‹ La seconde épitre aux CorinthiensChapitre 88 sur 117 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

êv 15 naçovoie : le &v est instrumental : «par l’arrivée de Tite » (si impatiemment attendu déjà à Troas, IF, 42. 13).

v. 7. — Mais ce n’est pas seulement la présence de Tite, de ce fidèle ami et collaborateur, qui a consolé Paul dans sa situation angoissante ; ce sont encore et surtout les nouvelles encourageantes de Corinthe dont il était le porteur : « J’ai été consolé par la consolation dont Tite lui-même a été consolé.…. » Le ép” buir peut s'entendre soit: « parmi vous » (cf. Act. XX VIII, 44, où on trouve la leçon êx° œëtrois à côté de mag” ævroïs), soit: «à votre sujet » (1 Thess. IIL, 7). Tites’était rendu à Corinthe, plein lui-même des mêmes inquiétudes que Paul (voy. v. 43. 14) ; et il y avait reçu les impressions les plus encourageantes, qu’il avait pu, à son retour, communiquer à Paul (dvayyélAov) : ainsi, celui-ci a été consolé par la consolation que Tite a reçue à Corinthe et qu’il lui a rapportée. — Le dvayyéllowy est incorrect ; il devrait y avoir proprement : dvaæyyél2ovros adro ; l’idée est que Paul a été consolé en tant que, ou lorsque Tite lui racontait. Au lieu de cela, lapôtre emploie le nominatif, parce que Tite est le sujet du verbe xagex on qui précède immédiatement. Mais cette construction lui donne l’air de dire que Tite a été consolé en racontant, lorsqu'il racontait, c.-à-d. par le récit que luimême faisait à Paul des bonnes nouvelles de Corinthe. C’est le sens admis par Meyer : Tite a été consolé lui-même, tout en donnant de la consolation à l’apôtre. Ce sens subtil, est difficile à attribuer à l’apôtre. Il faut plutôt admettre une incorrection de style. Le sens est alors tout à fait clair et simple. — La leçon ép” #uir (n D) a évidemment pour but de résoudre la difficulté de ce zagex für. dvayyéAñov.— v.7r. Paul a été consolé quand Tite lui a rapporté : a) leur désir de le revoir parmi eux (éxemddnow); b) leur chagrin de l’avoir affligé par leurs jugements injustes et leur indocilité (édvouds, «plainte causée par la douleur», de 6066ç0ar, «gémir») ; c) leur zèle réveillé pour lui (6%40v dnèo éuod), c.-à-d. leur amour pour sa personne, leur désir de lui être agréables, leur empressement à faire ce qu’il a réclamé d’eux. — dote ue u&llor yaçgÿvar peut signifier : « de sorte que j'en ai eu plutôt de la joie » ou : «… une plus grande joie ». KLôPper entend : « je me suis réjoui plus encore (magis)

des nouvelles qu’il m’a données que de son arrivée. La joie que. j'ai eue de son arrivée a été augmentée par les nouvelles ». Mais c’est subtil. D’autres expliquent: « J’ai reçu plus qu’une simple consolation, bien plutôt (potius) de la joie ». (HormanN, BENGEL). C'est bien cherché. Paul ne veut-il pas dire, au fond, simplement : « de sorte que j’aie d'autant plus de joie (magis) que j’ai eu auparavant de chagrin » (cf. Weiss) ? ou bien, plus simplement encore : «de sorte que j'eusse de la joie plutôt que (potius) de l’affliction » ? Cf. la suite, où Paul parle de ses inquiétudes, de son regret (v. 8), puis de-sa joie (v. 9: vür yaio).

v. 8. — Et vraiment, Paul a de bonnes raisons d’éprouver de la joie, il a lieu d’être satisfait, car (6x) si sa lettre à causé aux Corinthiens de la tristesse, cela a été à salut, et il n’en éprouve plus de regret; au contraire! — Deux constructions sont possibles, suivant qu’on lie ei xaœi uereuedunr à ce qui précède (T.R., OstANDER, HOFMANN) ou à ce qui suit (Tischenporr, MEYER, etc.), c’est-à-dire suivant qu’on ponctue après uereueldunr où après werauéiouœ. La première construction donne le sens suivant : « Je ne me repens plus, même si je me suis un moment repenti. (Car) je vois (par ce que Tite me dit) que je vous ai réellement affligés, quoique ce ne fût que pour un moment ». Le B84éxo sert alors à motiver &lônnoa buäs du commencement du verset. Le y&oe, qu’on lit dans CE etc., convient bien à ce sens !. Le »ü» xaigo du v.9 (asyndeton) s’explique comme réaffirmation énergique du où uerauélouaæ. — Dans la deuxième construction, eê xai uereueldumr commence une nouvelle proposition (B a même ef Ôè xaœi), et Bléro yo. du&s forme une parenthèse : « Si (ou : or si) je me suis repenti — (car) je Vois que cette lettre vous a affligés momentanément... —, je me réjouis bien plutôt maintenant ». Mais comment le 84éxc (présent) peut-il motiver le wereusÂdunr (passé) ? B D, en omettant le y&o, évitent cette difficulté : ils font commencer l’apodose avec B2érnw. Mais le sens n’en devient pas plus clair ! RÜCKERT, LACHMANN, d'après la Vulgate (videns), ont

