fi., ibid
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le fussions. Quelque temps après, notre père entra dans cette maison obscure. Il nous appela et nous demanda ce que nous faisions Ih et si nous avions peur. Lorsqu'il s'assit, les femmes l'entourèrent, pour l'empêcher d'approcher de l'endroit où Vangekok était couché. Les chants et les battements de tambour continuèrent ensuite. Mon père se releva alors en nous disant : « Bonsoir, mes ce enfants; dormez si vous pouvez et n'ayez aucune crainte >n A la porte il heurta l'homme qui, comme il le supposait, remplissait le rôle de Tornarsuk. Cette comédie dura jusqu'à deux heures du matin. Le lendemain les indigènes nous demandèrent de nouveau si nous avions eu peur. Vangekok avait fait croire aux gens qu'il était allé au ciel. »
Un Eskimo apporta un jour à Paul Egede comme message d'un de ces sorciers un b.Uon sur lequel était dessinée une sorte de V renversé. Par prudence renvoytuir avait ajouté l'explication suivante : « Si Vamjekok^ Pavia ne comprend pas ce signe, je lui dirai que je désire avoir un pantalon ; mais je n'ai pas besoin d'ajouter cette explication, car il me comprendra )>. Une autre fois, un angekok raconta devant Paul Egede qu'un voyage au ciel par lui projeté n'avait pas complètement réussi ; son ame seule s'était élevée jusqu'aux hauteurs éthérées, tandis que son corps n'avait pu quitter la terre.
Un jour, deux sorciers s'étant rencontrés dans la baie de Disko se regardèrent dans le blanc des yeux et firent mine de se rappeler s'être vus l'année précédente dans les profondeurs de la terre. Ils parlèrent ensuite de toutes les merveilles qu'ils avaient admirées dans ce pays fermé aux regards des simples mortels. Une femme qui avait deux maris et qui, comme eux, exerçait la sorcellerie, affirmait qu'elle et ses deux époux n'avaient jamais eu de rapports avec le diable, mais qu'ils pouvaient converser avec les âmes des morts; elle racontait avoir rendu récemment visite a l'Être suprême (la mère de la terre), qui était gardé par une troupe d'ours blancs, et avoir mangé chez lui des flétans.
Je pourrais raconter maintes autres histoires de ce genre datant des premiers temps de l'établissement des Danois au Grônland. Les
i . Les Eâkimos considéraient comme angekok Egede et les principaux colons danois.
angegok ne se bornaient pas à raconter ces légendes et ces impostures — il me semble ressortir des ouvrages de Hans Egcde et de ses fils que ces sorciers ne croyaient pas à ce qu'ils racontaient de leurs voyages sous terre et de leurs entretiens avec Tornarsuk, — ils étaient de plus en quelque sorte des médecins et des sages dont la voix était écoutée dans les circonstances difficiles et dans les discussions religieuses avec les missionnaires. En ces occasions ils faisaient de vives objections aux dogmes chrétiens. Ainsi un indigène demanda un jour à Paul Egede pourquoi Notre-Seigneur ne leur avait pas permis de recevoir plus tôt le christianisme, car si leurs ancêtres avaient été convertis, ils auraient eu l'avantage d'aller au ciel. Une autre fois une jeune fille demanda si Dieu n'avait pas eu le pouvoir d'empêcher le péché originel, et pouixjuoi il n'en avait pas usé : son intervention aurait permis aux descendants du premier homme de rester en état d'innocence, et le Fils de Dieu n'aurait pas eu à souffrir. Cette jeune fille désirait obtenir une réponse satisfaisante pour la répéter à ceux qui attaquaient les enseignements chrétiens. Un missionnaire ayant raconté à un indigène que le Christ jetait les païens et les méchants dans les feux de l'enfer : « Puisque Dieu est si méchant, répondit ce dernier, je ne tiens pas à aller au ciel ». Le prêtre continuant à essayer de le convertir, l'Eskimo ajouta : « Tout ce que vous me contez là, je n'y entends rien ; ma femme n'a pas de provisions et je m'en vais à la pêche >>. Les Eskimos regardaient le péché originel comme une institution spéciale aux Kablunak ; ils affirmaient qu'eux-mêmes, étant pour la plupart de braves gens, arriveraient sans encombre au paradis. Ils s'étonnaient toujours de ce que Adam et Eve eussent été assez naïfs pour se laisser tenter par un serpent, et ils voulaient savoir pourquoi Dieu ne les avait pas avertis du danger qui les menaçait.
