‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 48 sur 111 · CONDITIONS DE GISEMENT DES FOSSILES · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE GISEMENT DES FOSSILES

piqûres ne produisaient que des boutons sur ma peau ; mais Hambcrg avait Tépiderme beaucoup plus sensible que moi. Ces insectes étaient particulièrement gênants au moment des repas, alors que nous devions nous débarrasser de la moustiquaire. Toutefois ils étaient moins nombreux ici qu'au fond des fjords, et lorsqu'un vent frais soufflait, nous en étions débarrassés.

Nos deux Eskimos de Godhavn, Nils et Hans, se ressemblaient fort peu : le premier avait les traits d'un Scandinave, le second était un Eskimo pur sang, à en juger par sa chev(»lure et sa barbe noires. Le fângstbàt étant trop lourd pour eux, nous engageâmes à différentes reprises des indigènes d'Ujaragsugsukpour nous aider a ramer el à recueillir d(»s fossiles. La grande (juanlité de fossiles cjui a été rapportée d(\s régions arcti([ues a fait croire à tort que dans les gisements de ce pays on en ramasse partout sur le sol et en aussi grand nombre qu'on le veut. A Atanekerdiuk il en était ainsi jadis, dans une certaine mesure. La limonite qui contient les empreintes de plantes se détache des schistes encaissants et couvre les pentes de ses débris plus ou moins gros. Avant que ce gisement fût exploré, les plantes fossiles jonchaient le sol. Dejuiis, celte localité ayant été souvent visitée» par les géologues, des fouilles sont nécessaiies pour faire une collection importante. A Patoot on peut encore recueillir en très grande quantité des plantes fossiles éparses sur le sol; mais, autre part, on doit creuser pour mettre à jour des empreintes végétales. Dans les régions arctiques, la végétation ne masquant ni le sol ni les coupes de terrain, la découverte de couches fossilifères y est par suite beaucouj) plus facile que dans tout autre pays. C'est là le grand avantage ([ue présentent ces contrées pour faire des collections paléontologiques. Les couches sédimentaires de cette région ne contiennent pas une quantité de fossiles en rapport avec l'énorme puissance qu'elles atteignent, car les grès meubles qui constituent en grande partie les pentes conservent mal les empreintes. Ainsi il peut très bien arriver qu'une coupe d'une puissance de 500 mètres et plus ne contienne aucune strate renfermant des plantes fossiles. Un spécialiste reconnaît tout de suite les couches qu'il doit attaquer avec chance de succès, et ne perd pas son temps a étudier des terrains où il ne trouvera rien.

D'Ujaragsugsuk nos excursions s'étendirent au sud-esl jusqu'à Isunguak, et au nord-ouest jusqu'à Unartoarsuk, localité située entre le gisement de charbon de Uitenbenk et Narsak. Tandis qu'à Isunguak les formations tertiaires s'élèvent jusqu'à l'altitude de 420 mètres, elles ne dépassent pas, à Ujaragsugsuk, la hauteur de 290 mètres; plus loin, vers le nord-ouest, elles s'abaissent encore, et à Unartoarsuk elles atteignent h» niveau de la mer. La couleur foncée des schistes friables qui, à Ujaragsugsuk, à Xaujat, à Atanekerdhik et à Patool, recouvrent les grès fossilifères et les sidérites, permet de distinguer facilement les terrains tertiaires des couches crétacées. Jusqu'ici on n'a pas fait attention à ces schistes, {\l il reste à faiie une étude stratigraphique de la formation charbonneuse dans toutes les localités du Waigat qui n'ont pu être encore visitées. Les couches tertiaires situées immédiatement audessus du crétacé sont particulieremeut intéressantes. Un gisement que nous avons découvert le 2 juillet, au sud d*lgdlokunguak, a fourni notamment de magnifi(|ues empreintes. Pour stimuler le zèle des indigènes dans la rir.herch(i des fossiles, nous discernions d(* petites récompenses à ceux (|ui dtV.ouvraient les plus belles pièces. Nordenskiold avait acheté à (îodhavn, comme objets d'échange, des rubans, des couteaux, des pipes; cette pacotille nous fut tivs utile dans nos recherches. Mis remportii le premier prix; les autres l'eçurent également en récompense de petits cadeaux.

