LA SOFIA BLOQUÉE DANS LE FJORD DMVSUGIGSOK
également des monliculcs de pierres qui éttiicnt vrtiisemblablement des tombeaux. Le temps me manqua pour étudier ces constructions. Le banc de gl.ice qui depuis la veille barrait l'entrée du Qord, paraissant maintenant moins épais, je descendis en hîUe sur le rivage pour donner Tordre du départ. Il s'ckoula quelque temps avant que je pusse me rembarquer, et lorsque la Sofia arriva à Tembouchure du Ijord, la glace s'était de nouveau accumulée en une masse compacte,
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Ci'oqiiis crivsiigigsok.
(D'après M. A.4Î. Malhorsl.)
qui nous obligea à battre en retraite. Nous allâmes alors ancrer a l'extrémité nord-est de la baie, où, de l'avis du capitaine Nilsson, le nîivire serait moins exposé aux pressions des glaces qui maintenant entraient dans le mouillage. Dans la nuit du 28, les glaçons arrivèrent en quantité de plus en plus considérable, et, le lendemain matin, le fjord en était complètement couvert, sauf près de la côte septentrionale, le long de laquelle s'ouvrait un étroit chenal. Hans Hendrik et le pilote de Tasiusak, ayant grimpé sur les montagnes pour observer la glace, reconnurent l'impossibilité de sortir de la baie. N'accordant qu'une confiance limitée à leurs dires, j'allai reconnaître l'état des glaces sur le promontoire escarpé qui fait saillie sur la côte septentrionale. Il avait été convenu avec le capitaine qu'à un signal
que je ferais, la Sofia se mettrait immédiatement en marche en suivant la cote nord du fjord. La glace nous ayant empêches d'atteindre le cîip, Ilans et moi, nous escaladâmes une autre saillie rocheuse. De là nous constatâmes, à noire grande satisfaction, qu'il était encore possible de sortir de la haie en longeant la côte septentrionale. Immédiatement je fais le signal convenu : néanmoins la Sofia ne bouge pas; peut-être la vigie n'était-elle pas à son poste? (Nous apprîmes plus tard qu'elle regardait seulement le rocher (juc nous avions dû primitivement gravir.) La glace arrive rapidement, il est donc urgent de se hâler. Hans Ilendrik pousse un cri strident, mais on ne l'entend pas. (Nous étions à plus de deux kilomètres du navire.) Je me débarrasse alors de mes vêtements, enlevé ma chemise et l'agite en l'air : ce signal resttî également sans résultat. Un instant après, il élait trop tard pour tenter l'aventure: la baie était complètement remplie de drifk. Pour revenii* au navire, nous dûmes même haler notre canot sur la glace. Les drifh entourèrent compU»tement la Sofia^ mais sans la presseï*. Si des pressions s'étaient produites, notre situation aurait été assez critique. Nous profitâmes de ce que les glaces furent moins compactes pendant quelques instants poui' nous rapprocher le plus possible de terre. Nous pi'éférions échouer le bâtinu^nt plutôt (jue de rester enserré entre deux glaçons. Nous disculânuîs alois diiTérents projets pour le cas où, contre toute prévision, le navire resterait bloqué. Si pareille éventualité se produisait, notre position élait relativement bonne : le navire n'était point trop exposé aux pressions; la tourbe était abondante aux environs — nous n'avions donc point à craindre de manquer de combustible, — le pays était giboyeux, et les Kskimos d'ivsugigsok feraient bientôt connaître notre présence dans ces parages à tous leurs congénères établis le long de la côte au nord de la baie de Melvillc. Au pis aller, nous pourrions envoyer le fângstbàt donner de nos nouvelles dans les colonies danoises. A la marée descendante, les glaces devinrent moins compactes; le soir, lorsque j'allai en compagnie du capitaine reconnaître leur position du haut des montagnes riveraines, elles me parurent avoir meilleure apparencxî que dans l'apres-midi. (le jour-là un jeune Eskimo était arrivé du cap York, après avoii' traversé sur un traîneau tiré par
LA SOFIA SOItT ]IU KJUUI) ll'IVSUGltiSOK. 301
(l«s chioiis ['inlandsis, où une U!m]M'te de neige l'avait obligé à s'arrêter pendant vingl-qnalre heures. La glace était toujours fixe autour du cap York, nous raeoiita-t-il. En fait de provisions il avait un sac rempli deguillemots nains {Mergulm aile L.). Il avaitentendu parler des blocs de Sowallik, mais rie les avait jamais vus. Le vieux Koludat, qui auparavant prétendait ignorer leur esistence, racontait maintenant qu'il les connaissait par oui-dire. Ces blocs doivent t'tre situés
La So/ia lilo[|u»! par Ui glaci' h Ivsugigsok.
