PRÉFACE DE I/AUTEUR
lité (lu baron Oscar Dickson m'a permis d'entreprendre au Grônland. Puisse-l-il recevoir du public le même accueil favorable que le Voyage de la Vega !
Qu'il me soil permis, en terminant, de remei*cier mon éditeur, M. F. Beijer, du luxe qu'il a donné à la publication de cet ouvrage, et M. E. Dahigren, conservateur adjoint à la Bibliothèque royale, de l'aide qu'il m'a prêtée dans la correction des épreuves et la rédaction des tables.
A.-E. NORDENSKIÔLD.
Dalbyô, le 30 soptcmbro 1885.
Les membres de l'expédilion de la Vega, pendant l'hivernage et la traversée de ce bâtiment entre le Japon et la Suède, discutèrent à plusieurs reprises différents projets d'explorations polaires. Nous pensions tous que la Suède devait continuer les recbercbes commencées, mais les avis étaient partagés sur lit direction c|ue suivrait la prochaine expédition. Les régions polaires offrent encore à l'activité des voyageurs un vaste champ d'explorations. Je ne parle pas ici d'une marche vers le pèle ; avec les moyens d'aclion dont nous disposons actuellement, je regarde ce point comme inaccessible. Le choix de l'itinéraiie le plus fécond en résultais est par suite difficile, surtout pour des savants qui se proposent autre chose que de couiir des dangers et de chercher des aventures. Des nombreuses propositions qui lurent émises, deux seules arrêtèrent notre attention et furent l'objet de plans de voyage
détaillés. L'une élail relative à une expédition vers le contineni ou l'archipel antarctique, l'autre à une exploration dans l'océan Glacial de Sibérie, en prenant comme point de dépari la Lena et comme base d'opérations l'archipel de la Nouvelle- Sibérie. Aucun de ces projets ne put être mis à exécution. Le premier échoua faute d'argent, et l'expédition de la JeannetU rendit inutile le second. Un an après notre retour, les Américains recueillirent, au prix des sacrifices que l'on connaît, d'importants renseignements inédits sur la topographie cl l'histoire naturelle du delta de la Lena et des îles de la Nouvelle-Sibérie. Ces terres furent même le théâtre du drame qui termina l'expédition. D'autre part, en 1882, la Société de Géographie de Saint-Pétersbourg envoya à l'embouchure de la Lena une mission chargée d'exécuter les observations prescrites par le programme de la Commission polaire internationale. Enfin, cette même année, l'expédition danoise, commandée par le lieutenant Hovgaard, partit pour l'océan (ilacial de Sibérie. Avant de diriger une nouvelle exploration dans ces parages, il était nécessaire d'attendre la publication du voyage de De Long et de connaître les résultats obtenus par les lieutenants Jûrgen' et Hovgaard.
Après le retour de la Vega, le D' Oscar Dickson ayani mis à ma disposition une somme importante pour poursuivre nos recherches dans les régions arctiques, je résolus de reprendre l'exploration de l'intérieur du Gninland. L'élude de ce pays éveillait au plus haut point ma curiosité ainsi que celle de M. Oscar Dickson.
