os ütr Ô Dedç... y comme — ds 1où deod.. Ovros ;
le sens serait: « comme si », quasi]. — êv Xçuor@ ne doit être rapporté uniquement ni à v ni à xarælldoowv, mais à la locution complexe fr xarækldoowvr : «en Christ Dieu était actif pour réconcilier.» Si on liait & Xovor@ à fv, il faudrait alors envisager les trois participes comme parallèles, et en ce cas les deux derniers décriraient le mode de la réconciliation, ce qui est impossible à cause du troisième, l'aoriste déuevos. Les deux derniers participes motivent ou justifient l'affirmation 9eds ÿv xaralidooov (êv Xouo1G): «Il était vraiment occupé, en Christ, à réconcilier, puisque... » [Ce ê» Xovo16 est donc l’équivalent du && Xçvo105 du v. 18, cf. Rom. V, 10. (LrerzmanN) |. — La forme participiale fv xaradoc à plus de poids que le simple imparfait xarfl4acce; elle marque ce que Dieu était en train de faire, à quelle activité il était occupé. — xéouov, sans article : le monde entier, tout ce qui s’appelle monde. Christ appartient à l’humanité; il apporte une amnistie générale (cf. le dxèg mdvror du Y. 15) ; la rédemption qu’il opère est universelle, pour tous objectivement, bien que cette universalité soit, dans l’application subjective, restreinte par la foi (condition et moyen d’appropriation). La réconciliation est destinée à tous, valable pour tous, pourvu qu’ils soient &x xiorews ‘’Inooù (Rom. IE, 26). — éœuré, comme au v. 18 : «ouvrant au monde le chemin de la réconcilation avec lui-même, l’accès à la nouvelle relation, dans laquelle Dieu n’est plus contre nous, mais pour nous. » Sur la portée de cette réconciliation, voir ce qui à été dit au v. 18.
v. 49b. — Les participes wÿ 2loyi£ôuevos et Séuevos expliquent et justifient ce #v xaraÂlacowv : ils indiquent les manifestations de la disposition qui portait Dieu à pardonner en Christ: «il n’imputait pas... » et «il a mis en nous... » — ui Aoyi&ôuevos est un participe imparfait. Mr est la négation subjective : « puisqu'il renonçait, dans cet acte même, à leur imputer…. » (Weiss : C’est en renonçant ainsi à leur imputer. qu’il se rendait possible de ne plus les regarder comme ses ennemis). Aoyi£eoda signifie « mettre en compte», cf. Rom. IV, 3. ss. Le sens est donc: « renonçant par devers lui (le moyen indique une action de Dieu sur lui-même) à mettre en compte, comme c'était son droit». — æœôvoïs : les indivi-
dus compris dans le collectif xouoçs. — naçanrouara désigne les chutes particulières et individuelles ; cf. Rom. IV, 25. Il ne s’agit pas du péché comme puissance héréditaire, qui doit être non pas pardonné, mais guéri (et pour lequel il faut l'Esprit, non le sang).
V. 19. — xai déuevos…. indique le moyen que Dieu emploie pour arriver jusqu’à ce monde, afin de lui faire connaître cette rédemption et d’agir sur lui. C’est là le but du ministère. L’aoriste Séuevos indique l’acte historique de la fondation de l’apostolat : c’est un acte qui à eu lieu une fois, tandis que la non-imputation (uÿ 2oyiêôuevos, présent!) dure et se poursuit. Le #éuevos sert encore à expliquer xaræ1- Adoowv. puisque, sans la proclamation de l'Évangile par ses ministres, le monde ne pourrait pas accepter la réconciliation et entrer dans le nouveau rapport de paix avec Dieu (WEIss). — rùv Âdyor Tÿç xarallayÿs répond à üvaxoviæ ts xarTahÂayÿs (v. 18), avec cette nuance que 40dy0os indi-' que le contenu du message, tandis que Üvaxovia désigne la charge du messager. — &v fuir ne doit pas être traduit: «parmi nous » {ainsi LIETZMANN |, mais : « en nous », par une révélation intérieure (cf. Gal. [, 16): la prédication de Paul n’est pas de tradition humaine, mais d’un contenu révélé, tout divin (éx %eoû Aaloduer, II, 17). Cf. les locutions eïvar &v poeoir, êv IvuG.— Ce don suppose naturellement que Paul a reçu d’abord la xaræ ay elle-même, car son Adyos n’est pas autre chose que l’expression de sa propre expérience de la rédemption. Quelle différence avec le ministère légal, où tout est extérieur (yoduua, IT, 6); ici, au contraire, tout part de l’intérieur. Le ministère légal a besoin de recommandations ; le ministère spirituel s’en passe. — J] faut remarquer encore que pour Paul le ministère est nécessaire à la propagation de la foi et tient à l’essence de l’œuvre divine de la rédemption.