dans un Ijord qui s'étend à une dizaine de milles dans l'intérieur des terres; nous ne pûmes savoir à quelle distance ils se trouvent du fond de la baie. J'aurais désiré faire ce voyage dans nn traîneau tiré par des chiens, mais la situation du navire était trop critique pour que je l'abandonnasse.
Le 29 juillet, à huit heures du malin, les glaces étaient enfin assez clairsemées pour que nous pussions tenter une sortie. L'entreprise réussit sans que le navire re(;ùl de chocs trop violents. Un beau soleil brillait dans un ciel clair, et nous pûmes, au delà du Conical llock, nous rendre compte des glaces pins exactement qu'auparavant. Des masses énormes de dri/is couvraient la mer; du celé
50î2 LA SECONDE EXPÉDITION Al GKÔNLAND.
(lu cap York, elles étaient impénélrahles ; en outre, au nord el au sud, de vastes champs s'étendaient, découpés par des canaux élixiils. Aucune autre voie ne nous était ouverte que ces ouvertures qui nous conduisaient en droite ligne vers la dangereuse c< glace du milieu)). Du haut du « nid-de-pic )), le capitaine commandait la manœuvre pendant la plus grande partie de hi journée; à diverses reprises nous dûmes nous frayer un passage; à travers de grands champs de glace que la fonte n'avait pas encore entamés. Les hauts rochei^s du cap York, tout jaunes de Xanthoria elegam^ disparurent bientôt, el à sept heures du soir nous atteignîmes un bassin d*eau libre où nous stoppâmes pour faire des sondages et des dragages (lat. 75** 26', long. E. de Greenwich 67** 27', profondeur 500 mètres environ). Nous nous croyions maintenant débarrassés des glaces, mais dans la nuit nous rencontrâmes de; nouveau un gj'and champ. La ti'avei'sée de ces glacesdura jusqu'au 50 au matin. A neuf heures, la vigie signala un ours en mer. Au milieu de la nappe d'eau tranquille et ensoleillée, la tète blanche de l'animal traçait un long sillon. Pareille nouvelle éveilla immédiatement la plus vive curiosité. Le bâtiment se dirigea tout de suite dans la direction de Tours. A la vue du navire Tanimal se soulève furieux hors de l'eau en grognant; profitsint de ce mouvement, je lui (iuvoyai une balle dans le cou, mais il n'en parut pas autrement gêné. Pareille chasse me semblant impossible du pont du navire, je lis mettre à la mer le fângslbât et ramer vers l'oui's pendant qu(; la Sofia s'éloignait à une certaine distance. Cette expédition cynégétiijue ne peut pas être décorée du nom de chasse; à une dizaine de mètres de l'animal, je lis feu; frappé à la tète, l'ours s'affaissa immédiatement sans faire un mouvement. Dans l'eau, l'animal ne paraissait pas très gros, mais lors([u'il fut hissé à bord, nous reconnûmes (jue c'était un mâle énorme. Une grande partie de la journée fut consacrée à faire d(»s sondages et des dragages (prefondeur 1450 mètres). Ce jour-là, Kolthoff abattit une pagophile blanche, la seule qui ait été ime pendant tonte T expédition. A cette même date nous vîmes plusieurs autres de ces oiseaux, mais tous hors déportée. La Sofia s(i trouvait par 7i%lO' de lî:t. X. el (H°50' d(» long. E. De là le cap fui mis vers l'est. Une masse déglace impénétrable, semblable à celle que nous devions rencontrer quelques semaines plus tard
?iAV(GAT10N AL MILIEU UES GLACES. 305
Hur la côle urienlale du GiÔnland, nous ubligeii bientôt à iibandoiiner cette dii'eclion et à faire route ver» le sud. Celte tentative n'aboutit pas; le lendemsiin la route nous était f'ennt* dans toutes les dii'eetions; à l'est, au sud-esl, au sud-ouest, à l'ouest, partout s'étendaient des champs de dri^s impénétrables. Il était maintenant certain ijue cette partie de la baie de Baflin était complètement
Oui-N lue pr m. NudiuL-st.
