‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 38 sur 111 · ÉQUIPEMENT DE LA CARAVANE · texte numérisé non relu

ÉQUIPEMENT DE LA CARAVANE

bâtons aimantés (pour l'étude de la poussière argileuse répandue sur le glacier), une planchette pour le topographe, un appareil photographique et un chalumeau. Ajoutez à cela des tubes en verre, des bocaux, un paquet de papier buvard et des tables nautiques. Nos bagages contenaient en outre : une pharmacie de voyage, une provision de tabac et de cigares, des marteaux, des haches, des scies, des tarières, des limes, des aiguilles, du lil, une provision d'allumettes, une corde en chanvre de Manille, commandée chez le fournisseur du Club Alpin de Paris et dont la résistance avait été éprouvée à Stockholm, une paire de rames destinées à diriger nos matelas en caoutchouc, que nous pensions utiliser en guise d'embarcations au cas où nous aurions à traverser quelque nappe d'eau. De plus, nous emportions des vivres et de l'alcool pour quarante jours. Tous ces bagages étaient placés sur six traîneaux du même modèle que ceux employés par les dames de la halle de Stockholm. Les brassières de ces véhicules avaient été soigneusement fabriquées pour pouvoir soutenir le poids d'un homme si l'un de nous tombait dans une crevasse. Chacun était armé d'un bâton ferré en frêne et muni de conserves bleues; enfin chaque Lapon emportait une paire de nki.

L'ordinaire de l'expédition avait été réglé de la manière suivante : Le matin, une forte portion de café, du pain, du beurre et du fromage. Au dîner, 0',042 d'eau-de-vie, du pain, et soit du jambon, soit du corned beef ou des sardines. Au souper, de la viande conservée provenant d'Australie ou de la fabrique de Wikstrôm de Stockholm.

La ration journalière de chaque homme se composait de :

Pain 551 grammes.

Beurre 83

Fromage 42

Jambon fumé 100

Viande consente 255

Café. U

Sucre 2(5

Eau-(le-vie 3î)

En place de jambon ou de viande conservée, nous mangeâmes

182 I.A SKCDNUK KXMf.lMTIO.N Al (iliÛSLAM).

» (liffi'iviiles iv|)risos des sanliiios ou du jiàuî île foie; mais les humilies se latiffuèretit vile dt; ces dciix ulimeiits. Le café fut reni- [ilacé plusieiirs fois |ijir du cliueulat uu de In soupe faite avec (le l'exlrailde viande el dos léfiuines secs. Ciiu| hommes de la caravane ne huvaienl auciiu sjpirilueux. Cummc je n'avais pas complu

Ln ciiisini' sur VinlandtU.

Kir^ivuri' i>vV„i.'r .l'i.|ir.'' »...■ | il .«i,œr,, ,.!>"■ l'i'i- [inr M. Kii-lKir.'-.! le 33 jmlM 188S.)

sur ces hahiludes de soluiété, Je iio pus leur donner en échange un supplément de vivres.

l'oiir la cuisson des mels (deux fois par jour du café el une fois de la vian<le('finsprvée) nous employions à peine D'.TO d'alcool par jour.

La ration journalière élail siifllsanle, mais non surabondante.

IVndanl toute la durn' de rt-xploralion, les fonctions dn cuisinier fureni remplies avec heauconp de /Me par Krjemer, un vieux matelot i|ui, a|iiès avoir mené une vie aventureuse dans l'Atlantique et le Pacilitjue. était devenu un paisilde fdn^fstman. Oi-dinairement, à huit heures du matin jVvoilIais le cnisiiiier (•( remontais le chronomètri>. Immédialenu'iil iioln- luimme se mettail à la besogne; une

Al flAMPEMEMT. ISS

(iemi-heui-e npivs, le déjeuner était servi. On lavait ensuite lamarmite et la vaisselle, on pliait les sucs et les maUiIas, on aliatlait la tente, puis on chargeait les traîneaux, et la caravane se mettait en route. Au monfierit du dîner on ne dressait pas la tente, et la halle était aussi courte <jue possible, pour que les hommes, trempés de sueur, ne prissent pas froid. I,e soir, dès l'arrivœ au hivonac, la

[h'-leiminalion du polnl fur VinlaniUii.

