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Pluie et brouillard. Minimum de la journée
Lueurs rouges dans le ciel au-dessus du Waigat.
Soleil très vif.
Comme l'indique ce tableau, les jours de soleil, la température était véritablement estivale. Un thei'momètre à boule noire, placé complètement à Tabri du vent, marqua, le 29 juin, à deux heures et demie du soir. H- 57% et, le F' juillet, il s'éleva a H- o5\6.
liC 7 juillet nous pliAmes bagages pour aller à Atanekerdluk, de l'autre coté du Waigat, laissant à Ujaragsugsuk nos collections et
ATA.NtKEr.lllUK. 343
un knviik ii|>|)iir[eiiiiiil à un do nos Eskimos. Nous i'cmim(>s iiux indigôuus pour lu cnpiliiiiH> de la So/la des iuMlruclions dans lesquelles nous le priions d'embai'quer nos bagages et lui indiquions la situation probable de notre campement. Pour aider nos rameurs dans la longue traversée du Wîiifjat et dans les excursions que nous |H>uvions entreprendre d'AtnnekerdIuk, nous engageâmes deux habitiiuts d'Ujaragsugsuk. Notre fânyslbâl étant très lourd, et comme de jilus nous traînions à la remorque trois kayaks, nous Tùmcs ti'ès heureux de trouver la mer complètement calme pendant notre tra-
Croquix Aefi environs irAtinekei'dluk.
(D'D|ir«9 H. lL.g.-V. SUeusiruii, HcdàcUUtr om GrànUtnd, val V. )
^ar Nonlenikiôlil. — 1 et It. l'i'iiit'ipaui |[iKniFiil> du |ilBiilei fossiles (erliiiirfti. (I.c pial <lBDoi) raul (r,51.1
versée du détroit. Çk et là, !) une grande distance de nous, quelques phoques montraient leurs gentilles tètes au-dessus de l'eau. Nous leur envoyâmes avec succès quelques coups de fusil : nous en eûmes la preuve, le lendemain, en trouvant échoué à At:inekerdluk un phoque dont la tôte était pei-cée d'une halle.
Alanekeitlluk' est un monticule de dolérile basaltique, haut de 92 mèti'es, situé sur la cèle méridionale de la piesqu'iledeNugsuak, à laquelle il est relié {lar une lan<^ue de tcrm basse. Le nom d'Atanekei-dluk a été étendu par les géologues à toute la contrée avoi-
1 . Ifii|.i-i-s M. K.J.-V. Slppri>lLii|i, roll.1 lci,;ililû s'apjwHomil Alanikurclliik. b? nom d'Alannkcrilluk olanl iiiuinlenant ailoptù |)ar la nutumlislcs, un chungcmont est aujourd'hui impossible.
244 LA SKCONDE EXPÉDITION Ail GRÔNLANl).
sinanle. Jadis un hameau indigène était établi sur cette pointe; on y voit encore des huttes, ([ui servent d'aliri aux Eskimos lorsqu'ils vont à la chasse. Dans ces cabanes ouvertes à tout venant, nous trouvâmes des marmites et autres ustensiles de cuisine : heureux pays que celui-ci oii le vol est inconnu ! Autour de ces huttes le sol était couvert d'un tapis de hautes herbes ; d'autres points de la presqu'île présentaient également des emplacements commodes pour dresser la tente. Une source d'excellente eau jaillissait sur cette langue de terre. Nous ne connûmes les ressources de la localité que peu à peu; comme je devais surtout travailler sur le continent près du ravin \ le campement fut établi dans son voisinage. Si Ton doit faire un séjour dans ces parages, je conseillerai de s'établir à Atanckerdluk, eiit-on même l'intention de faire chaque jour une longue excursion sur le rivage. Du reste, le trajet à la côte peut être abrégé en traversant dans un petit canot la baie qui sépare la presqu'île du continent. On pourrait encore conseiller de camper sur les tapis de gazon qui se trouvent à une altitude de 300 à 550 mètres.
Nous installâmes tout d'abord notre lente sur un terrain complètement nu, à l'ouest du ruisseau. Le voisinage de ce petit cours d'eau ne nous était d'aucune utilité. Le bruit du bouillonnement de ses cascades nous incommodait, et l'eau qu'il contenait, toute souillée d'argile, n'était pas potable. Nous essayâmes, mais sans résultat, de la liltrer dans des sacs en toile dont nous nous servions pour recueillir de la neige rouge. Comme il n'y avait point d'autre eau dans le voisinage, nous dûmes, pendant tout notre séjour dans cette localité, faire fondre des blocs de glace qui venaient échouer sur le rivage. A cette époque de l'année, les drifi$ qui dérivent dans le Waigat proviennent du vêlage du glacier; la glace qui les com|)ose étant le produit de la précipitation atmosphéri(|ue, l'eau qu'ils fournissent est excellente. Nous n'avions donc pas i\ nous plaindre. Du reste, par ces temps chauds, l'opération d6 la fonte était facile : il suffisait de placer un morceau de glace dans un récipient et de l'y laisser quelque temps. Mais sou-
i . Le ravin est indiqué par le mol klyfla s^uv la carte de la page 243. (Noie du Irati,)
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vent aucun glaçon n'échouait prcs de la tente; nous devions alors aller chercher la glace à une certaine distance.
