INDUSTRIE MINIÈRE AU GRÔNLAND
Plusieurs expéditions furent autrefois envoyées au Grônland pour y chercher des métaux précieux * . A en juger par les documents officiels, la reine Elisabeth et ses ministres fondaient de grandes espérances sur la prétendue découverte faite par Frobisher* (1576-1578) de riches mines dans ces pays lointains. Ces espérances furent trompées. Ces documents montrent également les grandes difficultés que présentait alors l'analyse des minerais et l'incertitude de leurs résultats. A cette époque, de simples mineurs, des forgerons, des apothicaires et des charlatans étaient seuls chargés d'étudier les minerais.
Lindenov et Hall (1605, 1606, 1607 et 1612) paraissent également avoir cherché au Grônland des minerais précieux. La relation de ces voyages mentionne l\ différentes reprises une « mine » d'argent. Cette mine d'argent ne donna pas plus de métal précieux que celles de Frobisher'*.
Après l'expédition de Hall jusqu'au milieu de ce siècle on ne s'occupa plus d'exploitation minière au Grônland. Dans son entreprise de colonisation, si féconde en résultats, Hans Egede n'avait en vue aucun gain. Il désirait néanmoins se procurer de l'or et thème beaucoup d'or, pour subvenir aux frais de ses missions. Dans ce dessein, il entreprit, au Grônland même, des expériences d'alchimie. Il fut entraîné dans cette voie par la lecture d'ouvrages sur cette science; il ne lut et relut avec attention pas moins de soixante auteurs différents, les compara entre eux; cependant les expériences échouèrent. Egede attribue cet échec à ce qu'il ouvrit trop tôt la cornue où les réactions avaient lieu — il y avait cinquante jours que l'expérience était commencée*. Giesecke s'occupa au Grôn-
i. Cet historique des i^cherches et des exploitations minières au Gi'ônland a été rédigé sur des documents disséminés dans des ouvrages très rares, et sur des renseignements qui m*ont été communiqués Ipar M. Rosing, de Copenhague.
2. La mine d'or de Frobisher était située sur la rive occidentale du détroit de Davis, par 62^ 1/2 environ de latitude nord. Cette localité a été visitée par Texplorateur américain Charles-F. Hall en septembre 4861 et en juillet 1862. •
3. Baffin, un des compagnons de [Hall dans son dernier voyage, s'exprime ainsi ii propos du minerai : « It was a kinde of shining stone, which... was found of no value, but was like unto Muscovie fludde (du mica) », Purchas, m, 1625, p. 833.
A, Hans Egede, Omêiœndelig og udfôrlig RelcUioriy Copenhague, 1738, p. 215. Egede entreprit ses ti*avaux d'alchimie pour donner a la Providence Foccasion de faire un miracle, en fournissant aux missions du Grônland tout l'argent dont elles auraient besoin. On ne peut faire un crime à cet homme pieux de sa tentative de fabriquer de Tor ; en cela il
84 LA SECO.NDK KXPKDITIO.N AU (iliÔ.NLAND.
laiid (réluilos cxclusiveiueril scMMililiiiues, cl ii'v cherdia point do mines.
Le |)reinier essai sérieuv <l*ex|il()i(a(i(>n minière au Gmnland fut fait par le conseiller de commerce Jacob H. Lundi. En 1850 il entreprit dans ce pays un voyage à bord de son navii^», hi Fortune, et en revint avec une colleclion de minerais des envii'ons de Julianehaab. Il rapportait, en outre, cinq tonnes de gniphite, extrait d'une coucbe découverte (juelque temps au|)aravant par Uink dans la presqu'île Nuarsoak. La découverte de ce graphite était tivs intéressante pour b»s géologues ; au point de vue pratique, elle était beaucoup moins importante. Le minerai avait un très bel aspect, mais il était trop dur pour atteindre le prix élevé qu'on |>ensaii eu demander. Ce |)i(»mier éclur iw découragea pas Lundt et ses associés. L'anné(^ suivante, en I8M, il entreprit un nouveau voyage au Grôniand, à bord de la goélette Fiirklôvercn. Outre riV|uipage« l'expédition com|)renait Lundt, le fabricant Ibsen, Torlevre PrahL le candidat Friis et six mineurs norvégiens, dette fois, on se proposait d'attaquer un lilon de cuivre situé dans le voisinage de Julianehaab. La mine fut ouverte en grande pompe le 10 octobre I851T et baptisée du nom de Mine du Uoi Frédéric VU. Cette exploitation IU3 fut guère rémunératrice, non |)lus que celle d'un autre filou de cuivre dikiouvert par l'Kskimo Josua, aux environs du cap Désolation, entre Julianehaab et Frederikshaab, et au(|uel huit ou dix hommes travaillereiil, sous la direction du cafididat Friis en 1853 et 1854. Kn I85i arrivèrent un des compagnons de Lundt lors de son premier voyage, l'Anglais Tayler, t»t quelques travailleui^s nor-
ohéissait :i un [U'éjngr qui, |K'U(lant dix siècles apivs (îplier, a été partagé |mr des» sa^'ants comme par des iguoi'ants. I^our se iiio({uer de ces cecherclies il n*y avait aioiv que les « liommes soi-dis«mt pratiques », comme ceux qui, de nos jours, ont douté ou doutent encore de Texécution des canaux de Suez ou de l^maina, de rétablisst*ment des cûble« sous-marins ou de la possibilité d'atteindre jku' mer le lenissei.
