‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 52 sur 111 · FLORE CRÉTACÉE · texte numérisé non relu

FLORE CRÉTACÉE

« Nous bouchons les ouvertures de la tente et couvrons le sol de notre abri iVEpilobium latifolium; il est vraiment dommage de détruire ces jolies fleurs, mais la né€essité nous y oblige », écrivons-nous dans notre journal. Le 14, le temps n'était pas meilleur. A cette date notre carnet contient la mention suivante : ^< Pluie et tempête continuelles; à chaque instant nous devons consolider la tente. Ennuyé de ma réclusion, je vais dans la matinée visiter le gisement de fossiles découvert par Nordenskiôld, sans autre résultat que de revenir trempé comme une soupe. Dans la soirée, la pluie cesse: immédiatement je pars pour le ravin, où je trouve dans les limonites une belle collection de plantes crétacées. » Le dimanche 15 juillet, la pluie fut moins abondante, mais le vent soufflait toujours avec rage. Accompagné d'un Eskimo, je retournai au ravin, où je rencontrai une nouvelle couche de plantes fossiles; je trouvais les plus belles empreintes dans la couche la plus élevée, celle que j'avais étudiée le 12. J'y découvris de magnifiques empreintes de deux nouvelles espèces de Cycas. La plus grande de ces deux espèces, dont, faute de place, je ne puis reproduii*e qu'un fragment (fig. 5 de la page 259), a des feuilles dont les dimensions dépassent celles du Cycas Steenstrupiy «avec laquelle elle présente d'ailleurs de grandes ressemblances. Les schistes contenant ces empreintes étaient gelés et enfouis sous un amoncellement de neige; pour le moment il était impossible d'y travailler longtemps. On peut s'étonner à bon droit de recueillir dans ce sol glacé des empreintes de plantes dont les représentants actuels ne se trouvent que dans les régions tropicales. La joie de faire ces découvertes me fit oublier le mauvais temps.

Les jours précédents, j'avais craint de voir arriver la Sofia, Désirant terminer tranquillement l'étude du ravin, j'étais enchanté que le navire n'eût pas encore paru. Maintenant que mon travail était terminé, je regi^ettais le retard de la Sofia et commençais à redouter que quelque accident ne fût arrivé à nos camarades. Notre séjour dans ces parages se prolongeant plus que nous ne l'avions compté,' nos provisions étaient fortement entamées; et déjà nous avions songé à envoyer un de nos Kskimos acheter des vivres chez le marchand de Sarkak. Plusieurs fois des chasseurs de phoques étaient venus nous visiter et nous avaient vendu, entre autres choses, des œufs

^m LA SECONDE EXPÉDITION AD GRÔNLAND.

d'hirondelle de mer. Ces œufs élaienl exquis, mais ils ne durèrent pas longtemps. Pour d'autres raisons encore, j'attendais avec impiitience l'arrivée de la Sofia. Dans les derniers jours j'avais pris un fort mal de gorge, et j'étais très désireux de remplacer mon traitement à la poudre dentifrice par des remcnles plus efficaces. Enfin nos tonneaux n'étaient pas assez grands pour contenir toutes nos collections. Notre journal de la journée du 15 se termine pir cette phrase qui indique nos préoccupations : t< Les provisions seront bientôt épuistkîs; quelle peut être la cause du retard de la Sofial » Dans la nuit, après quelques heui^es de sommeil, je dus me i^elever pour assujettir la lente; j'allais me rendormir loi^que le sifflet du navire se fit entendre. La Sofia était tout près du rivage, mais l'état de la mer emjHVhait dt» mettre à l'eau une embarcation. Nous fîmes signe au capitaine de s'abriter derrière la presqu'île, mais il ne comprit pas le sens de nos signaux, et alla au sud-est derrière la pointe d'Ivnarsuit. Impatients d'avoir des nouvelles de l'expédition, et surtout de l'exploration de VinlandsiSj Ilambei^ et moi partîmes au pas ac<îéléré, et, ajirès quelques instants d'attente sur le rivage, Forsstrand vint nous chercher dans une embarcation. Nous apprîmes alors la cause de la longue détention de la Sofia dans l'Aulaitsivikfjord et les dangers qu'elle avait courus en en soiiant. L'exploration de ïinlandsis avait eu un heureux début; les nouvell(»s que l'on nous donnait n'étaient j)ourtant pas très l'assurantes, puisque le médtîcin avait accompagné la caravane pour pouvoir donner ses soins en cas d'accident.