Les tempêtes étant devenues fréquentes, des masses de poussier^ chassées par le vent pénétraient dans notre tente. Cet inconvénient nous ohligea à changer de campement et à nous étahlir un peu h Test, sur le rivage même, dans une hutte dont il ne restait que les quatre murs. Cet abri ne nous protégeait qu'insufïisamment, et, h la fin de notre séjour, les coups de vent étaient si violents que nous dûmes étayer le bas de la tente avec les rames de Tembai^cation. Souvent, la nuit, nous étions obligés de nous lever pour assujettir la corde ou augmenter la charge de grosses pierres pLicée sur les piquets.
Pendant cette exploration d(»s bords du Waigat, nous fîmes Texpérience du caractère des Eskimos. C'étaient des gens d'humeur facile et pleins de bonne volonté, mais sans aucune initiative, incapables de penser par eux-mêmes et d'entreprendre le moindre travail sans en avoir re^i l'ordre. La tente menaçait-elle d'être renversée, ils ne se levaient jamais pour aller la consolider avant que je l'eusse commandé. Il en était de même pour tout; jamais ils ne se levaient le matin, jamais ils n'allumaient le feu ni ne faisaient fondre la glace sans un ordre de notre part. A la longue, il devint très ennuyeux de leur rappeler continuellement ce qu'ils devaient faire. Pour excuser les Eskimos, je dois ajouter qu'ils ne savaient que quelques mots de danois et que nous n'avions pas une connaissance plus étendue de leur langue; par suite nous ne pouvion,s leur donner des instructions une fois pour toutes. Nous nous faisions comprendre d'eux par signes, et ces conversations mimées étaient beaucoup plus faciles qu'on ne pourrait le supposer. Pour le reste, nous n'avons eu qu'à nous louer de nos compagnons : ils étaient toujours de bonne humeur et d'une honnêteté à laquelle nous ne saurions trop rendre hommage.
Pour des géologues, la poussière pénétrante dont nous nous plaignions avait un grand intérêt. Ce phénomène explique en effet le mode de dépôt du lœss^ ce sédiment éolien qui recouvre de vastes étendues de l'Europe centrale. A Atanekerdluk, au moment de la fonte des neiges, les torrents roulent une quantité considérable de
slam; alimentes par une masse d'eau de plus en plus grande, ils débordent bientôt en déposant sur une large zone en dehors de leurs ^ts les particules qu'ils tiennent en. suspension. Une fois la neige fondue et les torrents rentrés dans leurs lits, lorsque le temps est sec, le vent soulève ces slam et les transporte dans toute la région avoisinante. Le même phénomène doit se passer dans les autres localités des régions polaires constituées en majeure partie par des formations sédimentaires meubles. Par suite, je pense que le lœss de l'Europe centrale est un sédiment déposé par les torrents glaciaires, et qui, après que ces cours d'eau se sont retirés, a été transporté par le vent dans d'autres régions. Le lœss serait donc un sédiment d'origine tout à la fois diluvienne et éolienne. Une théorie analogue a déjà été formulée par quelques géologues allemands; mes observations dans les régions arctiques me font partager leur opinion.
La végétation était ici moins développée que sur l'île Disko, néanmoins nous vîmes plusieurs belles plantes qui fleurirent pendant les chaudes journées que nous passâmes à Atanekerdluk. VEpilobium latifolium, notamment, croissait en grand nombre sur les bords du ruisseau ; ces jolies fleurs, qui même dans les pays tempérés seraient admirées, traçaient le long du torrent une ligne rouge que l'on apercevait de très loin. Parmi les autres plantes de cette localité, il faut citer : VArlemisia borealis; Y Erigeron œtapositus, dont les fleurs blanches, lors([u'elles sont complètement écloses, ressemblent à la fraise d'un pasteur luthérien; V Arnica alpina, aux fleurs jaunes, qui, bien éclairées, semblent de petits soleils, et la Vesicaria arctica, commune, du reste, sur les bords du Waigat. VOxyria digyna était très abondante. Nous mangeâmes des queues de cette oseille sauvage en guise de rhubarbe, essai culinaire que nous trouvâmes tout à fait de notre goût.
La flore d' Atanekerdluk est bien chétive en comparaison de la belle végétation dont les empreintes de plantes contenues dans les montagnes avoisinantes attestent l'existence aux âges passés. Atanekerdluk est le gisement le plus riche de plantes fossiles que Ton connaisse. On en parla pour la première fois à la suite de la découverte qu'y lit, vers 1850, le marchand Jens Nielsen, de limonites