obstruée. Nous nous dirif^eAmes alors au nord, pensant décuuvi-jr de ce celé quelque ouverture veiti l'est qui nous conduirait à destination avant que notre provision de combustible fût épuisée. Notre position serait devenue 1res critique si nous avions drt jKissér deux jours de plus à chei'cher un passa^je; notre charbon eût été alors épuisé, et, sans l'aide de la vapeur, la So^n n'aurait probablement pas pu se dégager des glaces. A quati-e heures de l'aprèsmidi nous nous trouvions au mémo point que In veille lorsque nous avions commencé îi faiœ l'oute au sud. La glace étant maintenant moins épaisse, nous essayâmes d'avancer vei-s l'est. Cette
tentative eut un succès complet. Après une heure de travail, nous rc'ussîmes à traverser la plus mauvaise glace; plus loin il n'y avait que de la bayis peu dangereuse. Sur ces entrefaites le brouillaixl nous enveloppa et nous dûmes stopper jusqu'à sept heures et demie du soir. Quelques heures après, les brumes se dissipèrent, nous vîmes alors sur la glace deux ours, un de chaque côté de la Sofia. Probablement ils étaient là depuis longtemps et s'étaient habitués à la vue du navire; aussi ne prirent-ils pas la fuite lorsque les brouillards s'élevèrent. A KolthofT échut l'honneur de tuer le plus grand, et immtklialement il se dirigea en canot vers l'animal, qui se tenait sur le bord de la glace. L'ours commença alors à manifester une certaine inquiétude; il se promena d'aboitl, puisse mit sur les pattes de derrière et finalemcMit prit la fuite le long de Yhkant; mais Kolthfiff est arrivé à portée et de suite lui envoie un coup de fusil. Un gros jet de sang sort des flancs de la béte, néanmoins elle essaye encore de fuir; un second coup l'atteint, elle fait encore quelques pas, et tombe raide. La balle explosible dont était chargé le fusil de Kollhoff avait traversé les poumons. II est véritablement curieux que l'animal ait pu maix^her autant après avoir été frappé. Pendant ce temps la Sofia se dirigeait vers l'autre compère. Forsstrand devait tirer le premier; mais s'il le manquait, l'honneur de tirer après lui me revenait. A l'approche du navire, l'animal, qui était une femelle, prit jieur et détala. Forsstrand, craignant de voir le gibier lui éiîhapper, lit feu immédiatement, bien que nous en fussions encoie tiès éloignés. La balle atteignit l'ours dans le train de derrière et lui déchira les entrailles, comme nous le reconnûmes plus tard; mais il n'en continua pas moins tranquillement sa route, et à son allure on n'aurait jamais pu penser qu'il eût été aussi gravement frappé. L'animal s'étant retourné un instant, je lui envoyai un second coup. Il fît alors un bond, avança encore de ([uebjues pas, puis tomba mort. Ma balle avait pénétré dans la poitrine, pei^cé un poumon, traversé ensuite le corps pour aller se loger dans une jambe de deri'ière. En moins de temps qu'il n'en faut pour 11» raconter, les deux ours avaient été abattus. Aussitôt après ils furent hissés à bord. Quehiues minutes ne s'étaient pas écoulées que nous en vîmes un lioisième sur Viskaiit; mais celui-là prit la
RETOLR. DE LA SOFIA A LPERMVIK. 505
