Le mot Grônland signifie <n pays vert ». (iV. du irad
2. Une partie de cette flore est désignée sous le nom vulgaire de « neige rouge », plusieurs espèces donnant une coloration itiugeâtiv à la neige sur laquelle elles reposenl. (iV. du irad.)
5. Om snôns och ùens flora, sdrskildl i de arktiska iraklerna, af V.-R. Wittrock (A.-E. Nordenskiold, Sludier och forskningar fôranledda af mina raor i hôga norden, p. 63-124).
microscopiques, a, comme on le sait, pour habitat les champs de neige et de glace des Alpes et des régions polaires. Les principaux' matériauis de ce travail ont été rapportés non point des Alpes, qui ont été parcourues par tant de naturalistes, mais des contrées arctiques explorées pai les expéditions suédoises. En visitant les côtes glacées du Grônland, nous aurons sans doute l'occasion de compléter nos collections de cette flore. Les curieuses études du professeur Wittrock nous ont appris que la glace et la neige pouvaient servir de substratum à une flore permanente présentant une grande variété de formes.
.V Nouvelle élude des roches fossilifères du Grônland.
j Depuis une trentaine d'années, les formations arénacées et schisteuse^!
I des régions arctiques ont fourni de nombreux matériaux pour Tétude du
climat de la terre aux âges passés. Les recheiches des précédentes expéditions arctiques et les mémoires insérés dans les publications de TAcadémie royale des Sciences, dus pour la plupart au professeur Oswald lleer, de Zurich, sont à cet égard très instructifs. Ces études nous ont révélé Texistence de flores très variées et très développées jusqu'à la fin du pliocène, dans ces terres aujourd'hui couvertes de glace. Les naturalistes anglais, danois et suédois ont rapporté du Grônland de belles collections de plantes fossiles; mais ces collections ont été faites, pour la plupart, dans des conditions défavorables, et toutes par des gens incompétents en paléontologie. J'espère adjoindre à notre expédition un paléontologiste dont l'expérience nous permettra de recueillir de nouveaux et importants documents pour ce chapitre de l'histoire de notre globe. Ces études seront facilitées par ce fait que les plus ri<îhes gisements fossilifères du Grônland sont situés dans le voisinage de la localité que j'iii choisie comme poin4 de départ de notre exploration des glaciers. Pendant que je visiterai Tintérieur de la péninsule, le paléontologiste de l'expédition pourra s'occuper des recherches de son domaine.
4" Observations sur les chutes de poussières cosmiques. De nombreuses observations font supposer qu'une petite pluie de particules cosmiques tombe sur toute la surface de la terre, soit périodiquement, soit journellement. On a trouvé, par exemple, en Europe, dans de la neige fraîchement tombée, des particules de fer natif contenant du cobalt, et, sur les champs de glace au nord du Spitzberg, une poussière charbonneuse renfermant également du fer cobaltifère. De plus, sur Vinlandsis du Grônland j'ai découvert de petites quantités de fer natif dans la cryokonite; enfin, dans plusieurs autres pays d'Europe, des trouvailles du même genre ont été faites récemment. Cette pluie est composée de matières beaucoup plus variées qu'on ne le suppose, comme le prouve la décou-
PLAN DE VOYAGE. i5
verte de petits eristiiux jaunes sur un champ de glace de la presqu'île dç Taimur, lors du voyage de la Vega, découverte qui ne fut uialheureusement pas assez étudiée*. De nouvelles recherches sur la composition de ces poussières seraient nécessaires pour trancher plusieurs questions importantes qui intiTcssent tout à la fois la géologie et Tastronomie. La quantité de poussière qui tomhe annuellement dans chaque localité est très faible, aussi ces études sont-elles fort difliciles dans des régions peuplées, encombrées d'usines, et où le sol n'est recouvert de neige que peu de temps. Au contraire, les régions arctiques sont très favorables aux recherches de ce genre; l'atmosphère n'y est point chargée de poussières industrielles, et la blancheur des neiges permet de distinguer facilement les cristaux noirs tombés à sa surface. Sans perte de temps, notre expédition pourra s'occuper de ces curieuses études sur Yinlandsis et sur les champs de glace entre l'Islande et le Grônland.