A bord le capitaine me remit des instructions de Nordenskiôld m'indiquant les études que l'expédition devait entreprendre en son absence. Ces instructions étaient ainsi conçues :

Pendant mon exploration sur VinlandsiSj le IV A. -G. Nathorst aura le coiiuuaiidenient de rexpêdition de la Sofia, Je le prie d'exécuter, dans la mesure du possible, les travaux indicpiés dans le plan du voyage. Le 1 i août, la Sofia devra être de retour à Egedesminde pour remban|uer ma caravane. Les travaux de l'expédition dépendent trop du temps, de Tétai des glaces et de circonstances imprévues, pour que je puisse donner des instructions détaillées sur la marche h suivre; je n'ai donc rédigé le programme suivant que pour indiquer mes desiderata :

LNSTIUICTIONS DK NOKDENSKIÔLD. 2C3

S juillet. La Sofia sortira de rAulaitsivikQord.

9 — Arrivée à Godhavn, où Ton embarquera llans Ilendrik. Départ

pour Ujaragsugsuk. Le navire prendra à bord le D' Nathorst et M. Hamberg et les transportera sur l'autre rive du Waigat. Le D' Natborst séjournera sur cette côte du 10 au 1i juillet, pendant ({ue la Sofia ira faire du charbon à Kudiiset. Le bâtiment séjournera ensuite dans le Waigat |)Our que les spécialistes du bord puissent en étudier la faune marine et riiydrograpbie.

15 — La Sofia partira pour Tile du Lièvre (Ilarô), où le D' Natborst

étudiera pendant trois jours les coucbes fossilifères. De Tîle du Lièvre la Sofia traversera le détroit de Davis en faisant (les dragages et des sondages, ou du moins elle avancera dans cette direction juscprà ce cprelle rencontre des glaces.

19 — Retour de la Sofia à Tile du Lièvre, où elle rembarquera le

\V Natborst. Départ pour le cap York. Si l'expédition a besoin de charbon, elle relâchera à Tpernivik, où elle pourra, suivant toute probabilité, se ravitailler en combustible.

2!2 — Arrivée au ca|) York. Etude de la colline Sivalik. Le plus

petit des météorites seia embarqué en entier, si c'est possible, sinon en morceaux : s'il est trop gros pour pouvoir être emporté rncme brisé, on en prendra des fragments. Les membres de l'expédition formeront une collection ethnographique, en donnant aux indigènes, en échange de leurs ustensiles de ménage et de leurs armes, les objets que j'ai achetés à Egedesminde. Je désire surtout des objets fabriqués avec du fer natif de Sivalik. Si le temps le permet, on recueillera de la neige rouge sm* les Crimson Cliffs, à moins que Ton n'en ait récolté ailleurs une collection importante. Les naturalistes chercheront à obtenir des indigènes des renseignements sur rex|)édition américaine qui, depuis deux ans, hiverne à la baie de Lady Franklin. Si la Sofia rencontrait des mend)res de cette expédition, on les prendrait immédiatement à bord.

28 — Départ du cap York.

50 — Arrivée à Omenak.

31 juillet-i) août, — L'expédition recueillera des plantes fossiles dans

les environs du Ijord d'Omenak.

8 e/ 9 aoM/. Débarquement sur un point du Waigat où une exploration

géologique pourrait être entreprise ultérieurement.

2Gi LA SECONDE EXPÉDITION AU GRÔNLAND.

10 août. Lo IV Nalhorsl drbarqiiora soit h Skandsen, soit h Piiilasok ou

à Siiiigiik, pendant que le navire ira à Godhavn pour embarquer du eharhon et pour le nettoyage de la machine.

H — La Sofia partira de Godhavn, ira end)arquer le D*^ Nathorsl,

puis fera r()ul(» vers Egedesminde. J'espère être de retour à cette époque. Si je nVtais pas arrivé h celte date, le navire m'attendrait jusqu'au I i septembre. Passe» cette époque, il reviendrait directement en Suinle sans visiter la côte orientale.

Port de la Sofia^ dans le Tasiusarsoak, le 5 juillet 1885.

A.-E. NORDENSKIÔLD.

Post-Scriptum, — Pendant la durée de son commandement, le IV Nathorst tiendra un journal (pii me sera conmumiqué au retour. Les présent4's instructions sont accompagnées d'une lettre de crédit pcuu' les stations de la Compagnie de commerce du Gronland et d'une lettre pour le gouverneur d'Upernivik à l'eflet d'obtenir du charbon.

