‹ La seconde expédition suédoise au GrönlandChapitre 75 sur 111 · RUINES NORDIQUES SUR LA COTE ORIENTALE · texte numérisé non relu

RUINES NORDIQUES SUR LA COTE ORIENTALE

Kangiisik, qu'il a changé contre celui de Daniel après sa conversion, établi à Igdlukasik (cote occidentale) depuis 1881, date à laquelle il était arrivé de la côte orientale, affirme Texistence de nombreuses ruines nordiques sur ce littoral. Timotheus (Kujanangitsok) de Frederiksdal assure également qu'on trouve des ruines de ce genre sur les rives de presque tous les grands fjords.

I/cxlrait reproduit ci-aprcs de VÂntigvamk Chorofiraphie af Griinland {Grônlands liist. Mindesmaerker, III, p. 795) prouve qu'avant le voyage de Brodbeck on avait eu plusieurs renseignements de ce genre; mais on n'y avait pas attaché Timportance qu'ils méritaient. Page 798, cet ouvrage contient le passage suivant :

Nous avons bien quelques renseignements donnés par des indigènes de la cote orientale, d'après lesquels des ruines nordiques existeraient à Tingniiarmiut (dans les environs de Puisortok), à Iterdlamiut, «à Umanak, à Najarmiut et à Igloluarsoit. On rapporte même que dans un cairn situé sur une île appelée Idloarsut, près de Tingmiarmiut (fi.V de lat. N. environ) se trouve une pierre portant une inscription. Mais d'autres indigènes affirment au contraire n'avoir jamais vu de ruines nordiques sur la côte orientale. Graah n'a également découvert aucun vestige de construction datant de cette épocpie, bien qu'il eût exploré la côte jusqu'au 64* degré de latitude nord environ, et qu'il eût pénétré à plusieurs milles dans l'intérieur des différents fjords situés entre le 65*" et le 64" degré de latitude nord. Si ces ruines et si l'inscription existent réellement, ce qui est très douteux, il n'en faut pas conclure que YÔslerbygd ait été située sur cette côte. D'après les anciens documents, cette colonie était très peuplée; elle ne pouvait donc pas se trouver dans une région aussi sauvage et aussi aride que la côte orientale; enfin la région sud-ouest du Grônland, le district actuel de Julianehaab, renferme un si grand nombre de ruines nordiques qu'indiscutable: ment VÔsterbygd devait être située dans ces parages.

D'une part, ces renseignements et d'autres du même genre donnés à des Européens par des indigènes de la côte orientale, et, de l'autre, la ressemblance que certains Eskimos de cette région présentent avec des Scandinaves, ressemblance déjà observée par Egede, sont, à mon avis, des arguments sans réplique contre la thèse de quelques archéologues qui s'appuient sur de vieux textes islandais pour placer YOslerbygd sur la côte sud-occidentale. L'accueil favo-

rable fait à cette théorie doit être attribué aux échecs des nombreuses expéditions envoyées par le Danemark à la recherche de son ancienne colonie. Plus tard je reviendrai peut-être sur cette question. Mais, quelle que soit la solution à venir, nous écoutions avec le plus grand intérêt les renseignements que nous donnaient le pasteur Brodbeck et les Eskimos, et pour nous ils étaient une preuve certaine que VÔsterbygd avait été située sur e^tte côte que nousallions essayer d'aborder.

Au moment du départ de l'expédition, les géographes étaient persuadés que la partie de la côte orientale du Grôniand située au sud de l'Islande ne pouvait être atteinte par un navire venant de la pleine mer. Avant de me mettre en route, j'avais reçu d'un des hommes les plus compétents en matière de navigation dans les mers ai*ctiques une lettre me dissuadant de tenter une entreprise aussi dangereuse cl aussi peu assurée de succès. Comme je l'ai déjà raconté, deux des plus célèbres explorateurs arctiques anglais, qui avaient essayé d'alterrir sur la côte orientale et avaient failli périr dans l'entreprise, m'écrivirent dans le même sens. Enfin le commandant du navire danois Ingolf j le capitaine A. Mourier, en terminant la relation de son intéressante croisière dans le détroit de Danemark, s'efforce de prouver qu'un navire n'a aucune chance de forcer la banquise qui bloque la côte orientale du Grôniand au sud de l'Islande. Dans le compte lendu de son expédition, inséré dans le Kongl. Damke geographnke Sehkabs Tidskriftj 1880, p. 47 à 60, le capitaine Mourier s'exprime on ces termes :

Me dernande-l-on si un navire pourrait atteindre, en venant de l'est, cette partie de la côte orientale du Grôniand décrite par Egede comme « un des plus tristes pays qu'il ait vus», jo répondrai négativement, quoique je n'aie pas une très grande expérience des glaces dans cette région. A mon avis, il est impossible de traverser la banquise et de débarquer sur cette côte. Cette» opinion est confirmée par rexpérience des expéditions précédentes. Le long de cette terre, la glace polaire dérive continuellement, et aucun navire ne peut impunément s'exposer à pénétrer entre ces redoutables masses de glace serrées les unes contre les autres*.

i . Je ne comprends pas comment, dans un compte rendu de recherches faites par les Danois au Grôniand, inséré dans les Proceedings of the American Philosophical Soâety,

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