Parmi les fossiles que nous avons mis à jour dans cette localité, je dois citer une fi^uille emjHMinée, longue de plus de trente centimètres (p. 230, lig. 4), presque semblable à celle de l'ai'bre à pain. Outre cette f(»uillt% nous découvrîmes des fruits et des fleurs mâles qui paraissent st» rapporter à ce végétal ; il est donc permis de penser que jcidis au Gronland a v<k'u une espi^ce rapprochée de l'ai'bre à pain (Artocarpus mcisa)^ dont le principal habitat se trouve aujourd'hui dans les iles des mers du Sud et d<^s Indes Orientales. L'exemplaire le plus complet de cette feuille (jui ait été découvert est la plus grande empreinte de feuilles dicotylédonées rapportée des régions arctiques.

Dans ces mêmes couches nous trouvâmes une quantité d'autres plantes fossiles, telles que des feuilles de tulipier (Liriodendron)^

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Carte de l'Ik IHsko et de la c4le avoisiitaiite. {Eitrute des Meddelttur «m Crtnlond, vol. V

258 I.A Si-;(:0.\f)K EXI'ÉIIITIO.N AC lillÔMA.Nh.

th inagnulias, de loliis (.Ve/umfcium) ol Je li};ui(?rs, des cônes de coiiifin-cs, iioUiinmnnt i\t'. swiiioias el du Morkonia cyclotoxon (p. 259, lîg. 5). (]ui ressemhlo bcaiifOiip an cyprùs, enfin des écailles do cônes il'un genre de Dammara qni ne se Iroiive aujoui-d'hui que

it fu^ilu lie l'ai'brc û pin (grandeur nuluivllo) .

dans les Indes, d:ins les îles des mers du Sud el en Auslndie. A Ujaragsugsuk IV'X|iéililion suédoise de 1871 dévouvril de heaux Tragments de tronc d'une fougère arburescenle, Dicksonia punctata (p. 259, fig. 1). I/étude découches d'argiles traversées par des racines el des radicelles carbonisées élait ti'ès iinporlanle iiour connaître le mode de dépôt de ces forniatious. C'est une pi-euve que

Flore jurassique de Ksko.

FnifnnenI île liRo aiGc cicilrica) roliairei d'une foimira srlKin>«i:ent* {Dickionia puaclala SI k ['jang^ui^iik lilsmi-franileur iialurc^llv). — i. Moriamia cycloloxon Dfli., ilc lg liDUlUvro ■«.'iil (RrnDdciir naluralle). — 3. Iliiiiraii ile Séquoia ambigua lliv. viir.. Iruiivi> i l>ra|i«<i|i cleiir dalurellrK — i. Feuille li^il. l/3>.-S. FraKim-iit mile il'uii arlire ii pin iArlocarpu .riRrlIukungiink (Riiiuleur ualurellei- L.-> liiiure^ 1. j et 3 »iit eitroiles de la Flora fmilù Les ligures ielS onl élu deswnées iftyrit nalUM.

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tout au moins les plantes palustres ont vécu là où les terrains fossilifères se sont formés. Heer avait donc raison de soutenir que ces couches s'étaient déposées dans des eaux douces et non en mer, comme des géologues Taffirmaient. Les collections recueillies à Ujaragsugsuk remplissaient trois gi^andes tonnes et une caisse.

Il nous aurait été facile de visiter plusieurs autres localités, si nous avions pu emporter notre tente et changer chaque jour de campement. Mais pour cela il nous aurait fallu un canot plus fort et un plus grand nomhre de rameurs ; d'autre part, nous étions obligés de rester dans une localité déterminée, pour que la Sofia pût nous trouver lorsqu'elle viendrait nous embarquer. Apres chaque excursion nous devions donc revenir à Ujaragsugsuk. Cette localité offrait, il est vrai, certains avantages. Nous pouvions nous procurer chez le marchand différentes denrées dont nous avions besoin, telles que du thé et de la poudre. De plus, ayant pris par mégarde des biscuits que nos dents ne pouvaient entamer, nous fûmes très heureux de pouvoir en acheter à Ujaragsugsuk de plus comestibles. Plusieurs fois les Eskimos nous vendirent de la morue; nous mangeâmes aussi des capelans, qui frayaient alors sur la côte. A cette époque, ces poissons vieiment si haut sur la plage qu'on peut les prendre dans des paniers que l'on promène sur le sable. Les Grônlandais, qui n'estiment guère ce poisson, le font sécher au soleil pour le donner l'hiver aux chiens, à ce que nous dit le marchand. Lorsque ces animaux apercevaient des capelans le long de la plage, ils se jetaient à l'eau pour les attraper, mais sans succès, nous sembla-t-il. Le capelan frais est un mets excellent. En fait de gibier, nous pûmes nous procurer des eiders. Le matin et le soir, ils passaient en bandes nombreuses le long de la côte, à portée de fusil du cap où nous nous embusquions derrière les gros blocs de pierre. Quand un eider tombait, Nils ou Hans mettait à l'eau son kayak pour aller chercher l'oiseau; s'il n'était que blessé, notre homme le poursuivait alors à coups de harpon.

