DEUXIÈME PARTIE LA COLLECTE
Chap. VIII et IX.
On a trouvé cette partie hétérogène à celle qui précède et à celle qui suit. Mais un lien existe cependant : dans la première partie, Paula traité le passé, qui est maintenant liquidé ; le daoo de VIT, 16 jette déjà un regard dans l’avenir. Après avoir ainsi rétabli la confiance, dissipé les malentendus, il s’agit de faire l’œuvre présente. Paul réclame des Corinthiens une preuve en acte, une démonstration par le fait, de leur confiance rétablie [à savoir la reprise énergique et l’achèvement de la collecte]. Le sujet vient tout naturellement ici, à propos de Tite, qui va repartir et auquel Paul va confier sa lettre: c’est le moment d’en parler. — 1 Cor. XVI, 1. ss. montre l’importance que l'apôtre attachait à la réussite de cette entreprise. En attestant l’union des Eglises pagano-chrétiennes avec l'Église mère et leur amour pour elle, la collecte devait disposer favorablement l’Église de Jérusalem envers
234 (VIIL, 1-6). VIII, 1. 2
les Églises des Gentils et épargner à ces dernières les attaques et le mauvais vouloir des chefs de Jérusalem.
LNUE:1-6;
10r nous vous faisons savoir, frères, la grâce de Dieu qui a été répandue parmi les Églises de Macédoine, ? c’est que, bien qu’éprouvés par beaucoup d’afflictions, leur joie surabonde et que leur profonde pauvreté a débordé en la richesse de leur libéralité. * Car ils ont donné selon leur pouvoir, j'en suis témoin, et même au delà de leur pouvoir, de leur propre mouvement, # demandant de nous avec beaucoup d’instances la faveur de participer à ce service envers les saints. * Et ils ont de beaucoup dépassé notre attente, ou, pour mieux dire, ils se sont tout d’abord donnés eux-mêmes au Seigneur, et à nous, par la volonté de Dieu, 6 pour que nous recommandions à Tite que, comme il avait commencé, il achevât également auprès de vous aussi cette grâce-là.
L’apôtre introduit le sujet en parlant de ce qui se fait en ce moment sous ses yeux en Macédoine. Il veut ainsi stimuler les Corinthiens par voie d’émulation.
v. 1. — Le ôé n’est pas adversatif, mais progressif ; il marque le passage à un sujet nouveau. — Pour la construction, Cf. le v. 16: 7@ diôdvr….. onovdÿr.. êv 1ÿ xaodia.. — Tv xäouw: il ne s’agit pas d’une grâce accordée à l’apôtre (il y aurait éwoi, ou fuir), mais de la grâce de Dieu en Christ révélée aux Eglises de Macédoine, répandue dans les cœurs par le Saint-Esprit de manière à provoquer en retour des manifestations d'amour, de reconnaissance, correspondantes. La générosité des Macédoniens est chez eux un don de la grâce de Dieu.
v. 2. — 6 explique en quoi cette grâce donnée aux Églises de Macédoine se manifeste. — Ce verset renferme deux propositions parallèles. Le verbe de la première proposition est sous-entendu ; c’est un éo7év, à suppléer après yap@s œëzüv. Ainsi construisent CHrysosr., THÉODORET, LUTHER, OSIANDER, HormANN, MEYER, ete. (KLÜPPER n’admet qu’une
nt nid nbin épuré
S | VIIL, 2-4 235
seule proposition avec un double sujet; mais cette construction est peu vraisemblable : mepuooeia.… êneplocevoe serait bien dur !) Le sens de la première proposition est: « Quoique éprouvés par beaucoup de souffrances, ils possèdent une joie surabondante. » — doxuuÿ daipews: «l’épreuve, la mise à l'épreuve produite par l’affliction.» Pour le sens de 6oxsu, voir à IT, 9. — Pour ces afflictions des Églises de Macédoine, cf. 1 Thess. I, 6: II, 14. s.; Act. XVI, 20. ss.; XVII 5. — La xaod, un des fruits de l'Esprit (Gal. V, 22) dispose le cœur à donner gaîment. — Deuxième proposition : «et — c’est la conséquence — leur pauvreté profonde (xarà Badovs, sous-ent. oùoa: «allant jusque dans la profondeur » ; cf. dans Homère : xarà y906vos, xar& onelovs) a Surabondé de manière à manifester la richesse déployée par leur libéralité ».— &nÂôtns : simplicité, sincérité du cœur qui se donne sans arrière-pensée, sans calculs intéressés, qui par conséquent aussi donne simplement, généreusement, sans compter (comme la veuve de l’Évangile) et fait qu’on se montre riche tout en étant pauvre. Cf. Rom. XIE, 8 et Jacq. I, 5, où l'idée de &n£drns (&n25s) est en rapport avec celle de donner.
v. 3. — Le 6x introduit la preuve qui vient appuyer l’idée de motos ts &nAdznros (v. 2). Le verbe de la phrase qui commence ici est le &dwxaær du v. 2. — xarà Üdvany et zapà ôdramr dépendent de ce &6wxar : «ils ont donné selon leurs forces, — plus que cela, je l’ai vu et j’en puis témoigner (uæorvoÿ est une parenthèse), au delà de leurs forces». lag — praeter. La leçon dxèe Üévamr», qu’on trouve dans K L P etleTR., a le même sens (cf.[, 8). — œédaigeros : «de leur propre gré, avec une entière liberté »: le commentaire de ce mot se trouve IX, 7. Cela n’exclut naturellement pas l’influence divine (v. 4. 5).