(Gn'iire piéFiit^i> iriprès un.' |ilioii>p-i[ihie [>ri~> par H. KipllTii-iin \f 16 jiiillri I88j.)

lente était immédiatement dressée; apivs, quoi, on préparait le souper. Pendant ce temps chacun vaque k ses occupations. Le docteur recueille à la surface du glacier des algues mieroscopiques ou soigne les yeux des hommes atteints d'ophtalmie; Kjellslrôm photographie, dresse notre itinéraire ou fait le croquis du terrain avoisinant, et, si le ciel est clair, je prends des hauteui-s solaires. De leur côté, les Lapons font une reconnaissance dans la direction que nous devons suivre le lendemain. Le reste de l'équipage installe le campement, gonfle el étend les matelas. Enirc-lemps un homme exa-

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mine avec inquiétude son lit. A l'aide de la loupe du docteur, il cherche les trous microscopiques qu'une pointe de glace ou les clous d'un soulier a percés dans un des compartiments de son matelas. Pareil instrument enire les mains d'un matelot ou d'un Lapon ne doit pas être, je pense, d'un secours hien efficace. La déchirure découverte, notre homme s'efforce de la boucher à l'aide de caoutchouc fondu ou d'un morceau de sparadrap. Ces trous, laissant échapper l'air qui remplissait le matelas, l'homme qui couchait dessus avait le désagrément de dormir sur un lit (jui ne l'isolait que très imparfaitement de la glace. Heureusement les matelas étaient divisés en plusieurs compartiments étanches; par suite un seul trou n'amenait pas leur dégonflement complet. Une fois gonflés, ils sont étendus dans la tente, tout près les uns des autres. Les préparatifs du couchage terminés, on mange ensuite le souper avec appétit et beaucoup d'entrain. Puis chacun enlève ses vêtements mouillés, ses bottes en toile à voiles, les suspend au toit de la lente pour les faire sécher, et se glisse dans son sac-lit. La conversation est tout d'abord très animée, on parle du « pays vert », de la Suivie, des incidents de la journée, on pronosti<jue le temps pour le lendemain ; peu à peu la causerie cesse, et chacun s'endort, oubliant le glacier, les torrents, les crevasses, les trous de cryokonilCj les dangers et les labeurs de la journée.

Notre matériel ne pesait pas moins d(^ 8i0 kilogrammes. Nous eussions pu facilement traîner ce poids sur une route unie, sur un glacier plat ou sur un champ de neigt» duirie par la geléi». Mais, sur un glacier aussi accid(înté (ju(î Vinlandm, nous ne pouvions haler en même temps lous nos traîneaux, et j)our les amener au même endroit nous devions au début faire trois fois le même che-^ min. Les étapes étaient par suite 1res courtes; d'après les indications du podomètre, nous ne parcourûmes, le 7 juillet, que quatre kilomètres, le 8 (jualre et demi, el le 9 «juain*.

Oulrc! les monticules de glace et l(»s crevasses, nous avions encore à passer des cours d'eau rapi<les, coulant entie des rives escarpées. Plusieurs de ces torrents nous obligèrenl à de longs détoui's; d'autres, au cfuitrain*, puiH»nt être traversés promptemcMit sur des ponts improvisés avec trois balons ferrés. A Slockholm j'avais eu la priy

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caulion de faire éprouver la résistance des bois de frêne employés pour la fabrication de ces bâtons. S'ils eussent été moins solides, ils n'îiuraient pu nous servir à établir des ponts volants, et nous aurions dû faire de longs détours pour contourner les rivières.

Ces jours-la, nous trouvâmes en plusieurs endroits des ossements de renne. On pouvait croire, eu voyant ces débris, qu'un «pays vert» existait bien par delà les glaciers et que la route à travers ce désert glacé était jalonnée par les ossements d'animaux qui avaient péri en le traversant. Mais la vraisemblance n'est pas toujours la vérité comme nous pûmes en faire l'expérience à diverses reprises pendant le voyage.

