‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 74 sur 111 · POPULATION DE LA COTE OHIENTALE · texte numérisé non relu

POPULATION DE LA COTE OHIENTALE

comme de ceux qui ne viennent qu'en passant, on a pu recueillir des renseignements sur la côte orientale. Je reproduis ci-après tous ceux que j'ai pu me procurer par ce moyen.

Le capitaine Graah évaluait à 480 le chiffre des habitants de la partie de la côte orientale visitée par lui. D'après les renseignements concordants des indigènes de cette région et du littoral occidental, cette côte est habitée bien au delà du point atteint par Graah; Angmagssalik, not^îmment, situé par 66^30' de latitude nord environ, compte, dit-on, une nombreuse population. Un indigène'de cette localité racontait en 1885 qu'il y avait là de 20 à 30 habitations, et Jakob Lund, métis de Sydprôvon, a affirmé, il y a une dizaine d'années, qu'environ 150 indigènes y étaient ét^iblis. Au nord d' Angmagssalik, jusqu'au 70® degré de latitude nord, la côte est également habitée; mais dans cette région lapopulalion n'estpas aussi nombreuse que plus au sud.

Dans le cornant de Tété 1885, trois bateaux montés par des indigènes païens arrivèrent dans les établissements du sud-ouest pour y commercer. Ils venaient de la partie septentrionale de la côte est, notamment de Sermilik et d'Orkuak, localités dont je n'avais jamais entendu parler jusque-là. Sermilik et Orkuak seraient situés au m\d d'Angmagssalik et compteraient chacun une dizaine d'habitations. Un indigène d'Angmassalik accompagnait ces Eskimos.

Lapopulalion de la section du littoral visitée par Graah a été décimée par une forte mortalité, et aujourd'hui elle est inférieure au chilTre de 480 habitants. Plus au nord, au contraire, la côte est beaucoup plus peuplée. Les Européens et les Eskimos qui ont vu des habitants de la partie du littoral située au delà du 65'' et du 66* degré de latitude nord, affirment qu'un grand nombre d'entre eux appartiennent à une race différente de ceux établis plus au sud ou sur la côte occidentale. Parmi eux on voit des hommes dont la face est très étroite et qui ont un nez proéminent et même aquilin. Ces caractères étaient très saillants chez un indigène que je vis en 1883 et qui portait pour cette raison le nom de Pitsauniak (le Bel Homme). Lsak, Eskimo de Frederiksdal qui m'accompagnait à Pamiagdluk auprès de ces indigènes païens, me disait en parlant d'eux : « Ce ne sont pas des hommes comme nous ».

Considérée à un point de vue général, la langue parlée par les indigènes de la côte orientale est presque la même que celle en usage sur la côte ouest. Les quelques différences qu'elle présente ne sont pas suffisantes pour qu'on puisse reconnaître un autre système de syntaxe; toutefois l'idiome des Eskimos établis dans le nord de cette région contient un certain nombre de mots étrangers à la langue parlée par les indigènes de la partie méridionale de cette côte et par ceux du littoral occidental. On observe, du reste, des différences analogues entre l'idiome nord-ouest et celui du sud-ouest du

Gronland, et entre la langue des indif^ènes de Kensemble de celte pénin suie et celle des Eskimos du Labrador. Si c'est bien sur la côte orientale que doivent se trouver les descendants eskimoïsés des anciens colons Scandinaves, il ne faut pas s'étonner qu'ils aient complètement oublié leur langue primitive. Nous voyons en effet dans les établissements danois les enfants issus de parents européens apprendix; et parler Tidiome indigène ; si les conmiunicalions venaient à être interrompues avec l'Europe, ils oublieraient rapidement le danois après la mort de leurs parents, et toute la population adopterait bientôt les mœurs et les usages des Eskimos.

A la suite du voyage de Graah il parut dûment établi qu'aucune ruine nordique n'existait sur la côte orientale. Au cours de son exploration, cet officier ne rencontra aucun vestige d'habitation de ce genre, et tous les indigènes avec lesquels il entra en relations lui affirmèrent n'en avoir jamais vu. Les Européens établis sur la côte occidentale partageaient l'opinion de Graah. En 1878 j'avais, il est vrai, entendu parler d'une ruine nordique située dans le Kangerdlugssuatsiakfjord et d'une autre, beaucoup plus importante, sur les rives du détroit du Prince-Christian, mais j'avais oublié ces renseignements lorsque des indigènes m'en reparlèrent en 1881. Ces renseignements m'ont été donnés par des indigènes de la côte ouest : les Eskimos du littoral oriental qui avaient hiverné a Narssak dans le Kangerdlugssuatsiakfjord ignoraient l'existence de ces ruines. C'est là une preuve que ces indigènes, quand leur attention n'a pas été attirée spécialement sur ces vestiges d'habitations, ne les distinguent pas, quoiqu'ils les voient tous les (jours. Le même fait s'est produit au cours du voyage de Graah (voir Graah' s Reise, p. 71). Un indigène de Narssak, du nom de Mtithiesen, qui accompagnait ce voyageur, lui a affirmé ne point connaître de ruines dans cette localité; pourtant il en existe, comme nous le savons aujourd'hui, et tous les indigènes doivent les avoir vues, car elles sont situées près de leurs habitations. Après la découverte des ruines du Kangerdlugssuatsiakljord on a pu donner des explications précises aux naturels qui les avaient vues, et on a ainsi obtenu d'eux de nouveaux renseignements. Un habitant de la côte orientale m'a affirmé que lui et plusieurs autres individus avaient vu dans les grands fjords voisins d'Umanak (6,V de lat. N.) de pareilles constructions en pierre, qui ne pouvaient être l'œuvre des Eskimos. 11 ajouta que dans leur voisinage se trouvait un gisement de pierre ollaire, et il me donna un échantillon de cette roche. Un indigène de Pamiagdluk (côte occidentale) appelé Elisa (avant d'être baptisé, il portait le nom de Tingmiarmiut), arrivé de la côte orientale lorsqu'il était déjà adulte, disait avoir entendu parler d'une ruine nordique située bien au nord d'Umanak. Un Eskimo du nom de

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