A.-K. NORDENSKIÔLD.

La détention de la Sofia dans TAulaitsivikfjord avait fait perdre bien du temps: par suite rembar(|iu»ment du charbon, qui, à la date du IT) août, aurait dû être terminé, nVlait pas encore commencé.

J'avais besoin de plusieurs tonnes j)onr emballer les collections faites à Atanekerdluk, (4 d'autre part il était nécessaire de cercler (le fer certaines caisses trop fragiles pour pouvoir supporter le transport. Comme nous devions preiulii; à Ritenbenk des travailleurs pour Tabîtlage du charbon à la houillère», je me rcnulis, à boixl de la Sofia, dans cette localité, laissant notre, tente» à la garde de Nils et de Hans. Pendant mon absence ces deux indigènes devaient transporter sur le rivage les collections cjue nous avions dû Laisser sur les pentes dt»s montagnes. Le direeienr de la colonie de Fiitenbenk, M. Knuhtsen, qui avait pris passage à (Jodhavn h bord de la Sofia j avait déjà envoyé à la houillère des indigènes d'Ljanigsugsuk. Durant notre court séjour à Ritenbenk, le 10, nous fîmes en mer des dragages el à terre une» collection d*insc»ctes. De son côté, Kolthoff visita dans le voisinage une colonie chî guillemots. Nous passâmes une soirée très agréable dans l'hospitalière maison du

RITENBENK. 265

directeur de h colonie. Pour la première fois dtins la saison, je vis à Rilenbenk des Campanula rotundifolia en fleur. Ces plantes, très communes dans celte localité, avaient des fleurs beaucoup plus grandes que les exemplaires qui vivent en Suède. Le 17, après avoir embarqué des indigènes pour travailler à la houillère — dans cette troupe les femmes étaient en majorité, — la Sofia fit route vers Atanekerdluk, où j'avais l'intention de séjourner tandis que le navire irait faire du charbon. Ayant exécuté pendant la traversée des dragages et des sondages, nous n'arrivâmes h Atanekerdluk ([uh une heure avancée de l'après-midi. Ces recherches hydrographiques nous prirent beaucoup de temps, car les appareils de sondage, étîmt placés à l'arrière, ne pouvaient être actionnés par le treuil à vapeur. Pour remédier à cet inconvénient, je les fis transporter à l'avant, où ils pouvaient être mus par le treuil; cette nouvelle installation présentant de très grands avantages, nous la conservâmes ultérieurement. Nous reconnûmes en outre que le plomb de la sonde était Irop léger pour donner des résultats exacts lorsrju'il traversait des courants violents; nous résolûmes alors de chercher à nous en procurer un plus lourd à Upernivik. Des deux dragages que nous fîmes, un seul réussit; sur le fond argileux du Waigat la faune était riche, mais uniforme. Le cable de notre drague se brouillait souvent en formant des nœuds, et il s'ensuivait une perte de temps dont profitaient les animaux pour s'échapper. Peut-être faut-il attribuer ces désagréments à la construction de notre câble, formé de fils d'acier enroulés autour d'une âme en chanvre.

Kolthoff m'accompagna à Atanekerdluk pour faire, dans les environs, des collections entomologiques; puis la Sofia se dirigea vers la houillère de Ritenbenk. Le 18 juillet, mon compagnon fut très heureux dans ses recherches ; il ne prit pas moins de huit papillons qu'il n'avait pu capturer jusqu'ici. Ce jour-là je comptais étudier avec soin les formations tertiaires; mais, en m'y dirigeant, je découvris une nouvelle couche de limonites, contenant des plantes crétacées, dont je fis une très belle récolte. Pour transporter au rivage toute cette collection, les indigènes firent deux fois le voyage. Pendant ce temps je grimpai jusqu'à une hauteur de 924 mètres à la recherche d'une strate de plantes fossiles qui devait se trouver dans

2(iG l\ SECONHK EXPÉDITION AT ORÔNLAM».

