‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 101 sur 111 · Gouverneur · texte numérisé non relu

Gouverneur

LITTÉRATUIlb GROSLANDAISK. 177

les géants el leur puissance. Le héros de la légende massaiTe, par uxempli!, tout un village pour se venger d'une injure. Celle littéraluru comprend, en outre, des récits de chasse et de pêche, d'accidents et de divers événements mémorables arrivés dans différentes parties du pays, et même des poèmes. A en juger par la traduction de Rink, le slvie el le sujet de ces moi-ceaux naïfs caractérisent bien le tempérament des auteurs el de la race tout entière. Tous ces récits ont

Uuiiiiak.

ll'iiprts l'oripiiat Ju Mutée Elhnonra|.hii[uf il« Coi*iih»giii?.)

une saveur particulière, et je regrelte de ne pouvoir, faute de place, en reproduire ici quelques-uns. Je renvoie donc à l'ouvrage de Rink les personnes qui s'intéressent à ce sujet. Pour terminer ce chapitre sur les Eskimos, je reproduirai la relation d'un voyage en Kurepe exécuté prPok, un des premiers indigènes qui aient osé traveiïer l'immense Océan qui, dans les idées des Eskimos, marquait la limite du monde.

Le premier vojage de Fok en Europe date de 1724. Peu de temps après son retour, il chargea Paul Egede de lui amener la liancée qu'il avait chuii^ie, au besoin par la force'. Pendant que le missionnaii-e danois remplissait cette mission, Pok attendait sur le rivage, un

I. D'uiiivs une nutu ccinlciiui: dans l'uuvragi! d'Andersoa, HaekrichUn von hlanil, GrOnland, clc, |). 51(1. Lu fuititiic r|ui: l'ok avail choisie ti'avgjl d'abuiJ pas voulu de lui, il cause des habitudes qu'il avait cooli-acléos à l'étniDger.

costume européen, une épée au côté et un fusil à la main. En voyant venir la jeune fille, notre homme voulut faire montre de son adresse, mais il eut la malechance de manquer toujours le Lut. La fiancée, après avoir gémi quelque temps et essayé de fuir, se résigna à son sort; par la suite elle devint heureuse; elle donna des enfants à son mari et l'accompagna dans le second voyage qu'il fit en Eui-ope, en 1728.

La relation du voyage de Pok a été imprimée pour la premièi'e fois à Godthaab en 1857 sous le titre de PoA, kalakek avalangnek, nunalikame nunakaliminut okalugttmrtok. Le texte i*eproduit ci-apres est une adaptation de la traduction danoise que L. MôUer, le rédacteur de V Atuagagliutit, a faite sur ma demande. La relation de Pok est conçue en ces termes :

Au retour d'un voyage en Europe^ Pok fit à ses compatriotes le récit suivant :

Pok. Maintenant ma curiosité est satisfaite : j*ai vu ce que je désirais voir.

Simik. Tu as traversé la grande mer; n'as-tu pas eu peur pendant ce voyage?

Pok. La grande mer est immense. Pendant deux mois nous y naviguâmes sans apercevoir jamais terre.

Kujaut, Ainsi tu as vu le pays des Européens. Qu'est devenu ton compagnon de route ?

Pok. Il est mort dans le pays des hommes barbus (Norvège).

Kujaut. Tu dois avoir beaucoup de clioses à nous raconter ?

Pok. Oui, j'ai tant de choses que je ne puis me rappeler immédiatement tout ce que j'ai vu.

Kujaut. As-tu visité le pays du grand roi?

Pok. Trois jours après avoir quitté la Norvège, nous arrivâmes dans le pays du roi. Avant de voir terre, car là-bas il n'y a pas de montagnes, nous aperçûmes un grand nombre de maisons et de grands navires.

Kujaut. Que cela devait être effrayant!

Pok. Le palais du roi et les églises sont si hauts qu'une flèche lancée par un arc ne passerait pas par-dessus.

Perssok. Dis-tu vrai? Es-tu bien allé dans un pareil pays? As-tu vu la maison du roi?

Pok. Mais oui, bien sûr. Lorsque notre navire eut jeté l'ancre devant les maisons, mon c'onq)agnon et moi fûmes transportés à terre dans un beau

RÉCIT DE POK. 479

canot à quatorze rames. Nous eûmes la permission de suivre aans nos kayaks si cela nous faisait plaisir. Lorsque nous approchâmes du rivage, il y avait une foule d'hommes réunis là pour nous regarder; il y en avait autant que de moustiques dans un essaim compact.

Perssok. Vraiment, tu n'avais pas peur?

Pok. Non. Une fois débarqués, nous trouvâmes une voiture grande comme une maison et garnie de fenêtres, qui devait nous conduire chez le roi.