Pendant notre séjour à Ujaragsugsuk, le temps fut presque constamment beau ; un seul jour, le 5 juillet, il fut pluvieux et brumeux. La chaleur était alors très sensible, et chaque matin je pouvais me laver à grande eau dans le ruisseau voisin du village. Près de là se

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trouvait une source limpide, mais pas très fraîche. A cette époque de Tannée, pareille eau était une véritable rareté. Tous les ruisseaux grossis par la fonte des neiges étaient chargés d'une énorme quantité de stam argileux, et lorsque Ton gravissait les montagnes en plein soleil, il était très pénible de ne pouvoir étancher sa soif, alors que des torrents bouillonnaient de tous côtés. Finalement il fallait se contenter d'une eau relativement propre. Aussi avec quelle volupté bûmes-nous au ruisseau transparent qui coulait dans un petit cadre de verdure à Unartoarsuk! Malheureusement nous ne visitâmes qu'une seule fois cette localité.

Pendant notre séjour à Ujaragsugsuk la végétation, dont l'évolution avait commencé pendant le mois de juin, fit des progrès très rapides. Le Salix glauca est la plus grande des plantes arbustives qui se trouvent dans ces parages, mais la plupart des exemplaires rampent sur le sol. Outre cet arbrisseau, il y a là des camarines, des romarins, des Dryas et des bouleaux nains; maison n'y voit aucun bouleau arborescent, comme dans le Gionland méridional. Tous ces arbrisseaux, désignés en langue Scandinave sous le nom général de lyrig (bruyères) — la bi-uyère ne se trouve pourtant pas au Grônland, — fournissent le combustible nécessaire aux feux de bivouac pendant les excursions. Le o juillet nous vîmes pour la première fois en fleur VEpilobium latifolium, la plus belle plante du Grônland septentrional ; ces plantes ne s'épanouirent en grand nombre que quelques jours plus tard, lorsque nous allâmes à Atanekerdluk.

Le 2 juillet au soir, le vent cAawrf souffla de Vinlandsis.Le temps ne me paraissant pas menaçant, je pensai laisser pendant la nuit le canot à l'ancre; pour nous éviter la peine de le haler au rivage. Le marchand vint, au contraire, nous recommander de le tirer à la côte, une tempête étant imminente à son avis. Des nuages noirs qui se montraient alors sur Vinlandm se rapprochèrent rapidement, et à peine eûmes-nous mis à terre le canot qu'un ouragan commença à souffler du sud-est. En même temps la tem|)érature s'éleva sensiblement.Le vent fit une large déchirure dans notre tente.

Le tableau suivant, dressé d'après les observations météorologi-

(|ues faites par Hamberg à Ujaragsugsuk et à Atanekerdluk, donne

'li'I LA SECONDE EXPËDITIOX AU GRÙNLAND.

des in(lic«atioiis sur la température lors de notre premier séjour dans le Waigat. Les chiffres des minima sont d'une rigoureuse exactitude, les niaxima le sont moins. Il était très difBcile de trouver pour le thermomètre un endroit abrité du soleil, et pendant que nous étions absents dans la journée, les rayons solaires frappaient probablement cet instrument.

Températures maxima et minima observées du ^Ojuin au 7 juillet 1885 à Ujaragsugsuk et du 8 au 15 juillet à Atanekerdluk , par A, Hamberg,

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