Si Tétat des glaces est favorable dans la mer de BafOn, et si, dans les environs de l'île Disko, la provision de charbon du navire est encore suflisante pour une excursion plus au nord, ou si les couches de charbon qui se trouvent dans ces parages peuvent fournir une certaine quantité de combustible, il est à désirer que le navire fasse une reconnaissance jusqu'au cap York, le long de la côte occidentale, pendant que j'explorerai Yinlandsis. D'après les renseignements recueillis en 1818 par les explorateurs anglais Ross et Sabine auprès des Eskimos, on trouverait plusieurs grands blocs de fer ronds sur une montiigne appelée par les indigènes Savilik (la Montagne du fer) et située par l(i^ 10' de latitude nord, dans le voisinage du cap York. De ces blocs, les Eskimos détacheraient de petits morceaux de fer pour fabriquer leurs engins de chasse et leui's usti^nsiles de ménage. D'après l'analyse faite d'un ustensile en fer provenant de ce gisement, ces blocs contiendraient une petite quantité de nickel. Les renseignements donnés par les Eskimos me font croire ((ue ces blocs sont de même nature que ceux découverts par moi, en 1870, à Ovifak, dans l'île Disko. 11 est étonnant que cette intéressante observation de Ross et de Sabine n'ait pas attiré l'attention des nond)reux explorateurs qui depuis ont visité ces parages. Une excursion au cap York permettra donc d'examiner les conditions de gisement des blocs de fer natif du Grônland, qui ont fait l'objet de tant de discussions ; en outre, un séjour de quelques jours sur cette partie peu connue de la côte occidentale du Grônland sera d'un gi*and
1. Voir A.-E. Nordenskiôld, Voyage de là Vega autour de VEurope el de rAsie, traduit par MM. Ch. Rubot el Ch. Lalleiiiaiid. Librairie HacheUe et 0\ Vol. I, p. !288 à 294.
i4 INTRODUCTION.
intérêt à beaucoup d'autres égards; elle oiTrira, par exemple, aux natu ralistes roccasion d'étudier dans ces parages des formations semblables au: couches fossilifères de Tile Disko.
Comme les précédentes expéditions suédoises, celle que je me proposa d'organiser comptera dans ses rangs un nombreux personnel scientifique Chacun de ses membres, je n'en doute pas, tiendra à honneur de se mon trer digne de ses devanciers. Le caractère technique des travaux qu'entre prendront mes collaborateurs me détermine à ne pas les exposer.
Un autre sujet d'études important sur lequel porteront nos recherches es la détermination de la position des anciennes colonies Scandinaves ai Grônlandy rEriksfjord, Brattalid, la cathédrale de Gardar, THerjolfsnâs, etc Une exploration entreprise au Grôniand par des Scandinaves serait incom plète si des recherches de ce genre étaient laissées de côté. Cette questioi passe, à tort à mon avis, pour résolue par les études des archéologues. Ce: savante placent YOsterbygd à l'ouest de la pointe méridionale du Grôniand entre le cap Farewell et le 61* degré de latitude nord, et le Vesierbygd ui peu plus au nord sur la côte occidentale. Si, sans opinion préconçue, Toi étudie les anciennes sagas islandaises, recueillies si soigneusement par lei savants danois, il me parait diflicile d'accepter cette théorie. A mon avii TEriksfjord, sa cathédrale et ses nombreuses habitations n'ont point encon été découverts, et leur emplacement doit être cherché, non point sur h côte occidentale, mais sur la côte orientide, au noitl du cap Farewell, suj cette côte orientale dont l'accès est aujourd'hui si difficile. Les observation: que j'ai faites des jnouvements des glaces dans d'autres parties de l'océai Glacial m'ont donné la conviction qu'il existe, en autonme, un chenal libn le long de ce littoral, et qu'en le remontant vei's le nord on peut attein I dre cette côte sans trop de diflicultés. Cette tentative ne peut se faire avan , le commencement de septembre. L'exploration de Vinlandsis terminée i notre expédition pourra doue essayer de longer la côte orientale au noit 1 du cap Farewell et de visiter les Qords de cette partie du littoral.
En conséquence, j'ai l'honneur de proposer le progrannne suivan d'exploration :
L'expédition partirait de Suède l'an prochain, dans la seconde quinzaiiK de mai. Elle s'embarquerait sur un vapeur de dimensions moyennes construit de préférence en fer suédois, et divisé en plusieurs comparti ments par de solides cloisons étanches. Bien que l'exploration ne doivi ' duix»r que la saison d'été, il serait indispensable que le navire fut approvi «ionné pour un an et muni des écjuipement^ nécessaires pour un hivernage
Outre les approvisionneiiienls, nous emporterions de nouihreux instrumenta pour les observations scientifiques et tout un attirail de traîneaux et d'engins soigneusement construits pour Texploration des glaciers. Le navire serait commandé par un capitaine habitué à la navigation au milieu des glaces, et un patron de fàngstjakt^ lui serait adjoint comme pilote des glaces. Outre le chef de l'expédition, l'état-major scientifique comprendrait quatre naturalistes, dont un médecin.