! Cette convenance même peut engager à le retrancher (Weiss, d’après B D), car le sens est moins clair et moins facile sans ce yde.

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voulu lire 84£xwv. Ce participe pourrait se rapporter à ce qui précède : « Si je me suis repenti en voyant... ». Mais comment Paul avait-il vu (de façon à se repentir) avant que Tite fût revenu ? Il ne savait rien de l'impression produite à Corinthe avant le retour de Tite ; de là précisément son angoisse et son repentir ! Ou bien 82éxoy se rapporterait à ce qui suit: « Voyant que cette lettre vous a pour un temps affligés, je me réjouis ». [Mais 82éxœo» servant à motiver »5» xaæioo n’est pas satisfaisant.] La première construction (liaison du ei xaœi uwereueduny à ce qui précède, voir plus haut) reste la meilleure. [BAcHMANN adopte cette première construction et conserve le y&o; LIETZMANN se prononce pour la seconde construction et retranche le y&o; mais tous deux s’accordent à admettre que la phrase ôz # émoroÀn... du&s est inachevée, interrompue par le »üv yœigw : « Je vois que cette lettre, si même elle vous a momentanément affligés » — la suite serait: «a néanmoins eu finalement sur vous un heureux effet » : au lieu de cela, Paul change brusquement de construction et commence une nouvelle phrase avec vô» xaœioo]. — Il est peu probable que les mots # émeoroZÿ éneivr visent 4 Cor. En effet, nous n'avons pas d’indices que 4 Cor. ait été portée par Tite, ce qui doit être le cas de la lettre dont Paul parle dans notre passage et qui joue un si grand rôle dans toute cette affaire de la mission de Tite (voir ch. ID). En outre, le contenu de 1 Cor., quoique sévère par places, n’est pas de telle nature que Paul ait pu être inquiet du résultat produit, et même se repentir, regretter un moment de l’avoir écrite. — Ce passage est intéressant au point de vue de la doctrine de l’inspiration. Il semble bien que Paul n’ait pas conscience d’une inspiration littérale, puisqu'il s’est demandé un moment s’il n’était pas allé trop loin et s’est repenti. Aussi a-t-on cherché à affaiblir le sens de uereueldunr, soit en traduisant efiamsi pænituisset, soit en rendant pœnitere par dolorem capere (la’douleur de Paul d’avoir affligé les Corinthiens). Nous pensons qu’il faut maintenir au verbe werauéieoda son sens habituel, et reconnaître l’élément humain à côté de l’élément- divin chez les écrivains sacrés. Il est inadmissible que l'Esprit saint ait dicté à Paul d’abord sa lettre si vive, puis le repentir de l’avoir écrite ainsi (wer-

euekdunr), pour lui dicter enfin (où werauéloucœ) le repentir de son repentir (pænitentiæ pœnitentiam, WETSTEN) !

v. 9. — Maintenant, le regret que Paul avait éprouvé à un certain moment s’est changé en joie ! (Gore ue u&llor ya: oÿvau, V. 7). — oùy ôu (cf. IL 4) élumdnre Ôte toute apparence de dureté au yœiow. La joie de Paul provient, non de ce qu’ils ont été affligés (c’est-à-dire de leur affliction en soi), mais de ce qu’ils l’ont été eês uerdvorar où xarà deôv : ils se sont repentis, ils ont accepté la répréhension divine qui leur parvenait par cette lettre ; ils sont docilement entrés dans la pensée de Dieu (xæz désigne la conformité, non la cause efficiente). — va marque non seulement le résultat [Lrerz- MANN, Cf. BLASS $ 69, 3], mais le but, l'intention divine : c'était le but de Dieu que l’Église ne recût aucun dommage spirituel de son apôtre (£nuiæ, « perte spirituelle», ef. LucIX, 25), comme c'eût été le cas si leur 267 eût été celle de la susceptibilité froissée, et que les censures de l'apôtre, au lieu de les amener à weravoeïr, les eussent poussés à la révolte et endurcis dans leur mauvaise voie. Heureusement, ils ont pris la chose du bon côté ! L’anxiété de l’apôtre était qu’il en fût autrement.

