Purchas, ffl, 1625, p. 818 et
60 LA SECONDE EXPÉDITION AU rwlÔNLAND.
qu'il avait recueillis en Danemark; enfin, Crantzet Rink* en ont fait une description complète. La relation des trois voyages de Martin Frobisher (1576, 1577 et 1578) — livre très instructif, pour Tépoque — vante les qualités du kayak comme bateau à rames; ce document mentionne également Toiimiak. Frobisher rapporta en Angleterre plusieurs kayaks; Tun d'eux fut suspendu dans le hall de la maison dé sir Thomas Smith*.
La partie de la côte sud-ouest du Gronland devant laquelle la Sofia se trouvait, n'est que très rarement aboixlable par la pleine mer, au commencement de l'été. A cette époque de l'année elle est généralement bloquée par un banc de glaces. Ce banc, qui est la continuation, vers le nord-ouest, de la banquise de la côte orientale, s'étend très loin au nord; par suite les navires qui, au commencement de l'été, et même en été, doivent relâcher dans les colonies de la côte sud-ouest, sont obligés de remonter au nord pour atteindre le chenal libre (|ui s'étend le long de la terre, puis de le suivre ensiiitt» vers le sud. Pour nous épargner ce long détour, je fis gouverner droit vers terre, et, le 17 juin au matin, nous entrâmes dans le port de Julianehaab. Je» n'ai rien d'intéressant à raconter sur cette traversée de la banquise, mais, comme c'est la pi*emière fois (jue, dans cette relation, j'ai l'occasion de [)arler de la navigation au milieu des drijh des mers du Gronland, le lecteur lira peutêtre avec intérêt l'impression que fit une manoeuvre de ce genre sur les Européens qui l'ont entreprise pour la première fois. La Judith^ commandée par le c< lieutenanl général » Fenton — un des cinq navires (jue Frobisher avait sous ses ordres dans son troisième voyage vers la Meta incognila^ — fût, au retoui*, séparée des auti*es bAtiments et prise par les glaces, probablement sur la côte sud-est du Gronland. La relation du voyage contient la description suivante des dangers auxquels le bâtiment se trouva exposé pendant cet emprisonnement :
\, Crantz, Historié von Gronland, I, Barby, 1765, p. 199. — Hink, Danish Greenland^ Londn^s, 1877, p. 11.").
S. Sir Thomas Smith était un riche marchand, qui fut longtemps directeur de VEasl India Company , et un associé actif do la Mîiscovy Company. C'était un promoteur ardent des expéditions arctiques.
AVENTURES D'UN DES NAVIKES DE FUOBISHER. 61
Du 1*' au 26«juillet il ne s'écoula pas un jour, pas même une heure, pendant laquelle Fenton el ses hommes ne fussent exposés aux plus grands dangers, voire même à la mort. Pendant vingt et un jours leur navire resta presque toujours pris dans la glace. Ses bordagcs furent enfoncés sur les deux côtés, el la fausse quille complètement enlevée à Tavant. On pouvait marcher bien des milles sur la glace, dans différentes directions, et Ton aurait pu facilement atteindre la côte en sautant d'un glaçon à Tautre. Si Dieu ne les avait protégés dans leur détresse, et s'ils n'avaient appris (Certaines manœuvres poui* mettre leur navire à l'abri, ces braves marins auraient été perdus. Lorsqu'ils voyaient un glaçon plus grand que les autres — quelques-uns mesuraient plus d'un demi-mille de tour et atteignaient une hauteur de 40 brasses environ, — ils essayaient de l'atteindre et d'abriter leur navire derrière ce rempart de glaces. Le bâtiment restait ensuite quelque temps amarré au glaçon, protégé qu'il était contre les drifis de plus petite taille. Des drifis poussés par la houle menaçaient-ils d'entourer le navire ou de le briser, il faisait amarrer le bâtiment au plus grand et au plus solide glaçon situé dans les environs, l'avant placé tout contre le bord du drifis, puis on mettait toutes voiles dehors ; le navire, poussé par le vent, chassait devant lui les glaçons et atteignait ainsi l'eau libre. Après