ces panifros. Hien que je n'eusse pas réussi à trouver ee gisement, je fus néanmoins 1res satisfait (hî Tt^xcursion : je remplis mon lierliier, et durant toute cette promenadt; un magnifique panorama sur le Waigal me fit oublier les fatigues ilc» la marche. J'étiquetai mes collections jusqu'à minuit, puis j'envoyai Nils en kayak à S;irkak, pour y engager quatre indigènes qui accompagneraient Kolthoff dans le fùmjiihài \\ l'emboucliurt» de la liviere Kugsinek. La journée du lendemain fut presque entièrement consacrée à emballer les C(dleclions et à cercler de fer les caisses qui les contenaient. Dans la soirée j'allai visiter \i\ gisement découvert le 15, la lemiK'te m*ayaiil empêché ce jour-là de faire une c^)lhTtion dans c(»tle localité, située sur \\\w pente escar|MM». (Iiîlte conclu» contenait égalem(»nt de Iwdles plantes crétacées inclus(îs dans des limonites. Kolthotï s'éliiit mis en route dans ra])rès-midi. La tempête ({u'annonçait une rajnde baisse du baromètre éclata dans la nuit, et, le lendemain malin, le vent était si violent (ju'il fut nécessaire dt» démonter la tente. Imméîdialem(»nt je Ils mettre les bagagt»s dans les sacs, plier notre abri et couvrir le tout par le ta|)is en caoutchouc. A ma grande joie, la nuit [uvcédente était la d<»rnièn? (|ue je devais passer sous cette tente, qui, comme je Tai dit |)lus haut, n'est guère pratique dans les régions arcli(jm*s. Unt^ fois tout (Mi ordre, je grimpai dans le ravin, où je continuai avec succès mes recherches géologi(|ues, en dé|)it delà violence du vent (|ui faisait éboubM* du sable et de petites pit^rres. Vt»rs dix heures du matin la Sofia vint s'abriter, chassée |)ar la tem|)ète (h^ la cot(^ méridiimale du Waigat. On «ivait extmit et embar(|ué environ 150 tonnes de charbon, mais l'ouragan avait empêché de fain^ de l'eau à la houillère. Pendant l'embai'quement du charbon, Forsstrand avait dragué, et Hamberg et le ca|ntaine Niisson avaient recueilli des fossiles. Le 20 au soir, Kolthoff revint de Sarkak, rapportant différtMits exemplaires de Lestrù pomarrhina et un de Lanii^ leucoptents. Là, comme tians toutes les localités fré(pientées jiar les indigènes, la faune ornithologi(|ue est relativement pauvre. Ia' vent ayant molli, mes collcHrtions paléonlologiqu(»s purent être transporté(»s à bord. Avant de retourner à Sarkak, l(»s Kskimos aidèrent à draguer dans la baie d'AtanekenIluk. Dans la matinée du 21. la Sofia repartit pour la houillèœ afin d'y

BIOGRAPHIE DE IIEER. 267

faire de Teau. Durant celle opération je cherchai la position d'un jçrès grossier contenant des plantes fossiles, dont les Eskimos avaient recueilli quelques exemplaires dans des blocs éboulés. J'avais enfin réussi à découvrir cette strate, lorsqu'un coup de vent m'obligea à retourner à bord, sans même avoir eu le temps d'achever de dégager une magnifique empreinte de feuille de plaUine que j'avais découverte. A une heure et demie de l'après-midi, la Sofia leva l'ancre pour faire route vers Upernivik.

La première partie de notre programme d'études paléontologiques dans le Waigat était terminée à mon entière satisfaction. Atanekerdluk, déjà connu comme gisement des flores tertiaire et crétacée, a acquis une nouvelle célébrité par mes découvertes. J'ai trouvé dans le ravin onze couches nouvelles de plantes fossiles el plusieurs autres dans la presqu'île, contenant toutes des espèces inédites. C'est peut-être le gisement le plus riche du monde en empreintes végétales. Je me réjouissais d'annoncer cette nouvelle ùHeer, sachant l'anxiété avec Laquelle il attendait le résultat de mes travaux; avant notre départ il avait insisté particulièrement pour que j'étudiasse toutes les strates du ravin d'Atanekerdluk. Je ne pensais guère alors qu'il ne serait plus là pour apprendre le succès de nos travaux.

Peu d'étrangers ont suivi avec autant d'intérêt que Heer les recherches des expéditions arctiques suédoises depuis leur début. Alors qu'un géographe méconnaissait l'importance scientifique de ces expéditions et cherchait à la diminuer, parce qu'elles ne résolvaient aucune question de pure géographie, Heer déclarait que ces explorations étciient plus utiles à la science que la découverte même du pôle. Avec un zèle infatigable, ce savant a étudié les collections de paléontologie végétale rapportées par les expéditions anglaises, danoises et suédoises, et ses magnifiques travaux nous ont fait connaître la végétatiorv des terres arctiques aux époques passées. Une courte biographie de ce savant me semble donc ici à sa place.