v. 20. — oër: «en conséquence de cette révélation, de cette vocation reçue.» — èxèg Xoworoù ne signifie pas « à la place de Christ» (ainsi Bousser), c’est-à-dire «comme ses suppléants, ses représentants. » Le verset précédent ne justifie pas
1 [Ou imparfait, voir à 19b.] 2 CORINTHIENS — 13
cette explication, car là le sujet estDieu, et Christ est l’instrument de la rédemption. C’est de Dieu, non de Christ, que Paul est l’ambassadeur (xoeoBebouer, terme solennel: une députation de Dieu au monde!) Cette ambassade a lieu ézèe Xouoro®, c’est-à-dire «pour la cause de Christ, pour qu’il soit cru, accepté » (Christi causam agentes) : Christ est l’objet du message, non le sujet. L'objet de la prédication de Paul, c’est Inoods Xovorôs, sai œôrds &oravoœuévos (1 Cor. IE, 2). La prédication (message des ambassadeurs) est « pour Christ », car sans elle le sacrifice de Christ resterait inutile, tandis qu’il lui importe surtout que des âmes soient sauvées par lui. — &ç 1où deod napaxalodvyros prouve bien que c’est Dieu (non Christ) qui est l’envoyant, lequel parle par la bouche de son représentant. — ®$ ne signifie pas « comme si», mais «en tant que», « vu qu’il en est ainsi ». C’est Dieu qui offre au monde la main de réconciliation, et qui la lui offre par ses ministres ! Paul n’est que l'interprète, le portevoix de Dieu. Il est peu naturel de faire dépendre @ç roù deod etc., de ce qui suit, c’est-à-dire de ôedueñæ (ainsi HOFMANN). — Oedueda est plus fort que xapaxalodvros : Dieu exhorte, invite (il sait ce qu’il en coûterait aux hommes de refuser) ; Paul supplie (car il le sait aussi!) Le père invite son fils : le frère conjure son frère. — dxèg Xo:orod: même sens qu’au commencement du verset. — xaralldynre indique quel est le contenu de la prière adressée aux hommes par Paul et ses compagnons (6edueÿa). Le passif signifie : « Laissez-vous réconcilier, acceptez ce que Dieu vous offre. n’anéantissez pas le dessein de Dieu! » Si le sens était seulement: «Réconciliez-vous, laissez tomber votre haine », il faudrait le moyen, non le passif. Ce passif suppose une œuvre divine accomplie, dans laquelle les hommes entrent : ils consentent à ce qu’elle leur soit appliquée, ils mettent leur main dans celle que Dieu leur tend. L'homme ne peut pas se réconcilier, mais seulement éfre réconcilié, et cela en saisissant par la foi la rédemption divinement opérée. Cet appel ne s’adresse pas à l’Église de Corinthe (celle-ci est prise à partie dans VI, 4. ss.), ni aux chrétiens en général, en tant qu’ils ont tous les jours besoin de pardon (Gavin), mais à tous les inconvertis. Remarquez que ôeôueda n’a pas
d'objet !. C’est la mission de Paul de supplier (les hommes, tous les hommes) en leur disant : « Soyez réconciliés ! »
v. 24. — Le yée du T. R. (d’après EK L P Syr.) doit être retranché avec BCDF G It. Vulg. Copt. Si on lit la 2ve pers. (dnèo budv), il faut regarder le v. 21 comme la continuation du discours de l’apôtre aux inconvertis, donc le rattacher étroitement à xarallidynre 1@ de@ [ainsi BACHMANN]. Avec la 4" personne (èxèo uv), le v. 21 donne plutôt la suite de l’idée èmèe Xovorod noeoBevdouer : « Christ est l’objet de notre message, et voici ce que nous avons à dire de lui, ce qui à été fait en lui.» Pour MEYER, le v. 21 sert à motiver la requête (dedueÿaæ) et son contenu (xaræ4ldynre), en montrant ce qu’il en a coûté à Dieu pour assurer le salut. — Le v. 212 signale l’acte qui a été le moyen dont Dieu s’est servi : le v. 21b indique le but que Dieu visait en accomplissant cet acte. C'est là le contenu du 26yoç 1ÿç xaralZayns (V. 19).
