‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 31 sur 111 · EXPLORATION DE NORDENSKIOLD EN · texte numérisé non relu

EXPLORATION DE NORDENSKIOLD EN

éclatant. Nous nous trouvions par 68° 22' de latitude nord, à 37 kilomètres à Test du campement établi sur les bords du fjord et à une altitude de 580 mètres.

Pendant toute notre excursion sur le glacier, les seuls animaux que nous vîmes furent deux corbeaux qui planèrent au-dessus de nos tètes au moment où les Eskimos nous abandonnèrent. Près de l'extrémité inférieure de Vinlandsis nous trouvâmes des traces de lagopèdes. Aucun êlre vivant n'animait cette solitude, mais elle était peuplée de bruits. Appliquait-on l'oreille sur la glace, on entendait un grondement souterrain produit par l'écoulement des cours d'eau, et de temps en temps éclatait une détonation aussi violente qu'un coup de canon, indice de la formation d'une crevasse.

Les observations astronomiques lenninées, nous continuâmes notre route sur un terrain relativement facile. Dans la soirée, nous aperçûmes une colonne de vapeurs que formait un large torrent en tombant dans une crevasse. Les eaux avaient creusé là un trou qui atteignait probablement le sous-sol sur lequel reposait le glacier; en cet endroit la tranche de glîice avait peut-être une puissance de 300 mètres. Quand on jelait un coup d'œil dans cet abîme, le regard se perdait dans une cavité obscure, éclairée à son orifice |)ar les reflets azurés de la glace.

Le lendemain 25, à midi, nous étions, par 68° 22' de latitude nord, à 51 kilomètres du fjord et à une altilude de 551 mètres. Nous nous trouvions ainsi à 29 mètres plus bas que la veille. Au delà de cette dépression, le glacier s'élevait par une pente très marquée.

Nos provisions étant fortement en lamées, nous dûmes songer au retour. Avant de battre en retraite, nous nous dirigeâmes vers un monticule de glace qui s'élevait au milieu de Vinlandsis, De là, pensions-nous, la vue devait être très étendue. Pour pouvoir marcher rapidement, nous laissâmes au point où nous avions passé la nuit nos provisions et nos sacs-lits; puis, après avoir repéré notre route sur les monticules de glace environnants, afin de retrouver sûrement notre chemin, nous partîmes en forçant le pas.

Ce monticule était beaucoup plus élevé et plus éloigné que nous ne nous Tétions figuré. L'immense panorama que l'on embrassait de Ce point sur Vinlandsis nous récompensa des fatigues de la course. A perte de vue s'étendait le glacier, s'élevant par une pente continue vers l'intérieur du pays; aucun pointement rocheux n'était visible; vers le nord, vers l'est et vers le sud, l'horizon était limité par une ligne de glace aussi nette que celle de la mer. Les observations que nous aurions faites sur Vinlandsis en poursuivant notre route, au cas où nous eussions eu assez de temps et de vivres pour entreprendre une plus longue course, n'auraient pas été plus complètes que celles que nous pouvions faire deee point; même si

RiTière tombant dans une fi-ovasse de VintandiU.

Gravure tiinilrr il'i|«+< un ilrwiii ili> II. Si. ferj^i^n. |.ri. 1p B juilltl 187li.

CaniiM'iiii'iit «iii les bnnl' d'un lue île Vinlandiù.

■ .-t^ul-^r difri- le*.!!! ilv U. Si. tb-rEETPii. |>m Ir S; iuillH ISÏO.

I il'i-aii iiitormiltvnl obwrvir mii' l'inlandtâ à eiiviitiii 45 kiluiiiùli'es de In riMi'.

Vue prise sur ViiUand$U à environ 50 kilomètres de la côlc.

Graiure eifcui^' d'ipris un Jewiii [ri« H. St. Berîgiïn, pris 1* Î3 juilkl 1870.

iSO LA SKCO.NDE EXPÉDITION AU GRÔMAND.

nous avions eu des approvisionnements à notre disposition, il aurait été inutile de continuer notre marche. Le point où nous avons rebroussé chemin est situé à une altitude de 658 mètres et à environ 56 kilomètres à Test de Textrémité supérieure du hras septentrional de rAulaitsivikljord.

Av^nt de quitter notre bivouac nous avions soigneusement noté sa |>osition et sa direction, néanmoins nous eûmes quelque peine à retrouver notre routt\ Le voyageur éprouve les plus grandes difficultés à s'orienter sans Taide de points de repère élevés au milieu d'une plaine uniforme doucement ondulée comme relie de Vinlandsis,

Après quelques moments d'anxiété, nous découvrîmes enfin notre campement. Nous dînâmes, puis réduisîmes le plus possible nos charges, et partîmes inmiédiatement pour regagner la côte. Dans la nuit du 26, nous arrivâmes sur les bords du fjord.

Près du point où nous avions battu en retraite, nous fûmes ari*étés par un large et profond torrent coulant entre deux parois de glace absolument immaculées. Notre ligne de retraite était coupée, et notre situation devenait assez mauvaise. En allant, nous n'avions rencontré aucune rivière de cette importance ; elle n'avait donc probablement qu'un cours de faible étendue. Nous suivîmes alors le torrent dans la direction du courant; bientôt après, nous le vîmes se précipiter dans une crevasse. Le lendemain, à la halte de midi, pendant que nous examinions l'horizon à la lunette, nous aperçûmes une seconde rivière, beaucoup plus inttTCssante. A j)eu de distance de notre campement s'élevait au-dessus du glacier un nuage de vapeur d'eau; nous y courûmes immédiatement, pensant voir une cascade qui, à en juger par la hauteur de la colonne de vapeur, devait être plus belle que celles que nous avions vues jusque-là. Nous nous trompions; la rivière, qui se précipitait dans une crevasse, était beaucoup moins considérable (pie celle qui nous avait barré la route la veille, et aucun nuage de pcmssière d'eau ne s'élevait au-dessus de la chute. Mais tout près sortait, par un trou du glacier, un jet d'eau intermittent dont le vent portait çà et là les molécules sur les monticules de glace voisins. Ainsi, au milieu de Vinlandsis jaillissait une source^ intermittente qui, autant que j'en puis juger par les descriptions, ressemble aux geysers de l'Islande.