Vinlandsis présente plusieurs aspects très différents. Devant le glacier se trouve une moraine, d'un relief très faible, constituée par de l'argile mêlée de quelques blocs. Lorsque le glacier se retire, cette argile est délayée et entraînée par la pluie et les torrents glaciaires. Seuls les grands blocs restent en place, épars sur le terrain que la glace a laissé à découvert. Rarement ces pierres sont transportées à plus de quelques centaines de mètres de leur lieu d'origine; cela tient vraisemblablement, comme je l'ai déjà expliqué, à ce que, dans les parties profondes et encaissées par des montagnes, le glacier est agité par des mouvements aussi peu sensibles que ceux qui se font sentir dans les profondeurs des lacs et de la mer. Au delà de la moraine, Vinlandsis s'élève par une pente crevassée couverte d'une mince couche de particules argileuses. Le glacier ne présente cet aspect que dans le voisinage immédiat des rives ; à quelques centaines de mètres de sa lisière, on ne trouverait pas un caillou de la grosseur d'une tête d'épingle. Plus loin Vinlandsis est accidentée par des bombements hérissés de pyramides et de crêtes de glace ^ {toppis)^ qui atteignent une hauteur de 6 mètres. Au milieu de ces séracs très rapprochés les uns des autres, que découpent de profondes crevasses, les traîneaux ne passaient que très difQcilement. Ces bombements du glacier étaient encore accidentés par des monticules de glace (tufis), hauts de

1. D'après la description do M. Nordenskiôld, ces pyramides de glace doivent ressembler aux séracs de nos glaciers. Elles semblent toutefois avoir une stabilité beaucoup plus gi*ande que ces accidents des glaciers alpins. (iV. du Irad.)

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60 centimètres à 2 mètres. Sur un coté ces monticules présentaient une paroi airondie de y^hvv puie; sur un autre, un escarpement souillé de cryokonite. I/intervalle qui séparait chaque tu/i$ étant trop étroit pour (|ue les li*aîneaux pussent y passer, Texpédition éprouva de prrandes difiicullés dans ces zones. Aux régions accidentées faisaient suite des dépressions en forme de cuvettes, dont quel- (|ues-unes étaient occupées par un lac. Ces cuvettes étaient également accidentées par des monticules (tufisi) en forme de rf, séparés les uns des autres par d(»s espaces plans, (»t sillonnées de nombi*eux cours d'eau. Plusieurs de ces rivières, qui étaient très rapides et très grosses, n'étaient guèrt» moins difficiles à traverser que les crevasses; mais en général, dans ces dépressions, le halage des trîiîneaux était relativtunenl facile». Au di^là du treizième campement, h l'altitude de 11 à 1200 mètn^s, Vinlandsis était recouverte d'une couche de neige trop mince toutc^fois |)our niveler les accidents du glacier. Plus loin une nap[»e de» niMge imprégnée d'eau rendait la marche très pénihle, notamment dans les dépressions. Ces dépressions étaient occupées par des lacs circulaires alimentés par de nombreux et puissants cours d'eau, autoui* des((uels s'étendait un véritahle marais de neige. Au milieu de ces plaines détrempées s'élevaient des monlicult»s isolés, les uns de glace vive, les autres recouverts de neige stn-he. Ou(»l(jues-uns portaient également une calotte de neige spongicmse, moins épaisse il est vrai que celle qui couvrait les fonds. A 50 kilomètres à l'est de notre dernier campement, à l'altitude de 1000 mètres, commençait une zone de neige s(Vhe. Celte régiim présente, semMe-t-il, le même aspect que rmlandsis de la Teire du Nord-Ksl au Spilzherg, traversa» par Palander et moi en 1877). Ce fut le man(|ue d'eau qui, dans ce désert de neige, lit le plus souffrir les Lapons durant leur raid en patins. Les crevasses, partout très nombreuses, l'étaient surtout dans les parties bombées du glacier; dans ces régions elles s'ouvraient à (|uelques mètres les unes des auti*t»s. La plupart étaient orientées suivant des directions parallèh^s; en différents endroits cependant nous trouvâmes d(»s systèmes d(» crevasses dont l(*s lignes de fracture étaient perpendiculaires l'une à Tautre. La plupart des crevasses formaient un gouffn» béant ; d'autres étaient au contraire i^mplies

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d'e.au jusqu'à leur orifice*. Plusieurs fois nous vîmes deux crevasses, l'une vide, l'autre pleine d'eau, se touchant et à la même hauteur.