De Suède le navire se dirigera vers un port de l'Ecosse septentrionale pour y faire du charbon, puis de là vers Reykjavik. L'expédition relâchera quelques jours dans ce port pour compléter sa provision de combustible et permettre au mécanicien de visiter la machine. D'Islande nous ferons route à l'ouest vers Yiskant^^ nous suivrons ensuite la banquise vers le sud, sans jamais essayer de la forcer. A moins que, contre toute prévision, la côte orientale ne soit libre, nous n'y relâcherons pas à l'aller. Cette éventualité est, du reste, peu probable. Après avoir doublé le cap Farewell, le navire relâchera à Ivigtut, où il prendra du charbon à l'approvisionnement que la compagnie minière tient à notre disposition. Puis le navire longera la côte occidentale du Grônland, relâchera, si cela est possible, à Egedesminde, et entrera dans l'Aulailsivik-Qord, que j'ai choisi comme point de départ de notre exploration sur les glaciers. D'après mes prévisions, l'exploration de l'tnlandsis durera de trente à quarante jours et sera terminée au milieu d'août. Pendant ce temps le navire se dirigera, par le Waigat, sur Omenak, où le paléontologiste étudiera les nombreux gisements de plantes fossiles qui se trouvent dans ces parages. Si l'état des glaces le permet et si l'approvisionnement de charbon est suflisant, le navire fera route au nord, vers le cap York, où les naturalistes auront l'occasion de faire d'importimtes études géologiques, minéralogiques, botaniques et zoologiques. Dans le ' milieu d'août, le navire reviendra dans l'Aulaitsivik-fjord pour rembarquer / la caravane qui aura exploré l'intérieur du pays, et ira de là relâcher quelques jours à Ivigtut pour y faire du charbon, il doublera ensuite le cap Farewell et suivra la côte orientale en s'engageant dans le chenal libre qui, je le suppose, existe le long de terre. Dans cette région nous apporterons une attention toute particulière à Texploration des fjords dans lesquels nous pourrons entrer, en prenant pour guides les renseignements topographiques donnés par les sagas islandaises. A la fin de septembre, l'expédition reviendra à Reykjavik en contournant les chamjis de drifis^ au largo de la côte, puis rentrera en Suède.
1. Navii-ede pècho dans roccaii Glacial. (iV. du Irad* â> Lisière de la banquise. (N. du tradi) ô. Glaces flottantes. (N, du trad.)
16 INTRODLCTJON.
Le tablenu suivant donne, en chiffres ronds, losdisUinces(|uel*ex|)éditioa doit parcouj'ir.
De Gothenbout'g à Tliui'so 500 milles iiiurins.
De Tliui-so à Reykjavik 700 —
De Reykjavik à Ivigtut en longeant Viskant 870 —
D'Ivigiut à rAulaitsivik-fjord 540 —
De l'AuIailsivik-fjord à Onieuiik par le ^Vaigat 530 —
D'Omenak au cap York 400 —
Stockholm, le 50 décembre 188'2.
A.-E. NoilDENSKIÔLD. *
Le D' Dickson approuva ce plan d'exploration et m'offril de couvrir à lui seul les frais du voyage. Il nous assura par avance que tous les soins seraient apportés à l'armement du navire, et que rien ne serait épai^né pour assurer notre sécurité. C'était la septième ex})édition arctique à laquelle M. Dickson apportait le concours de ses libéralités.
Tout d'abord il fallut choisir un navire a])proprié au but de l'expédition. Un navire tel que la Vega ne convenait guère pour un voyage comme celui que je me proposais d'entreprendre. Sa machine était trop faible; d'autre part, son tonnage était trop fort pour naviguer dans une mer peu ou point connue, au milieu d'un skdrgàrd^ encombré de récifs dont la position n'est indiquée sur aucune carte et par aucune balise. Un petit vapeur ne pouvait, il est vrai, transporter la quantité de combustible nécessaire à un voyage de 8 à 10000 milles marins; encore dans ce chiflVe ne fais-je pas entrer en ligne de compte les détours. Cette difficulté fut aplanie par l'engagement que prirent les autorités danoises et les deux sociétés
Det forenede Dampskibselskab et Kryolith Mine og Handels Sehkab, de nous fournir du charbon dans diflérentes localités.
1 . Skârgârd en suédois, skjeryaarden danois el en norvégien, « archipel côlier >). (iV. du Irad,)
A Reykjavik on mellail à notre disposition une quantité illimitée de combustible; à Ivigtut (Gronland sud-occidental), 200 tonnes, et, dans une des colonies du nord-ouest du Gronland, 40 tonnes au moins. Dès lors il devenait possible d'employer un vapeur d'un tonnage assez faible pour pouvoir naviguer facilement dans le skdrgàrd, et suffisamment grand toutefois pour traverser l'Océan et pour nous offrir une instalhiidk commode, au cas où un hivernage serait nécessaire. Je désirais de plus que notre bâtiment fût solidement construit et muni d'une forte machine. Il était inutile, à mon avis, de surcharger le navire par des renforcements, l'expérience m'ayanl appris qu'on n'arrive à aucun résultat en forçant les banquises, et que le plus solide navire est presque toujours écrasé lorsqu'il est pressé entre deux champs de glace.