Le v. 10 justifie le va êv under Gmmodre (but de la Adnn xarà dedv) en indiquant deux effets opposés produits par deux genres de tristesse : l’effet de la tristesse selon Dieu (salut) et celui de la tristesse qui n’est pas selon Dieu (mort). Cela étant, il y a done bien de quoi se réjouir de ce que la tristesse selon Dieu ait prévalu chez les Corinthiens : un grand bien à été ainsi obtenu, et un grand mal évité! — L’adjectif duerauéAnrov se rapporte à uerdvorær ; l’antithèse «une repentance dont on ne se repent pas » est évidemment voulue. [Lrzmanx : ein schônes paulinisches Oxymoron]. Ainsi la plupart : HOFMANN, REUSS, OLSHAUSEN, OSIANDER, Herict, etc. Meyer objecte qu'il faudrait dueravénto» : mais ce mot exprime moins l’idée de douleur, de regret. AU- GUSTIN et la Vulgate (celle-ci traduit stabilem, sans doute d’après la variante duer&8Antov, qu’on trouve dans Origène) lient duerauélnrov à oœrnglar ; de même BILLROTH, DE WETTE, EwaLD, MEYER, KLôPPER: «un salut dont on ne se repent pas », qu’on ne regrette pas d’avoir choisi, parce qu’il

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donne une satisfaction parfaite et éternelle. Mais duerauéAnroy doit se rapporter à une activité, à un sentiment, et ne peut convenir à un bien, à un état. Cf. dans Platon : duetœuéAnros ÿôovÿ (cité par MEYER) : dans Polyhe : xious duetauéAnros ; dans Denys d’Halycarnasse : duerauéÂnros mgoæigeos (choix, décision). — Pour la pensée, cf. Test. des Douze patriarches, Gad, ch. V : # y&o xarà Sedr dAn9 Ms ue- Tdvoia dvaçpet 1v dneiderar nai puyaÔeder T0 OXÔTOG... Ha dÔnyet td duabobkior nçùs owrnpiæv.

v. AOb. — ÿ Ôë roù xdouov van : la tristesse telle que le monde, les enfants du monde, l’éprouvent ordinairement, celle qui s’afflige des conséquences, s’aigrit du châtiment, s'irrite de la répréhension, s’éloigne de celui qui ladresse de la part de Dieu et de Dieu même, et enfonce le pécheur dans sa révolte. REUSS très bien : «la tristesse mondainequi s’irrite du reproche et s’obstine dans le mal ». Cette tristesse-là est opposée à la tristesse selon Dieu, qui s’afflige du péché luimême, reconnaît le tort et s'applique à le corriger. — dévaog ne doit pas être entendu spécialement du suicide (bien que telle puisse être quelquefois la conséquence de la tristesse du monde), mais de l’éloignement de Dieu, de la condamnation, de la mort spirituelle et éternelle.

v. 41. — Preuve des bons elfets de la 2dxy xarà dedr. Cette preuve est tirée de l’expérience même, toute récente, des lecteurs citée comme exemple (é0où yo). — œdrû 10010 : «ce fait même que vous avez été affligés, mais selon Dieu» — omovôrv : réveil de la conscience, empressement à faire ce que l’apôtre leur demandait, et énergie à réparer le mal qu’ils avaient auparavant toléré. — d42& .. dd... exprime une gradation : «ce n’est pas assez dire, mais plutôt...», « bien plus... » (oë uôvor, &22à nai...) — Les termes qui suivent forment trois paires : 1. éxoZoyiær : apologie d'eux-mêmes vis-à-vis de Paul ou de Tite ; leur justification, comme quoi ils étaient demeurés étrangers à la faute commise et ne l'avaient pas approuvée. On pourrait aussi entendre: la défense prise par les Corinthiens de Paul contre ses adversaires. Mais le eiç werdvorar du v. 9 prouve que l’Église avait eu des torts (tout en étant &yv). — dyavdxriow : leur mécontement, leur protestation indignée contre la faute com-