Aux siècles ]>:issés les ignorants se s(»nt préoccupés de la quadratuiv du cercle et de la division d(^ l'angle en trois parties ég:des, deux problèmes de mathématiques pures, sans aucun intérêt pratique, et cela autant que de la rechercht^ de la pierre philosophale. Mes explorations arcti([ues fournissent deux documents nouveaux à riiistorique de ces insanités. En 1875, dans Tune des prties les plus sauvages de la toundra de Sibérie, un indigène m offrit de me d<mner la solution de la quadrature du cercle moyennant une gi'osse rêmunénition, et, quehpies semaines plus tard, à leniss(>isk, im constructeur de canots nie montra une pi*étendue solution de la division de Tangle en trois parties égales.
LA CRYOLÏTHE. 85
végiens. Tayler se proposait de chercher du zinc et de la galène argentifère dans la mine d'où Ton tire actuellement la cryolithe. Son voyage fut très finictueux pour la minéralogie — il découvrit plusieurs minéraux intéressants, sans valeur industrielle il est vrai, — mais il ne réussit à extraire qu'une petite quantité de minerai; encore fut-elle perdue, les deux navires qui la rapportaient, le Fiirklôve" ren et VAarhuSy ayant fait naufrage sur la côte du firônland. Toutes les espérances de rapporter de ce pays des minerais d'or, d'argent, de cuivre, de zinc ou de plomb étaient déçues. Juste à l'époque où tombaient les dernières illusions sur la richesse aurifère du Grônland, on commençait à extraire dans ce pays un minéral dont la valeur avait été jusque-là négligée.
Depuis longtemps déjà ce minéral avait attiré l'attention des savants et des indigènes. Dans la nomenclature scientifique, sa blancheur lui avait fait donner le nom de cryoliffie (pierre de glace). Comme je Tai déjà dit, ce filon est l'unique gisement minéral du Grônland qui soit exploité, et la colonie qui s'est groupée autour est la seule localité du pays peuplée exclusivement d'Européens. La cryolithe intéresse tout particulièrement les savants par sa composition, sa cristallisation compliquée et surtout par les problèmes que soulève sa formation. Les anciens Grônlandais l'employaient pour la fabrication de leurs quelques ustensiles de jnénage, si soigneusement travaillés et si judicieusement conçus. Un résumé de la découverte de ce minéral et une courte description de son aspect et de ses propriétés pourront donc intéresser les lecteurs.
Dans son étude sur les minéraux du Grônland, David Cranz s'exprime ainsi : a Des Grônlandais nous ont apporté du sud du pays, comme une rareté, de grands morceaux d'une roche blanche, à moitié translucide. Cette roche se brise comme le spath ; elle est si tendre qu'on peut la couper avec un couteau ou la pulvériser avec les dents. » Cette description s'applique, sans aucun doute, à la cryolithe ; elle prouve que cette belle roche blanche avait déjà attiré l'attention des Eskimos. La lecture du journal de Giesecke me confirme dans cette opinion, ce Les indigènes, écrit-il, appellent cette pierre onuhitsàt (or«o/r = lard), à cause de sa blancheur qui la fait )*essembler à du lard, et s'en servent comme pesons pour leurs
86 LA SKCONDE EXPÉDITION AT f.RÔSLAM).
iiist rumen Is île jmVIk'. » ActuclU'ment tes Eskimos emploient la cryolilhe à un tout auln; u^i^^o. Ils In réduisent en fioudrc et in mélangent ensuiti^ au tabac à priser, cette addition augmenlant, disent-ils, ta force du tabac. Cet eflet doit ctre attribué à ce que celte poudi-e est formée de petits fraRmeiits anguleux, qui irritent la muqueuse nasale.
