FLORE CRÉTACÉE
verts (le feuilles vcrles. S'appuyant sur l'étude de cette flore, Heer a évalué à eiiviroti -+- 12" lii température moyenne de l'iinnée dans cette |»artie du (iiouland à l'époque tertiaire, et à -h Ti" les plus basses températures des hivers de cette époque. Aujourd'hui la température moyenne annuelle de celle région est de — 8", et celle de janvier d'environ — 15°. Ces chifîres indiquent le chanfçement de climat qni s'est produit dans cette région depuis l'époque tertiaire; nous venons liientùt qu'auparavant la température était encore [dus élevé»! au (Irônland.
Atanekorilluk, déjà connu dans le monde scientilîque par son
Soiichu CLigugt'u (luns Il'S ruuclies d'Alaiii-kuL-dluk.
iCr.iviii'c filrailo <k' t'oiivi.ige Rtdagr.reliK ff-r en ripeiition lill Grûniniirf nr ISn. \: S!, l«>r A,-E. Nor.U-.«kinM.)
gisement de plantes fossiles tertiaires, acquit une nouvelle célébrité lorsque Noixienskiôld y eut découvert en 1870 une Hore crétacée. Comme je l'ai déjà dit, les limuniles contenant des empreintes de plantes tertiaires se rencontrent à une altitude de 550 mètres. A une hauteur d'environ fiO mètres, un peu au nonl-oucst du ruisseau {'2 de la |^rav. de la p. 24.'»), Nordenskiôld trouva des schistes bitumineux cnnlenanl une flore très riche, complètement différente de celle de l'époque tertiaire. Heer, qui étudia également les plantes provenant de cet horizon, montra que, suivant toute vraisemblance, elles appartenaient au crétacé, au cénomanien. Noi^denskiôld avait rapporté do ce gisement 55 espèces; après les recherches de Steenstrup dans cette localité, le nombre des espi-ces de cette flore s'éleva à 90, Steenstrup avait trouvé des plantes fossiles crétacées
sur le rivage au sud du ruisseau et sur la côte de la petite presqu'île. Le nombre des espèces recueillies dans ces deux derniers gisements n'est donc pas considérable.
Il est très rare de rencontrer des couches fossilifères aussi riches et d'âge différent sur un espace aussi restreint qu'à Atanekerdiuk. La flore créUicée découverte par Nordenskiôld n'a aucune espèce commune avec la flore tertiaire (jue j'ai fait connaître, et son faciès est complètement différent. La flore crétacée de l'Atanekerdluk inférieur, ou flore d'Atane, comme on l'appelle communément du nom de son gisement, se compose surtout de cycadées, qui manquent complètement dans les couches tertiaires et qui aujourd'hui ne se trouvent que dans les régions tropicales ou subtropicales. Le Cycas Dicksoni est la plus curieuse des empreintes de cette flore qui ont été recueillies à Atanekerdiuk avant notre exploration. Actuellement les Cycas ne se rencontrent que dans la partie du Japon située au sud du tropique. Les fougères sont très nombreuses et représentées par un grand nombre de genres, parmi lesquels je citerai celui des Gleichenia^ qui est cantonné aujourd'hui dans l'hémisphère austral et qui ne dépasse pas au nord le Japon méridional. Les espèces de ce genre, reconnaissables aux ramifications dichotones de leur tige (voir la figure de la p. 253), étaient très abondantes au Grônland à l'époque crétacée, particulièrement dans les premiers âges. La présence des Gleichenia et du Cycas Dicksoni dans ces couches est une preuve des modifications survenues dans la végétation du globe et en même temps des migrations des plantes. Les conifèi'es sont également représentés dans ces couches, les Séquoia notamment, par quatre espèces qui diffèrent notablement de celles du tertiaire. Parmi les arbres feuillm dont on trouve des débris à Atane, il faut citer plusieurs espèces de peupliers, de chênes, de figuiers (des feuilles et des fruits de ce dernier arbre sont figurés sur la gravure de la page 257, iig. o), un tulipier, plusieurs magnolias (iig. 5 de la gravure de la page 257) et une quantité de légumineuses arborescentes des genres Colutea^ Cassia et Dalbergia. Le tulipier — arbre ainsi appelé à cause de ses grandes fleurs semblables à colles de la tulipe — n'est représenté que par une espèce, \eLiriodendron Meekii {lig. 1 et 2 de la gravure de la page 257), qui
FLORK CRÉTACÉE. 2ù3
a (lùjù Ole rencoiiti-ée (iîiiis l« ci-élacc île l'Amérique scptenti'ioriaie. Il élîiil alors 1res commun au (Irônland. Avant notre expédition on connaissait do la flore d'Atane 177 espèces, recueillies dansces différents gisements, y compris celui d'igdlokunguak. D'après les études que Heer a faites de ces empreintes végétales, le Grônland avait à cette époque un climat subtropical avec une température moyenne annuelle d'au moins -f- 20°. Les Ciiractères qui distinguent la flore
Gleicltenia Zippei OiirJ. sp. trouvi'-c 1 Palloriik (grand, nal.),
KmKmenls rl« f«uille strrili; i^t r1« feuitle rmile. {D'j|'n< In Flora foHilù arclica.)