fuite sans se laisser approcher. Nous étions très satisfaits d'avoir vu des ours sur la glace, car lorsque ces animaux nagent, on ne peut se rendre compte de leur taille et de leur démarche. La chair de Tours est bonne, elle a le goût de celle du bœuf, mais elle est coriace. Bientôt après, la glace devint moins compacte, et le l*"" août, à une heure du matin, nous reconnûmes à la forte houle qui agitait la mer que nous étions maintenant dans d(îs eaux libres. L'excursion au cap Yoi'k pouvait être considérée comme terminée. Quoique nous n'ayons pu atteindre ce point, nous n'étions pas mécontents de notre voyage. Si nous avions-disposé de plus de temps, noussei'ions certainement arrivés au cap Yoi*k. Je serais même prêt à faire un second voyage dans ces parages, à condition d'avoir toute liberté sous ce rapport. Après une courte relâche dans une île située devant Tasiusak, nous arrivâmes à Upernivik à huit heures du soir. Le charbon embarqué, nous fîmes vo\iU\ le !2, vers Prôven, où nous complétâmes notre approvisionntuuenl d(^ combustible. Le 3 au soir nous (juittions cette dernière colonie.
De Prôven je comptais visiter l'ile du Lièvre (Haro), pendant que la Sofia irait faire des dragages et des sondages dans la mer de Baflin; mais, au moment de lever l'ancre, le mécanicien m'annonça (jue la chaudière avait éprouvé une avarie. Les environs de Prôven ne présentent aucun intérêt poui* le paléontologiste; au contraire l'exploration de Patoot et de l'île du Lièvre me paraissait indispensable pour terminer mes études. En conséquence je résolus de faire route vers Ritenbenk, où l'avarie pourrait être réparée, et de débarquer avec Kolthoff soit à l'île du Lièvre, soit à Patoot, afin d'y poursuivre mes recherches en attendant la remise en état de la chaudière, ïtîuit donné le peu de temps que nous avions à notre disposition, nous devions renoncer à notre exploration du fjord d'Omenak. L'étude des formations crétiicées anciennes qui affleurent sur les rives de cette })aie aurait eu pour moi un très grand intérêt, mais elle était moins importante que l'exploration i\v Patoot et de l'île du Lièvre, Nordenskiôld ayant en 1870 rapporté de; cette localité une très nombreuse collection de magnifiques empreintes. Cette série de plantes est le principal document ([ue nous possédions sur la
flore du crétacé supérieur du (îrônland. Le 4 août au malin, lorsque
50a LA SKCONDK EXPÉDITION AU GRÔNLAND.
nous arrivâmes deviuil l'île du Lièvre, une forte houle interdisait tout débarquement sur la cote de cette lerre, ouverte de tous côtés. La Sofia se dirijrea alors vers Patoot, sur la rive septentrionale du Waigal, que nous atteif^niîmes à quatre heures de l'après-midi. Instruits par rexpérienc(% nous emportâmes cette fois une lente d'oKicier et une autre de moindres dimensions pour les deux Grônlandais ([ui nous accompafçnaient. Nous évitâmes ainsi avec les Eskimos une cohabitation que la mauvaise odeur qu'ils exhalent rend . toujours très désagréable. Après nous avoir débarqués, la Sofia continua sa route vers Hitenbenk, où elle arriva le3.au matin. En route elle avait l'enconlré le caimt de» M. Horrinp et avait pris à bord celui-ci.