Ia's savants lie connurent qu'en 1790 l'existence de la cr^'olilhe
par tes travaux du minéralogiste brésilien d'Andrada et par ceux du Danois Feter-Cbristiaii :Vl)ildgaard. Le premier publia une description exacte de ce minéral et lui donna le nom de cryolitke; le second en lit l'analyse rhimique, mais le réi-ullat auquel il arriva était erroné. D'après ses recberelies, ce minéral devait contenir de l'acide fluorbydrique, de l'alumine et de l'alcali v»%étal (potJisse). Feu de temps après, Klapruth prouva que le minéral contenait de la soude cl non de la potasse: en \H'lô seulement, Berzelîus lit la première analyse exacte de ce minéral.
LA CRYOLITHE. 87
Lorsque la cryolilhe fut apportée pour la première fois en Europe, on ignorait la position exacte du gisement de ce minéral. En 1809 Giesecke visita le gisement dlvigtut et le décrivit. La crjolithe forme, dit-il, une puissante couche incluse dans le gneiss, présentant une surface délitée et inégale, affleurant du sud-est au nord-est sur une longueur de cent brasses et sur une largeur de cinquante. » A partir de cette époque, la crjolithe, qui jusque-là avait été une rareté minéralogique payée au poids de Tor par les collectionneurs, devint commune. De nouvelles recherches sur les conditions dans lesquelles ce minéral avait dû se former ne furent entreprises qu'en 1852, époque à laquelle H. Rink publia une courte description de son gisement. A cette date on n'avait pas encore essayé d'employer ce minéral dans l'industrie. Mais, peu de temps après, on commença à s'occuper de cette question, lorsque le chimiste français Sainte-Claire Deville essaya de développer l'emploi de l'aluminium. La cryolilhe est le seul minéral encore connu, tant soit peu abondant, qui, réduit par le sodium, donne de l'aluminium métallique. On crut alors que ce minéral deviendrait une source importante de revenus pour le Grônland. Ces espérances furent trompées. On reconnut bientôt que les propriétés de ce nouveau métal ne lui assuraient pas un emploi aussi étendu qu'on l'avait tout d'abord pensé. De plus, en dépit du génie fécond en ressources de Sainte-Claire Deville et de ses collaborateurs, et malgré l'appui pécuniaire de Napoléon III, on ne panint pas, par l'emploi de la cryolithe, à diminuer suffisamment les frais de fabrication de l'aluminium pour qu'il fût d'un usage industriel.
Plus heureux fut l'essai d'extraire de la cryolithe la soude et différents sels d'alun employés dans la teinturerie, essai qui avait été commencé dès 1849 par le célèbre chimiste danois Julius Thomson. Sous la direction de MM. Tietgen et Thbd Weber et C»® il se fonda à Copenhague une Société pour l'exploitation de la cryolithe. La Compagnie de commerce du Grônland lui concéda la mine, moyennant une redevance calculée sur le nombre de tonnes de minéral extrait. Depuis un certain nombre d'années, cette société exploite avec succès ce gisement et exporte, principalement en Amérique, une grande quantité de cryolithe. D'après ce que l'on raconte, elle a ainsi réa-
88 LA SK(:<)M>K EXPÉDITION Al (iHÔM.AM).
lise un gain inipoilanl et payé à la ('.onipagnio de (*ommeire des sommes assez rondes.
Depuis Touvertui'e de la mine à Iviglut on a découvert dans celte localité un grand nombre d'autres minéraux rai*cs, sans emploi industriel il est vrai, mais très intéressants pour les minéralogistes. Ce sont des composés du lluor, tels que rarksulite, la thomsenolithe, la gearksutile, la pïichnolithe, la ralstonile, etc. Très importante est Tétude de la formation de la cryolilhe pour la question encore obscure de Tapparilion des roches cristallines. (]e gisement a été très soigneusement étudié par le prof(»sseur Johnslrup. I)e cet examen ce savant a conclu (|ue la cryolithe est d'origine plutonienne, c'est-à-dii'e quelle est arrivée à la suiface à l'état fluide. Cette tht3orie me paraît en contradiction Irop flagrante avec les lois de la chimie et de la physique pour pouvoir être acceptée. La cryolithe est, à mon avis, de formation îi({ueuse et résulte de raction de sources chaudes et de gaz fluorés sur l'ai'gile. Mais nous sommes là dans un chapitre de l'hisloire de la formation de notre globe, et l'interprétation que j'en donne s'encarte entièrement des théories ac<;eptées.
