Les Skrâiingar des sagng
« INTROnrCTION.
Guidés par les traditions et la description des itinéraires suivis jadis, les Islandais essayèrent d'atteindre les anciennes colonies Scandinaves du Grônland. Les masses de glace accunndées le long de la côte orientale de cette péninsule — côte qui, yraiseinblahlenient, éliût autrefois beaucoup plus dégagée — firent échouer ces entreprises. Au quinzième siècle enlin, John Davis, en tentiînt le passage du Nord-(Juest, reconnut que la côte occidentale du Grônland était relativement accessible et que de nombreuses baleines, dont la chasse était alors si rémunératrice, s*ébatt^ient dans la mer environnante. L*attrait de ces chasses et Tespoir de trouver des mines d'or au Grônland déterminèrent les Danois à entrepreniln» des expéditions commerciales dîins ces parages. Ces expéditions eurent peu de résultat jusqlrà Tépoque où Hîms Egede fonda des missions évangéli(]ues et des stations de commerce sur la côte occidentale du Grônland. La première de ces missions fut établie en 1721, à Godthaab. Depuis, le nombre et l'importance de ces stations ont considérablement augmenta; aujoin*d'hui elles sont administrées, pour le compte de TKtat danois, par une Compagnie de commerce.
Le Grônland a été ainsi habité par des Scandinaves de 98ô jusqu'au quinzième siècle, et, dans ces cent soixante» dernières années, de nombreux fonctionnaires et missionnaires danois ont fait des séjours plus ou moins longs sur la côte occident^ile. De plus, cette côte a été visitée par presque toutes les expéditions arctitjues (pii se proposaient l'exploration des régions circumpolaires américaines; enfin, plusieurs missions soigneusement organisées ont étudié cette uiome région, (^ette partie du Grônland est, par suite, une des régions polaires dont l'histoire naturelle et l'ethnographie sont le mieux coimues. Néanmoins c'est dans ce pays que nos connaissances géographiques présentent plusieurs lacunes qu'il est très désirable de combler et que je vais ftiire connaître sommaireuient.
La côte orientale du Grônland a été visitée par William Scoresby en 1822, Sabine et Clavering en 1825, W.-A. Graah en 1820-1850, Koldewey en 1868-1869, enlin par plusieurs baleiniers. Cependant aujourd'hui encore, elle est presque complètement inconnue dans sa plus grande étendue; il n'est donc guère possible d'expliquer avec certitude l'histoire de la première colonisation du Grônland par les Scandinaves et celle des expéditions parties de ce pays pour l'Amérique. Tant que la côte sud-orientale du Grônland ne sera pas entièrement connue, on pourra douter de l'exactitude de la position que les savants assignent aux anciennes colonies Scandinaves. Dans ce siècle où les explorations géographiques sont poursuivies avec tant de persévérance, nous ne devons pas laisser inexploré un pays qui s'étend jusque sous le parallèle de Stockholm.
L'intériour du Grônland est encore moins connu que la côte orientale. L'exploration de cette région présente un intérêt particulier. L'hypothèse d'un immense glacier occupant tout le Grônland, hypothèse qui n'a jamais été vérifiée par Tobservation, est, comme on le sait, une des hases fondamentales de la théorie des glacialistes sur la période glaciaire. En 1751 le négociant danois Lars Dalager réussit à parcourir 13 kilomètres dans la ])artie de Yinlandsis située par 62** 31' de latitude nord. Le glacier présentait dans ces parages une surface pLine. En 1867, par 69^30' de latitude nord, Whymper essaya, sans résultiit, de pénétrer dans l'intérieur du pays. Les inégalités du glacier l'arrêtèrent après quelques centaines de pas. Outre ces reconnaissances, on ne compte que trois tentatives sérieuses pour explorer Yinlandsis.