Le f^nsement de Patoot est très intéressant pour un paléontologiste et un géologue. Steenstrup y a découvert une flore crétacée moins ancienne que celle de l'étage d'Atane et correspondant au sénonien d'Europe. Les collections du Muséum royal d'histoire naturelle ne possédant aucune séri(» de c(»tte ilore, il me parut important de combler cetti^ lacune». Les couches de Patoot contiennent, outre des empreintes de plantes, des oursins, des moul(»s et d'autres animaux. Une partie de ces couches est doiu* d'origine marine; d'autres, au contraire, se sont déposées dans des (»aux douces. Cette localité est intéressante à un autre point de vue. Jadis une violente combustion a eu li(Mi autour de Patoot sur un vaste périmètre; la roche — un schiste pi'imitivement bitumineux — a été entièrement carbonisée jus(|u'à la hauteur de 4oO mètiu^s c^t, par le fait de cette combustion, est colorée de nuances divers(»s comme la cendre d'un charbon impur. Pres(|ue j)artout, les schistes sont rouge brique et donnent à la montagne une coloration pourpre; mais en certains endroits ils sont d'un rouge différent, ailleurs d'un brun de chocolat, ou blanc ou encore jaune clair, dessinant ainsi sur les pentes de la montagne des arabesques de différentes couleui's. Ça et là on trouve de gros morceaux de scories, tantôt vacuolaires comme celles d'un haut fourneau, tantôt composées de fragments de schistes agglutinés, dette roche calcinée contient de nombreuses empreintes de plantes et d'animaux. Sous l'action du feu, le schiste, primitivement friable, est devenu dur et résistant; il supporte par suite très
HATOOT. 507
liion le transport. La calcinatioii du sol n'ii tiU' ijuc superficielle, comme on peul le voir dans les ravins creusés par tes lorrenls, oïl les couches profondes cnit conservé leur cnuleui- l'oncrâ primitive. Il est dillicile de découvrir In caus*; de cette combustion. Klle ne s'est cerljiinemenl pas proiluile lors de la venue des biisaltcs, car un filon de celte ruclie volcanique qui travei'se les scliisles a subi cgaloment l'aclioii du l'eu. I/incendie s'est donc di'-claré |)oslérieurement à l'émission des basalles. Si le Waigîit exislail avant la ]iériode glaciaire, cette calciniition a |wul-iMre été délerminiMî par l'embrasement de quelque grande foriM di' cet le région qui s'est communiqué ;iux couches de chaibnn inteiTaliîees dans le sol et aux schistes bitumineux.
Comme je l'ai dit, on ignore comment s'est produit et s'est développé l'incendie dont on voit les traces irrécusables sur'un tW's vaste périmètre autour de Paloot.
XT ,< , ■ ! FrjEiiicnl d'uitr fcLiillo i\v l'ycaitée,
nous restâmes quatre lours dans . - , , . ■ , ,- . , > * trouvi; dans les schistes culcincs de
celte lociilité, du 5 au 8 août. Le Paiooi. Zamîus n. sp. (^nd. temps ne fut pas toujours bejui; les ""'■'■ brouillards étaient fmjueuLs, et les
nuits commençaient à (>lre froides, .\ Patoot nous limes d'intéressantes trouvailles, et je pus remplir plusieurs tonnes de magnifiques empreintes qui représentent maintenant la llore sénonienne dans nos cx)llections du (iranland. Je découvris plusieurs espèces nouvelles, notamment unecyeadiV du geni-e Zamiles. iusque-là aucune cycadée n'avait élc treuvée dans celte couche. Nous recueillimes, en outre, des animaux fossiles, imtammenl un grand élylrc de coléoptère, le premier insecte de celle classe trouvé dans le cré-
^08 LA SKCOSUK KXI'KblTIO.N AU i;HOMA.\b.
lacé MipôiitHii' ilii Grôiilaiid seplcntriimjil. ix:s formalions crélacécs Otaieiit iw«Hvprk's (te terrains tertiairns; entre ces deux formations s'tHeiiilaîl la couche sépanitive (|u« j'avais appris à coiiiuiitrc à Alaii<>keiilluk.