Un des navires qui nous convenaient le mieux était le vapeur la Sofia. 11 avait été construit en fer suédois, à l'usine de Motala, sous la direction du capitaine Carlsund; il était alors employé au service de la poste d'hiver dans la Baltique. L'expédition suédoise arctique de 1868 montait ce bâtiment. Sous le commandement du baron F.-W. von Otter, la Sofia atteignit, durant cette campagne, la plus haute latitude à laquelle un navire soit arrivé dans l'Ancien Monde. En 1876, pendant une tourmente de neige, elle avait échoué sur un récif, devant Oskarshamn, et avait été abandonnée par l'équipage. Au grand étonncment de tous, le ressac et la tempête jetèrent le navire par-dessus l'écueil, et le poussèrent à la côte, où l'on parvint à le sauver. Après cet accident, le bâtiment avait été soigneusement réparé, et maintenant il se trouvait en parfait état, La Sofia n'étant pas employée pendant l'été par l'administration des postes, j'adressai une requête à Sa Majesté le Roi pour lui demander de la prêter à l'expédition, sans que je fusse tenu
LA SECO^IDE KXPEO. AU GRONLAND.
18 l.NTUODrCTlON.
d'assurer le navire ou de le remplacer en cas de perte, à moins que la peinte ne provînt d'une faute grave de ma part. Après avis conforme du directeur général des postes, M. W. Roos, Sa Majesté, dans un message en date du 7 février 1883, soumit le projet aux Chambres, (jui Tadoptèreiit à l'unanimité.
Le service d'hivei* terminé, la Sofia fut remorquée à l'usine de Lindholmen, près de Gotlienbourg, où sa machine J^Nait être visitée. Elle embarqua ensuite des approvisionnements p«ur quatorze mois et pour un équipage de vingt-quatre hommes, les équipements nécessaires pour un hivernage, de nombreux instruments soigneusement choisis, et tout l'attirail nécessaire pour l'exploration des glaciers. iM. Dickson n'épargna aucune dépense pour nous procurer un matériel aussi complet et aussi soigné que [)ossible. En outre, la Sofia fut munie d'un gréement suffisant pour le cas où une avarie arriverait à la machine; une machine à vapeur fut installée dans la chaloupe, et uniî des embarcations du bord remplacée par un fângstbàt^'^ enfin, nous empoi'tâmes un canot norvégien et deux embarcations en toile à voile du svstème Berfon.
Le 21 et le 22 mai 1883, l'équipage fut passé en revue. Le tableau suivant donne sa composition :
A.-E. NoRDENSKiôLD, clief ilc roxpédilion, né le 18 novembre inît*"!.
A. -G. Nathorst, docteur en philosophie^ aujourd'hui pmfesseur, eonsenateur du Musoe roval, né le 7 novembre 1850.
J.-A. Berlin, licencié en médi'cine, médecin de Texpédilion, né le 7 aoùl 18ôl.
C.-^V. FoRSSTRAND, Candidat* en philosophie, conservaleur adjoint des collections de l'université d'L'psal, zmdogisle, né le 4 juillet 18;)4.
G.-I. KoLTHOFF; préparateur du nmsée de zoologiif d'ijjsal, né le 14 décemlvre i8i5«
A. Hamberg, étudiant ;i rÉc(de supérieure de Stockholm, hydnigraphe, né le 17 janvier 18(55.
C.-J.-O. Kjkllstrôm» adjudant de bataillon au régiment de Sondernianie, to(X)graphe et photographe, né le 10 décend)re 1855.
] . Chaloupi^ en usage dans l'océan Glacial |Miur poursuivre les cétacés. (A . du trad») "1. Grade universitaire correspondant à la licence. (.Y. du trad»)
E. NiLSSox, eapilainc d«' la Sofia, né le 29 inai-s 1850.
P.-A. UôR.\FELDT, premier maître, né le 13 juin 1857.
S.-A. JoHAiWESEN, deuxième maître, né le 24 juin 1851.
J.-P. JoiiîisoN, premier mécanicien, né le 16 mai-s 1820.
P.-C. La>'uergren, deuxième mécanicien, né le 4 avril 1859.
J.-E. Esoif iïuLi, chauffeur, né le 16 mai 1846.