La première tentative a été faite par le docteur Berggren et moi, du 19 au 26 juillet 1870 (68''30' latitude nord). Favorisés par un temps magnifique, nous réussîmes à pénétrer à 50 kilomètres environ dans l'intérieur du Grônland. Sur la lisière, le glacier, découpé par de profondes crevasses, était d'un parcours difficile; au delà, la marche fut plus aisée. Le deuxième jour du voyage, les deux Eskimos qui nous accompagnaient refusèrent d'aller plus loin. Des personnes connaissant les glaciers de la côte nous avaient dissuadé de perdre notre temps et notre argent à une exploration aussi hasardée que celle de ïiîilandsis. Pour cette raison, nous n'avions emporté qu'un équipement très in(;omplet. Nous ne possédions ni cordes, ni tentes, ni traîneaux bien construits, et, après la fuite des Eskimos, nous ne pûmes même prendre avec nous un appareil pour chauffer nos aliments. Dans ces conditions, une longue excursion sur le glacier était impossible ; mais cette expédition me donna la conviction qu'avec quelques solides matelots il ne serait pas très difficile de s'avancer à 200 ou 500 kilomètres, au moins, dans Tintérieur du pays. A ce propos, je rappellerai qu'en juin 1875 je fis, en compagnie du capitaine Palander et de neuf hommes, un voyage d'environ 190 kilomètres sur Yinlandsis qui recouvre la Terre du Nord-Est au Spitzberg. Cette exploration me permit de me rendre compte de l'aspect d'une inlandsis avant la fonte des neiges et des difficultés que présentent à cette époque de l'année les excursions sur les glaciers polaires. L'expérience que j'ai acquise dans cette expédition pourra m'étre utile dans le voyage que je vais entreprendre, si je dois traverser des régions de Yinlandsis encore couvertes des neiges de Thiver.
En 1871 une nouvelle tentative fut faite pour pénétrer sur Yinlandsis, A quelques milles au nord du point d'où j'étais parti en 1870, M. A. Môldrup entreprit une excursion en traîneaux tirés par des chiens. Il rebroussa
chemin après six jours de marche; il n'avait pu pénétrer qu'à quelques milles sur le glacier*.
La troisième exploration de Vinlandsis du Grônland a été exécutée, du 14 juillet au 4 août 1878 (62^40' de latitude nord), par -les Danois J.-A.-D. Jensen et A. Kornerup. Cette expédition avait été soigneusement organisée, mais la surface accidentée du glacier et le mauvais temps empêchèrent les voyageurs d'avancer guère plus loin que les Suédois en
Du point où ils avaient rebroussé chemin, aucun de ces différents explorateurs n'avait aperçu la limite des glaciers dans la direction de l'est. De cette observation il ne faudrait pas conclure ipi'une nappe de glace s'étend sur tout le Grônland. Les considérations (|ue je vais présenter semblent prouver, au contraire, que l'hypothèse d'un continent entièrement couvert de glaciers et situé au-dessous du 80* degré de latitude nord est en contradiction avec les lois de la physique du globe.
Dans le langagcf courant, on donne aux glaciers le nom de « glaces éternelles ». Autrefois cette expression étiiit prise à la lettre; des naturalistes affirmaient même qu'à la longue la glace se transforme en ces cristaux de roche transparents si abondants dans les druses des sommets neigeux des Alpes. Aujourd'hui nous savons que celte dénomination est complèltnnent inexacti;, que les glaciers sont animés d'un mouvement continu, à peine perceptible, et qu'ils subissent de continuelles modifications. Dans un glacier, chacun des grains qui le composent descend lentement d'un point élevé à un point situé en conlrcî-bas, et en toute saison la masse de glace subit d'importantes variations. L'été les glaciers diminuent par l'action de la chaleur, l'hiver par celle de l'évaporation, en tout temps jiar la conductibilité des roches sur lesquelles ils reposent, et, d'autre part, ils augmentent d'épaisseur par la chute des neiges. Cetti» neige, quand elle ne fond pas, se transforme en névé, ci finalement en une masse de glace compacte. Un glacier descend-il d'un réservoir glaciaire alimenté par d'abondantes chutes de neige, il peut pousser son extrémité au delri de la limite inférieure des neiges persistimles, et atteindre une zone où les chutes de neige sont insuftisantes pour compenser les pertes produites par l'ablation et l'évaporation. 11 ne peut donc exister de glaciers dans les pays où la glace ne trouve pas à s'écouler d'un point élevé vers un point situé plus bas, et où la chuh; annuelle de neige ne compense pas les pertes causées par l'ablation et l'évaporation. Ces considérations
i. D'après. les renseignements qui m'ont été donnés au firônland, M. Môldrup a simplement atleint une montagne assez élevée sur la lisière de Vinlandxig,
expliquent Tabsence de glaciers aux environs des pôles du froid de rAncieni et du Nouveau Continent.