Pendant tout le voyage, nous trouvâmes difficilement des emplacements commodes pour camper. Un jour le glacier était très accidenté et il était impossible de découvrir un espace plan correspondant aux dimensions de la tente; une autre fois, sa surfiice était tellement criblée de cavités que sous notre abri il n'y avait pas moins de plusieurs centaines de petits trous et une demi-douzaine de grands, dont la profondeur variait de 50 centimètres à 1 mètre, tous remplis d'eau. D'autres fois nous dûmes camper sur une neige spongieuse; dans ce cas, malheur à celui qui mettait la jambe en dehors du matelas de caoutchouc, car il était trempé comme s'il avait pris un bain de pieds. Par exception notre campement du 9 juillet était très confortable; ce fut même le plus agréable de tout le voyage. La tente avait été dressée sur un replat du glacier, large de quelques dizaines de mètres, complètement plan et sans le moindre trou, près d'un lac alimenté par de nombreux cours d'eau. A peu de distance son émissaîre, après un cours torrentueux, se précipitait dans une large crevasse avec un fracas de tonnerre qui troublait le silence de cette solitude. La rivière coulait entre deux berges escarpées, taillées dans une belle glace azurée, et serpentait en courbes élégantes à travers des parois polies et façonnées comme si elles avaient été travaillées par quelque habile praticien. Noa Lapons et nos matelots eux-mêmes étaient ébahis par la magnificence de ce chef-d'œuvre des agents de la nature. Nous prîmes une photographie de ce ravin, qui semblait taillé dans un marbre bleuâtre d'une admirable pureté, mais ni le dessin ni surtout une description ne peuvent rendre les teintes des berges de ce cours d'eau.

Le halage des traîneaux en deux convois nous faisant perdre beaucoup de temps et fatiguant les hommes, je résolus de changer l'ordre de marche et de demander à mes gens de les traîner tous en même temps. Tout d'abord, le halage fut très pénible, mais nous pûmes faire des étapes beaucoup plus longues qu'au début du voyage.

i . Elles formaient, en un mot, ce que dans la glaciologie alpine on appelle des « baignoires )>. (A', du trad.)

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Ia' 10 juillet nous parcounlini-s, sans compter les détours, neuf kiloini'livs et demi, le H dix, et k- i"! onze.

Ouoiqui', dans t-ntle régitm ilu frlai-ior, la manche présentât moins de difficiiltr-s, cependant un i-erlains endroits elle était encore tits pénilile. Le II par exemple, «près avoir tniversé une zone large de quatre kilomètres, relativement facile, bien (|uei'OU|(ce de jrrandeset profondes crevasses, nous rencontrâmes un torrent. Non sans peine

Tiii'i-i-nl sur ['inlandtii.

(Gravui'i' ewntw .fuj-tri uiir i>liutui:iii|>lii<> |>riM^ |ur H. KJrlMi'Gii. I.!ll jiiillel 1S8I-I

nous le passons, el voici (|n'à (|nel(|iie distanr* de là une autre rivière, tri's lar^'e, demi la (u-pmièi'e était un'afduent, nous barre la i-onte. ImpissiMe de traverser ce nouveau cours d'eau ; il faut alors nîvenir en arrière et passer une sei'ondc fois la première rivière |ioHr ehcit^her ensuite une autre roule vei-s l'esl. Afin d'éviter le retour d'une semldahle mésaventure, j'envoyai Lai-s reconnaître le terrain, pendant que je faisais une détermination astronomique. Au cours de celle lialle, la i-ivière eut uiuî crue subite; aussi nous applaudîmes-nous de l'avoir traversée à lemps.

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