NAVIGATION DE LA SOFIA DANS LA BAIE DE MELVILLE
Lancastre que des échaiicrures de la côte. John Ross rebroussa ainsi chemin sans avoir découvert le passage du Nord-Ouest. Ces erreurs doivent (>tre attribuées à la transparence de Tair et aux effets de mirage qui font app.iraître au milieu d'un détroit des terres situées au loin. Pendant le voyage, Ross fit exécuter de nombreux sondages et recueillit des échantillons de la faune abyssale. Devant le détroit de Lancastre on ramena d'une profondeur de mille brasses plusieurs annélides et une astérie.
Revenons maintenant au voyage de la Sofia. Le 25 juillet, entre sept et huit heures du soir, nous passâmes devant les Duck Islands. Nous n'avions vu jusque-lîi (|ue quelques isbergs,mais le lendemain, à cinq heures du malin, nous rencontrâmes de larges flaques de
bay-is pourrie. Immédiatement les dormeurs se réveillèrent au bruit du grincement produit par le frôlement de la glace contre les murailles du navire. Ces flaques de glace, parfaitement unie, n'avaient dû éprouver aucune pression. Elles n'étaient pas très épaisses, amincies qu'elles avaient été par la fonte ; c'étaient vraisemblablement des glaçons formés l'hiver précédent dans la baie de Melville. Le navire s'y fraya d'abord facilement un passage, mais il éprouva bientôt plusieurs chocs violents. Sur ces entrefaites, le brouillard arriva, et les glaces devinrent plus épaisses et plus compactes. Ne pouvant voir du haut du mat à une distance suffisante pour choisir notre route au milieu de ces glaçons, nous prîmes le parti de stopper. Hamberg proflta de cet arrêt pour faire un sond.ige de 820 mètres avec l'appareil qui avait été installé à Upernivik. Cette expérience révéla l'existence d'une nappe d'eau ayant une température relativement élevée (-h 0**,4) entre deux couches d'eau froide. Ce jour-là nous ne pûmes naviguer que quelques heures, arrêtés que nous étions par les brouillards et par la glace qui devenait de plus en plus épaisse. Au Spitzberg, autour des ban-^ quises s'ébat une faune nombreuse et variée; ici, au contraii^e, les animaux étaient rares. Nous ne vîmes que quelques pétrels arctiques {Procellaria) et quelques guillemets; aucune mouette ne fut signalée. Les phoques mômes n'étaient qu'en très petit nombre, et il n'y avait guère apparence que nous pussions réaliser nos rêves de chasse à l'ours. Quelques minutes avant minuit, le brouillard se
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dissipa enlin, et le soleil perça les nuages. D'après une observalion astronomique, nous nous trouvions alorspar 7tV20' de lat. N.; nous étions probablement près des îles Sabine, mais nous ne pouvions les apercevoir. Nous avançâmes alors au nord-nord-ouesl. Bientôt un pack impénétrable analogue à ceux de la côte orientale du Grônbuid nous arrêta dans cette direction. Nous nous dirigeâmes alors vers l'ouest, mais de ce côté un lai'ge champ de glace nous empêcha également d'avancer. Pendant la nuit nous fîmes rout« tantôt au sud, tantôt au sud-est, ou à l'ouest, ou encore au noixl-ouesl, puis, dans la matinée, de nouveau à l'ouest; notre marche dépendait des ouvertures que nous rencontrions dans la glace. Nous réussîmes enfin à atteindre l'eau libre que Hans Hendrik avait aperçue au nord du champ dont nous suivions la lisière méridionale dans la dii*ection de l'ouest. Le 25 à midi, une observation fixait notre position à 74" il' de lat. N. et à 61" 12' de long. 0. deGreenwich. (Les nombreux détours auxquels nous avions été obligés, nous avaient fait perdre du terrain depuis la veille.) Nous marchâmes ensuite au nord-ouest. La houle qui venait de l'ouest nous fit supposer que nous avions enfin atteint des eaux relativement libres; mais dans l'après-midi nous rencontrâmes de nouveau de larges flaques déglace. Nous réussîmes tout d'abord à nous y frayer un passage; puis, à sept heures du soir, des masses de glaces compactes nous arrêtèrent et nous obligèrent à revenir en arrière. L'épais brouillard qui nous entourait toujours rendait incertaine toute tentative pour forcer cette banquise. Nous suivîmes alors Viskant dans la direction de l'ouest. Dans ces parîiges, la faune était plus riche; nous vîmes plusieurs phoques sur la glace et un grand nombre de guillemets nains. Les autres oiseaux étiiient rares. Dans la matinée, nous aperçûmes une pagophile blanche et, au milieu de pétrels arctiques, deux mouettes tridaclvles et un Lestris.
Hans Hendrik aOirmait n'avoir jamais vu autant de glaces dans la baie de Melville, et commençait même à douter que nous pussions atteindre le cap York. Néanmoins, pas un instant je ne songeai à battre en retraite. Comme je le reconnus plus tard, le brouillant nous empêcha alors de nous rendre compte du véritable état de la glace, et je crus toujours qu'elle était beaucoup moins épaisse qu'elle