11 est facile de prouver que les conditions nécessaires à la formation des glaciers ne se trouvent pas réalisées dans Tintérieur du Grôniand. Pour que des glaciers existassent dans cette région, il faudrait que le sol s'élevât de la côte occidentale, comme de la côte orientale, par des pentes douces, jusqu*au centre de la péninsule ; autrement dit, il faudrait que le pays s'élevât en dos d\ine. Or, sur aucun continent, le relief du sol ne présente pareil prolil, et, vraisemblablement, le Grôniand ne fait pas exception à cette règle. La constitution géologiqiu» de cette péninsule, qui présente une très grande ressemblance avec celle de la Scandinavie, indique de plus que ce pays doit avoir le même aspect que notre patrie; comme elle, le Grôniand doit être bérissé de liantes montagnes découpées par des plaines et de profondes vallées. Probablement, au Grôniand, de même qu'en Suède, en Angleterre et dans les deux Américjues, le principal relief du sol court dans la direction du méridien, le long de la côte occidentale.
Les vents qui détermineraient un(î chute de neige dans Tintérieur du pays doivent, s'ils soudlent de l'océan Atlantique, traverser d'abord le large banc de glace qui bloque, jiresque toute l'année, la côte orientale, et ensuite les montagnes côtières, que nous savons être assez élevées dans de nombreuses localités. Si les vents soufflent, au contraire, du détroit de Davis, ils doivent franchir le principal relief du Grôniand. Dans ces deux cas, après avoir passé les montagnes, ces vents acquièrent les propriétés du fœhn^ c'est-à-dire qu'ils deviennent secs et relativement chauds. Les lois du fœhn sont, comme on le sait, basées sur les considérations suivantes :
Soit AH une chaîne de montagnes. Supposons qu'un vent assez sec pour qu'aucune précipitation ne se produise au sommet, souflle de A en B, en passant par G. En montant au point G, l'air se refroidit par suite de la diminution de la pression atmosphérique et de la dilat<')tion qui en résulte; puis, quand il descend de C en B, sa température s'élève graduellement sous l'influence de l'augment^ition de pression barométrique et de la contraction qui en est la conséquence. Dans la descente, la température et la pression augmentent de la même quantité dont elles ont diminué à la montée. Ainsi l'air sec, après avoir franchi la crête, n'a subi, à son arrivée en B, aucune modification dans son état calori<jue et dans son état hygrométrique.
Les choses se passent différemment lorsque la masse d'air arrivant au point A est voisine du point de satm'ation, comme par exemple celle qui a passé au-dessus d'une large étendue d'eau. Dans ce cas également, l'air, en s'élevant de la mer au sommet de la montagne, se dilate et par suite
iO fNTROOrCTlf».
se refroidit; u»p partie de la vapeur qu'il eonticiit en suspension se préripHf. alors sur In montagne. U e.lialeiir latente de vaporisation mise ainsi en liberté itompcnsc. dans une ceilaine mesure, te refroidissement pi-oduit par la dilatation. Cette chalenr latente de vaporisation, l'air la consene lorsqu'il redeseend la pente verp H. a]>r('s avoir pei-dn la va|>enr
d'eau qu'il tenait en suspension. Ainsi, an delà de la erète, l'nir, primilivemenl Innnide, a une température plus élevée qu'au point tt. et en même tcmpA sa teneur en va|)eur d'eau a diminué. Dans ee trajet il est donc devenu sec et chaud.