Pour terminer ce sujet, je dois ajouter que, il y a une quarantaine d'années environ, on a trouvé une petite quantité d'un minéral fluoré se rapprochant de la cryolithe, sur la montagne d'IImen, dans rOural, et tout récemment au Pike's Peak (Colorado). Dans ces deux localités, les conditions de gisement sont presque les mêmes qu'au Grônland.
A Iviglut l'expédition fut reçue très cordialement. Avant que la Sofia eni jeté l'ancre, deux capitaines danois vinrent à bord nous donner les instructions niîcessaires pour mouiller et amarivr le bâtimeni au quai de chargement. Peiulant tout noire séjour nous fûmes les hôtes du directeur de rex|)loitation, M. Haurebei^, et les autres fonctionnaires s'elTorcèrent de iu>us prêter la plus large assistance.
Celte colonie est la seule du Grônland oii pres([ue tous les Européens qui y habitent sont célibataiies, et ceux qui soni mariés n'ont point avec eux leurs femmes. Dans le voisinage de la colonie, aucune famille indigène n'est établie. Le beau sexe n'est donc point repré-
IVIGTUT. 89
senlé H Ivigtut. Le mouvement du port, l'activiti; qui y règne, comme dans tous les tentres industriels, activité qui contraste si fort avec la vie nonchalante et insouciante des Grônlandais, l'absence des femmes, tout contribue îi donner à Ivigtut un aspect bien diflërent de celui des autres stations de la côte. Mais là, comme partout ailleurs au Gninland, l'hospitalilé s'exerce largement.
Désireui de commencer le plus tôt possible l'exploration des gla-
l,a inonlagne Je Kunsk (1506*) Niir li-s Imi'il» àe rArsukfjord, ii l'oueiil d'lvi)[lul, ififwin nériilp il'Ipivi uni- ]iholonii|ihie pH'<e [ibi- U. KJcIlilrAni le 13 juin t)H3.1
ciers, je ne restai à Ivigtut que le temps nécessaii'e pour prendre, dans les approvisionnements que le docteur Dickson y av'ail envoyés, un supplément de vivres et un cbargement complet de cbarbon. Dans ce port nous embanjuAmes deux Eskimos avec leurs kayaks, pour nous piloter à travers le skàrgârd, et un matelot norvégien que les mauvais traitements avaient foi-cé à déserter d'un navire américain. L'équipage, qui aurait été trop faible après le dépari de l'expédition chargée de l'exploration de YinlatuUis, se trouva ainsi renforcé, et. de plus, nous eilmes la satisfaction d'obliger un compatriote.
Dans la matinée du 25 juin, tout était paré à bord. Notre départ fut cependant retardé de quelcjues heures par les prophéties des habitants d'ivigtut. Sous peu, nous assuraient-ils, éclaterait une violente tempête du sud-est, uue de ces temj)etes pendant lesquelles le vent descend en ouragan de Vinlandm, et (jui sont dangereuses même pour les navires mouillés dans le port, assez peu sûr du reste, comme je l'ai déjà dit. La tempête n'éclala pas, et à sept heures et demie du soir nous levam(»s l'ancre pour faire roule au nord, à travers l'archipel. Dans la nuit nous rencontrâmes une grande quantité de drifis à travers lesquels nous dûmes nous frayer un passage. Vers minuit la Sofia donna sur un gros glaçon; le choc fut si violent que la muraille du navire fut toute bossuée près de la prise d'eau de tribord, à côté de la cale aux provisions. Immédiatement la coque fut soigneusement examiné!» et les pompes prêtes à fonctionner. Malgré la violence du choc, aucune voie d'eau ne s'était déclarée : nouvelle preuve de la résistance du fer suédois.
Jusqu'à hauteur de Frederikshaab, d(»s masses compactes de drifis nous obligèrent à ralentir la marche du bâtiment. En vue de cette station, les pilotes indigènes quittèrent la Sofia et partirent dans leurs kayaks. Au delà, les glaces étaient assez clairsemées. Plus loin, elles avaient même presque complètement disparu, mais il s'était levé un épais brouillard, qui nous obligea à naviguer avec la plus grande ciivonspection dans ces parages dont l'hydrographie n'a point été faite. Le 20 juin nous arrivâmes au milieu de l'archipel ([ui entoure la cote au sud d'Egedesminde. (]e skàrgàrd présente la resst?mblance la plus fi^appante avec certaines régions déboisées de l'archipel côtier de la Scandinavie ; la seule différence entre les deux paysages, c'est ([ue, en Suède, la mer n'est plus parsemée d'isbergs. Malheureusement la vue ét^iit masquée par une brume épaisse, et l'on ne distinguait les contours des terres que. dans leur voisiufige immédiat. Ce brouillard était d'autant plus désagréable qu'il n'existe aucune carte marine tant soit peu exacte de cette partie de la côte du Grônland. Nous essayâmes sans succès de découvrir le chenal conduisant à la colonie, et, sans résultats également, nous fîmes vibrer le sifflet à vapeur et tirâmes des salves de notre petite artillerie, pour attirer l'attention de quelque pécheur
DEVANT EGEDESHINDE. 91.