Pour éviter la région accidentée qui, en allant, avait mis à une si rude épreuve nos forces, je suivis une direction plus septentrionale pour descendre de Vinlandsis ôim» la région dépouillée de neige qui sépare ce glacier de la baie de Disko. Sauf dans quelques endroits, Vinlandsis était de ce clôé aussi unie qu'un parquet, mais dans cette direction elle était coupée de très larges crevasses. Finalement nous eûmes la chance d'arriver à un point

EXPLORATION DE NORDENSKIOLD EN i870. 437

où le glacier se terminait par une pente douce. On aurait pu la descendre en voiture à quatre chevaux.

Beaucoup plus difficile fut la traversée de la région qui s'étend au sud de la baie de Disko. Le sol était accidenté et sillonné de nombreux torrents issus du glacier; en les guéant, nous avions de l'eau au-dessus des bottes. Enfin, non loin de notre tente, nous fumes arrêtés par un cours d'eau roulant une masse énorme de particules argileuses; après plusieurs tentatives sans résultat, nous dûmes renoncer à le passer. Nous fûmes alors forcés d'escalîider l'extrémité inférieure de Vinlandsis, puis d'en descendre au delà du point d'où sortait la rivière; mais, cette fois, la descente ne fut pas aussi facile que la première fois.

Après cette intéressante excursion, je visitai la branehe de Vinlandm qui débouche dans le fjord de Jakobshavn. D'après Rink, ce courant de glace serait le glacier qui produirait le plus grand nombre d'isbergs sur la côte occidentale du Grônland et peut-être, par suite, dans tout l'océan Arctique. C'est dans cette localité que Helland, en 1875, et Hammer, en 1879 et 1880, ont mesuré la vitesse d'écoulement des courants de glace issus de Vinlandsis. Cette vitesse peut atteindre 16 mètres par jour. Rink évalue le volume de ce glacier à environ 4300 millions de mètres cubes; ce volume de glace correspond au débit annuel d'un cours d'eau large de 59 mètres et profond de 5 mètres, dont la vitesse d'écoulement serait d'un mille à l'heure.

Notre expédition se divisa ensuite en deux troupes. Berggren et Oberg allèrent recueillir dans la baie de Disko des collections botaniques et zoologiques, pendant que Nordstrom et moi, nous partions chercher des plantes fossiles dans les formations arénacées et argileuses de la région des basaltes. Les résultats que nous obtînmes dépassèrent nos espérances. L'exposé de ces travaux m'entraînerait hors du cadre de ma relation ; du reste, ils ont été en partie décrits dans la Flora Fossilis arclica d'Oswald Heer (vol. III, Zurich, 1875*).

i. Heer a fait connaître ces résultats dans des brochures écrites en allemand, français, anglais et suédois, ainsi que dans différents articles de revues.

D'après H. Rink \ Tancien directeur du commerce du Grônland, en 1871 une expédition danoise commandée par M. A. Môldrup se serait avancée à quelque distance sur Vinlandsis. Elle serait partie du golfe Sud-Est, situé un peu au nord de notre point de départ. Ce renseignement est erroné. En 1871, sous Kintelligente direction de M. Krarup Sniitt, inspecteur des établissements du Grônland septentrional, une expédition fut organisée pour explorer Vinlandsis; mais, à ce que l'on m'a assuré, elle n'eut aucun résultat. M. Môldrup n'a pas, semble-t-il, parcouru Vinlandsis; il a simplement vu le glacier du sommet d'une montagne située entre deux bras de Vinlandsis. Ces presqu'îles rocheuses, comme les pointements qui s'élèvent au milieu de la glace, sont appelées nun€Uak par les indigènes; c'est cette identité de noms qui a fait croire que l'expédition s'était avancée à une certaine distance sur le glacier.

Dans la chronologie des expéditionssur les glaciers polaires, après mon exploration de Vinlandsis du Grônland il faut placer celle que Palander et moi avons exécutée en 1872-1875, sur la Terre du Nord-Est, au Spitzberg. Cette dangereuse traversée d'une inlandsis^ située près du 80'' degré de latitude nord, n'est qu'un épisode d'un long voyage en traîneaux que nous entreprîmes de nos quartiers d'hiver établis à la Mosselbay. Dès le début du voyage nous étions affaiblis par un hivernage pendant lequel la nourriture était parcimonieusement ménagée et dans une région où le soleil disparait de l'horizon durant quatre mois.

Le but de l'expédition polaire de 1872-1875 était d'atteindre une haute latitude, en avançant sur la glace au nord du Spitzberg. Comme point de départ nous avions choisi la côte septentrionale de cet archipel, ou, au cas où les navires pourraient avancer jusque-là, les Sept-Iles, situées près du 81" degré de latitude nord. Nous devions employer des rennes pour tirer les traîneaux chargés des bagages et des provisions. Dès l'automne de 1872 l'expédition se trouva

Page 1