d'Atane de la flore tertiaire qui se développait par une température moyenne de -+- '12° sont tivs im{Hirlants à observer pour l'étude des variations de climats; par suite il est du plus haut intérêt de connaître les floi-es qui ont vécu entre ces deux époques. Comme je le raconterai plus loin, on a découvert à Patoot une flore intermédiaire entre celle d'Atane et celle des terrains tertiaires. A Atanekei-dluk je regardai comme une étude de la plus haute importance de rechercher si, entre les couches crétiicées situées à une altitude de 61) mètres
et les couches tertiaires (jue Ton rencontre à une hauteur de 550 mètres, on ne trouvait pas de strates contenant des plantes fossiles, et, au cas où j'en découvrirais, de déterminer leur âge. On pouvait s'attendre a retrouver là la flore de Patoot ou peut-être, sous les assises miocènes, des couches éocènes. Les pentes de la montagne sont entièrement couvertes d'éboulis, et ce n'était que dans le ravin {klyfta sur la carte de la page 245) creusé par le torrent à travers la montagne (|ue l'on pouvait espérer découvrir des couches lbssilif(*res en place.
Avant de commencer l'étude de ce ravin, je voulais examiner rapidement la côte extérieure de la presqu'île. Je pensais y trouver des exemplaires d'une fougère {Ptem frigida) que Steenstrup y avait découverle et que je désirais vivement étudier.
Le lendemain de notie arrivée à Atanekerdluk, le dimanche 8 juillet, en me promenant sur la [»res(ju'île, j'eus la chance de faire sur la côte extérieure une très intéressante découverte. De ce côté s'étendaient des couches fossilifÎMes dont on ne soupçonnait jusqu'ici ni le nombre ni la richesse. Dans un schiste bitumineux je trouvai notamment de grandes feuilles semblables à celles du platane, qui n'avaient pas encore été décrites. Malheureusement je ne pus atteindre un fragment de schiste inclus dans les basaltes, qui, à en juger de loin, devait renfermer des fossiles. La tempête arrêta bientôt nos recherches, et, comme je l'ai déjà raconté, nous dûmes chercher un abri contre le vent au milieu d'une hutte ruinée. Ce changement de campement occupa une grande partie de la journée; d'autre part, nos gens étaient tro[» fatigués d'avoir travei'sé, la veille, le Waigat à la rame, pour pouvoir travailler ce jour-là. Le lendemain, h fângstbât me transporta aux gisements de fossiles de la presqu'île, qui sont accessibles par mer. Les schistes dont j'ai parlé plus haut renfermaient, comme je le supposais, de nombreuses empreintes de plantes; jt» rap[)orUii notamment des exemplaires très bien consei'vés de la fougère que je cherchais. Pendant que j'étais occupé à ces études, les Eskimos coupaient, autour des ruines du hameau, des herbes sèches pour empaqueter les fossiles. Le 10 je continuai mes recherches dans ce gisement et dans celui que Nordenskiôld avait découvert sur le continent. Ce dernier est très riche
iriodendroailrdtiinr'
en tMîipreintes véjrétales. Comme* nous no projetions aucune excursion on mer, je renvoyai à Ujaraji^suf^^suk dans leui's kayaks les deux Eskimos que j'avais en}(a}(és dans cette localité. Tout le reste de la journée et le hîudemain furent employés à étiqueter et à emballer nos collec^tions ; encore ces deux joui's de travail ne furentils pas suflisanls pour mettre en ordre tous nos matériaux. I^a mission du paléontolofrisle ne consiste |ms seulement, comme le croient les ifînorants, a recut»illir des fossiles, il doit encore indiquer soigneusement leur |)rovenan('t» — sans quoi, les échantillons n'ont guère de valeur — et les empa(|ueter, pour que les empreintes ne soient pas dégradées |»endant le transport. Chaque él^hantillon doit être enveloppé d'herbe secht», (b» mousse» ou de papier, et chaque morceau séparé de son voisin ])ar une couche de même nature. Quelque ennuyeux que soit un pareil travail, il est absolument nécessaire; au retour on est nkiompensé de ses peines en tiX)uvant ses collections en bon état. Les fossiles que nous avions recueillis remplissaient cin(| tonnes.