s'être frayé un passage, le bâtiment mouillait quelque temps dans un bassin d'eau libre ouvert au milieu de masses de glace qui avaient la forme des montagnes des Alpes. On vit un jour un isberg qui s'élevait de 65 brasses audessus de l'eau, et qui fut baptisé du nom de Salomos port. Quelques personnes croient que la partie de ces montagnes de glace qui émerge de la mer n'est que le huitième de leur masse totale. Je me souviens d'avoir vu bien des choses singulières; j'aperçus notamment des hommes sautant et élevant leurs poitrines au-dessus de l'eau, en pleine mer, à plus de quarante milles de toute terre, sans le moindre navire ou embarcation pour les porter. Je vis également des courants d'eau douce au milieu de la mer, à environ cent milles de toute terre; si l'on doute de ce fait, j'ajouterai que beaucoup de nos matelots allèrent sur des lies de glace. Là ils tiraient à la cible et tuaient avec leurs mousquets de gros phoques, qui se couchent et dorment sur la glace. Je raconterai encore que la glace est découpée par la fonte en saillies, et que le produit de cette fontiî alimente des ruisseaux qui, réunis, forment des cascades assez fortes pour faire tourner un moulin*.
i. Uakluyt, The principal navigations, de, 2 éJit., 111. Londres, 1600, p. 84. Voir également The three voyages of Martin FrobisJœr, éd. by Richard Collinson. Loudon, printed for the Uakluyt Society, 1867, p. 255.
Ain^^i que je Tai raconté plus haut, nous forçàmofi^ facilement la banquise, et, dans la matinée du 17 juin, la Sofia mouilla dans le port de Julianehaab. Le gouverneur de la colonie, M. Cari Lytzen, nous reçut très aimablement. Ce fonctionnaire fît tous ses efforts pour nous rendre service pendant les quatre jours que rexpédition resta à Julianehaab. Cette relâche fut nécessitée par le nettoyage de la chaudière et de la machine.
Julianehaab est situé à peu de dislance au sud des mines de cryolithe d'Ivigtut. Cet établissement minier est en communication fréquente avec l'Europe et l'Amérique. Aussi, dès que la Sofia eut mouillé à Julianehaab, j'expédiai à Ivigtut un exprès en kayak, porteur de lettres annonçant notre heureuse arrivée au Grônland, pour le cas où quelque navire partirait ce jour-là à destination de l'Europe ou de l'Amérique. Comme je l'appris plus tard, l'exprès arriva cinq heures après le départ d'un courrier. En 1883 les navires qui entretiennent des communications entre Ivigtut et l'Europe ou l'Amérique avaient fait des traversées très malheureuses. Tous avaient subi une longue détention au milieu des glaces, et plusieurs avaient éprouvé des avaries. Deux étaient même en réparation dans le port d'Ivigtut. En essayant de forcer la banquise que la Sofia venait de traverser, ces bâtiments îivaient eu leurs coques éventrées par les glaces. L'un d'eux fut le sujet d'une mésaventure si plaisante, que je ne puis la passer sous silence.
Un voilier américain à destination d'Ivigtut, où il devait prendre une cargaison de cryolithe, avait été bloqué par les glaces près de la côte. Sous l'action du vent « le champ » fit éprouver au navire une pression si violente que de larges voies d'eau se déclarèrent à boitt. Le biitiment était lesté de 200 tonnes de pierres. Un instant, le capitaine pensa maintenir le navire à flot en faisant fonctionner les pompes; mais, en dépit des efforts de l'équipage, l'eau montait toujours dans la cale. Dans ces conditions, le capitaine résolut d'abandonner son bâtiment, sujjposant bien qu'il coulerait dès que la glace qui l'enserrait se retirerait. Les canots furent halés sur la glace jusqu'à l'eau libre, et tout l'écjuipage gagna dans ces embarcations la colonie de Frederiksdal. Peu après que le capitaine eut quitté son navire, seize Eskimos occu|)és à chasser le phoque dans
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