Tout <r<iliurd Kultliuff ne liit que mécliocrcinenl satisfait de ses rcclu'rdies enlomolugiijucs; les (]ueli|ues papillons (|n'i! i-ecueiUil au dél)ul étaient Ions endommagés par le vent. I* 7 aoi^t je, trouvai, à mon grand étonnement, une <{u:iiitité de ces inscetes sur une terrasse située
£lytn' [II! l'oli-oiiti'n'. , t ,. . n,\t\ •. ■ ■ - .
enti-e 7;i(f et ïHHl meti-es, ou j étais arrive tout
'''iPi «^liLInkin^'^'r *-'" «l'"!'!'"' I*'!* formations f^éologiques. Cette
'■"""'■ terrasse étiiil couverte de plantes en pleine
(lorais(m. tandis que sur les pentes inférieures lie la montagne les Heurs étaient déjà passées. Le lendemain Kolthofl se a'udit à cet endroit el en rapporta une magniliqnc collection. Il ixîeueiilit notamment le CoUax liecla et VArgifimis rharielea. el, en fait de papillons de nuit, des esinVes appartenant aux genres Ânarla el Plmia; pins lias il trouva deux géométrides. Mon compagnon comptait i-etourner le 9 sur eetle terrasse, mais pendant notre déjeuni>r te sifllel de la Sofia se fil suliilement entendre. Un hrouillaitl intense em{>èchait nos camaïailes do découvrir la edie. Pour leur signaler noli-e présence, nous tirâmes (|uel([ues coups de fusil. Ce signal n'ayant pas élé entendu, Hans s'emlianjua alors dans son kayak, mais à ce moment les coups de silllet devinn'nt moins dislincls, preuve que la So/ia s'éloignait. Ttnit à coup le brouillard se dissipa; le navire pul alors si! dirigei- vei-s noire campement, el, (]uel((ue temps après, nous étions à lionl. La veille, vers trois heures fie l'après-midi, ta Sofia était venue dans ces parages, et avait été forcik; par les hrouillaids d'allei- mouiller à Atanekerdluk. Pendant que le navire était resté à llitenbenk, Fm-sslrand avait exécuté des dragages.
De Paloot la Sofifi se dirigea vers Nugsnak ou Noursojik. Nous devions emlianjiier dans cette localité un guide pour l'île du Lièvre el quelques indigènes poui' renforcer l'équipage pendant l'excursion que la Sofia entiviuendrait dans la haie de Haflin. ArrfVléR par
ILK DU LIÈVRK. 509
les brumes, nous ne pûmes atteindre Nugsuak (|ue le lendemain à cinq heures du niaîin. Vutligare (voir p. 232) étant absent de la colonie, il nous fut impossible de nous procurer le charbon qui nous avait été promis. Nous embarquâmes cinq Kskimos; un devait nous servir de guide à File du Lièvre, et les autres être employés à bord aux sondages et aux dégages. A dix heures du matin je débarquai à Tîle du Lièvre, accompagné de Kolthoff, de Nils et du guide indigène; immédiatement après, la Sofia ùi rouie vers Touesl. Haro est une île longue de 19 kilomètres, située devant le Waigat et constituée presque partout par des basaltes. La plus gi'ande partie de cette terre est occupée par un plaleau dont l'altitude moyenne est de 150 à 180 mètres. Au sud s'élève une montiigne qui atteint 580 mètres. Au nord-est, près d'Aumarutigsat, les basaltes contiennent des couches de charbon, d'argile et de limonite, dans lesquelles Steenstrup a trouvé de belles empreintes de plantes tertiaires. Ce charbon, qui a une grande lessemblance avec le lignite, renferme une résine fossile analogue à Tambre. (^e gisement a une grande importance, en ce (\u\l permet de reconnaître que le dépôt de ces couches fossilifî^res (îst contemporain de Tapparition des basaltes. Des empreintes de plantes sont en effet incluses dans des tufs volcaniques. On a ainsi la preuve qne lémission des bamltes date iciy comme presque partout en Europe et en Amérique, de l'époque tertiaire.
