THE SUNKEN LANI) OF BUSSE
dans celte expédilion que la Terre de Busse fut vue pour la première et dernière fois. L'é(juipage du navire VEnianml^ ou le Bmse of Bridgewater, comme on l'appelle dans les publications de l'époque, raconta, à son retour en Angleterre, avoir découvert une grande île entourée de glaces et renfermant plusieurs bons mouillages*. Cette terre était située au S.-E. 1/4 S. du Friesland de Frobisher (le Grônland méridional), entre le 57*" et le 38' degré de latitude nord. Pendant vingt-(juatre heures le navire avait contourné cette île. Le brave compagnon de Frobisher n'était guère plus capable de déterminer sa position que son amiral, et, probablement, lorsqu'il croyait cire au sud de l'Islande, il se trouvait à Terre- Neuve, entraîné là par les courants et les tempêtes. Depuis on a vainement cherché cette île de Busse. Sous le nom de Sunken land of Bussej elle a une place importante dans les légendes des marins qui fréquentent les parages du Grônland. En 1818 Barrow {A chroïwlogical History, etc., Londres, 1818, p. 94) en fait encore mention; il rapporte qu'on a sondé récemment un banc dont l'existence fait supposer que le Friesland de Zeno et la Terre de Busse ont été engloutis lors d'un tremblement de terre. Dans cet endroit, au contraire, Ross n'atteignit pas le fond avec une ligne de 180 brasses, et l'interrogatoire qu'il lit subir à différents marins le persuada que l'échouage qui avait eu lieu, disait-on,^ sur le prétendu banc, se réduisait à un paquet de mer tombé sur l'avant du navire.
Le 12 juin, à cinci heures du malin, le firônland était en vue, droit à l'avant. La terre ne paraissait pas très éloignée, et la vigie postée au sommet du mat, après avoir examiné la côte avec la lunette, cria : « Aucune glace en vue! Eau libre jusiju'au rivage! » Un instant je crus que nous aurions la chance de pouvoir atterrir sur cette côte que tant d'expéditions avaient vainement essayé d'atteindre. Nous avançâmes alors rapidement, mais la terre paraissait toujours aussi éloignée. « Quel diable de pays! s'écria un Lapon, il ne se rapproche pas, et pourtant nous avançons toujours vers lui. » L'observation de ce Lapon explique le passage de la relation de
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LA SECO>DB Em:D. AU GHÛ.^LANI>. 4
50 LA SECONDE EXPÉDITION AU (iHÔNLAND.
voyage de Mogens Heinessen \ dans lequel ce navigateur raconle qu'un aimant place au fond delà mer empêchait son navire d'avancer le long de la côte orientale du Grônland. Lyschander a chanté en ces termes cette aventure dans son poème Den Grônland$ke Chronica... aile Danske oc Nordbagger til Ere och Àmindde, prendtct vdi Kiôbenhavn 1608 :
Le roi Frédéric H, après avoir donné au Danemark les bienfaits de la paix, voulut visiter le Grônland. Il (it venir un Norvégien, du nom de Mogens Heinessen, habitué aux navigations et aux voyages. Ce Mogens Heinessen était un homme courageux et un solide marin.
Le brave marin partit pour la ( ôle orientale du Grônland, où
il se trouva souvent dans une situation diniciK». lu jour, la tc»rrc était en vue, néanmoins il était très difficib» d'atterrir. Des glarons entouraient le rivage et empêchaient d'en approcher.
Plus on avançait vers Test, plus la mer devenait tunmltueuse. Heinessen arriva enfin dans un endroit où un aimant placé au fond de la mer empêchait le navire d'avancer.
On ne peut pas accuser de poltronnerie le brave « loup de mer ». Longtemps il navigua vers les hautes montagnes qu'il apercevait sans pouvoir atteindre leur base. Même pour nous autres savants du dix-neuvieme siîîcle, le phénomène (|ui se produisait devant nous
I . Mogens Heinessen est né aux Ferô ; en son temps il pssait pour le second des grsuids hommes de ce petit orchipl, le premier rang étant ivsené à Siegmund Brestesen. Au témoignage de DelM»s, le pays n'a pas à se glorifier de plusieui*s de ses héros. Le père de Heinessen était un Norvégien qui, tout jeune, avait vÀc entraîné par une tempête dans un canot jusqu'aux FtM"^. Mogens Heinessen s'embarqua d'abord sur un navire marchand, puis prit du service en Hollande pour combattre les coi-saires. et plus tard en Danemark, où il se iit une grande ivputation. Le roi Frédéric II le chargea de purger de pirates la partie di^ rOcéan comprise entro la Nonège, les Fei-<» et l'Islande. Debes cite de nombreux exemples de ses exploits. A terre, lorsqu'il en avait l'occasion, il ne manquait jamais de s'enivrer; son ivrognerie fut même cause de sa capturo par des pirates. Plus tard il réussit à recouvrer sa liberté. En 1581 il enti-eprit sou malheuivux voyage au Gninland. Accusé de piraterie par ses nombreux ennemis, il fut condanmé à mort, exécuté à Copenhague le 8 février 1589, et enteriv en secret. Ses aventurt»s ne prirent pas fin avec s;i mort. Deux ans plus tard, Hans Lindenov obtint la revision du procès. H fut reconnu que le prétendu pirate était un « coi-saire autorisé » par une bîtlre de coui-se espagnole. Le décapité fut absous; son corps, exhumé, fut enterré en grande pompe; euliu, ses héritiei-s obtinrent 3000 riksdaler de donunages et intérêts.