Oswald Heer est né le 51 août 1809 à Niederutzwyl (canton de Saint-Gall). Son père, qui était pasteur, habita ensuite Glaris (1811) et Malt, dansleSernfthal (1817). Tout enfant, Heer attira l'attention des savants par son goût pour les sciences naturelles. En 1828 il alla à l'université de Halle étudier la théologie: en même temps

il s'occupa (riiistoirc naturelle sous la direction de Curl Sprongel, de Kaulfuss, de Germar, de Nitsch et de Kainpf. A l'université il se lia surtout avec des naturalistes, avec l'enlomologiste Germar, avec Junghuhn qui, plus tard, étudia l'histoii^e naturelle de Java, avec Burmeister «jui devint direc^ieur du muséum de Buenos-Ayres. En 1831 il lut nommé pasteur à Saint-Gall. I/année suivante, un événement décida de la direction de la vie de Heer. Au moment de sa nomination comme pasteur à Schwanden, Escher-Zollikofer, de Zurich, l'invita à passer plusieurs années chez lui pour mettre en ordre ses belles collections entomologiciues. Son père l'engageiiit vivement a accepter la chairt» de Schwanden, mais Tamour des sciences naturelles l'emporta, lleer accepta la proposition d'Escher et vint s'établir à Zurich pour y rester ensuite toute sa vie. En 183i il fut nommé docent à l'université; peu de temps apivs, professeur extraordinaire, puis professeur de I)otani([ue à l'université en 1852, et en 1855 au PolyUchnimim. Au titre de professeur de botanique à l'université s'ajoutait la charge de directc^ur du jardin des plantes. Il résigna toutes ces fonctions en 1882, non point pour se reposer, mais pour pouvoir consacrer plus de temps à l'étude de la flore fossile du Grônland. Toute son existence s'est écoulée dans le calme et dans la paix. Apres une maladie de poitrine il alla, pour se rétablir, passer plusieurs mois à Bex, chez son ami Charpentier; cette villégiature n'ayant pas produit sur sa santé les heureux effets qu'il en attendait, il partit avec sa femme pour Madère, sur le conseil de ses nombreux amis el surtout de Léopold d(? Buch. C'est le plus giNind événement de sa vie. Il passa dans cette île les huit mois de l'hiver 1850-1851, et en revint complètement rétabli, en meilleur sanliî même qu'avant sa maladie. Avec ses amis A. Escher de la Linth et P. Merian il entreprit en 1856 un voyage en Italie et en Autriche, puis en 1861 un voyage en Angb*terre. Ayant eu une seconde fois la poitrine prise à la suite d'un refroidissement, il alla passer l'hiver de 1871—1872 à Pise. Cette saison ne lui fut guère favorable; le froid qui règne dans les maisons italiennes, mal closes et mal chauffées, aggrava son état; il devint impotent et dut rester au lit pendant plus d'un an. Durant cette maladie, loin de rester inactif, il travailla avec ardeur ?i l'étude des fossiles recueillis parNordens-

KIUlillAI'HIE l>K HËEK. 3«9

kitild au Grôiiland en 1870 vt au S|iitzbm-(|: en 187'2. Troîzu tonne» d'empmntes végélales lui avaient él« envoyées. « Entouré de piles de livres et de fossiles, écrit le docteur Schroter dans la biographie de Ilciïr, à laquelle nous empruntons ces renseignements, Huer était étendu sur. son lit, lisant, â-rivant ou étudiant ses précieuses empi-eintes de plantes. Ceux qui l'entouraient avaient fort à faire

Osn'-alJ Uecr.

Né le 31 )oùl 1809, mon le S7 sepicmbre IgSS.

pour lui apprter tout ce dont il avait besoin. Sa lionne humour ne, l'abandonna jamais, et, pendant qu'il travaillait, on l'entendait toujours chanter ou siltler. »

Désormais la santé de lleer fut chancelante et II reconnut bientôt lui-même que le temps lui était compté. Au printemps de 1885 il renvoya au musée de Copenhague les plantes fossiles que les expéditions danoises avaient i-ccueillies au Grônland, heureux d'avoir

"210 IX SKCONDE EXPÉDITION AU GRÔMAND.

pu terminer celle faraude œuvre, et il résolut de ne plus en entreprendre d'aussi considérable. Il commençii alors l'étude de la flore de la région des neiges de la Suisse. Au mois d'août il eut de nouveau la poitrine attaquée, et le 27 septembre, jour de l'arrivée de la Sofia à Gothenbourg, il rendit a Lausanne le dernier soupir.