Durant ces trois jours, llamberg avait proiilé du soleil pour fain; presque tout le temps des observations aclinométriques avec l'héliometre Pouillet. Le l!2, lorsque je commençai l'étude du ravin, il put m'accompagner et, comme à Ujaragsugsuk, il me prêta l'aide la plus empressée dans mes travaux de géologie. Ce jour-là, à mon grand élonnement, mes recherches présentèrent le plus haut intérêt. Dans cette localité cpie tant de géologues avaient auparavant étudiée, j(» n'avais c^siiéré faire» aucune tnuivaille importante, et pourtant après avoir travaillé avec ardeui'jusqu'à neuf heures du soir, je rapportai une» très belle collection, (^ette journée fut employée à faire une première reconnaissance» du ravin jusqu'à hauteur eles formations tertiaires. De la base au sommet de la falaise nous ne découvrîmes pas moins de neuf nouvel le,»s couches fossilifères appartenant toutes à l'étage el'Atanei. Il n'y a donc ici ni strates contenant la iloredeFatoot, ni stratt^s eH)cènes; lescouchesmiex'ènes renfermant des empreintes ele» plantes reposent elire?ctement et el'une manière uniforme sur l'étage d'Atane. Quoique appartenant à la même période géologique, la ilore découverte élans ces couches était très variée. Un petit nombre seulement d'e^spèces étaient communes à toutes les cou-
icée d'Alanckei'dluk.
l'ulÈs d'iprii nilun.)
^200 LA SECONDE EXPÉDITION AU (iRÛMAND.
ches; le plus grand nombre étaient localisées dans chaque horizon.
La prédcnninance, dans certaines couches, de plantes palustres el, dans d'autres, de plantes (jui croissent sur les terrains secs doit étiv attribuée à ce que le sol ét^iil d'uncî nature très difféi'ente dans des localités rapprochées. Ainsi une couche contenait un ^rand nombre de feuilles de tulipier (ii{(. 1 et !2, |). 257) ; une autre renfermait en abondance des branches et des aiguilles de différentes es|)èces de conifrres, notamment d'espèces qui, d'après les recheivhes microscopiques du professeur Schenk, de Leipzig, paraissent appartenir au genre SdadopitySy cantonné aujourd'hui au Japon. Dans celle môme couche je d(k*ouvris des feuilles d'un Gingko (lig. 5 de lu page 259) et d'un conilere du genre Trichopily$ (lig. i de la gravui*e de la page 259), voisin des Ginkgo^ et que l'on n'avait trouvé encoit; que dans des terrains inférieurs au jurassique moyen. Ces formations contenaient en outre (juelques empi*eintes de feuilles appartenant à des arbres à feuillets.
Une autre couche fossililere, située un peu au-dessus de celles que nous venons d(î décrire, était caractérisée par une fougère. Ses fructilicalions étaient parfaitement conservées, et rarement une feuille fossile en présente de semblables (lig. 1 et 2 de la gravure de la page 259). Les découvertes (jue nous fîmes dans d'autres couches furent également très importantes; ces indications prouvent suffisamment que j'avais lieu d'être satisfait de ma journée.
Après avoir déterminé l'âge de toutes les couches de la falaise que coupait le ravin d'AtanekerdIuk, j'étais très désireux d'examiner différents détails pour terminer l'étude de ce terrain. Malheureusement une très forte baisst* du baromètre survenue dans la journée me faisait craindre l'arrivée prochaine du mauvais temps. Mes appréhensions n'étaient que trop justifiées. Le 15, à deux heures du matin, je fus réveillé par de violents coups de vent qui, à différentes reprises, firent sauter les piquets de la tente; toute la matinée nous ne pûmes être tranquilles. Des nuages de poussière remplissaient l'air; devant ces menaces de pluie, nous nous occupâmes de mettre à l'abri les collections. A peine nos précieux fossiles furent-ils en sûreté que la pluie comnien<;a, el toute la journée nous dûmes rester sous la tente, occupés à éti(jueler les collections faites la veille.