V. 212. — rdv uÿ yvôvra éuagtiar suppose la sainteté parfaite de Christ. Paul nie chez Jésus non seulement tout péché en actes, mais même le péché comme penchant mauvais, Car si celui-ci avait existé, la loi l’eût réveillé et fait passer à l’état actuel et conscient (Rom. VIT). Christ connaissait bien, en un sens, le péché: nul ne l’a dévoilé comme lui ; mais il ne l’a pas connu par sa propre expérience. Le péché n’a pas trouvé place dans sa vie extérieure ou intérieure. Le rveduæ &yocdvns à continuellement dominé en lui la vie de la odoë£. — Le ur, négation subjective, transporte la négation dans la pensée de Dieu (il ne s’agit pas de notre jugement) ; ce uÿ yvévra motive le éxoinoer (dont Dieu est sujet), ou lui fait antithèse. Dans le premier cas, il faut le rendre par «parce qu'il n’a pas connu » : la sainteté de Christ est le postulat indispensable de la rédemption ; dans le second cas, il faut traduire «quoiqu'il n’ait pas connu », ce qui paraît plus naturel : il y a une antithèse voulue de wÿ yvdvra äuag- Tiav avec éuaoriar émoinoer. — La sainteté de Jésus-Christ est le point décisif dans le christianisme; selon qu’on l’admet ou la rejette, la religion chrétienne est l’œuvre de Dieu (sur-
1 [En revanche, dans Col. I, 28, Paul répète trois fois le complément zévra évÿçwrov].
naturelle) ou l’œuvre de l’homme (aspiration de l’âme humaine) ; Christ est le Rédempteur ou un simple initiateur. Un Christ saint peut seul être un Sauveur. Un Christ non saint a lui-même besoin de salut !— èxèe uv : « en notre faveur », n’implique pas l’idée de substitution (dvri), mais cette idée est cependant dans l’ensemble de la phrase. Ce dxèo fuüv est expliqué dans 21? par le ëva... ; il est placé en tête, avec accent, car c’est Jà ce qui motive la prière de v. 20 fin (MexeR): «c’est pour nous! » — &uaçoriar énoinoer : Onaffaiblit la pensée de l’apôtre si on traduit: « l’a traité comme un pécheur » (labstrait pour le concret). Il y a plus que cela! l’idée est plus profonde : Christ a été substitué aux pécheurs, sans doute, et traité comme tel, mais encore il a été substitué au péché même! Dieu a fait de lui le péché personnifié, l'a traité comme étant le péché même, ne laissant rien de ce qui s’appelle péché en dehors de lui et ne voyant plus en lui que péché. Cela ne peut évidemment pas signifier une transformation réelle, mais seulement une transformation idéelle : l’un est mis idéalement à la place de l’autre, le juste est substitué aux pécheurs. C’est eux que Dieu voit en lui (parce qu’il a fait siens leurs péchés, Jean I, 29); Dieu voit en lui le pécheur, ne voit plus en lui que le péché ; la réaction nécessaire de Dieu contre le péché se porte non contre eux, mais contre lui, leur substitut, devenu pour eux éuaorla. Il s’agit donc ici non de communication, mais d’imputation (puisque Christ est wÿ yvods &uaçriav). Le mouetv est imputatif, comme dans facere aliquem reum, cf. en grec yetornr moroduer œütôv (Dieu), 1 Jean I, 10. Pour l’idée, comparez Es. LIIL, 12: êév roïç dvôuois &2oyiodn. Paul a sans doute devant les yeux le type des sacrifices de l’A. T., dans lesquels il y avait transmission, par imposition des mains, du péché à la victime. Tel est du moins le sens du rituel du Jour des Expiations: il ÿ avait substitution de la victime (ou des victimes) au peuple coupable. Cette notion de substitution existe-t-elle dans les autres sacrifices ? Les théologiens diffèrent d'avis sur ce point. Proprement le sacrifice est une offrande de quelque chose de précieux (le sang, la vie), par laquelle l’homme cherche à se rendre Dieu propice. Le sang de la victime couvre (protège) le pécheur devant Dieu. De là