Perssok. A quoi ressemble la maison du roi?

Pok. Avec son toit recouvert de cuivre, on dirait un grand isberg. Dans Tantichambre il y avait place pour vingt de nos tentes; des deux côtés de la longue entrée qui y donne accès se tiennent des hommes armés.

Perssok. Ces hommes-là sont-ils équipés pour la chasse au renne et au phoque?

Pok. Non. Le roi est si grand qu'il a besoin de beaucoup d'hommes pour le garder. Je vais encore te conter maintes choses curieuses.

Perssok. Parle; tout (;e que lu nous contes est merveilleux.

Pok. Dans la maison du roi il y avait beaucoup de gens habillés de vêtements couverts de métal brillant.

Perssok (interrompant). Nos petites maisons ne ressemblent sans doute pas à ces habitations?

Pok. Pendant que nous suivions le corridor de la maison du roi, nous étions entourés d'une foule d'hommes armés. Leurs armes étaient terribles à voir.

Perssok. N'avais-tu pas peur?

Pok. Non, car je savais qu'ils ne me feraient aucun mal.

Perssok. Continue.

Pok. Nous arrivâmes enlin dans une vaste chambre toute remplie de messieurs de très grande taille. Mais ils parurent tout petits lorsque le plus grand parut devant la porte. Tous s'inclinèrent alors jusqu'au plancher, et je fis comme eux. Je commençai alors à trembler, et je ne savais quel était le plus puissant d'entre eux. Le roi me demanda si je parlais un peu danois, «r danskimik » (tel est le nom qu'ils donnent à leur langue). Je lui répondis : « Non », le seul mot danois que je susse. Je priai Jafe de remercier le roi d'avoir permis à de pauvres petits enfants comme nous d'apprendre un peu de religion. Le roi nous répondit : « Je prendrai soin de vous faire instruire complètement dans la parole de Dieu ». Le roi parla ensuite avec un vieux seigneur et alla vers la reine (on donne ce nom à la femme du roi) dans une autre chambre. Là il s'assit, puis commença à manger avec la reine et d'autres seigneurs. Les mets étaient très joliment préparés, autant que

nous pûmes voir, et formaient diverses figures. Un des seigneurs me donna cinq grandes caisses remplies d'objets de toutes sortes. Tous ces gens-là étiiient très polis pour nous.

Simili. Nous nous trompons donc en pensant être les seuls hommes polis?

Polc. Très certainement nous ne sommes pas des barbares, mais nous ne surpassons les Européens ni en bien ni en mal.

Simik. C'est vrai. Continue.

Pok, Les maisons sont très nombreuses et occupent une grande étendue de terrain; quelcpies-unes ont deux, trois, quatre ou cinq étages. Devant se trouvait un grand canal sur lequel passaient des ponts qui permettaient aux gens de traverser Teau. On pouvait mouvoir ces ponts et les changer de place. 11 y avait aussi de grands murs sur lesquels se trouvaient d'énormes anmlettes (canons) pour faire la guerre.

Simik. Qu'est-ce que la guerre?

Pok. xlutrefois d'autres Européens venaient attaquer les habitiuits de ce pays, mais au moment de notre séjour on ne craignait rien de pareil. Quoi qu'il en soit, il y a toujours sur les fortifications des hommes tout prêts au cas 011 la guerre éclaterait. Entre les maisons il y a en tous temps des guetteurs; lorsqu'une maison prend feu, ils soufflent dans une corne pour donner l'alarme. Leurs appareils pour étxîindre le feu sont tou4 à fait extraordinaires.

Simik. Que mangent tous ces gens-là? Très certainement la viande de vingt baleines ne suffirait pas à les nourrir tous un seul jour.

Pok. Ils vivent surtout des produits de la terre. Les hommes creusent le sol au printemps et y mettent des graines. Lorsque ces graines ont poussé, elles produisent pour chaque grain mis en terre une grande quantité de fruits. C'est avec cela que Ton fabriipu^ la farine et le gruau. Les Européens ont, en outre, beaucoup d'autres mets. Les arbres portent, |>ar exemple, des fruits (pii ont très bon goût. Quehpies-uns sont gros connue la tète d'un homme. Les hommes de ce pays vivent ainsi des produits de la terre et de l'air.

Simik. Pourquoi toutes ces plantes ne poussent-elles pas dans notre pays?

Pok. Parce qu'il y fait trop froid en hiver. Lorsque j'étais là-bas, on disait que l'hiver était très rigoureux, et pourtant il ne faisait pas plus froid qu'au printemps dans notre pays.

Tulugak. Il serait agréable de vivre là-bas.

Pok. Non; dans ce pays nous ne pourrions subsister, car il n'y existe ni baleine, ni phoque. Les lacs et la mer contiennent une quantité d'es-

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