Les éludes de Ileer sur la flore fossile ont fait entièrement sa répulalion. Il publia ses |)remiers travaux sur c^ sujet à un Age relativ(îmenl avancé, ajnvs s'èlre occupé auparavant d'entomologie et de botanique. Il avait étudié d'abord les insectes actuels et fossiles et la flore actuelle de la Suisse, surtout au point de vue de la distribulion géographi([ue. Son |)remier travail entomologique contient une description de 464 espèces tertiaiivs provenant d'Œningen, sur les bords du lac de ConsUmce, et de Radoboj, en Cmatic. De ISo.j à 1S59 il lit paraître son étude sur les plantes fossiles tertiaires de la Suisse {Flora terliaria Helvetise), qui contient la description de 920 espèces. Avant la publication de ce grand travail, il avait écrit sur ce sujet |)lusieurs brochures, dont la plus anciennes remonte à 1840. (let ouvrage mettait en pleine lumière la sagacité de. Ileer, est du coup il fut reconnu comme le paléontologiste h» plus compétent pour la flore tertiaire de rEuroj)e. Sa réput^ition fut assise ensuite par de nombreux travaux du même oixlre, dont le plus im|)ortant est la Flora fossilis arctica. Ce grand travail, publié de 1868 à 1883, com|>rend sept gros volumes, renfermant o98 j)lanches. Il contient la description des plantes fossiles provenant du Spitzlïcrg, de Beeren Eiland, d'Ando, de l'Islande, du Gronland, de la Terre de Grinnell, de la Terre de Melville, de la vallée du Mackeiizie, de l'Alaska, de Saghalien et de la Sibérie. L'étude si im|)ortanle du climat des terres polaires aux Ages passés est traitée à fond dans cet ouvrage». Ileer a fait faire de grands pro- .grès à la géographie» botani(|ue en prouvant (|ue la zone arctique, à une époiiue géologiejue antérieure, avait été le point d'origine de nombreuses espèces (jui avaient rayonné de ce» e*entre ele dispersion vers elifférenles elinu'tions. Vu re»sumé complet de la Flora fossilh arctica formerait un livre. Qu'il me suffise de dire, en terminant, ejue cette grande œuvre, non moins que la Flora terliaria Hehetix^ a valu à son auteur l'estime unanime du monde savant.

BIOfiUAPHIE DK IIEER. 271

Parmi les travaux de Heer il faut encore cilcr un livre de vulgarisation, Die Urwelt der Schweiz, qui a eu deux éditions et a été traduit en français et en anglais. Cet ouvrage montre la variété

extraordinaire des connaissances de ce savant; non seulement il v

kl

décrit la faune et la flore fossiles de la Suisse, mais encore les modiiications sunenues dans l'aspect de notre planète pendant la suite des périodes géologiques, et notamment les nouvelles théories sur la formation des Alpes. Dans ce livre il expose ses idées sur l'apparition des espèces. Suivant en cela les nouve^iux résultats donnés par l'étude de la nature, il croyait h un développement des formes inférieures pour arriver aux formes perfectionnées; tnais il combattait les théories de Lyell et de Darwin d'après lesquelles ces métamorphoses s'étaient opérées d'une manièie générale par une évolution lente et continue. Il supposait que l'évolution s'est effectuée pendant des périodes relativement courtes entre lesqutîlles les espèces sont demeurées immuables.

Heer était un de ces savants qui ne se désintéressent pas de toute question étrangère à la science, et il s'efforça d'être utile à sa patrie non pas seulement en lui faisant honneur par la publication de travaux purement scientiliciues. Ses compatriotes le récompensèrent de son dévouement aux intérêts du pays en lui confiant pendant de longues années le mandat de membre du grand Conseil du canton de Zurich. Heer était aimé et estimé de tous, et sa mort a été un ileuil, non seulement pour sa famille, mais encore pour les nombreux amis qu'il comptait en Suisse et à l'étranger. Ce grand savant était bon et aimable, et quand on le connaissait bien, on ne pouvait manquer de le comparer sous ce rap|)ort à Linné.

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