mise et la honte faite par là à l’Église. — 2. gdBov: la crainte d’avoir si gravement blessé l’apôtre qu’il ne revint plus parmi eux, ou : la crainte de le voir venir «avec la verge». (1 Cor. IV, 21). — éxexddnow : le désir ardent de le revoir (cf. v. 7). — 3. £ÿAov: l'empressement à réparer le mal, le zèle déployé contre le coupable et qui s’est manifesté par la punition de ce dernier (éxôéxnouv, cf. Il, 6). — Par toutes ces manifestations (&v æavri) les Corinthiens ont montré qu’ils étaient personnellement (éœvroës : eux-mêmes, en opposition à d’autres) purs, innocents ; ils ont donné la preuve qu’ils n’étaient pour rien dans l’injure faite à l’apôtre. Leur seule faute a été de tolérer la chose. — 7© xodyuan : le datif a ici le sens «quant à, par rapport à» cf. Rom. VI, 20: é2eddeqor 15 Guxaoobvn. L'article indique qu’il s’agit de quelque chose de connu. Ainsi : « quant à l’affaire en question ». — Tout cela peut-il se rapporter à l'affaire de l’incestueux ? Ne semble-t-il pas plutôt qu’il s’agit de quelque chose de plus personnel à l’apôtre, de quelque manœuvre dirigée contre lui, dans laquelle l’Église paraissait avoir trempé et à laquelle elle était en réalité étrangère ?

v. 42. -- Le résultat heureux qui a été indiqué au v. 11 fait tout naturellement remonter la pensée de l’apôtre au véritable motif de la lettre en question (&çæ). On n’avait pas manqué d'attribuer à Paul des motifs d’irritation personnelle. Eh bien! ces motifs n’ont pas existé ; l'effet produit a été conforme à l’intention, qui s’y révèle pleinement ; les Corinthiens peuvent juger de celle-ei par celui-là. ”’Açæ: « vous voyez donc que... » — Meyer, HEINRicI, KLÔPPER, etc., entendent par dÜixnoas l’incestueux de 1 Cor. V, et par &ôvxmdeis, le père de cet individu. Paul voudrait dire qu’il n’a écrit ni par animosité personnelle contre le premier, ni par parti pris passionné pour le second. Ce sens me paraît difficile. S'il s’agit ici de l’incestueux, Paul a pourtant écrit «à cause de lui », pour le faire punir et pour son salut (4 Cor. V). On aurait peine à comprendre, également, que Paul déclarât n'avoir rien écrit sur une pareille affaire que pour manifester le zèle (cxovô#) de lui-même pour les Corinthiens ou des Corinthiens pour lui. La chose était trop grave pour qu'il eût pu en aueun cas se taire ! La question change

de face si on admet qu'il s’agit d’une tout autre affaire et que le dôévxndeis est Paul lui-même, et le dôcxoaçs un adversaire qui l'a violemment offensé (ainsi Ewan, HILGEN- FELD ; selon BEYSCHLAG, l’offensé serait Timothée). On comprend que l’apôtre eût pu alors se taire : quant à lui-même et à son adversaire, il aurait pu garder le silence ; mais il ne l’a pas fait, à cause de l'Église.

Le v. 42? indique quel à été le but véritable de la lettre mentionnée (# émoron êxeivn, V. 8; éyoæpa, v. 12). — Nous avons à choisir ici entre quatre leçons. 1. Celle de G (fudv dnèe }udy) peut être écartée d’emblée ; elle ne donne aucun sens ; c’est une simple faute de copiste. 2. La leçon dur dnèe du®r (8 D F) est adoptée par HoFMANN, qui l’explique comme suit : « votre zèle pour vous (bnèo buôyr) et contre vous-mêmes (zçùs du&s) ». Mais cette explication de roùs du&s est inadmissible. Le seul sens possible de cette leçon serait : « votre zèle pour votre bien parmi vous (xoùs du&s) », sens insoutenable. On ne peut hésiter qu'entre les deux leçons suivantes : 3. qu@r dnèe duüv (T. R., d’après quelques Mnn. et la Vulgate) : «afin que fût manifesté mon zèle pour votre bien, parmi vous (xoùs du&s : xods avec l’accusatif est ici, comme souvent dans le N. T., l'équivalent de raot avec le datif : «auprès de, parmi »), devant Dieu ». Ce sens serait bon: « J’ai écrit, non pour me venger, mais pour vous montrer mon amour, mon zèle pour votre salut » (CHRY- SOST. : «afin que vous voyiez combien je vous aime »). Mais cette leçon est trop faiblement appuyée. Il reste donc : 4. la leçon dur dnie }uov, beaucoup mieux appuyée (BCE K L P Syr. Copt.) et qui donne un sens encore meilleur : « Je voulais faire éclater votre zèle pour moi, le zèle qui existe auprès de vous, parmi vous (zoùçs du&s)! pour moi devant Dieu ; je voulais vous donner occasion de me montrer votre amour, de vous montrer dignes de moi ». Le v. 11 confirme bien ce sens. L’idée est donc: «J’aurais pu, quant à moi, laisser passer la chose. Je n'ai voulu ni faire punir le coupable, ni me procurer une satisfaction personnelle par cette réparation:

1 [Une autre construction serait de relier zoûs dudäs à paveowdiva ; il faudrait alors traduire : « au milieu de vous, à vos yeux »].

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