Le v. 4 développe le œëdaæigeros : « demandant de nous avec beaucoup d’instances la faveur (ydors ne désigne pas ici la grâce divine) et la participation au service... » — 7ÿv xéou nai vv xowvoviar forment un êv d& Ovoir : «la faveur de la participation, la faveur de pouvoir participer à.» — Ôeduevor uv tv yäéçuw : On dit dans le grec classique : roro du@vr douar. — Tÿv els rods dyiovs relève le motif que faisaient valoir les Macédoniens pour prendre part à la collecte:
celle-ci a lieu en faveur des saints ! Cf. 4 Cor. XVI, 1; Rom. XV, 26. s. 31. — Le T. R. ajoute, à tort, d’après quelques Minusc., les mots Éééaodar fu&s.
v. 5. — Paul attendait, espérait bien quelque chose des Macédoniens, mais peu, vu leur grande pauvreté. Or, ils ont de beaucoup dépassé son attente, ou pour mieux dire (é2Â&) ils se sont donnés eux-mêmes avant tout (xo&vor) au Seigneur, lui rendant dans la personne des petits, ses frères, (Matt. XXV, 40), quelque chose de ce qu’il a fait pour eux ; et par là aussi (xai) ils se sont donnés à Paul (4uir), l’apôtre de Jésus-Christ, son organe dans l’œuvre d’amour dont il s’agit. Ils ont mis leurs biens (au delà de tout ce qu’on pouvait attendre), ils se sont mis eux-mêmes à la disposition du Seigneur et de son apôtre: et cela dà elmuaros Teoù : en vertu d’une action exercée sur eux par la grâce de Dieu (v. 1), laquelle ne supprime pas la liberté (œé@æigeror, v. 3). Is ont librement obéi aux suggestions de l'Esprit qui leur faisait connaître la volonté divine.
En résumé, Paul relève, dans nos v. 3-5, trois traits de la libéralité des Macédoniens : ils ont donné : 4. selon et même au delà de leurs moyens ; 2. librement, réclamant cela comme un honneur, et sans se faire prier ; 3. leur bienfaisance a été un acte vraiment spirituel, un sacrifice complet d’eux-mêmes à Christ et aux siens. Combien chacun de ces traits condamne l’attitude toute différente des Corinthiens (bien plus riches, cependant!) dans cette affaire de la collecte, dont Paul leur avait déjà parlé (4 Cor. XVD)!
V. 6. — eis 16 indique qu’il ÿ a eu là une intention divine: Dieu a voulu cette libéralité des Macédoniens afin de pousser Paul à encourager Tite: donc : « pour que nous encouragions Tite... »et non pas simplement: «en sorte que nous nous sommes sentis portés à encourager Tite... » — xaÿoçs xooevo£aro : Tite avait commencé à s’occuper de la collecte dans la visite qu’il venait de faire à Corinthe. Il était done mieux à même que personne de mener à bien cette entreprise pendant son nouveau séjour parmi les Corinthiens, auxquels il va porter notre épître. Au reste, son intervention auprès de l’Église de Corinthe avait déjà réussi dans une grande mesure et était une garantie de son succès dans le domaine spécial de la
collecte. — Il ne faut pas sous-entendre 29% après éxveléon. Le eis bu&s (au lieu du &v our qu'on attendrait) s’explique parce qu'il y a une action à exercer sur. les lecteurs pour mener à terme l’œuvre commencée. — xai rÿv ydow Tadrnv : Paul dit : «cette œuvre-là aussi », parce que Tite avait d’autres tâches encore à terminer. C’est lui qui avait ramené l'Eglise à l’apôtre, et Paul le renvoyait à Corinthe pour y achever cette œuvre commencée, et aussi celle de la collecte. Le mot yœgus désigne la collecte comme une œuvre de charité, d'amour, une création divine dans l’Église (v. 4). [LIETZMANN remarque que dans nos ch. VIII et IX Paul n’emploie jamais le mot 2oyeia! («collecte »), mais le remplace par d’autres termes : yéous, VIIT, 6. 7. 19; Ovœxoviæ, VII, 4; IX, 4. 12. 43 : (VILLE, 19. 20): éôodzns, VIIE 20; sd4oyie, IX, 5; eurovoyia, IX, 12: xowvovia, IX, 13.]