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à l’idée que ce sang, cette vie, la victime est offerte en échange ou à la place du coupable, la transition est facile. Dans la théologie pharisaique le passage est franchi. Une notion juridique s’est introduite dans la manière de concevoir les rapports entre l’homme et Dieu ; c’est celle de la réversibilité du mérite du juste sur d’autres. L'idée de la souffrance substitutive du juste se trouve déjà dans Es. LIT; mais Paul ne s’y réfère pas, tandis qu’il envisage souvent la mort de Christ sous l'angle du sacrifice. Et il y pense sans doute ici aussi. Comme le péché de l’homme était mis sur la victime, ie péché de l’humanité a été mis sur Christ, et cela par Dieu lui-même (mais aussi, en même temps, par Christ, par sympathie). Pour cela, il fallait que Christ n’eût pas de péché personnel ; autrement, il eût péri pour le sien propre. Mais il était wÿ yvods &uagriær (comme la victime devait être sans défaut). L'idée de sacrifice se trouve donc bien ici. Mais cela n’autorise pas à traduire, avec beaucoup d’anciens interprètes, suivis par EwaLn, Rirsci, le mot éuaotiar par « sacrifice pour le péché » (chattäth), sens qui est incertain même chez les LXX, et qui ne se retrouve pas dans le N.T. Ce sens est d'ailleurs absolument exelu ici par le terme d&uaœgçria qui précède immédiatement. Le même mot ne peut avoir un sens différent à si peu de distance. — Le éxoinoer s’est réalisé évidemment dans la croix, et non dans l’incarnation, comme l’ont entendu quelques interprètes (par exemple HOLSTEN), qui rapportent &uagriav &noinoev à la condition d’homme, ayant une «chair de péché» (le péché latent en lui) dans laquelle le Fils de Dieu est entré par l’incarnation, — et wÿ yvôvra &uaçriar à la préexistence!
Il faut rapprocher de notre passage le texte très analogue Gal. IT, 43: « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, yevôuevos dnèg ur xardoa ». l'evôuevos xardoa : Paul semble vouloir dire que toute la malédiction de la loi s’est réalisée, épuisée en lui, comme, dans notre passage, que tout le péché humain s’est concentré en lui, sur sa tête, a été frappé en lui. Dans les deux passages le terme abstrait marque l’état dans lequel Christ a été placé, la position qu'il a prise, ou subie, mais n’implique pas, comme le ferait (ou semblerait le faire) l’adjectif (duaorw2ds, émxardoaros),
qu’il a été réellement infecté par le péché ou qu’il à été personnellement l’objet de la malédiction divine. Paul ne dit pas dans Gal. que Christ est devenu un éxexardoaros, qu’il a été réellement maudit de Dieu (ce serait un blasphème), pas plus qu’il ne dit dans notre passage qu’il est devenu &uaægrw?6çs. Christ n’a été ni pécheur, ni maudit; mais il a été traité comme tel. Il est entré dans la position d’un homme frappé par la malédiction; il a quitté la position d’un juste béni, pour prendre celle d’un transgresseur maudit, et il a réalisé pleinement, typiquement, cet état, de telle sorte que sur lui a pesé toute la coulpe humaine (2 Cor.), s’est déchargée toute l’éoy” divine (Gal.). bien qu’il fût parfaitement juste (2 Cor.) et qu’il atteignit à ce moment le point culminant de l’obéissance (Phil. IF, 8), bien qu'il fût par là même l’objet, personnellement, non de la colère ou de la malédiction de Dieu, mais de son approbation et de son amour («offrande d’agréable odeur », Ephés. V, 2). Ce caractère collectif de la coulpe, de la malédiction, le caractère absolu de l’acte accompli ici en la personne du Christ, est exprimé justement par les termes abstraits &uaçriæ, xatdoa, qui disent à la fois moins (ils n’expriment pas le fait d’être personnellement pécheur ou maudit) et plus que les termes concrets duaorwAds, émxaräoaros (qui exprimeraient simplement l’idée d’un pécheur ou maudit individuel).
v. 240. — Au terme négatif de Gal.: «Christ nous à rachetés de la malédiction », correspond dans notre verset l’expression positive : « afin que nous devinssions justice de Dieu en lui ». C’est là le but en vue duquel le juste a été fait péché. L’abstrait Gixasooûrn répond à déuagtia. — muets est l’antithèse de rôv uÿ yvvre : « lui qui était toutsainteté, fait péché! et nous qui ne sommes que péché, destinés à n'être plus que justice aux yeux de Dieu, de telle sorte que Dieu ne voie plus que justice en nous, comme il n’a plus vu que péché en Christ! De même qu’il a vu en lui notre péché, il ne veut plus voir en nous que sa justice; nous sommes ôxcvooùvn deod év œèr®, comme lui était éuaoria dmèo fur.» C’est ainsi que l’idée de substitution se trouve renfermée dans le èxéo, après avoir été déjà indiquée au v. 44. — Il faut lire l’aoriste yevueña, avec tous les Majuseules, et