Cette influence du relief du sol sur la température et sur l'état hygrométrique des courants aériens s'oiiserve. non seulement en Suisse, mais encore dans la Laponie su^kloisc e1 dans pi'esque tous les pays. C'est à elle qu'on doit attribuer la difîérenre de chmat et de végétation que l'on observe sur les deux versants des .4ndes, sur les doux côtes de la Terr»; de Feu, et sur le littoral occidental et oriental de l'.^ustralie. C'est elle également qui a déterminé la formation des déserts qui couvrent l'intiVieur de l'Asie et de l'Australie, l'Afrique septentrionale et certaines régions de l'Amérique du Nord. Enfin, la sécheresse persistante qui .«e fait sentir, au printemps, dans ta Suède centrale, sous l'influence des vents continus de l'ouest, doit être rapportée à la même cause. Les mêmes effets doivent se produire au Grdnland. Dans ce pays comme partout ailleurs, les vents marins sont chargés d'humiditt'-, mais ils la perdent en passant les montagnes côtières ; par suite, lorsqu'ils arrivent dans l'intérieur de la péninsule, quelle que soit leur direction, ils sont secs et relativement chauds, si ce pays ne présente pas une structure orographique différente des autres régions de la terre. Dans l'intérieur du GrÔnland. la précipitation atinosphéri()ue ne doit donc pas être suffisante pour alimenter une inlandsis.
On ne peut affirmer d'avance que l'intiVieur du Grdnland forme une toundra 'aride. Rn Sibérie n'existe-t-il pas des bois composés d'arbres gigan-
1. Pliine siérric et di^boisi^* bordant It^ câtps dn l'oréiin Gl.irial. \^^ toundrat ont im<' grande étendu?. pnnripali*]nenl en Sibérie. (A', du trad.)
tesques dans clos régions dont lo climat ost hoaucoiip pins rigouronx qu(* celui qui règne probablement dans le centre du Grônland. Du reste le célèbre botaniste Ilooker a prétendu, en se basant sur Tétude de la distribution des plantes au Grônland, que le nom de Grônland ' pourrait être justifié par Taspect de Fintérieurde la presqu'île. Les indigènes, voyant de nombreux troupeaux de rennes se diriger de la côte occidentale vers Test, à travers Yinlanchis^ croient également à Texistence d'un « pays vert » situé au centre du Grônland. Suivant toute vraisemblance, ce « pays vert » doit être un désert dont la flore nVst guère plus riche que celle de la région côtière. En tout cas, que le centre du Grônland soit couvert de forêts comme les régions de la Sibérie voisines du i)ôle du froid, ou qu'il soit une stérile toundra ou un désert de glace, il est du plus haut intérêt de connaître son véritable aspect, et actuellement aucune expédition arctique ne peut avoir un but plus important que l'étude de cette partie du Grônland.
Outre l'exploration de Vinlandsis^ l'expédition pourra aborder différentes études scientifiques, également capitules. A titre d'exemple, j'en cite quelques-unes :
I" Détermination de la limite des glaces flottantes entre F Islande et le cap Fareivell. Sondages et dragages dans ces parages.
Les seules explorations sous-marines exécutées dans cette partie de l'Océan sont celles entreprises lors de la pose des premiers câbles transatlantiques. L'étude de cette mer est intéressante à plusieurs points de vue. Elle permettra d'abord de compléter l'hydrographie de l'océan qui sépare l'Europe de l'Amérique ; en second lieu, elle pourra peut-être révéler la cause des changements qui, depuis la découverte du Grônland, paraissent s'être produits dans l'état des glaces le long de la côte orientale. Sans grande perte de temps, nous exécuterons des sondages durant le trjijet entre l'Islande et la pointe méridionale du Grônland, à une époque où le temps est généralement beau dans ces parages. Peut-être également, h notre retour, pourrons-nous poursuivre ces études, bien qu'en cette saison il y ait moins de chances de trouver une mer suffisamment calme pour ces travaux.
2" Étude de la flore glaciaire^.
Le professeur Wittrock s'occupe de la publication d'un nnportant travail' sur la flore glaciaire. Cette flore, très riche en espèces pour la plupart