indigène qui aurait pu nous piloter au milieu des récifs. Nous sûmes plus tord que des Ëskimos nous avaient yus, mais qu'ils n'avaient pas osé venir à bord d'un bâtiment dont la forme était si différente de celle des navires de la compagnie : sa faible hauteur au-dessus de l'eau, son petit gréement et sa marche rapide contre le vent les avaient effrayés. Ne voulant pas m'aventurer dans des parages remplis de récifs et que nous ne connaissions pas, j'ordonnai au capitaine de sortir du skargârd et de faire roule vers
labergs renconlrés par la Sn/ia près de Gixlhavn. (Deaiin eiérulé d'g|if«3 uLir |iliolograpli>« île Bl, Kjetlsirfini priu le S7 juin 1883.)
Godhavn, autre colonie danoise, située à environ 40 milles au nord d'Egedesminde. Godhavn est bâtie sur la câte méridionale de l'Ile Disko, cette île si intéressante pour les géologues, et qui, dans les légendes des indigènes, est entourée d'une auréole fabuleuse. J'avais l'intention de débarquer sur la côte de Disko le docteur Nathorst et ses compagnons. Les membres de l'expédition chargés d'étudier la géologie et la faune de cette partie du Orônland ne perdraient point ainsi de temps, et ensuite nous pourrions organiser tranquillement à Egedesminde la caravane pour l'exploration de Viniandm.
92 LA SECONDE EXPÉDITION AU GRÔNLAND. ^v
Sur la côte méridionale de Disko, Tair était également embrumé; il tombait une neige serrée qui masquait toute vue, et, avant d'arriver à fiodhavn, nous dûmes mouiller plusieurs heures à Fortunebay, ancienne station des baleiniei*s, aujourd'hui déserte.
Godhavn est le siège de l'inspet^torat du Grdnland septentrional et par suite la capitale de cette région. Son commerce a considérablement diminué, depuis que l'on ne chasse plus la baleine dans ces parages. Près d'un siei*le avant (|ue les Danois se fussent établis à Godhavn, cette localité, qui portail alors le nom de Port-Lievely, senait de mouillage de ralliement aux baleiniers anglais et hollandais*. Les indigènes de cette région furent longtemps païens : les ce Relations » de Hans Egede nous les montrent plus sauvages et plus farouches que leurs congénères des auti*es parties de la cAle occidentale. Ils étaient surtout de fanaticfues angekoh%^. D'aprcs une légende indigènes un piiissant soi-cier, Tornarsuk, aurait transporté là l'ile Disko, en la remon[uant du Gronland méridional. A l'appui de ce dire, les indigènes montrent les touffes d'angélique qui croissent dans cette île, alors qu'on n'en trouve aucune sur la partie du continent située vis-a-vis — observation de géographie botanique assez ingénieuse pour des sauvages, soit dit en passant. Que les auteurs des légendes n'ont-ils connu l'existence de beaux fruits des régions méridionales pétrifiés dans les ix)ches noires de l'île Disko ! On montre encore en différents points de la côte les trous dans lesquels étaient fixés les câbles ayant seni à remorquer l'île. \/à vue des paysages grandioses de œtte côte a eu une puissante influence même sur l'imagination d'une peuplade barbare.
Godhavn occupe une presqu'île qui devient une île à marée haute. (]ette langue de terre, couverte de mamelons de gneiss, est le prolongement de la puissante formation gneissique sur laquelle
i. Les noms dt* Disko, Waigal et Fortuynhay sont indiqués pour la première fois, dn moins dans les ouvrages que j*ai pu consulter, sur une carte sur cuivre (Nietiwe kaart van Ouden Nieuw Groenland) contenue dans Pouvragede C.-G. Zorgdrager, Bloeyende Opkomui der aloude en hedendaagnche Grœnlandtche Viuchery, Amsterdam, 1720. Zorgdrager (mort en 1690) était un habile baleinier, dont les intéressants écrits sur la chasse I la baleine ont été c^tordonnés pour la publication par Abraham Moubach. Des éditions allemandes de cet ouvrage parurent en 1725 et 1750. Ces éditions contiennent un appendice »ur les pêcheries de Terre-Neuve, écrit d'apivs un mémoire du Français Denys.