En 1751 le négociant danois Lars Dalager fit une courte mais intéressante excursion sur Vi7ila7idsîs^ ; plus tard quel-
1 1 . Le lieutenant JUrgen étiiil le chef de la mission russe envoyée sur la Lena. (Noie di
* traducteur,)
^ 3. SouH ce nom ou désigne, dans les langues Scandinaves, les innnenses glaciers qui
qucs voyageurs se sonl hasardes sur ce glacier, mais ils ne
dépassèrent que de quelques centaines de mètres sa limite inférieure, et ne donnèrent aucun renseignement sur l'aspect de rintérieur du Grônland. A l'exception de ces quelques explorateurs, tous les habitants du Griinland, Européens aussi bien qu'indigènes, avaient craint de s'aventurer sur Viiilandsis. L'intérieur de cette vaste péninsule est ainsi resté pendant dix siècles complètement inconnu. Enfin, au mois de juillet 1870, le D' Sven Berggren et moi nous entreprîmes la première expédition sérieuse sur ce glacier si redouté, malgré les avertissements de tous les hommes expérimentés que nous consultâmes à ce sujet. L'entreprise réussit. Seul le manque d'équipements convenables m'empêcha d'avancer à plus de cinquante kilomètres sur Vinlandsis. Depuis, les Danois ont fait plusieurs tentatives importantes pour pénétrer dans l'intérieur du pays. La principale de ces expéditions avait fort peu judicieusement choisi comme champ d'opérations la région alpine du Grônland méridional. Cette zone étant très accidentée et baignée par une mer dont la température est relativement élevée, les glaciers y sont très crevassés et les chutes de neige particulièrement abondantes. Il n'y avait donc guère espoir de trouver au milieu de cette mer de glace une région dépouillée de neige, autre que les pics qui émergent çà et là de Vinlamlsù. D'autre part, les observations faites par l'expédition danoise sur la nature de l'intérieur du pays ne peuvent être généralisées et étendues à toutes les parties de la péninsule. L'étude du centre du Grônland a une importance considérable au point de vue théorique et pratique, elle intéresse à la fois les géographes et les géologues, surtout ceux qui étudient les formations de la péninsule Scandinave; aussi doit-elle
recouvrent el eiiipâtetit d*uiic carapace cristalline les terres polaires. M. de Lap|)ai*ent dane son Traité de géologie leur donne le nom de « calotte» glaciail^>s n. (S, du Iradt)
reposer uniquement sur des observations précises. A mon avis, celte étude est une des plus importantes pour la géogra-r phie, la géologie et la physique des régions polaires, qui puissent être menées à bien à l'aide des moyens dont nous disposons aujourd'hui. Sous d'autres rapports encore, une expédition dans Tinlérieur du Griinland est intéressante. En 1870 mon exploration avait soulevé plusieurs questions très curieuses sur lesquelles j'ai une opinion différente de celle de nombreux savants. Une nouvelle expédition me permettra de faire de nouvelles observations destinées à ap})uyer mes tjtiéories.
L^ examen attentif des documents relatifs à la position des anciennes colonies grônlandaises et l'étude des arguments formulés par les archéologues qui placent TOsterhygd sur la côte sud-ouest du Grônland, m'avaient donné sur cette question une opinion en contradiction complète avec celle qui a cours aujourd'hui. Comme on le sait, depuis les travaux d'Egger sur les anciens manuscrits et après le voyage de Graah sur la côte orientale, qui paraissait les confirmer, on place rOsterbygd sur la côte sud-ouest. Pour soutenir ma thèse, je désirais étudier la banquise si redoutée de la côte sud-esl, et me rendre compte de la nature de cette région; en d'autres termes, je voulais reconnaître si un navire pouvait atteindre cette côte.
Ce sont ces considérations qui ont servi de base au plan de voyage que j'ai remis au D' 0. Dickson.
Il y a aujourd'hui neuf siècles que le Normand Eric le Rouge découvrit le Grônland et fonda dans ce pays les premières colonies islandaises. Quelques années plus lard, de hardis marins partirent de ces établissements pour les mers méridionales, et, après une navigation mouvementée, atteignirent la côte américaine*. Les nations Scandinaves peuvent ainsi revendiquer l'honneur de la découverte du Nouveau Monde. On ignore si, à la suite de ces expéditions, les Scandinaves s'établirent à demeure sur le continent américain ; en tout cas, de nombreux documents islandais prouvent le rapide développement des colonies gronlandaises. Elles comptaient plus de trois cents maisons; deux cents, réparties en douze paroisses, étaient situées dans VÔsterbygdi une centaine, divisées en trois ou quatre paroisses, dans le Vestei'bygd . Pendant quatre siècles le Grônland forma un évéché : il envoya même des subsides pour les croisades.
Malheureusement, quelques siècles plus tard, les relations cessèrent entre cette colonie et la mère patrie. Peut-être les Scandinaves furent-ils décimés par les épidémies et par les luttes qu'ils eurent à soutenir contre les Eskimos' qui arrivaient du nord de la péninsule, ou peut-être, ce qui est plus probable, se fondirent-ils avec les indigènes, dont le genre de vie était plus approprié au climat et aux ressources du pays que celui des Normands. Quoi qu'il en soit, on ne peut douter qu'une des races les plus fortes et les mieux douées ait été détruite ou absorbée par une des races les plus inférieui'es comme intelligence et comme force physique. Le Grônland qui, jusque-là, était une dépendance du royaume de Norvège, fut ensuite complètement oublié, et il fallut les grandes découvertes de Colomb pour rappeler aux Scandinaves qu'ils avaient jadis occupé des territoires dans cv.iU) partie du monde que le pape partageait entre les peuples de l'Europe méridionale connue un pays nouvellement découvert.