Dans leurs relations avec les angekok, les colons danois se sont souvent écartés de la modération qui doit être en pareil cas la règle de conduite des Européens; ils les traitaient avec dédain, et, lorsqu'ils n'avaient pu triompher par persuasion de leurs croyances, ils recouraient aux coups pour les faire taire. Tous les anciens ouvrages relatifs au Grônland contiennent de nombreux exemples de cette manière d'agir. Les discussions religieuses appuyées d'arguments ad
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hominem n'étaient en quelque sorte qu'un divertissement que s'accordaient les missionnaires. Plus dangereux étaient les plans d'Egede de préparer la conversion de ce peuple par une discipline sévère et par de violentes mesures administratives. Il voulait, par exemple, établir des colonies pour y interner les Grôn landais, et les parquer durant chaque saison dans des régions d'où ils n'auraient pas eu le droit de sortir. C'est avec de tels moyens qu'il se proposait de convertir des païens inoffensifs à une prétendue religion de paix, et leur faire oublier leurs superstitions et le pouvoir des angekok*. Heureusement Egede manqua de l'argent nécessaire pour réaliser ses projets, qui n'auraient eu d'autres résultats que de faire disparaître le peuple qu'il voulait convertir.
Comme nous le montrent toutes ces anecdotes, les Eskimos sont de grands enfants, bons , quelque peu présomptueux, aimant h s'amuser et à se moquer du prochain. Leur insouciance les expose souvent h de dures souffrances, qu'ils supportent patiemment et qu'ils oublient rapidement dans les ripailles, les danses et les chants qui suivent toute chasse heureuse. Ils sont adroits, intelligents et plus susceptibles de civilisation que la plupart des indigènes du Nouveau Monde*, comme le prouve la facilité avec laquelle ils apprennent en peu de temps à lire et à écrire. Les Eskimos ont une littérature comprenant, outre les ouvrages de religion et d'instruction publiés par des Européens, quelques petits recueils écrits par des indigènes. Sur l'initiative de M. Rink, on publie depuis 1861 à Godthaab un journal rédigé en langue eskimo, V Attiagagdliutit nalinginamik tusaruminasassunik univkat (Lectures et Récits sur des sujets variés). Les Eskimos sont bons musiciens; ils ont la voix juste et apprennent facilement les mélodies européennes. Sur cette musique ils composent des paroles qui sont souvent des satires des
1. H. -M. Fengcr, Bidrag lil Hans Egedes og den grônlanéUke Mmionz Historié, 1721- 1760. Copenhague, 1879, p. 83.
2. Beechey dit à propos des Eskimos des rives du détroit de Bering (Narrative of a voyage to the Pacific and Beering's Straii, I, p. 298 : « En leur montrant les planches d*histoire naturelle contenues dans l'encyclopédie deRee, je les trouvai plus intelligents que je ne le croyais.... Les Eskimos sont très supérieurs, à cet égard, aux habitants des ile.^ du Pacifique. » D'après Richardson (Arctic Searching Expédition^ Londres, 1851, p. 2i3), les Eskimos de la côte septentrionale de TAmérique seraient plus industrieux, plus adroits et plus intelligents que les Indiens.
événements du jour. Ceux qui sont restés païens ne suivent aucune religion et ne reconnaissent aucune autorité; mais dans leurs rapports mutuels ils sont très honnêtes et ne commettent aucun délit, bien qu'il n'existe chez eux ni loi écrite ni auqun représentant d'un pouvoir public.
Tous les Eskimos, ceux de race pure comme les métis, ont une très haute opinion d'eux-mêmes. Un métis, fils d'un cuisinier suédois et d'une Grônlandaise, qui se regardait comme un homme important, répondit, un jour qu'on lui demandait s'il ne pensait pas que l'inspecteur* fût plus puissant que lui : « Ma foi, la question est douteuse : l'inspecteur est certainement plus riche que moi, et il commande à plus d'hommes que moi ; mais à Copenhague il a des supérieurs auxquels il doit obéir, tandis que moi, je n'ai aucun supérieur». Tout chasseur adroit a, probablement, la même opinion, et, si le gibier est abondant et si la fête qui suit la chasse est gaie, il est satisfait de son sort et se regarde comme parfaitement heureux. La plupart des Eskimos qui n'ont pas fait de grands voyages croient leur pays le plus blîau du monde et leur race la plus intelligente, la plus adroite, la plus polie, bien supérieure aux Indiens, sauvages et poltrons, et même aux gens, avides de gain, querelleurs et dépravés, qui arrivent par mer au Grônland sur de gigantesques oumiaks chargés de trésors. Les plus habiles de ces hommes-là ne sont-ils pas de médiocres chasseurs moins adroits qu'un enfant? Encore aujourd'hui les Eskimos du (îrônland danois ont celte opinion des Européens. Leurs relations fréquentes avec les Danois et les récits de leurs congénères qui sont allés en Europe leur ont pourtant donné une idée de la supériorité de l'esprit inventif des Européens, et la mauvaise impression que leur avaient faite les baleiniers et les prisonniers transportés au Grônland au début de l'occupation a été effacée par le dévouement des missionnaires et la douceur des employés de la Compagnie de commerce.
La littérature populaire, imprimée ou transmise oralement, donne toujours une idée précise des sentiments et du caractère d'une nation. Les Eskimos du Grônland en ont une peu étendue et de date l'écente, formée d'anecdotes enfantines sur les sorciers, sur les angekok, sur