Nous dressâmes notre tente près d'une hutte; ruinée, située à 2 ou 3 kilomètres au nord d'Aumarutigsat, dans un endroit bien abrité, voisin d'une source limpide, (l'est le seul point qui nous parut convenable pour établir le campement. Cela fait, nous nous mîmes immédiatement au travail. En me dirigeant vers les couches de charbon, je découvris une strate dont l'existence n'avait pas été signalée, et qui renfermait une quantité d'empreintes de plantes, notamment d'une grande feuille de plat^ine. Les espèces qu'elle contenait étaient peu variées. Dans la journée Kolthoff lit une belle collection d'insectes. Le 11 il souffla un vent très violent; comme un pareil temps n'était guère favorable aux recherches entomologiques, mon camarade m'aida à réunir des fossiles. Ce jour-là nous trouvâmes plusieurs fruits en très bon état, provenant de différentes espèces de
noyers (p. 511, fig. 2 et 3; rinlérieur du fruit était parfaitement conservé), dos branches pétrifiées et un f^rand nombre d'empreintes de feuilles. Nous avions donc lieu d'être satisfaits de notre journée. La tempête nous faisait craindre pour la Sofia ^ mais dans la soirétî nous vîmes passer le navire devant Tîle et faire route vers le Waigat. Avec un ressac aussi fort que celui «jui brisait alors sur la plage, il était impossible d'embarquer. Le 12, les deux Kskimos jK)rtcîrent au gisement de plantes fossiles nos deux tonnes et y emballèrent les collections; nous voulions être prêts pour le cas où la Sofia amverait. Ce travail nous occupa toute la journée, et le soir, en retournant à la tente, nous vîmes le navire sortir du Waigat. (]e fut pour moi une iléception. Jus(|u*ici je n'avais pu prendre un jour de congé et flâner le fusil sm* l'épaule. A Nugsuak on nous avait dit avoir vu récemment sur l'île deux rennes; maintenant que mes études étaient terminées, j'espérais pouvoir me livrer au plaisir de la chasse. De plus, en allant du campement au gisement de charbon, j'avais aperçu un grand nombre de plantes rares, notamment le Glyceria Kjellmanij qui n'avait pas encore été signalé au Grônland; une excursion botanique auiait donc eu d'intéressants résultats. Comme nous devions retrouver prochainement Nordenskiôld, et que la Sofia était arrivée, je fus obligé de renoncer à mes projets. Après avoir chargé les bagages et les collections, le navire lit roule au nord pour s'a[)prochei' de» Nugsuak, afin que les indigènes de cette localité cpie nous avions à bord eussent moins de chemin à parcourir dans l(»urs kavaks; une fois l(»s Eskimos mis à la mer avecî leurs embarcations, nous ncms dirigeâmes vers Ujaragsugsuk, où nous devions faii*e du charbon. Le 15, h neuf heures du matin, nous arrivâmes à (b^sti nation.
Dans la journée du 10, Forsstrand et Hamberg avaient fait dans la baie de Baffin l'excursion projelée. Au début, tout alla bien. A une heun» de l'après-midi, un sondage et un drtigage furent exécutés; après (|uoi la iVo/m poui'suivit sa roule vers l'ouest. Bientôt le vent augmenta de force, et h six heures du soir le navire dut battre en retraite devant la tempête, pour aller s'abriter dans le mauvais mouillage de Nugsuak, où il arriva le 11 au matin. Dans le j)ort, la houle était 1res forte», et de plus des isbergs y dérivaient;
LA SOFIA 1IA>S LA 11AIK IIK ItAFFI>. 5t I
la siluatiuii Ûa la Sofia devint alors crilique, le navire jreiilit sun ancre el dut prendit* la mer aprc^s la rupture d'un second câble. La manœuvi-u était très pénible avpc un équipage auKsi faible <]ur
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